Skip to main content

Full text of "Almanach des étudiants liberaux de l'Université de Gand"

See other formats


Almanach des étudiants libéraux 
de l'Université de Gand 

Ghent (Belgium). Université 



Pigitized by Google 




DES 




TU 




UNIVERS 



NA£H 

LIBERAUX 

TE deGAND 



I'- ' 



ALMANACH 

DE t - »• ' 

l'université de gand 



- 



I 



Digitized by Google 



TOUS DROITS RÉSERVÉS 



Digitized by Google 



1906 



ALMANACH 



DE 



L'UNIVERSITÉ DE QAND 

PUBLIÉ SOUS LES AUSPIC1S 



DE LA 




GÉNÉRALE DES ETUDIANTS 

(22 me ANNÉE) 




GAND 



IMF. A. VANDEWEGHE, RUE BASSE DES (HAMPS, 61 



1906 



! 

i 



Digitized 



VI 



n vh kSi' T " 

i_l B R A RY 



Pop korjo^n 



Digitized by Google 



Digitized by Google 



(§1 cfffessiears 



LÉON DEPERAVENTIER 

PROFESSEUR ORDINAIRE A LA FACULTÉ DES SCIENCES 
INGÉNIEUR EN CHEF DIRECTEUR DES PONTS ET CHAUSSÉES 
INSPECTEUR DES ÉTUDES AUX ÉCOLES SPÉCIALES DU GÉNIE CIVIL 
ET DES ARTS ET MANUFACTURES 

ET 

EMILE BRAUN 

MEMBRE DE LA CHAMBRE DES REPRÉSENTANTS 
BOURGMESTRE DE LA VILLE DE GAND 



Les Étudiants Libéraux. 



Digitized by Google 



I 



Digitized by Google 



[^□□□[□□□□□^1 



AVANT- PROPOS 



Une appréhension légitime nous étreint au moment 
où nous apportons cette nouvelle pierre à l'édifice de 
nos vingt-et-un prédécesseurs, où nous livrons ces 
pages aux appréciations des lecteurs de l'Almanach, 
où nous osons affronter la comparaison de ce volume 
avec ceux de nos nombreux et vaillants devanciers. 

« Faire mieux » telle était leur devise — critère dont 
nous nous sommes inspirés, mais que nous craignons 
de n'avoir pu atteindre. 

Peut-être trouverions-nous quelque excuse dans le 
peu d'appui que nous avons trouvé dans la jeunesse 
d'aujourd'hui. Nous aurions voulu suivre le conseil de 
l'Almanach de 1903 : « Jeter sans crainte la note 
estudiantine,.... escholière, gaie, joyeuse, qui pétille — 
donnant à notre publication son caractère vrai et 
original. 



Digitized by Google 



— 8 - 



Les temps sont bien changés. 
Une évolution s'est faite. 

Au moment où le Parti vient de sortir de la période 
de léthargie et de découragement, l'esprit des Étudiants 
s'est orienté vers une active et pratique propagande, 
oubliant un peu trop la présente publication, qui née 
au lendemain de revers, symbolisait autant un passé 
douloureux, que l'espoir du relèvement et l'aspiration 
à la lutte. 

Notre tâche cependant fut facile. 

• Depuis ces vingt et un ans, l'Almanach s'est sufnsam- 
men popularisé, pour qu'il nous soit superflu de devoir 
faire d'ardents appels. 

Unepléiadede collaborateurs distingués: personnalités 
politiques, littérateurs, journalistes, nous a apporté le 
•précieux concours de leur talent et a permis de 
rehausser l'intérêt de notre publication estudiantine. 

Nous remercions particulièrement M. Maurice Wil- 
motte, qui a bien voulu nous donner la primeur de pages 
extraites de sa prochaine œuvre, M. Gustave Abel, 
qui nous a prêté l'aide de sa plume alerte et féconde, 
M. le dessinateur Hendrick, qui a composé une couver- 
ture aussi artistique qu'éloquente. 

A eux, comme à tous ceux qui, à un titre quelconque, 
ont aidé à l'élaboration de ce volume, va tout l'expres- 
sion de la profonde gratitude des Étudiants Libéraux- 



Digitized by Google 



— 9 - 

Enfin, nous sommes heureux de pouvoir dédier ce 
volume, à l'un des chefs libéraux de notre cité : M. le 
représentant Emile Braun, ainsi qu'à l'un de nos 
plus estimés et sympathiques maîtres : M. Léon 
Depermentier. 

Le Secrétaire, 
J. L. 



Digitized by Google 



I 



■ 



I 



Digitized by Google 



CO/AITÊ DE PUBLICATION 



Secrétaire : 
Jules LOGTENBURG. 

Membres : 

Marcel DE BEER. 
Georges HAILLEZ. 
Charles THOMAS. 
Robert VAN WETTER. 

Délégués du Comité de la Générale : 

Maurice BERGER. 
Albert SEGHERS. 

Correspondants : 

Anvers : MAÇON. 
Bruxelles : O. DU MALBEEK. 
Gembloux : VERSCHUEREN. 
Liège : BONMARIAGE. 
Mons : CHRISTOPHE. 



Digitized by Google 



PARTIE ACADÉMIQUE 



Digitized by Google 



Digitized by Google 



UNIVERSITÉ DE GAND 

I. - ADMINISTRATION 



Recteur four les années 1904-1907 : M. P. Thomas. 

Administrateur-Inspecteur de l'Université, Directeur des Ecoles 
spéciales : M. J.-F. Vanderlinden. 

Secrétaire du Conseil académique pour Vannée 1905-1906 : 
M. A. De Cock. 

Collège des assesseurs pour V année 1905-1906 : MM. P. Thomas, 
recteur; H. Pikenne, doyen de la faculté de philoso- 
phie et lettres; O. Pifferoen, doyen de la faculté de 
droit; C. De Bruyne, doyen de la faculté des sciences; 
E. Van Ermenghem, doyen de la faculté de médecine; 
A. De Cock, secrétaire du conseil académique. 

Inspecteurs des études ; MM. P. Mansion, inspecteur des 
études aux écoles préparatoires du génie civil et des 
arts et manufactures ; L. Depermbntier, inspecteur des 
études aux écoles spéciales du génie civil et des arts et 
manufactures. 

Commissaires pour le> affaires de la bibliothèque: MM. J. Bidez, 
R. De Ridder, A. Demoulin, H. Lebouco. 

* 

Receveur du Conseil académique pour Vannée 1905-1906 : 
M. A. Verschaffelt. 



Digitized by Google 



— 16 — 



Secrétaire de l'Administrateur- Inspecteur : M. L. Hombrecht. 

Conservateur général des bâtiments et du mobilier de l'Université de 
Gand et de l'Institut des Sciences : M. Van Hamme. 

Commis-rédacteur : M F. Buytaert. 

Commis-expéditionnaire: M. J. Verheughe. 

Appariteurs : MM. L. Willems, J. La don. 



Ih - PERSONNEL ENSEIGNANT 

FACULTÉ DE PHILOSOPHIE ET LETTRES. 
Doyen : M. H. Pirenne; Secrétaire : M. A. Roersch. 

Professeurs ordinaires : Professeurs ordinaires : 

MM. MM. 
Bley, rue d'Egmont, 8. Pirenne, rue Neuve-Saint 

Cumont, r. des Vanniers, 29. Pierre, 132. 
De la Vallée- Poussin, bou- Thomas, rue Plateau, 41. 

levard du Parc, 13. Van Biervliet, rue Metde- 

De Ceuleneer, rue de la penningen, 5. 

Confrérie, 5. Vercoullie, r. aux Draps, 2 1 . 

Discailles, r. de Flandre. 35. 

Fredericq, rue des Bouti- Professeur extraordinaire : 
ques, 9. 

Hoffmann, boule v. des Hos- 
pices, 116. 

Hulin, place de l'Évêché, 3. 

Logeman, boulev. des Hos- 
pices, 343. 



M. Bidez, boul. Léopold,59. 



Digitized by Google 



— 17 - 

Chargés de cours : 

MM. MM. 

De Vreksk, boulev. d'Akker- Van dkr Hakghen, rue de la 

ghem. Colline, 77. 

Prkcd'homme, rue Nassau, 4. Van Houtte, chaussée de 

Rokrsch, rue de l'Avenir, 75. Courtrai. '32. 



FACULTÉ DE DROIT. 
Doyen : M. A. Piffkrokn; Secrétaire : M. Ch. De Lannoy. 

Professeurs ordinaires : Professeur, extraordinaires : 

MM. 

Dk Lannoy, ch. de Cour- 
trai, 33. 
Halleux, rue du pont Ma- 
dou, 0. 

Van den Bosschk, rue Basse, 
14. 

Chargés de cours : 
MM. 

Beatsk, rue Capouillet< 51 ,â 

Bruxelles. .." • : 

G. Claeys, rue de la Main 

d"Or. 17, à Bruges. , , 
Xicolaï, chaussée de Chat- 

leroy, 82, à Bruxelles 
Vermeersc-h, . rue digue dé 
Brabant, 77. • •*' 



E. Dai ge, rue Guinard. 18. 

De Brabandere, rue Neuve 
S* Pierre. 80. 

De Ridder, chauss. de Cour- 
frai, 77. 

Nossenï, rue Haute 23. 

Obrik, rempart des Chau- 
dronniers, 44. 

Piffkrokn, boni, de l'Heir- 
nisse, 75. 

Rolin, rue Savaan, IL 

Van Wrtter, boulevard du 
Jardin zoologique. 48. 



Digitized by Google 



— 18 - 

FACULTÉ DES SCIENCES ET ÉCOLES 

SPÉCIALES. 

Doyen : M. C. De Bruyne; Secrétaire : M. N. Van deVyver. 

Professeurs ordinaires : Professeurs ordinaires : 

MM. MM. 

J. Boi-lvin, b d du Fort, 18. Van Rysselberghe, rue de la 
Cloquet, boul. Léupold, 0. Sauge, 34. 

Delacre, boul. du Fort. !<>. F.Wolters, r. du Jardin, 55* 
Demoulin, r, de la Vallée, 70. 

Depermentier, chaussée de Professeurs extraordinaires : 

Courtrai, 1 15. MM. 

Dttsattsoy, chauss. de Cour- De Bruyne. b A du Fort. 10. 

trai, 107. Faonart, iue Nieuwpoort, 0. 

Foulon. Coupure, 104. Stainier, à Gembloux. 

HAERENS,b d Frère-Orban. 1 1 . Van de Vyver, boulevard 
Keklhoff. me Van Monck- de la Citadelle, <>3, 

hoven, 0. Van Ortroy, q. des Moines, 
Msr Leot», ru<* du Héron, 3. 



Professeurs à l'École du Génie 
civil : 



Mansion, quai des Domini- 
cains, fi. 

Marrau, rue Marnix, 22. MM. 

Plateau, chaussée de Cour- Delaroyère, rue de la Con- 

trai, 148. corde, fil . 

RirHALn, ruf Arohirnède, f>fl, F. Swarts, rue Guillaume 

Bruxelles. Tell, 21. 
SrnfiE NT J bs, b*« du Fort, 17. 

Servais, Ompure, 153. Char & s de ™« ' 

Van Aurkl, chaussée de Bréua, rue de l'Eglise, 32, 

Courtrai, 730. Koekelberg. 

Vantierlinden, r>r>ttr du Colard. r. Philippe de Cham- 

Prince. 27 pagne, 12. à Bruxelles. 



Digitized by Google 



- 19 - 



Chargés de cours : 

MM. MM. 

Cornet, boulev. Dolez, 86, Steels, b<* de Bruxelles, 12. 

à Mons. Stkenackers, chauss. de Ni- 
FlaMache. square Guten- novc, à Scheut-Bruxelles. 

berg, 16, à Bruxelles. Stôber, boul. Léopold, 45. 

Gesché, rue Van Monckho- Taîtsch, rue de Boni, 72, 

ven, 3. Anvers. 

* 

FACULTÉ DE MÉDECINE. 
Doyen : M. E. Van Ermengem; Secrétaire : M. O. Van 

DER StRICHT. 

Professeurs ordinaires : Professeurs ordinaires : 

MM. MM. 

De Cock, plaine S* Bavon. Van Imschoot, rue de la 

Eeman, quai des Récollets, 8. Monnaie, 3. 

Gilson, b<* du Château. 501. Verstraeten, place Van Ar- 

Heymans, boulevard de la tevelde, 16. 
Citadelle, 81. 

Lahousse, Coupure, 27. ' Professeur extraordinaire : 

Leboucq, Coupure, 145. M. Van der Stricht, marché 

Van Cauwenberghe, non- au Lin, II. 

velle rue du Casino, 5. 

Van Duyse, rue basse des Char *" de cmrs : 

Champs, 65. MM. 

Van Ermengem, chaussée de De Stella, rue Rovale, 16. 

Courtrai, 137. Van Dprme, rue du Sémi- 
naire, 5, 



■ 

Digitized by Google 



— '20 - 



Administrateur-inspecteur honoraire de l'Université de Gand : 
M. G. Woltkrs, rue de l'Avenir 21. 

Professeurs entérites : 

MM. MM. 

BonnAERT, Coupure, 46. T. Swarts. rue Paul Lau- 

Callier, ch. de Courtrai, 96. ters, 87, à Ixelles. 

Deneffe, Y., place de la Sla- Van Bambeke, rue Haute, 7. 

tion, 64. Vaxpermensbrugghe, Cou- 

Montigny, rue Joseph Pla- pure, l.'il. 

teau, 26. Wolters, r. de l'Avenir, 21. 

Professeurs émèrites de l'Ecole du génie civil. 

M. Mertens, rue digue de M. Rottier, rue des Baguet- 
Brabant. N3. tes, 54. 

Répétiteurs 

MM. MM. 

A. Claeys, rue Mertens, 38, G. Van Engelen, rue de la 

à Mont-S* Amand. Corne, 11. 

G. De Voi.perk, b d du Parc. D. \'an Hove, r. des Carmes, 

25. 1 , à Bruges. 

A. Franck. b d Léopold, 55. H. Van Hyfte, boulev. du 

K. Mortier, quai des Au- Fort, 10. 

gustins 1. C.Wastells, r.d'Akkergem y 

A. Van den Berghe, boulev. 17. 
des Hospices. 9. 



Digitized by Google 



— 21 - 

Conducteurs des fonts et chaussées détachés A l'Iùole du génie civil 

comme maîtres de topographie. 

MM. F. Cruls, boulevard de l'Horticulture, S. 
E. Simonis, rue de l'École. 100. 

D. ToEFFAERT,anc. chemin de Bruxelles, à Gendbrugge. 

* * 

M ai très de dessin. 

MM. E. Cobbaert, rue Nassau, 22. 

J. De Waele, boulevard de la Citadelle, 59. 

E. Mortier, quai des Augustins, 1 . 

BIBLIOTHÈQUE DE L'UNIVERSITÉ 
(Fossé d'Olhon. 2). 

Bibliothécaire en chef : M. Vanter Haeghen, fossé d'Othon. 2. 
1 er Sous-bibliothécaire : M. R. Vandenberghe, r. du Jambon, 83. 
2 e Sous-bibliothécaire : M. P. Bergmans, rue de la Forge, 49. 
Aide-bibliothécaire : M. L. Goitin,i\ longue de la Monnaie, 33. 



■ 

III. ~ RENSEIGNEMENTS DIVERS. 

É MÉRITÂT. 

Un arrêté royal du (5 février 1905 a déclaré émérite, 
sur sa demande, M. L. Montigny, professeur ordinaire 
à la faculté de droit. 

Un autre arrêté royal du 13 février 1905, a déclaré 
émérite, sur sa demande, M. Van Mensbrugghe, G., 
professeur ordinaire à la faculté des sciences de l'Uni- 
versité de Gand. 



Digitized by Google 



- 22 - 



Un- troisième arrêté royal, datant du 9 juin 1905, 
déclare M. V. Denepfe, professeur ordinaire à la faculté 
de médecine à l'Université de Gand, sur sa demande 
émérite. 

NOMINATIONS ET PROMOTIONS 

Aux termes de divers arrêtés royaux du 30 octobre 
1904 : 

1. M. Demoulin, Alphonse, professeur extraordi- 
naire à la faculté des sciences de l'Université de Gand, 
a été promu au grade de professeur ordinaire. 

2. M. J.-F. Vanderlinden, professeur ordinaire à la 
même faculté, est déchargé, sur sa demande, de la 
partie du cours de constructions du génie civil compre- 
nant l'étude des ouvrages d'art, à l'exception de ceux 
qui se rapportent aux travaux maritimes. I! conserve 
ses attributions. 

3. M. Richai-D, Joseph, ingénieur principal de 
2 e classe des Ponts et Chaussées, en disponibilité, répé- 
titeur à l'école spéciale du génie civil annexée à l'Uni- 
versité de Gand, est chargé de faire à cette école, en 
remplacement de M. le professeur Vanderlinden J.-F , 
la partie du cours de constructions du génie civil com- 
prenant l'étude des ouvrages d'art, à l'exception de 
ceux qui se rapportent aux travaux maritimes. Il con- 
serve ses autres attributions. 

4. M. De Bruyne, C, professeur extraordinaire à la 
faculté susdite, est déchargé du cours de produits 
industriels et commerçables qu'il fait dans la faculté de 



Digitized by Google 



— 23 



droit de l'Université de Gand. Il conserve ses attribu- 
tions dans la faculté des Sciences. 

5. Indépendamment de ses attributions dans la 
faculté des sciences de la dite Université, M. J. Cornet, 
est chargé de faire, dans .la faculté de droit de 
cette Université, le cours de produits industriels et 
commerçables, en remplacement de M. le professeur 
C. De Bruyne. 

(>. M. Eeman, E., professeur ordinaire à la faculté 
de médecine de l'Université de Gand, est chargé de 
faire, dans la dite faculté, en remplacement de M. le 
professeur R. Boddaert, déclaré émérite, le cours de 
clinique médicale. Il est déchargé du cours de patho- 
logie médicale et thérapeutique spéciale des maladies 
internes, y compris les maladies mentales, et conserve 
le cours facultatif, théorique et pratique d'otologie, 
laryngologie et rhinologie. 

7. M. De Stella, H., docteur en médecine, chirur- 
gie et accouchements, ancien préparateur, aide de cli- 
nique et assistant à l'Université de Gand, est chargé de 
faire, dans la faculté de médecine de cette Université, 
le cours de pathologie médicale et thérapeutique spé- 
ciale des maladies internes, y compris les maladies 
mentales. 

Par arrêté royal du 31 décembre 1001, MM. Hakrens 
et Foulon, ingénieurs principaux de 2 e classe des Ponts 
et chaussées, en disponibilité, attachés à l'Ecole spé- 
ciale du Génie civil et des Arts et Manufactures, avec 
rang de professeur ordinaire à la faculté des sciences de 



Digitized by Google 



- 24 - 



l'Université de Gand, ont été promus au grade d'ingé- 
nieur principal de I e classe. 

Un an été royal du 3 janvier 1005 a nommé membres 
du Conseil de perfectionnement de l'enseignement 
supérieur, pour la période de 1005-1008, MM. A. Rolin 
et A. De Cock, professeurs ordinaires respectivement 
à la faculté de droit et à la faculté de médecine de 
l'Université de Gand. 

Aux termes d'un arrêté royal du 18 mars 11)05, 
M. Van de Vyver, N., docteur en sciences physiques 
et mathématiques, chargé de cours à la faculté des 
sciences de l'Université de Gand et répétiteur à l'Ecole 
préparatoire du génie civil, est nommé professeur extra- 
ordinaire à la faculté susdite. Il est chargé d'y faire le 
cours de géographie mathématique (géodésie, physique 
du globe et cartographie) et conserve, en outre, dans 
ses attributions les répétitions des cours de physique et 
d'élément d'astronomie et de géodésie à l'Ecole prépa- 
ratoire du génie civil. 

Un autre arrêté royal du 18 juillet 1005 a nommé 
M. A. De Cock, professeur ordinaire à la faculté sus- 
dite, secrétaire du conseil académique de l'Université 
de Gand, pour Tannée académique 1005-1900. 

Aux termes de huit arrêtés royaux du 16 octob. 1005 : 
1. M. Van den Bossche, Georges, docteur en droit, 
chargé de cours dans la faculté de droit, est nommé 
professeur extraordinaire à cette faculté. 11 est chargé 
d'y faire le cours d'éléments de l'organisation judiciaire, 
de la compétence et de la procédure civile, le cours de 



Digitized by Google 



- 25 - 



droit civil (livre III, t. 1, 2, 3, 4, <> à 17, 19 et 20) et le 
cours d'institutions civiles comparées; 

2. M. Piffekoen, Oscar, professeur ordinaire à la 
faculté de droit, est déchargé des cours d'histoire diplo- 
matique et de droit constitutionnel. 11 est chargé de 
faire le cours de droit administratif, le cours théorique 
et pratique de droit administratif et le cours de notions 
de législation douanière et industrielle. Ses autres attri- 
butions lui sont conservées; 

3. Les cours d'histoire diplomatique et de droit 
constitutionnel sont placés dans les attributions de 
M. Vermeersch, Paul, déjà chargé de cours dans la 
faculté de droit ; 

4. M. Schoentjes, Henri, professeur ordinaire à la 
faculté des sciences, est chargé de faire, dans cette 
faculté, le cours d'éléments de physique mathématique 
destiné aux aspirants candidats ingénieurs (grade légal) 
et les exercices pratiques de physique expérimentale. 
Il conserve ses autres attributions; 

5. M. Van Auhel, Edmond, professeur ordinaire à la 
faculté des sciences, est chargé de faire dans cette 
faculté, indépendamment de ses autres attributions, les 
cours de physique mathématique générale et de phy- 
sique mathématique approfondie, ainsi que les exercices 
pratiques se rapportant à la physique mathématique ; 

6. M. Van de Vyver, Ntcoi.as, professeur extraor- 
dinaire à la faculté des sciences, est chargé d'y faire le 
cours de pratique de l'enseignement de la physique. Il 
conserve ses autres attributions, à l'exception des répé- 



Digitized by Google 



- 2(5 - 



titions des cours de physique et d'éléments d'astronomie 
et de géodésie à l'école préparatoire du génie civil ; 

7. M. le docteur Van Duyse, Daniel, professeur 
ordinaire à la faculté de médecine, est chargé de faire, 
dans cette faculté, le cours d'ophtalmologie et la 
clinique ophtalmologique. Il conserve ses autres attri- 
butions, à l'exception du cours de démonstrations 
macroscopiques d'anatomie pathologique; 

8. M. Van der Linden, Odii.on, docteur en méde- 
cine, chirurgie et accouchements, est chargé de faire, 
dans la faculté de médecine, le cours de théorie et 
pratique des opérations chirurgicales et le cours de 
démonstrations macroscopiques d'anatomie patholo- 
gique. 

DISTINCTIONS SCIENTIFIQUES 

Dans sa séance du 4 juin 1904, la Classe des sciences 
a élu M. Swarts, Frédéric, professeur à l'École du 
Génie civil annexée à l'Université de Gand, correspon- 
dant de la Section des Sciences mathématiques et 
physiques à l'Académie royale de Belgique. 

M. J. Cumont, professeur ordinaire à la faculté de 
philosophie et lettres, a été élu correspondant de 
l'Institut de France (Académie des Inscriptions et 
Belles Lettres). 

M. Paul Frédéricq, professeur ordinaire à la même 
faculté, a été nommé docteur honofis causa de l'Univer- 
sité de Marbourg (Allemagne). 

M. E. Gilson, professeur ordinaire à la faculté de 



Digitized by Google 



— 27 



médecine, a obtenu à l'Académie de Médecine de 
Belgique, le prix Alvarenga. 

En séance publique du 10 mai 1905 de l'Académie 
royale de Belgique, la classe des Lettres a décerné un 
des prix Joseph de Keyn (1000 fr.) à M. J. Van Bier- 
vliet, professeur ordinaire à la faculté de philosophie 
et lettres, pour son m Esquisse d'une éducation de la 
mémoire. » 

Dans la même séance, elle a décerné le prix Joseph 
Gantrelle (ÎJ000 f r ) à M. J. Bidez, professeur extra- 
ordinaire à la faculté de philosophie et lettres, pour son 
mémoire en réponse à la question : 

(( Recueillir des textes relatifs aux doctrines des XaÀôa'.oi 
« et étudier Vinfluence de ces doctrines sur Vantiquité greco- 
« romaine. » 

DISTINCTIONS HONORIFIQUES. 

La croix civique de l re classe a été décernée à : 
M. R. De Ridder, professeur ordinaire à la faculté 
de droit. 

M. Van Calwenberghe, C, professeur ordinaire à 

la faculté de médecine. 
M. Van der Haeghen, F., professeur honoraire. 
La croix civique de 2 e classe a été accordée à : 
M. Wii.lems. L..-C, appariteur à l'Université. 
La médaille civique de l re classe a été décernée à : 
M. P. Thomas, professeur ordinaire. 
N. Bréda, L., chargé de cours, 

M. De la Royère, W.-M., professeur à l'École du 
Génie civil. 



Digitized by Google 



— 28 - 



M. Vercouillie, I., professeur ordinaire. 
M. Mac Leod, J., professeur ordinaire. 
M. Van Duyse, D., professeur ordinaire. 
M. Put, concierge à l'Université. 

La médaille civique de 2 e classe a été accordée à : 
M. Mys, E., conservateur du musée d'Anatomie 
M. Guequier, préparateur. 
M. Mys, L., concierge à l'Université de Gand. 

MM. Bon. vin et Massau, J., ont été promus au 
grade d'officier de l'ordre de Léopold. 

MM. Wolters, J., Keelhoff, J., et Richald, J., 
professeurs ordinaires, ont été promus chevaliers du 
même ordre. 

M. J. Cumont, professeur ordinaire à la faculté de 
philosophie et lettre et M. D. Van Duyse, ont été 
nommés officiers de l'Instruction publique par deux 
arrêtés de M. le Ministre de l'Instruction publique, des 
Beaux-arts et Cultes de France. 

POPULATION. 

Le nombre des étudiants inscrits au rôle est de 902. 
Ce nombre est supérieur de 32 à celui de l'année 
précédente. 

Les inscriptions se répartissent entre les quatre 
facultés et les écoles comme suit : 

Faculté de philosophie et lettres 93 ; faculté de droit 
132; faculté de médecine 127; faculté des sciences 75; 
Ecole du génie civil 302; école des arts et manufactu- 
res 173. 

De ces 902 élèves, 800 sont nés en Belgique, 394 



Digitized by Google 



- 29 



dans la Flandre orientale, 141 dans la Flandre occi- 
dentale 

Les étrangers sont au nombre de 102, dont 24 Rus- 
ses, 19 Hollandais, 11 Français. 

EXAMENS. 

Pendant les sessions d'octobre 1904 et de juillet 1905, 
591 inscriptions ont été prises pour les examens acadé- 
miques à l'Université de Gand. 

55(5 récipiendaires se sont présentés aux examens, 
35 ont fait défaut ou ont été empêchés pour motifs 
légitimes. 

De ces 550 récipiendaires 383 ont été admis. 
Aux Ecoles du Génie civil, arts et manufactures sur 
527 inscrits pour les examens 306 ont satisfaits. 

CRÉATION DES COURS DE CONSTRUCTIONS 

NAVALES. 

Un arrêté royal du 30 novembre 1904 a créé à l'Ecole 
spéciale du Génie civil annexée à l'Université de Gand, 
des cours conduisant au grade scientifique d'ingénieur 
des constructions navales. 

CONCOURS UNIVERSITAIRE POUR 1903-1905. 

Cette année, l'Université de Gand a remporté 
0 médailles. 

Ont été proclamés premiers : 

En Histoire avec 75 points sur 100, M. Denucé, Jean, 
né à Anvers, reçu docteur en philosophie et lettrés 
(groupe : histoire) le 10 juillet 1901 ; 



Digitized by Google 



- 30 - 

En Sciences chimiques, avec 48 sur 80, M. Terîinck, E. 
F -L.-J., né à Houthem-lez-Furnes, reçu docteur en 
sciences naturelles (groupes : sciences chimiques/ le 
17 octobre 1904; 

En Application de la physique y compris l'électricité indus- 
trielle, avec 1)8,5 sur 100, M. Yseboodt, F. -G., né à 
Lierre, reçu ingénieur des constructions civiles par 
l'école de Génie civil annexée à l'Université de Gand, 
le 25 juillet 1901 ; 

En Sciences anatomo-physialogiques ou biologiques, avec 
92 points sur 100, M. Lams, H., né à Bruges, candi- 
dat en médecine, chirurgie et accouchements; 

En Sciences pathologiques avec 80 points sur 100, 
M. Daels, F., né à Anvers, candidat en médecine, 
chirurgie et accouchements ; 

En Sciences chirurgicales avec 109 points sur 200, 
M. Marchai, E., né à Anvers, reçu docteur en méde- 
cine, chirurgie et accouchements, le 21 juillet 1902. 

4 

BOURSES DE VOYAGES. 

Les épreuves du concours pour les bourses de voyage 
ont été subies avec succès par un docteur en philoso- 
phie et lettres, un ingénieur et un docteur en médecine 
de notre Université, savoir : 

M. Denucé, J né à Anvers, docteur en philosophie 
et lettres; 

M. V an Biesbroeck, G., né à Gand, ingénieur des 
constructions civiles; 



Digitized by Google 



- 31 - 

M. Maes, D., né à Dixmude, docteur en médecine, 
chirurgie et accouchements. 

L'Académie Flamande ayant mis au concours la 
question suivante : 

Quelle influence les émigrés des Pays-Bas du Sud au 
XVI e siècle ont-ils exercée sur la langue et la littéra- 
ture, l'art, le commerce, l'industrie et le développement 
politique « des Pays-Bas du Nord? » 

Le prix a été décerné à M. J. Eggen, étudiant à la 
faculté de droit de notre Université. 

CONCOURS POUR LES PLACES D'INGÉNIEURS 

DE L'ÉTAT. 

Administrations des Ponts et chaussées. Concours pour 
5 emplois d'ingénieurs : les 5 candidats classés en tête 
de la liste ont été 5 anciens élèves de notre École du 
Génie civil. 

Services des voies et travaux de l'Administration des chemins 
de fer de l'Etat. — Concours pour \ emplois d'ingé- 
nieurs : les 4 candidats classés en tête de la liste ont été 
4 anciens élèves de notre École du Génie civil. 

Administration de la marine. — Concours pour 2 em- 
plois d'ingénieurs : le candidat classé premier est un 
ancien élève de notre École du Génie civil. 

DOCTORAT SPÉCIAL. 

Le 28 juin 1905, la faculté de médecine, en séance 
solennelle, a délivré, à l'unanimité des voix, à M. Ver- 



Digitized by Google 



- 32 



nieuwe, Jules, de Blankenbei ghe, docteur en médecine, 
chirurgie et accouchement, assistant de la clinique 
otologique, laryngologique et rhinologique de l'Univer- 
sité de Gand, le diplôme scientifique spécial de docteur 
en otologie. 

M. Vernieuwe avait fait une leçon sur « Ce que la 
chirurgie cérébrale doit à l'otologie. » 



Le dépôt s'est accru en 1 ( .H)1 de 7980 volumes, dont 
le mode d'acquisition se répartit comme suit : 



Thèses et écrits académiques. 5433 

Total ... 7i)S0~~ 

Le nombre de volumes communiqués à la salle de 
lecture s'élève à 18501, demandés par bulletin. 



BIBLIOTHÈQUE. 



Acquisition 
Dons 



1087 
800 



Digitized by Google 



A LA MÉ/A01RE 



DB NOTRE REGRETTÉ ANCIEN CAMARADE 

LÊOPOLD REGNART 

Candidat Ingénieur, 
Membre honoraire de la Société Générale des Étudiants 

Libéraux, 



Né à Beaumont, le 19 août 1882, 
y décédé le 25 octobre 1905. 



■ 



Digitized by Google 



CERCLES UNIVERSITAIRES 



GAND 

Union des Anciens étudiants 

Fondée le :i février 1878. 

Le but de cette société est de resserrer entre 1rs anciens 
étudiants les liens de fraternité et de solidarité et de contri- 
buer, dans la mesure de ses moyens, à la prospérité de 
notre Université. 

Grâce à sa. situation florissante, elle a créé un grand 
nombre de bourses universitaires. 

Nous ne saurions trop engager les camarades qui sortent 
de notre Université à s'inscrire, comme membres de l'Union 
des Anciens, a laquelle la Société Générale s'est d'ailleurs 
affiliée. 

La cotisation annuelle est fixée à ô francs au moins. 

Le comité pourra admettre comme membres protecteurs 
tous ceux qui, alors qu'ils n'auraient jamais été inscrits à 
l'Université de Gand, déclarent adhérer aux statuts et s'en- 
gagent à payer, à titre de rétribution annuelle, la somme de 
vingt-cinq francs au moins. 

Comité pour F minée ]<>(),'>- IU(H> : 

MM. J. Massau, professeur à l'Université, président. 

R. Boddakrt, professeur émérite de l'Université, 
vice-président. 



Digitized by Google 



- 30 - 



MM. Foulon, professeur à l'Université, vice-président. 

H. Leboucq, professeur à l'Université, secrétaire. 

H. Boddakrï. avocat à la Cour d'appel, conseiller 
provin cial , secrétaire-adjoiut. 

Ch. De Poorterk, avocat a Bruges; J. Poll, juge 
au Tribunal de première instance à Audenarde ; 
P. Thomas, recteur de l'Université de Gand; 
E. Van Wktter, avocat à Audenarde; Ch. Deber- 
saques. docteur en médecine à Gand; C. De 
Bruyne, professeur à l'Université de Gand; 

E. Poirier, docteur en médecine à Anvers; 

F. Snoeck, docteur en médecine à Bruxelles; R. De 
Ryckk, ingénieur principal des pont et chaussées, 
Gand; J. B Mênart, ingénieur à Leuze; G. Vaî* 
Engelen, répétiteur à l'Université de Gand; 
H. Van Hyfte, conducteur principal des ponts et 
chaussées, répétiteur à l'Université de Gand, 
membres. 



Fédération des Étudiants Libéraux 

; Fondée en 1X95) 

Le rôle de la Fédération s'est ré luit, grâce à un nouveau 
règlement, à veiller sur les relations des sociétés fédérées 
entr'elles et à gérer et contrôler l'administration de la 
Maison des Etudiants. 

L'exercice I l M •!- 1 <*05 s'est accompli sa- s bruit et sans 
sect usse. 

Nous pourrions cependant mentionner la séance mémo- 



Digitized by Google 



— :>7 - 



rable, où fût rejetée la proposition d'introduction dans la 
Maison des étudiantes inscrites au rôles de l'Université. 

On sait que l'art. 34 du Règlement s'y oppose formelle- 
ment. La proposition avait été portée devant l'assemblée 
de la Générale, qui s'en était déclarée partisan. 

A la Fédération, il ne se trouva pas de majorité suffi- 
sante (i), pour permettre le changement de l'article 34 du 
règlement. 



COMITÉ FÉDÉRAL POUR L'ANNÉE 1905-1906 : 

s 

Société Générale des Etudiants Libéraux : 
M. Berger, G. Haillez, J. Nolf, E. Noé, A. Seghers. 

Cercle La Wallonne : 
Corbusier, De Buisseret. 

Cercle Universitaire des Colonies scolaires : 

A. Dauge. 

Société Libérale des Étudiants en Médecine : 
M. Haemelinck. 

Cercle Littéraire des Étudiants Libéraux : 
M. Famaey. 



(1) Il faut 2/3 des voix. 



Digitized by Google 



- :*8 — 



M 

Maison des Etudiants 

(Fondée le 20 décembre 1.S94). 

Où peut-on être mieux qu'en notre beau local de la rue 

du Vieil-Escaut? Il 
est beau et riant, en 
effet, depuis que le 
camarade Lequeux, 
ancien administra- 
teur, l'a remis à neuf. 
Aussi, les étudiants 
s'y plaisent et y vien- 
nent nombreux. Midi 
et soir, bon nombre 
de camarades s'y don- 
nent rendez -vous; 
les uns y lisent les 
journaux , d'autres 
préfèrent le billard, 
la causerie, etc. Tous 
se sentent chez eux, 
dans une atmosphère 
vraiment libérale, où 
l'on rencontre tou- 
jours franchise et 
gaieté. 

Le groupement des 
divers cercles en un 
local unique ne peut 
que développer les 
sentiments de fra- 
ternité existant entre 
tous les étudiants, ayant mêmes tendances; on y ren- 




Digitized by Google 



— 39 — 

contre, en effet, des étudiants d'autres facultés, on discute en 
petit groupe les questions politiques ; les vadrouilles se 
racontent les fredaines de la veille; en un mot, on y jouit 
complètement de la véritable vie d'étudiant. 

Nous savons tous, que la Maison des Etudiants de Gand, 
est le lien qui unit nos sociétés libérales ; aussi, travaillons 
à la rendre prospère ; ayons à cœur de maintenir une œuvre 
qui a coûté tant de généreux sacrifices à nos aînés, qui 
maintenant encore nous prêtent une aide puissante. 

Le comité d'admistration est composé comme suit : 

Administrateur : E. Roussel. 

Économe : G. Van Loo. 



Digitized by Google 



CERCLES FÉDÉRÉS 





Société Générale des Étudiants Libéraux 

(Fondée le 14 décembre 1875) 



ANNÉE ACADÉMIQUE 1905-1906 

COMMISSION : 
MM. 

Président : Maurice Berger. 
Vice-présidents : Georges H aillez (P). 

Edouard Noë (F). 
Secrétaire : Jules Nolf. 
Secrétaires-adjoints : Max Glorie. 

Norbert Van Waesberghe. 
Trésorier : Albert Seghers. 
Trésorier-adjoint : Albert Van den Heede. 
Bibliothécaire : Paul Gondry. 
Bibliothécaire-adjoint : Paléologue. 
Porte-Drapeau : Henri Descamps. 
Commissaires ; Paul Mechelynck. 

Félix Putzeys. 



(P) : section politique. — (F) : section des fêtes. 



Digitized by Google 



— n — 



LISTE DES 

MEMBRRS 1 

MM. 

Adam, L., médecin. 

Biddaer, E., ingénieur. 

Beyaert, P., ingénieur. 

Boddaert, H., avocat. 

Bolle, H., avocat. 

Brunecl, L., ingénieur. 

Cailler, A., prof, à ITJniv. 

Carmen, L., lient, d'art. 

Claus, A., médecin. 

Crombé, A., avocat. 

De Geynst, M., ingénieur. 

Delepaulle, H., ingénieur. 

De Paepe, conseiller hono- 
raire à la Cour de Cassa- 
tion, membre de la Cour 
d'arbitrage de La Haye. 

De Saegher. R., avocat. 

Discailles, E.. prof, a l'Univ. 

Dupureux, A., médecin. 

Falmagne, E., ingénieur. 

Février, E., ingénieur. 

Ficaja, étudiant, Paris. 



MEMBRES 
'honneur. 
MM. 

Gaspard, J., ingénieur. 

Gcvaert, II., industriel. 

Heyvaert, avocat. 

Lamborelle, P., médecin. 

Lancosme, étudiant. Paris. 

Limbourg, G., ingénieur. 

Marinus, E., ingénieur. 

Montfort, artiste lyrique. 

Noelemans, L.. médecin. 

Pincur, ()., ingénieur. 

Poissonnier, A., médecin. 

Réveillaud, ancien prés, de 
l'Association de Paris. 

Roque de Pinho, Al., ingé- 
nieur. 

Ruwet, M., chef de station. 
Soum, M., artiste lyrique. 
Suetens. V., ingénieur. 
Thooris, A., avocat. 
Van Wetter. P.. prof, à l'Un. 
Waxweiller, E., ingénieur. 



Digitized by Google 



— 42 — 



MEMBRES HONORAIRES. 

* 



MM. 

Adam, A., ingénieur. 
Adam, L., médecin. 
Aelterman, C, ingénieur. 
Albo. 

André, E., ingénieur. 
Anglade, D. 
Arendt, P., médecin. 
Balieux, £. 
Balieus, H. 
Baloux, E. 
Baré, F., avocat. 
Bauters, B. 

Bayens, E., négociant. 
Behaeghel, Th., médecin. 
Bedinghaus, E, 
Begaux, V., ingénieur. 
Beyaert, ingénieur. 
Beyaert, G., ingénieur. 
Billiard, ingénieur. 
Biot, Ach., ingénieur. 
Blondeel, J., médecin. 
Boddaert, H., avocat. 
Boddaert, E., médecin. 
Boddaert, M., avocat. 
Boddaert, F., ingénieur. 
Boen, E., médecin. 
Bracq, ingénieur. 
Braun, E. 



MM. 
Bultot, J. 

Burgraeve, P., avocat. 
Buyssen, pharmacien. 
Byl, A. 
Cambier, S. 
Cambrier, G. 
Carbonnelle, L., avocat. 
Carpentier, V.. ingénieur. 
Cavenaille, médecin. 
Choquet, E., médecin. 
Christophe, G., avocat. 
Cingolea, ingénieur. 
Claes, E., avocat. 
Collinet, ingénieur. 
Colot, G., ingénieur. 
Colson, médecin. 
Conard, J., ingénieur. 
Coolcn, avocat. 
Cottignies, R., brasseur. 
Coune, G., ingénieur. 
Courtois, A., conducteur des 

ponts et chaussées. 
Crombez. 
Cruzecer, avocat. 
De Baere, J. 
De Beil. J., avocat. 
De Blieck, ingénieur. 
De Block, médecin. 



Digitized by Google 



— 43 



MM. 

De Block, P., pharmacien. 

De Cavel, 0. 

De Clercq, C. 

De Cock, J.-B., eand.-not. 

De Coninck. O , ingénieur. 

De Cosseaux, avocat. 

De Croly, médecin. 

De Decker J. 

De Thieu, ingénieur. 

De Heem. ingén. en chef. 

direct, des ponts et chauss. 
De Heem, F., avocat. 
De Heem, P., ingénieur. 
De Keghel. 

De Keulenaere,A.,cand. not. 
De Lanotte, G., pharmacien. 
De Lattre, J., ingénieur. 
De Mars, médecin. 
De Meulemeester, A., avoc. 
Derbeaudenghien, A. 
De Ridder, C, ingénieur. 
De Ridder. J., avocat. 
De Rudder, O.. avocat. 
De Schryver, C, avocat. 
Deschlins. F., pharmacien. 
De Vigne, F., ingénieur. 
De Waele, E., ingénieur. 
De Waele, L., ingénieur. 
De Waele. H., ingénieur. 
Deuninck, A., avocat. 
De Weirdt, O., cand. not. 
D'Hollander, E., avocat. 



MM. 

Discry, A., ingénieur. 
Doignies, A. 

Dryepondt,C., pharmacien. 

Duez, G. 

Du Bois, A. 

Dumont, P., ingénieur. 

Dumortier. 

Dupont, L., ingénieur. 
Duvivier, J., ingénieur. 
Ephremidi, A. 
Euleutheriade, J.-C. 
Everaert, E., avocat. 
Faber. E., avocat. 
Fanard, F., conducteur des 

ponts et chaussées. 
Feys, ingénieur. 
Fontaine, J., avocat. 
Fontaine, L., avocat. 
Fougnies, A., ingénieur. 
François, G., ingénieur. 
Freyman, ingénieur. 
Frings. 

Fris, V., professeur. 
Frison, J.. cand. -notaire. 
Ganshof, A., avocat. 
Gevaert, C, médecin. 
Gilbert, R., ingénieur. 
Goemaere, G., avocat. 
Gongora, V., ingénieur. 
Grange, F. 
Hallet, L., avocat. 
Hambursin, F., lieutenant. 
Hannikenne, G., ingénieur. 



Digitized by Google 



— 4-1 — 



MM. 

Haenecour, R., ingénieur. 
Hapiot, avocat. 
Hargot. G., ingénieur. 
Heine, G., ingénieur. 
Heyse, L., avocat. 
HoutSrtegher, L. 
Ide, F. 

Jacques, ingénieur. 
Janssens. E., médecin. 
Jouret, E., avocat. 
Jouret, brasseur. 
Kinart, F., ingénieur. 
Kremer, H., ingénieur. 
Lambert, G. 

Lamborelle, A., médecin. 
Lampens, G., avocat. 
Laurent, J., avocat. 
Leblanc, E., ingénieur. 
Leboucq, G., médecin. 
Lecleiq. G., ingénieur. 
Lefèvre, J., ingénieur* 
Lemaire. ingénieur. 
Lescrinier. 

Lesseliers, E., médecin. 
Le Preux, J., cand. -notaire. 
Lippens, M , avocat. 
Liefmans, C., avocat. 
Lorent, H., professeur. 
Lossent, Josse. 
Macq, ingénieur. 
Maistriau, V., avocat. 
Marichal. 0., médecin. 



MM. 

Marquet, F., avocat. 
Masquelier, L., ingénieur. 
Mees, R., ingénieur. 
Menten, C., ingénieur. 
Merget, N., conducteur des 

ponts et chaussées. 
Mertens, B., ingénieur. 
Molitor, A., médecin. 
Moombel, G., ingénieur. 
Monard, ingénieur. 
Montignv, L., ingénieur. 
Mouzin, C., ingénieur. 
Mùlhen, M., ingénieur. 
Neelemans, J., ingénieur. 
Ncirynck, R., médecin. 
Noèl, Ch., médecin. 
Nonne, H., ingénieur. 
Notebaert, notaire. 
Ohrem, ingénieur. 
Oungre, L., professeur. 
Paulofï, S. 
Pede, O. 
Pennart, M. 
Penneman, médecin. 
Philippart, M., médecin. 
Poil, J., juge. 
Poil, M., avocat. 
Ramlot, ingénieur. 
Ragenu. 
Roland, V. 
Reychler, C. 
Ronsse, A., médecin. 



Digitized by Google 



- 45 — 



MM. 

Ronsse, Ch., médecin. 
Ronsse, I , médecin. 
Ronsse, A., ingénieur. 
Ruyssen, pharmacien. 
Sabry, Mustapha 
Saffre, G., ingénieur. 
Sapin, E. 
Sabbe, professeur. 
Saroléa, J., ingénieur. 
Schoenfeld. médecin. 
Sérésia, Ad., ingénieur. 
Sérésia, Alf., avocat. 
Seriacop, médecin. 
Simon, M., ingénieur. 
Sinave, L., ingénieur. 
Snoeck, J., médecin. 
Stadler, ingénieur. 
Stas, J., médecin. 
Stas, O., candidat-notaire. 
Stecls, O. 
Steenhautcr. 
Story, A., avocat. 
Simays, M. 
Tedesco., J., avocat. 
Teirlinck, L. 
Teirlinck, G. 

Thiers, G ., candi da t-notaire . 
Thiry, C. 

Thooris, P., médecin. 
Thyon, C. 
Toen, A., médecin. 
Tontlinger, conducteur des 
ponts et chaussées. 



MM. 

Trillé, A., pharmacien. 
Urbach, ingénieur. 
Van Cauwenberghe. 
Van Cauwenberghe, ingén r . 
Van Damme, A., ingénieur. 
Van Damme, G., médecin. 
Vande Merghel, J.,candid.- 

notaire. 
Van Eerenbrugh, ingénieur. 
Van den Honte. 
V ancien Bricke, médecin. 
Vancler Meersch, P. 
Vandcr Ougstraeten, A.. av È . 
Vander Stegen, A., ingén 1 ". 
Vander Stegen. G., ingén r . 
Vander Stricht, O., médecin, 

professeur à l'Université. 
Vandevclde, A., assistant à 

l'Université. 
Vandevelde, G., avocat. 
Vandevelde, D., médecin. 
Van Dooren, G., avocat. 
Van Engelen, G., ingénieur, 

répétiteur à l'Université. 
Van Graeve, H., avocat, 
Van Hove. 

Van Iloutte, cand. -notaire. 

Van Impc, avocat. 

Van Oveischelde. J. 

Van Siekghem, W., avocat. 

Van Schoote, E,, cand.-not. 

Van Volsom. E., ingénieur. 



Digitized by Google 



m - 



MM. 

Van Wetter, L., ingénieur. 
Variez, L., avocat. 
Variez, P,, avocat. 
Verdeyen, Ch., ingénieur. 
Vercleyen, J., ingénieur. 
Verbeke, J., avocat. 



MM. 

Versavel, industriel. 
Vstquenne, ingénieur. 
Walin, G., avocat. 
Walton, F., avocat. 
Williame, S., ingénieur, 
Wùrth, G., avocat. 



MEMBRES EFFECTIFS. 



MM. 
Aerts, J., Alost. 
Amillia. F., Hôpital civil. 
Aslanoff, L.,r. des Femmes- 
S* Pierre, 50. 

Baccu, E., Alost. 
Bara, E., r. neuve S* Pierre, 
32. 

Barbary, Ostende. 

Bâton, A., rue Conscience. 7. 

Bataille. 

Begaux, E., rue de la Rose- 
raie, 115. * 
Berger. M., r. du Roger, 115. 
Beyaert, boni. Léopold, 5. 
Biver 

Boddaert, M,, r. des Baguet- 
tes, 141. 
Boeck, W., rue Blandin, 4. 



MM. 

Boedt, J., Bruges. 

Borissauvlievitch, b d Léo- 
pold, 28. 

Bouard, L., rue Plateau, 23. 

Bousin.G., r.Wennemar, 10. 

Brasseur, J., r. des Chanoi- 
nes, 46. 

Buchin, E., boul d . de la Cita- 
delle, 4. 

Callebaut, A.. Alost. 
Callebaut. F., Alost. 
Camennan, L., rue courte 

des Violettes, 21. 
Carrette, r. neuve S* Pierre, 

3*> 

CerebriacofT, A. , r. de la Chê- 
naie, l bis . 

Chang, C.-G., rue du Roger. 
117. 



Digitized by Google 



* 



— 47 - 



MM. 

Chang, P.-J., rue Guillaume 

Tell, 48. 
Chômé, F., boulevard Frère- 

Orban, 33. 
Claerhout, P., nie Van Hul- 

them, 1. 
Corbusier, E., boulev. de la 

Citadelle, 23. 
Cornez, R., r. de Flandre, 35. 
Crehay, J., rue Guillaume 

Tell, 38. 
Crutzen, rue et Hôtel du 

Miroir. 

Czermeirie, S., Avenue des 
Arts, 20. 

Dauge. A., r. des Baguettes, 
18. 

Dauge, J., r. des Baguettes, 
18. 

De Beer, M., boulev. d'Ak- 

kerghem, 17. 
de JBrockdorff, boulev. Léo- 

pold 3 1 . 
De Cavel, J., chaussée de 

Bruges, 18G. 
De Clercq, F., avenue des 

Arts, 23. 
De Clercq, P., boulev. Léo- 

pold, 55. 
De Croo, M., r. des Femmes- 

S* Pierre, 53. 



MM. 

De Grondt, J., rue Plateau, 
105. 

Dehoux, J., avenue des Arts, 
49. 

De Jaegere, boulev. du Jar- 
din zoologique, 82. 

de Kerchove, A. digue de 
Brabant, 3. 

De Leeuw, E., boulev. de la 
Citadelle, 4. 

Delhaye,L., r.des Femmes- 
S' Pierre, 114. 

Delmotte, R.. r. Haut-Port, 
28. 

De Moerloose, chaussée de 
Courtrai, 23. 

De Rockere, A., r. S* Lié- 
vin. 38. 

De Roo, M., r. Plateau, 49. 

Descamps, H., r. du Roger, 
111. 

Descamps, G., r. Charles- 
Quint, 73. 

de Séjournet, r. Blandin, 4, 

Desmet, R., chaussée de 
Courtrai, 22. 

Detaeye. R., Pêcherie, 149. 

Detry, R., Ostende. 

Devallée, A., place Van Ar. 
tevelde, 20. 

De Vogelaere, L., rue de la 
Glacière. 



Digitized by Google 



- 18 - 



MM. 

D'hondt, A., r. de la Vallée. 
31. 

Djouritchitch, D., boulev. du 

Jardin Zoologique, 78. 
Dobbelaere, E„ Bruges. 
D'Oliveira, boulevard de la 

Citadelle, 114. 
Doornaert, F., boulev. Léo- 

pold, 6. 
Drory, M.. Meirelbeke. 
Duclos, G., Fumes. 
Dufrane, chaussée d'Otter- 

ghem, 139. 
Duinon, r. des Baguettes, 8. 

Fabry, E., rue de l'Ecole 
Normale, 1. 

Famaey. M., rue Roger,! 13. 

Feys, avenue des Arts. 19. 

Figueredo. rue S* Arnaud, 50. 

Fivet, Courtrai. 

Flachet. boulev. du Fort, 21. 

Flamache, rue Guillaume- 
Tell, 2. 

dalle, 

Garcez, B., r. du Hainaut, 8. 
Geeraert, V.. q. Terplaeten. 
Gevaert. rue S 1 Georges. 52. 
Gbcvaert, J., chaus. d'IIun- 

delghem, 409, Ledcberg. 
Gilbert, H., r. des Epingles, 

14. 



MM. 

Gildemeister, A., r. de Cour- 
trai, 28. 

Gilon. R., rempart de la 
Biloque, 308. 

Gloric, quai aux Tilleuls, 10. 

Goetghebeur, M., rue des 
Baguettes, 14. 

Goldstein, J., pi™ s* Pierre, 
37. 

Gombault, A., Coupure. 51. 
Gondry. P., Coupure, 109. 
Gosunny, M., rue Van Hul- 

them, 32. 
Gripari, M.. Grand Toquet.7. 
Gryspeerdt, P., r. du Miroir, 
Guermonprez. av e des Arts, 

23. 

Haillez, G., Coupure, 239. 
Haillez, R., Coupure, 239. 
Hamendt, J., r. des Champs, 
73. 

Hargot, M., Coupure, 109. 
Hausen, rue des Chanoines, 

46. 
Hayez, M. 

Hebbelynck, J., vieux Rem. 

part, 30. 
ITenrion. b« l Frère-Orban, 

48. 

Henry, A., r. Van Hulthem» 

53." 



Digitized by Google 



49 - 



MM. 

Herrinck, P., r. Savaen, 55. 
Heyse, R., r. digue de Bra- 

bant, 71. 
Hiroux, L., r. Wennemaer, 

14. 

- ■ Hosselet.R., r. du Rabot, 15. 
Hoste, M., Oostcamp. 
Honlet, bould S* Liévîn, 12. 
Hubert, P., rempart de la 

Biloque, 326. 
Huybreghs, E., r. Blandin> 4. 
Hye, L., r. de la Barrière, 4. 

Isaga, rue du Soleil, 15. 

Jarminski,S., av. des Arts, 7. 
Jouret, E., rue Laurent-Del- 
vaux, 8. 

Karydas, C. , av. des Arts, 1 1 . 

Kenis, P., rue du Rabot. 61. 

Kéon, R., r. Wennemaer, 8. 

Khlissian, M., rue de la Chê- 
naie, l bis . 

Kotlowski, M., r. Van HuK 
them, 36. 

Kowalski, S.,av.d»Arts,20. 

Kroupenski, A., avenue des 
Arts, 17. 

Lacorhblez, M., boulev. de 
Biloque, 324. 



MM. 

Laroy, E., r. neuve S* Pierre, 
26. 

Lemyè, M., r. Laurent Del- 

vaux, 6. 
Léon, S., rue Courtrai, 28. 
Lepros, H., av. des Arts, 20. 
Lequeux, E., boulev. de la 

Citadelle, 108. 
Lé vidés, rue du Roger, J 13. 
Logtenburg, J., rue d'Ypres, 

60. 

Maes, P., boulev. du Jardin 

Koologique. 
Mahieu, rue de l'Ecole nor- 

Normale, 1. 
Makry, U., r. Van Duyse, 13. 
Mardulyn,P. r. de l'Agneau, 

18. 

Maréchal, rue Willems, 1 . 
Marotte. J., rue basse des 

Champs, 30. 
Martens, quai Terplaeten. 
Maurage, rue des Femmes- 

S* Pierre, 53. 
Mechelynck, P., rue digue 

de Brabant, 16. 
Moens, C, Alost. 
Mosselman, R., r. Cornet de 

Poste, .12. 
Muici, E., b d de la Biloque, 

324. 



Digitized by Google 



— U) - 



MM. 

Nasaroff, J., rue longue des 

Casernes, 33. 
Noë, E., rue du Roger, 117. 
Nolf, J., rue Traversière, 12. 

Obradovitch, N., boulev. du 
Jardin Zoologique, 78. 

Paléologue, A., r. basse des 

Champs, 58. 
Pandermalis, rue Neuve S* 

Pierre, 48. * 
Pante, E., rue Haute, 30. 
Parfondry, M., avenue des 

Arts, 13. 
Partoes, A , rue courte du 

Jour, 1(3. 
Paté, F., bd StLiévin 12. 
Patè, O., boulev. du Jardin 

Zoologique, 82. 
Panporté, H., rue Guillaume 

Tell, 38. 
Peeters, rue de Bruges. 
Penneman, R., chaussée de 

Courtrai, 6. 
Pentcheff, V.. boulev. de la 

Citadelle, 99. 
Perestrello de Vasconcello. 

J.. rue de Flandre. 40. 
Photiadès, P., boulev. de la 
~ Citadelle, 99. 
Pinilla, R., r. Conscience. î 1 . 



MM. 

Plateau, R., rue Eggermont, 
15, Ledeberg. 

Polissadof, N., r. longue des 
Casernes. 

Poil, G., rue Magelein. 

Poppé, R., rue du Sacré- 
Cœur, 55. 

Praca, J., r. du Roger, 113. 

Prado, L. deA.,r. du Roger, 
111. 

Prcud'homme, J.. juc des 
Chanoines. 

Priem, H., r. aux Draps, 36. 

Putzeys, F., quai du Pont- 
Neuf. II. 

Reyntjens, A., rue digue de 

Brabant,56. 
Reyntjens, L., Courtrai. 
Rigidiotti, V., Gavre. 
Rimbaut, J., rue courte du 

Jour. 

Robelus, R., digue des Blan- 
chisseurs. 5. 

Roëls,C. rue Bréderode, 14. 

Roland. A., r. des Baguettes, 
47. 

Rolin, L., rue Savaen. 
Rotjiie de Pinho, A., rue de 

Flandre. 50. 
Roque de Pjinho, J;, rue de 

Flandre, 50. 



Digitized by Google 



51 



MM. 

Ronsse, Pêcherie, 54. 
Rôthlisberger, M., Coupure, 
195. 

Roussel, E., r. Conscience, 0. 

Sanfuentès, C, rue de Cour- 

trai, 28. 
Sanfuentès, L., rue de Cour- 

trai, 28. 
Schlachmann, R., aven, des 

Arts, 11. 
Schœntjes, L.> boulevard du 

Fort, 17. 
Schleyner, av. des Arts, 80. 
Schul, R., rue Sa va en, 55. 
Seghers, Alb., Avenue des 

Arts. 

Silberschmidt, J , rue Saint 
Amand, 50. 

Simon, J.,r. de la Station, 24. 

Slamnicki,E,,r. au Fleurs, 14. 

Smetryns, A.,av e de Fienne. 

Snoeck. L.> r. neuve S* Jac- 
ques. 38. 

Socolof. N., r. des Femmes 
S* Pierre, 59. 

Sottiaux, Alph.. r. du Roger. 
115. 

Spierrz. J.. r. du Hainaut, 3. 
Standacrt, R., rue Fiévc I 1. 
Steinkiïhlcr, E., r. Guillaume 
Tell, 44. 



MM. 

Stoops, Ch., r. de l'Agneau, 
18. 

Stroumpfman, Ign., av. des 

Arts, 12. 
Studiti, A., grand loquet, 7. 

Thiry, V., rue Sa va en, 56. 

Thomas, Ch., rue de la Con- 
corde, 38. 

Tiberghien, L., boul. du Jar- 
din Zoologique. 57. 

Troch, L., r. v. Hulthem, 18. 

Troch, P., rue van Hul- 
them, 18. 

Vnerewijck, F., r. van Hul- 
them. 53. 

Van Ackrr, A., r, Bènard, I. 

Van Cauwenbergh, R., r. du 
Casino, 5. 

Vande Kerckhove, G., r. de 
Berlin, 10, Ostende. 

Var.den Abeele, G., Hôpital 
Civil. 

Van den Heede, A., rue du 

Soleil, 15. 
Vanden Heed-e, G., rue du 

Soleil. }î). 
Vande Putte-. J.. ch. d'Hun- 

delghem, 370, Ledebcrg. 
Vander Haeghen. M.> r. de 

la Colline, 77. 



Digitized by Google 



r- r>2 - 



MM. 



MM. 



Vandcr Meulen, P. rue de Van Wetter, H., rue longue 

Courtrai, '217. des Violettes, 5. 

Vander Schueren, R.. rue Varoujan, D., aved»Arts, 27. 



Vande Velde, L., rue basse Verhuyck, G., rue basse des 

des Champs, 26. Champs, 44. 

Van Goethem, R., rue de Verstraete, E., boulevard de 

Courtrai. 251. Plaisance, 191. 

VanHemelynck, E., r. Lede- Vondas, Z. 
ganck. 19. 

Van Hool, Arm., boulev. du addington, rue de Cour- 
Jardin zoologique, 52. ti ai, 28. 
Van Loo, G., rue longue du Waerseggers, P., rue de la 

Bâteau, 25. Barrière, 5. 

Van Maere, rue Haut Port,25. Willems, L., boulevard de 

Van Opdenbosch, M., ave- la Citadelle, 125. 

nue des Arts, 21. Wilmart, rue du Roger, 115. 

Van Pé, G., r. neuve Saint Winegradow, A., rue aux 

Pierre, 32. Fleurs, 44. 

Van Roy,r. d. Annonciades. Wong, K.-C, r. Guinard, 15. 

Van Rijn, J., boul. du Parc, Wong, S.-C, r. S^mand^G. 

43. Wouters, P., rue du Pain 

Van Trooyen, L., boul d Léo- Perdu, Il . 

pold, 23. Wijckhuyse, G., r. de Flan- 
Van Waesberghe, N. T rue dre, 54. 

Guillaume Tell, 15. Wijkmans.r. d» Casernes, 87. 
Van Wetter, R., boulev. du 

Jardin Zoologique, 48. Yancoff, V., Pont-Madou, 9. 



Joseph Plateau, 3. 
Vander Stricht, Melle. 



Vasco de Cruz, rue du Hai- 
naut, 79. • 



MEMBRE CORRESPONDANT : 



Desmet, Jean, rue Juste Lipse, Bruxelles. 



Digitized by Google 



COMPTE-RENDU 

DE 

L'ANNÉE ACADÉMIQUE 1904-1905 



L'année académique 1904-1905 fut, pour la Société 
Générale des Etudiants Libéraux, malgré l'afluence toujours 
plus considérable des enfants de la Sainte Église dans nos 
facultés, une période de regénérescence qui marqua le début 
d'une ère nouvelle d'activité et de prospérité. 

Succédant au réveil du libéralisme, une recrudescence de 
vitalité a secoué une bonne partie de la jeunesse estudian- 
tine de son apathie et de son désintéressement pour notre 
Parti. Elle est venue renforcer nos rangs et grouper autoui 
du drapeau libéral de jeunes enthousiasmes, animés d'une 
belle ardeur pour la défense des grandes et éternelles idées 
de Liberté et de Progrès. 

Serrée, pendant ces quelques vingt ans, autour de la hampe 
de ce drapeau bleu, que les chefs libéraux tenaient encore 
si ferme et si droit dans l'ouragan clérical, la jeunesse estu- 
diantine a partagé les revers, les déceptions, les amertumes 
du Parti libéral. Comme lui, elle a été décimée par cet 
esprit de lâcheté et d'arrivisme, qui jetait les jeunes généra- 
tions aux sociétés gouvernementales, chèvre-choutistes et 
du Chapeau Rouge. A présent, elle proclame et par son 



Digitized by Google 



— 54 - 



enthousiasme et par son ardeur, et par son nombre grandis- 
sant, sa foi, son espoir dans la rénovation continue du 
Parti et dans ses succès futurs. 

Et les Etudiants Cléricaux, qui dans V Universitaire catho- 
lique, proclamaient l'année dernière l'agonie de notre Géné- 
rale, ont bien dù déchanter depuis; car la vitalité dont elle 
a fait preuve cette année est trop probante, pour qu'on puisse 
la nier. 

Leur déception sera grande, lorsqu'ils la verront, au fur 
et à mesure que se rapproche le moment de l'écrasement 
de la domination cléricale, devenir plus ardente dans la 
lutte, plus forte dans ses convictions et plus unie que jamais. 

* 

Le nombre des membres de la Générale, qui depuis 
longtemps avait oscillé, s'est brusquement accru, cette 
année, pour atteindre le chiffre respectable de deux 
cent quinze membres. 

Aussi inattendue qu'inespérée, cette augmentation de nos 
forces est d'autant plus réconfortante et de bon augure, 
qu'aucune propagande sérieuse n'avait été faite au début de 
l'année et notamment, aucune propagande individuelle, dont 
les membres de notre société semblent décidément se sou- 
cier aussi peu que des encycliques et bulles papales. 

De nombreux bleus, à peine sortis de rhétorique, igno- * 
rent les principes des différents partis politiques et sont fort 
indécis, s'ils ne sont indifférents. C'est à nous de secouer 
leur esprit et leur conscience qui sommeille, à nous de 
lutter contre cette indifférence. Nous sommes persuadés 
qu'un peu de catéchisme politique, hâterait l'émancipation 
de leurs idées et les rallierait au drapeau bleu. C'est urt 



Digitized by Google 



— 55 - 



mode de propagande autrement efficace et plus élevé, 
que celui qui consiste à entrainer, lors de l'ouverture 
des cours, les nouveaux étudiants, à coups de grosse-caisse 
et de transparents, jusqu'à la Maison. 

Combattre l'indécision funeste, l'indifférence lâche et 
l'ignorance : telle est l'utile besogne à laquelle chacun de 
nous devrait s'atteler avec ardeur. 

Alors, cette flamme ardente de prosélytisme, qui en ce 
moment brûle le cœur de tout libéral, ne pourrait-elle pas 
nous faire espérer, comme aux beaux jours d'antan, plus de 
trois cent cinquante membres? 

* 

* * 

Jamais, peut être autant que cette année, le Comité n'a 
répondu aussi parfaitement au double but, politique -et 
récréatif de la Société. 

Vous entretenir de notre activité politique, sera mon pre- 
mier souci; non seulement par ce qu'elle est prépondérante, 
mais pour l'importance qu'elle a acquise, depuis que l'édifice 
clérical a vacillé sur sa base — importance qui augmentera 
encore, maintenant que tous les efforts, aussi minimes 
soient-ils, doivent être mis en faiseau pour balayer au pro- 
chain scrutin les incapables et les ministres sans scrupules. 

La Générale ne laissa échapper aucune occasion d'affir- 
mer son dévouement aux idées libérales et démocratiques ; 
elle participa, le 0 novembre, à la grandiose manifestation 
libérale de Bruxelles, qui réunit dans notre capitale, toutes 
les forces libérales du pays, pour célébrer la victoire 
électorale du 29 mai 1904. 

Les 60 membres qui y assistèrent conserveront, long- 
temps encore, le souvenir de cette imposante affirmation dé 
la force de notre parti. 



Digitized by Google 



- 5(3 — 

Nous fûmes également représentés aux manifestations de 
Mont-St-Amand, de Lokeren, d'Audenarde, de Baeserode, 
de St-Gilles et, enfin, de Blankenberghe, où nous fêtâmes 
l'inauguration d'un local libéral a Ons huis ». 

L'heureuse initiative du camarade président Lequeux 
nous fit contribuer à la propagande par les vieux journaux. 
C'est ainsi que nous envoyons, dans les cantons où doit se 
faire le scrutin de 1906, tous les journaux que nous pouvons 
réunir. 

Nous avons pris une part active et prépondérante au sep- 
tième congrès des Etudiants Libéraux,qui se tint le 26 février 
1906 à Liège. 

De nombreux camarades de notre Générale s'y étaient 
rendus. Gand y défendit plusieurs motions. 

Mentionnons, dans l'ordre d'idée de la propagande active, 
l'ordre du jour du camarade G. Haillez, invitant les cercles 
à s'affilier à la Fédération des jeunes gardes libérales et à 
soutenir cette œuvre, les vibrantes paroles du camarade 
René Martin, qui préconise l'action directe et immédiate au 
moyen de brochures, enfin, l'ordre du jour déposé et défendu 
par le camarade Colinet, pour la création des colonies sco- 
laires et qui raillia l'unanimité des acclamations. 

On le voit, le banc de Gand prit une belle part au 
septième congrès. 

Une énumération nous fera facilement constater, que de 
nombreuses conférences ont été données par nos plus sym- 
pathiques professeurs, par d'éminentes personnalités poli- 
tiques, quelques-unes même par des membres et que les 
sujets les plus variés, politiques, économiques, sociolo- 
giques, religieux, littéraires y ont été abordés. 

Voici le tableau des conférences données cette année : 

M. le professeur Discailles : Un poète philosophe et 
mathématicien. 



Digitized by Google 



— 57 — 

M. le pasteur J. Hocart : 

I e conférence : Le Congrès de Rome. 

2 e » : Délation et dénonciation. 

3 e » : L'existence de Dieu. 
M Ile Gatti de Gamond : Le Féminisme. 
M. G. Thonart : L'Anarchisme. 

M. Paul Lippens : Le Bouddhisme, (avec projections). 
M. M. De Weerdt : Le Parti libéral et la tolérance en 
politique. 

M. R. De Saegher : L'Evolution de l'Art au XIX e siècle. 
M, G. Jourez : La Personnalité du Christ. 
M. H. Bolle : La Grève charbonnière et l'échelle mobile 
des salaires. 

M. L. Heyse : Maxime Gorki. 

Nous avons profondément regretté que deux belles con- 
férences publiques, celles de M. Paul Errera sur la Genèse 
de l'Individu, avec projections et de M. Georges Lorand, 
sur la Séparation des Eglises et de l'Etat, ne purent avoir 
lieu par suite de l'indisposition subite des conférenciers. 

Conformément au vœu émis au 6 e congrès de 1904, plu- 
sieurs des causeries et non des moins intéressantes nous 
furent données par des membres et obtinrent un succès 
légitime et bien mérité. Parmi ces causeries, citons celles 
des camarades : 

E. Lequeux : Le Programme Libéral ; 

J. Logtenburg : Une Théorie criminaliste ; 

J. Nolf : l'Instruction obligatoire ; 

R. Martin : L'Evolution de la Morale. 

Il est regrettable que nous n'ayons pas plus souvent 
l'occasion d'entendre des causeries de ce genre. Certes, un 
grand pas a déjà été fait, en imposant une conférence à 
chaque membre de la section politique du comité. Espérons 
que l'année prochaine, d'autres camarades viendront égale- 



Digitized by Google 



58 



ment à notre tribune exposer une question qu'ils auront 
étudiée, profitant de l'indulgence de l'auditoire pour 
s'exercer dans l'usage de la parole, apprendre à discuter 
et se préparer à devenir de redoutables propagandistes des 
principes dont ils ont pris la défense. 

Ce nous est un agréable devoir, d'adresser, ici, à tous ceux 
qui ont bien voulu répondre à l'invitation du comité de la 
S. G. E. L., un sincère et respectueux hommage de recon- 
naissance. 

La publication de l'Almanach a subi, cette année. un retard 
assez considérable. Nous aimons à croire que la faute doit 
en être imputée au défaut île réglementation. Et maintenant 
que cette lacune est comblée, il est à souhaiter que l'œuvre 
presque quart séculaire de la jeunesse estudiantine libérale, 
soutenue par tous, reprenne un essor nouveau et un cours 
plus régulier dans sa parution. 

* 

* * 

Passons aux divertissements. 

Que dirais-je des nombreuses fêtes, si ce n'est qu'elles 
ont toujours été pleines d'entrain et d'une franche gaieté. 

Vous narrer, en détail, les multiples incidents de ces 
assemblées, serait nous exposer à allonger, outre mesure, ce 
rapport ; ce serait vous faire subir un vrai supplice de Tan- 
tale, au souvenir de ces réjouissances. 

Qu'il me suffise de rappeler succintement, ces diverses 
festivités, pour prouver que jamais l'agréable n'a été sacri- 
fié cà l'utile. 

Les tonneaux furent nombreux. 

Au cortège et au tonneau d'ouverture, succéda le funam- 
bulesque tonneau de Rentrée, pour lequel le camarade 
E. Noë s'était mis en frais d'imagination et avait préparé un 
baptême des casquettes des plus impressionnants. « Imagi- 



Digitized by Google 



.V.) - 

nez une burlesque cérémonie religieuse, un baptême catho- 
lico comique avec archevêque, piscine baptismale, rituel 

latin, orgue et musique quasi sacrée » 

Nous eûmes ensuite la Réception dos anciens, qui vin- 
rent, en rangs serrés et enthousiastes, se retremper parmi 
nous. 

Un souper aux moules, où le camarade Emile nous donna 
le spectacle de son intempérance et de son ébriété, le ton- 
neau de Réception des Jeunes Gardes libérales et du Cercle 
libéral d'Akkergem — soirée funeste où plusieurs comitards 
passèrent la nuit au Rolleke — furent tous deux remar- 
quables tant par leur heureuse réussite, que par leur 
animation et leur entrain. 

Le tonneau des Professeurs, qui comme chaque année 
resserre les liens de cordialité unissant professeurs et 
étudiants, marqua le début de la symphonie, ressuscitée un 
moment, grâce aux efforts des camarades E. Noé et J. Log- 
tenburg, et qui semble s'être replongée, depuis, dans une 
nouvelle léthargie. 

Enfin aces remarquables guindailles, ajoutez encore cette 
longue nomenclature : le tonneau offert par le camarade 
Braun, le tonneau des Conscrits, le tonneau de Réception 
des Etudiants Lillois, celui offert par Van Gheluwe. celui 
offert par l'ex-camarade et avocat Walin, à l'occasion vie 
son doux hymen. Enfin, le tonneau Champêtre, au Verger 
vert, clôtura dignement cette respectable série, composée 
d'un total de quatorze tonneaux. 

Ces diverses réunions furent bien suivies et toutes très 
animées, grâce aux efforts du Comité des fêtes — et il con- 
vient de l'en louer ici — qui combattit, avec succès, la 
monotonie qui tendait à s'introduire dans nos séances, par 
suite de la pénurie de chanteurs et de monologuistes. 

Les deux bals donnés, cette année, au Valentino et accom- 



Digitized by Google 



— <R) — 



pagnés dos traditionnels punchs eurent leur plein succès 
et furent d'un entrain endiablé et d'une gaité folle. 

* 

* * 

Rangeons également, parmi les festivités, l'intermède 
vraiment réjouissant qui nous fut donné par la population 
gantoise : nous voulons parler du chaleureux ! et sympa- 
thique! accueil, qu'elle fit aux étudiants stokslagers de 
Louvain.... 

Et maintenant que voilà le bilan de l'année 1905, on 
constatera que le Comité a embrassé tous les domaines de 
l'activité estudiantine. 11 peut regarder avec fierté le chemin 
parcouru et se retirer avec la satisfaction du devoir 
accompli. 

Que nos successeurs se mettent maintenant courageuse- 
ment à l'œuvre : ils peuvent envisager l'avenir avec con- 
fiance, car il est éclairé par le soleil de la Liberté et du 
Progrès, dont les rayons vivifiants commencent à nous 
ranimer. 

La victoire d'hier a donné une impulsion forte et pleine 
d'espoir. 

De tous côtés la jeunesse s'offre au parti libéral ardente 
et enthousiaste. C'est à cette jeunesse intellectuelle de venir 
à nous. Il faut que nous soyons nombreux, pour célébrer en 
même temps que le 30me anniversaire de notre chère 
société, la fin prochaine du règne du goupillon. Il faut que 
nous formions un groupe compact, pour saluer, de puissants 
cris de joie, l'aube de la délivrance (*). 

Alors, la Société Générale des Étudiants Libéraux pourra 



(*y .... et la chute du colosse aux pieds d'argile. E. L. 



Digitized by Google 



- 01 - 



revendiquer, avec fierté, l'honneur d'avoir défendu, aux 
heures de défaite, les immortels principes de Vérité, de 
Justice et de Liberté. 

Le Secrétaire : P. G. 



Cercle des Étudiants Wallons Libéraux 

sous la présidence d'honneur 
de M. le Professeur J. MASSAU 
(Fondé en 1882) 

En va-t-il donc ainsi de toutes choses et faut-il que les 
plus belles espérances s'effondrent ? Balzac a décrit les 
grandeurs et décadences des courtisanes ; je pourrais pres- 
que parler de la grandeur et décadence de la « Wallonne ». 

Serai-je trop pessimiste? Peut-être. Mais c'est un ancien 
qui parle, camarades, un ancien qui a vu la chère société 
s'élever bien haut et retomber bien bas, par la faute des 
anciens eux-mêmes. Je ne crois pas nécessaire de revenir 
ici sur ce pénible sujet, sur les regrettables dissentions d'un 
moment, ni sur l'aveuglement de camarades se croyant très 
dévoués — aveuglement qui eut pour triste résultat : la 
« Wallonne » se retrouvant désunie, démembrée. Mieux 
vaut passer l'éponge sur tout cela et espérons, toutefois, 
que l'expérience du passé profitera à ceux qui ont à cœur 
l'avenir de la société. 

Cependant, comme je dois faire un compte-rendu de fin 
d'année, je m'en tiendrai à une simple énumération des 
principaux faits caractérisant une année — disons le mot — 
presque fatale. 

Le camarade Léon Hiroux — bientôt M. l'ingénieur — 



Digitized by Google 



- 02 - 




prit donc une présidence qui s'annonçait sous d'heureux aus- 
pices. Les séances joyeuses — et tout wallon sait ce que veut 
dire joyeuses — furent, indépendamment de sa volonté, 

malheureusement trop peu nom- 
breuses. Une mention toute spé- 
ciale, cependant, à la célèbre séance 
d'ouverture, où nous eûmes le plaisir 
de recevoir nos camarades Roque 
de Pinho, membre d'honneur de la 
« Wallonne », Orwitz, le révolu- 
tionnaire russe — très pacifique 
d'ailleurs — , Palmyre le distingué, 
sé... ou le Saroléa belge (si vous 
préférez i. séance mémorable, tant 
par l'entrain qui y a régné, que par 
le nombre de bouteilles ingurgi- 
tées, et pendant laquelle le « beau 
nuage », le « coq du village », « Jef» 
pour les dames — puisqu'il faut bien l'appeler par son nom 
— prononça en Espéranto, un discours retentissant, mais 
très oléagineux et bien assaisonné de nombreuses invoca- 
tions à tous les saints noms de ...!, puis, imitant la fontaine 
lumineuse, termina par cette vibrante péroraison, si sou- 
vent citée comme modèle dans tous les collèges épisco- 
paux : « c'est co bon tout d'même quand ça r'passe ». 

Un jour, notre camarade Hiroux — j'allais dire : 
l'artilleur, car c'est un ex-, pas vrai, Léon!, en con- 
naissant long sur l'art militaire et démontrant aver la plus 
grande; facilité la supériorité des torpilleurs belges sur les 
cuirassés suisses — crut bon de démissionner. clans le but 
d'éviter une scission des anciens qui voulaient se séparer des 
bleus, moyen comminatoire et regrettable. Son départ, tout 
à fait volontaire, ^ malheureusement suivi de celui de bon 



Un joyeux Wallon 



Digitized by Google 



- 63 - 

nombre de camarades et ainsi, la « Wallonne » se trouva 
dans une fâcheuse situation. 

Le camarade Simon — qui en ce moment s'occupait 
quelque peu de la traite des blanches — prit en mains les 
rênes du pouvoir. Il faut louer en cette circonstance, son in- 
lassable dévouement à la société, ses nombreii" efforts pour 
relever la « Wallonne », d'où l'entrain avait disparu, toute 
son ardeur déployée pour lui faire revivre encore les beaux 
jours de jadis. 

Sous son égide, les Wallons reçurent dignement les étu- 
diants de l'Ecole polytechnique de Bruxelles, envoyés tout 
exprès à Gand, par le corps professoral, pour faire 
une étude approfondie sur la dilatation des estomacs due 
à réchauffement — pardon ! camarades — à l'absorption des 
quelques bouteilles d'Audenarde que contient la corne, 
seule relique précieuse de la société ! Pour les renseigne- 
ments relatifs à cette nouvelle théorie, prière de consulter... 
Monsieur le conducteur civil Grange. Que diable! mais ils 
sont tous possesseurs de leur peau d'âne, ces vieux copains; 
et moi... je ne suis encore que... après tous, taisons-nous, 
pour ne pas dire des choses, que les auteurs de mes jours 
doivent ignorer. 

Parlerai-je du traditionnel tonneau des Profs, rehaussé 
par la présence de notre sympathique président d'honneur, 
Monsieur le Professeur Massau, qui, tous les ans, tient à 
venir nous réconforter, nous encourager et nous montrer 
que, lui aussi, a porté la feuille de choux et que surtout il ne 
l'oublie pas.J'allaispresqu'oublier notre vieux papa Deneffe, 
tant vénéré des étudiants, notre cher Professeur, exubérant 
de jeunesse, malgré ses cheveux blanchis par le travail — 
et dire que chez quelques-uns de mes copains, le travail 
n'a pas attendu cet âge pour les punir de l'avoir trop connu ! 
— aujourd'hui à Véméritat, à qui nous avons fait le grand 



Digitized by Google 



~ 64 - 



honneur de déguster un tonneau de délicieuse Audenarde 
qu'il nous offrait. Je prie tous les jours pour vous, Mon- 
sieur Deneffe et vous n'en doutez pas, je pense, afin que 
dorénavant vous ne soyez plus atteint de cet affreux mal de 
gorge, qui vous empêche toujours de faire entendre votre 
voix harmonieuse et surtout si captivante, quand vous 
venez, au milieu de nous, remémorer vos boau\- jours 
d autan. 

Et maintenant, un mot de remcrcimcnts, à tous ceux qui 
se sont dévoués pour la vieille compagnie wallonne, toujours 
à l'avant garde pour défendre son drapeau, à tous ceux qui, 
dans l'avenir, fidèles à leur passé, n'auront qu'une devise, 
celle de notre vibrant professeur Discailles : « Libéraux, 
avant. Wallons après ». 

Souhaitons, pour terminer, prospérité à la « Wallonne », 
pendant l'année, qui va s'ouvrir bientôt. Formons le vœu, 
camarades, que les efforts des vieilles casquettes — qui 
nous quitteront bientôt — secondés par des nouvelles 
recrues, soient couronnés de succès. Que la « Wallonne », 
dorénavant, unie et forte, marche avec ses sœurs à l'assaut 
du mois de mai ! 

En Avant ! 

Comité : Président: E. Corbuzier, Vice-Président : A. Henry, 
Trésorier : Brasseur, Secrétaire : L. De Buisseret, Porte 
Drapeau : R. Dumortikr, Commissaires : A. Louis,Fabry, 
Coppée. 



Digitized by Google 



05 



Cercle Littéraire des Étudiants Libéraux 

sous la présidence d'honneur 
de M. le Professeur E. DICC AILLES. 
(Fondé le 2 février 18S2). 

Après un assoupissement assez prolongé, grâce peut-être 
au sang nouveau qui lu a été infusé, à déjeunes poètes, qui 
se réunirent dans l'intention de lui donner sa splendeur et 
sa vitalité d'antan, la Littéraire revit... 

La première séance a revêtu un caractère particulière- 
ment solennel. 

11 s'agissait, en effet, de choisir parmi les éphèbes 
chevelus, parmi les poètes, nouvelle- 
ment éclos à l'aurore parnassienne et 
qui, quelques heures auparavant, sans 
gite, accordaient leur lyre tricordite 
au centre d'un carrefour sombre, sous 
Une lune voilée, de choisir le chef 
suprême de la jeune phalange. 

On choisit tout d'abord l'archonte : 
un personnage fameylique, à l'allure 
noble, au geste olympien, à l'élo- 
quence imagée et douce. L'irrésistible archiviste 

L'émulation et le désir des honneurs Oom-le-bault ... 
agita tumultueusement alors les foules. Le Poète clama : 
« Je chanterai La Littéraire. Je ferai les écritures et les 
rapports en beaux vers de douze et les pieds nickelés et 
reluisants, pour la circonstance. » 

Un Econome, fluet et mince comme une lame de cou* 

5 




Digitized by Google 



teau, glapit : « L'économat est mon lot; qu'un me confie 
les trésors et je les garderai avec parcimonie. » 

L'Archonte prit alors une table de marbre et tailla : 

Composition de l'Aréopage littérarien. 
1906e Olympiade. 

Archonte: Famey; 
Scribe : Le poète Fernand Paul; 
Trésorier : Le Fluet économe: 
Archivistes : Le Sombre Hallicz. 

L'Irrésistible Gom-fe-bault. 

Restait à choisir la Phryné littérarienne. 

Aucune des beautés lesbiennes présentées ne fut trouvée 
digne de cet honneur. 

L'Aréopage remit son suffrage et décida de procéder à 
des recherches individuelles, de par la cité. On se partagea 
la besogne. 

L'Archonte prit évidemment les endroits mal famey*, 
le fluet Econome promit de fouiller la cave. Quant à l'irré- 
sistible Archiviste, tous les soirs, on peut le voir en chasse : 
vers huit heures, au coin de la place d'Armes, il attend la 
Phryné, qu'il proposera prochainement aux acclamations 
de l'Aréopage. 

J. L. 



Digitized by Google 



— 07 - 

Société Libérale des Étudiants en Médecine 

sous la présidence d'honneur de 
M. le Professeur émérite Ch. VAN BAMBEKE 

(Fondé en 1880). 

Ne faudrait-il pas conclure des sombres paroles, qui 
accompagnèrent — tel un leit motif Wagnerien, — la 
tradition au nouvel élu, de l'honorifique peau de rhat du 
président sortant, que le Comité défunt poussa un profond 
soupir de soulagement au mo- 
ment où il remit ses fonctions? 
Non pas que notre tâche fut 
trop lourde, mais depuis si 
longtemps on pronostiquait la 
mort prochaine et inévitable 
delà Médecine. qu'une pareille 
satisfaction pourrait paraître 
toute logique, puisque ce ne 
fut pas encore à nous qu'in- Au laboratoire de U Médecine.... 

comba le pénible devoir de fermer à jamais les yeux de 
la malheureuse. 

Une question se pose alors. La Médecine doit-elle la 
conservation du restant de sa vitalité au comité sortant? 
Nous n'aurons certes pas cette prétention; car quoiqu'ait 
pu faire notre dévoué président, rien ne put tirer de sa 
langueur notre société engourdie. 

Alors, sont-ce les membres qui l'ont conduite jusqu'à 
cette aurore d'une nouvelle année académique ? 

En relisant les comptes-rendus de fin d'année de mes 
prédécesseurs, j'en dois conclure que le nombre des mem- 
bres assidus aux séances se restreint chaque année et. s'il v 




Digitized by Google 



08 — 



a trois ans, on parlait avec amertume de vingt, que dirait le 
secrétaire d'alors, lorsque nous lui avouerions le chiffre 
lamentable de dix? 

Ses fondateurs n'auraient-ils donc donné à la Médecine 
que tout juste assez de vigueur, pour que leurs successeurs 
ne parviennent à la conduire que jusqu'à son vingt-cin- 
quième anniversaire et pas plus loin? Ne saurions-nous 
donc pas, comme eux, la rendre brillante et prospère, la 
faire remonter à cette apogée, dont elle est déchue, pour la 
célébration des fêtes de son cinquième lustre ? 

Les débuts de cette année nous avaient fait espérer un 
sérieux regain de vie et de grandeur; chose rare et extra - 
ordinaire depuis des années, huit nouveaux membres 
s'étaient fait inscrire, promettant d'amener encore à la 
Médecine de nouvelles et enthousiastes recrues. 

Les toutes premières séances furent débordantes de galtc 
et d'entrain. Les tonneaux se vidaient à fond, avec cepen- 
dant l'aide dévouée et altérée de nombreux et chauds 
camarades de la Fédération. De boire ainsi, cela fait chanter 
et sans interruption les chanteurs se succédaient, si pas 
toujours inédits dans leur répertoire, du moins toujours 
gais et spirituels. 

Puis vint le banquet ; tout ce qu'on peut en dire, c'est 
que plus des trois quarts des membres y assistèrent, pour 
manger vite et de bel appétit et pour contribuer à le 
rendre calme et morne. 

Dès ce jour, a commencé la débâcle; les membres déser- 
taient les séances ; seuls, nos invités restaient fidèles. Je ne 
puis, en passant, m'empècher de leur rappeler et renouveler 
tous les remerciments émus et mérités que leur adressaient, 
dans le courant de cette année, les rares membres de la 
Médecine qui fréquentaient les séances, car n'est-ce pas à 
eux que nous devons qu'il y eut encore des tonneaux à la 



Digitized by Google 



- 09 — 



Médecine et cela tous les quinze jours ? Une bonne part de 
la conservation de la vitalité de la Médecine leur revient 
donc. 

Une fois, les présences furent plus nombreuses; ce fut au 
souper aux moules. Puis, ce fut à nouveau la désertion des 
séances précédentes, à tel point qu'un beau suir nous fûmes 
neuf, dont quatre invités, autour d'un tonneau de Munich ! 

Et maintenant, vais-je préconiser tel ou tel système pour 
attirer les membres aux réunions? Chaque année nous 
furent présentés d'autres et nombreux moyens, si bien que 
j'en crois la série épuisée. Rien n'y fît. 

Je ne puis donc que vous exhorter à accourir tous, nom- 
breux et gais aux séances, de chercher, chacun de son 
côté, à amener de nouveaux membres à la Médecine. 

Me basant sur vos sentiments libéraux, j'ai la conviction 
que l'an prochain, nous serons plus nombreux que jamais 
pour célébrer dignement, le triomphe de nos idées les plus 
chères en même temps que le 25 e anniversaire de notre 
Médecine libérale, qui fut, pendant si longtemps, la plus 
brillante et la plus prospère des sociétés estudiantines. 

J. Piron. 

Comité pour 1905-1906 : 

Président: Haemelinck, M.; Vice-Président: Bruyneel, E.; 
Secrétaire; Amillia, F.; Trésorier : Vercoullie, J.; Porte- 
drapeau : Verdonck, A.; Commissaires : (Doctorat) : Vande 
Maele, Firmin; (Candidature): Vande M aelk, Octave ; 
(Science) : Duivepaart, G. 



Digitized by Google 



— 70 — 



Cercle Universitaire des Colonies Scolaires 

Sous la présidence d'honneur 
de M. l'Avocat G. LAMPENS 

(Fondé le 28 janvier 1895) 

Sous la présidence du camarade Colinet, le Cercle Univer- 
sitaire des Colonies Scolaire devait vivre une année particu- 
lièrement prospère. En pouvait-il être autrement? Pendant 
quatre ans, il fit partie des différents comités qui présidèrent 
aux destinées des Colonies Scolaires, se dévouant sans cesse 
à cette œuvre toute estudiantine. Commissaire de 1900 à 
1902 vice-président de 1902-1904, notre bon Colinet se 
décidait enfin à accepter les honneurs de la présidence, pour 
l'année académique 1904-1905. L'expérience qu'il avait 
ainsi acquise, était un sûr garant de la réussite de toutes 
les fêtes que donneraient les Colonies scolaires. 

Sous ses ordres, le comité se mit immédiatement à Ton- 
vrage et annonçait déjà poui le mois de janvier 1905 une 
représentation de gala au Grand Théâtre : au programme : 
« Lakmé » et une revue en 2 actes de notre ami Servais 
« Gand y a de la Gène ! » Cette fête traditionnelle reçut 
du public gantois l'accueil le plus favorable : la soirée fut 
brillante, la recette fructueuse. A tous ceux qui y assistèrent 
va notre gratitude et notre reconnaissance. 

Merci à nos professeurs libéraux, qui répondirent tou- 
jours généreusement à notre appel. 

Merci à tous nos camarades de la Fédération, qui n'hési- 
tèrent pas à sacrifier leur temps pour assurer le succès de 
nos fêtes. 

Surtout le camarade Colinet n'épargna pas son dévoue- 



Digitized by Google 



— 71 - 



ment; aussi est-ce ajuste titre que l'Assemblée lui décerna 
le titre de membre d'honneur. 

Mais nous serions ingrats, si nous ne comprenions dans nos 
remercîments tous ceux qui se chargent de l'organisation 
matérielle de nos Colonies Scolaires de Crocodile et surtout 
notre président d'honneur, M. G. Lampens, qui inlasable- 
ment se prodigue à cette œuvre de charité. 

Arrive l'époque du carnaval : la bande de nos pierrots se 
répand en ville; elle s'en va sonner aux portes des maisons 
amies et jamais l'huis ne se referme, sans qu'elle ait reçu 
l'obole due aux malheureux. 

Notre appréhension était cependant grande : recolterions- 
nous autant que les années précédentes? nous n'avions pas 
trouvé de chanteurs et c'étaienl eux qui recueillaient la ma- 
jeure partie de la collecte. Mais les camarades Simon, 
Heyse, Mosselman, Kéon, Dauge, et d'autres se démenè- 
rent si bien que nos craintes furent vaines. La vente de fleurs 
de la soirée du dimanche nous procura aussi un joli bénéfice : 
merci au camarade Simon pour cette heureuse innovation. 

Puis ce fut notre traditionnelle fête au Carrousel-Salon. 
Plusieurs gentes demoiselles y vinrent mettre à l'épreuve 
la galanterie de nos étudiants. La soirée se prolongea jus- 
qu'à l'aurore et grâce aux bons soins du camarade Dauge, 
nous eûmes tout lieu de nous réjouir de son résultat. 

Et maintenant que vous voilà au courant de l'activité 
du Cercle des Colonies scolaires, il ne nous reste plus qu'à 
remercier tous ceux qui l'aidèrent à remplir sa tâche huma- 
nitaire. 

Membres du Comité de 1905-1906 : 

Président : A. Dauge; Vice-Président : A. O. de Kerchove de 
Denterghem; Secrétaire : N. Van Waesberghe; Trésorier : 
R. Delmotte; Porte drapeau : R. Heyse. 



Digitized by Google 



CERCLES NON FÉDÉRÉS 



Cercle des Étudiants Rationalistes 

sous la présidence d'honneur de 
M. le Professeur VERCOULLIE. 
Local : Hôtel des Mille Colonnes, Place Lié vin Bauwens, 2. 

Il est d'usage que toute société soucieuse de sa prospérité 
s'enquière de la somme de travail qu'elle a fournie. Pour un 
cercle, comme celui des Etudiants Rationalistes, d'une 
activité si fébrile, il est particulièrement intéressant, voire 
utile, de jeter, de temps en temps, un coup d'œil d'ensemble 
sur l'œuvre passée, pour rechercher si les résultats obtenus 
commandent de maintenir l'ancienne règle de conduite, de 
la modifier ou d'en adopter une nouvelle. 

Faisons donc quelques constatations sur les opérations de 
l'exercice 1904-1905. 

Notre vitalité, quelque temps alanguie, et malgré les com- 
mencements difficiles de cette année, s'est bien vite retrempée 
dans l'ardeur et la force mêmes des énergies qui restaient. 
Nous avons été heureux de voir nos initiatives couronnées 
de succès et notre vaillant cercle retrouver, grâce à de pré- 
cieux dévouements, sa situation florissante de jadis. Finie, 
la crise! 

Cependant, à côté de ces dévoûments, il faut bien 
l'avouer, nous avons aussi à regretter certaines indiffé- 
rences, presque des défections. Les séances ne sont pas 



Digitized by Google 



- 7.3 - 



toujours très suivies et même, qu'il nous soit permis de 
faire ici un reproche spécial au camarade Joseph Laureys, 
qui avait accepté la vice-présidence de notre Cercle et dont 
nous ne comprenons guère le brusque désintéressement, 
surtout après des preuves d'un zèle tout à fait extraordi- 
naire en faveur de notre cause. Le camarade Laureys, non 
seulement ne s'est montré à aucune de nos réunions, mais 
encore n'a pas daigné s'excuser une seule fois. Pourquoi? 
Nous l'ignorons et nous ne pouvons que nous en affliger. 

D'autre part, le nombre de nos membres n'a guère aug- 
menté, au contraire. Beaucoup, et de nos meilleurs, sont 
partis, leurs études étant tei minées. Espérons qu'ils conti- 
nueront à lutter avec une opiniâtreté sans égale pour le 
triomphe de la raison et de la vérité. 

On a fait peu de nouvelles recrues. Heureusement nous 
avons conservé des éléments d'élite et la vaillance d'une 
société ne se mesure pas au nombre, mais bien à la valeur 
de ses membres. D'ailleurs, absorbés uniquement par nos 
travaux, nous avons cherché à semer nos idées aux quatre 
coins du pays et même au-delà de nos frontières, bien plus 
qu'à raccoler quelques membres d'occasion ou de complai- 
sance, éléments souvent nuisibles et toujours encombrants. 
D'une façon absolue, nous pouvons affirmer que toute 
volonté qui vient à notre aide, agit spontanément et n'est 
mue par d'autre ressort que le désir intense d'unir ses 
efforts aux nôtres pour déraciner le dogme et l'hypocrisie. 
Nous en trouvons la meilleure preuve dans la crainte, le 
désarroi et l'irritation que les Etudiants Rationalistes ont 
porté dans les rangs de leurs ennemis. 

Et maintenant, quelques mots de notre activité. De con- 
férences publiques, il n'y en eut guère que deux, cette 
année. Celle, très instructive et qui avait été claironnée 
longtemps à l'avance, de notre dévoué président d'honneur. 



Digitized by Google 



74 - 



M. le professeur Vercoullie, sur la frontière linguistique en 
Belgique, et celle, fort animée, parce que donnée sous forme 
d'enquête contradictoire par M. Armand, de Paris, sur les 
enseignements du Christ. Des étudiants catholiques y étaient 
accourus tout exprès pour controverser. 

« Seulement deux conférences », s'exclamera-t-on peut- 
être, <f c'est maigre ! » — Nous ne le contestons nullement. 

Mais nos travaux ne se sont pas bornés à cela. En effet, 
ayant constaté, l'année précédente, que ce moyen de pro- 
pagande ne donnait plus tous les résultats souhaités et pour 
rompre aussi l'insupportable entrave des indispositions et 
des excuses de messieurs les conférenciers, qui entravait 
notre ardeur, le cercle des Étudiants Rationalistes a décidé 
d'entamer, outre les conférences, causeries et discussions, 
un nouveau mode de propagande sans merci en éditant des 
brochures, messagères lointaines et infiniment plus efficaces 
pour la propagation de nos idées. Le succès de ces brochures 
a dépassé de loin les espérances les plus optimistes. Partout 
elles ont répandu notre nom, partout elles ont secoué les 
énergies languissantes, partout elles ont crié la pensée libre. 

Nous ne pouvons négliger de remercier particulièrement 
notre estimé président, le camarade René Martin, pour sa 
lettre ouverte, publiée sous forme de brochure, et adressée 
au R. P. Deschamps, s. J., sur Un prétendu Miracle, que ce 
prêtre s'était plu à exposer dans une conférence donnée au 
« Chapeau Rouge » et à laquelle il avait bien voulu inviter 
les Etudiants Rationalistes. Cette lettre, véritable monu- 
ment de logique et de science, répond victorieusement aux 
assertions ridicules du P. Deschamps. Aussi, l'édition a été 
littéralement enlevée. Quel succès, mes amis; quelles 
recettes ! 

Depuis lors, notre caisse, si je ne me trompe, sonne moins 
creux et le cher camarade trésorier, Armand Van Hool, 



Digitized by Google 



— 75 - 



mérite notre unanime reconnaissance pour avoir dépensé 
sans compter au profit de notre cercle ses remarquables 
aptitudes mercantiles. — « Des brochures, camarade? 
Voyons, achète-moi une brochure ; dix centimes seule- 
ment, et c'est si intéressant ! Sincèrement, tu ne regret- 
teras pas ta monnaie ». C'était lui, toujours lui, le dévoué, 
l'inlassable Van Hool, sortant de ses poches profondes 
comme des abîmes, aux yeux écarquillés de sa proie, des 
brochures, des brochures et encore des brochures. Il en 
avait de toutes sortes et il ne vous lâchait qu'après vous 
avoir vendu un exemplaire de chacune ! Brave camarade, 
Van Hool, va ! Nous te félicitons et t'exprimons ici toute 
notre gratitude, à toi, et aussi au camarade Léon Frànkel. 

L'un des fascicules, que nous vendons, offre un intérêt plus 
spécial pour les Etudiants Rationalistes. Nous voulons citer 
celui qui contient les Déclarations de Principes présentées par 
M. Ferdinand Buisson, de Paris, au Congrès International de la 
Libre Pensée réuni à Rome, le 22 septembre 1904. Et voici 
pourquoi : le Cercle des Etudiants Rationalistes à précisé 
son programme en adhérant officiellement à ces principes 
et a même modifié ses statuts en y inscrivant en tête ces 
résolutions. 

Nous avons donc, chers camarades, fait peau neuve 
à de nombreux points de vue. Jusqu'au siège de la société, 
a changé : il a été transféré à l'Hôtel des Mille Colonnes. 
Et certainement, il y aurait de l'ingratitude à ne poin* 
renouveler ici à M. le Représentant Félix Cambier, nos vifs 
rcmercîments pour la bienveillante hospitalité qu'il nous a si 
longtemps et si libéralement accordée au local des Libé- 
raux Progressistes, lorsque ce parti était installé à la 
« Maison des Brasseurs ». Nous en gardons un souvenir de 
reconnaissance enthousiaste, car c'est dans ce local que 
nous avons fait nos premiers pas et c'est là que nous avons 



Digitized by Google 



— 70 — 



cueilli nos premiers lauriers, sous la tutelle d'une égide 
désintéressée. 

Avant de conclure nous croyons pourtant bon de rappeler 
que certaines questions importantes demeurent encore irré- 
solues : telles sont entre autres : celle d'un drapeau ou 
cartel et celle d'une bibliothèque. Bientôt, espérons-le 
— nous l'avons d'ailleurs déjà décidé en principe — nous 
aurons l'un et l'autre. 

Et maintenant, réjouissons-nous. Nous sommes devenus 
une force. Notre nom a débordé par dessus nos étroites 
frontières. En France) au Grand-Duché de Luxembourg et 
peut-être ailleurs encore, l'on n'ignore pas qu'il existe à 
l'Université de Gand, une phalange d'étudiants et d'ex-étu- 
diants qui, n'écoutant que leur jeunesse généreuse et entre- 
prenante, ont décidé de balayer le mensonge et le dogme 
et de préparer les générations nouvelles, par la défense 
opiniâtre de la vérité, à vivre dans une société réformée sur 
les bases de la Science et de la Liberté ! 

Le Secrétaire : M. Raepsaet. 

Comité : 

Président : Maurice Berger ; Vice-Président : Georges Hail- 
lez; Secrétaire : Maurice Raepsaet; Secrétaire- Adjoint : 
Charles Thomas ; Trésorier : Armand Van Hool; Trésorier- 
Adjoint: Paul Herrinck; Bibliothécaire : Maurice Vander- 
schueren; Commissaire': : Albert Seghers, Joseph Ver- 
coullie. 

Membre d'honneur : René Martin, pharm. à Frameries. 



Digitized by Google 



Le *t Zal Wel Qaan. 

Ce qui saute aussitôt aux yeux dans l'excercice écoulé, 
est la discussion politique, qui éclata à la suite de la candi- 
dature de Fonteyne. Le fait qu'un membre du 't Zal avait 
sifflé (devant l'Association libérale, lors du déménagement 
de notre société, suscita dans rassemblée des mouvements 
divers. Le président Faure, déposa un ordre du jour de 
blâme, qui fut repoussé par un second ordre du jour, 
refusant la mise aux voix du premier; à la suite de ce fait 
le président Faure donna sa démission. 

Alors la querelle éclata sérieusement : deux véritables 
partis se formèrent au sein du 't Zal ; les premiers voulaient 
le 't Zal libéral; les autres voulaient qu'il se tint en dehors 
de la mêlée des partis. Pour être précis, reproduisons les 
deux motions déposées. 

Celle de Vercoullie : 

<» Le 't Z. W. G. est un cercle libéral, flamand et son 
activité ne peut s'exercer que dans ces deux domaines ». 
Celui de De Gruyter : 

« Le 't Z. W. G. déclare ne pouvoir se lier officiellement 
ni au parti catholique, ni aux partis : libéral, socialiste, 
progressiste ou démocrate-chrétien. 

« Le 't Z. W. G. serait accessible à tous ceux qui ont la 
pensée libre, qui sont partisans du libre examen, de l'en- 
seignement obligatoire, du suffrage universel, de la réorga- 
nisation de l'armée, des impôts progressifs, et avant tout, à 
tous ceux qui sont convaincus que le moyen essentiel à 
employer à cette fin est le flamingantisme ». 

La discussion fut loyale, mais la sincérité y fut parfois 
brutale. 



Digitized by Google 



— 78 — 



La question fut envisagée sur toutes ses faces. La situation 
devint de plus en plus tendue. On en vint à proclamer que 
le parti battu quitterait le 't Zal. 

Et le 16 décembre, on passa au vote. L'ordre dujourVer- 
couillie obtint 34 voix, contre 19 pour celui de De Gruyter 
et une abstention. Les partisans de la motion De Gruyter 
donnèrent aussitôt leur démission. 

Ces discussoins absorbèrent la plus grande partie de 
notre activité. L'avenir du 't Zal était en jeu. Bien d'autres 
points de notre programme en souffrirent : l'Almanach ne 
parut pas ! 

Le 't Zal cependant, se fit représenter à la Grande Mani- 
festation Libérale de Bruxelles, ainsi qu'à Liège et à 
Courtrai. 

Il rendit aussi un dernier hommage à deux de ses mem- 
bres d'honneur : le poète J. de Geyter, qui lui dédia son 
« Keizer Karel » et un autre, l'éminent poète laekenois, 
Karel Bogaerd. 

Comme conférenciers nous eûmes, MM. les professeurs 
Fredericq, Vercoullie, Logeman; MM. Basse, Fris, Van 
Hauwaert, le littérateur Gustaaf D'Hondt et enfin le criti- 
que d'art Desmarez. 

Mais le point le plus intéressant fut le cours de vacances 
de Leide. C'est bien au 't Zal Wel Gaan que revient 
l'honneur d'avoir obtenu ces cours, grâce naturellement au 
concours précieux des étudiants Hollandais : MM. Kielstra, 
Welckers, à Leide. L'accueil fut chaleureux ; de plus, 
trois des plus distingués professeurs de cette honorable 
Université : MM. Blokk, Kalff, Verdam se mirent à notre 
disposition. Notre reconnaissance va à eux, ainsi qu'aux 
camarades hollandais, qui nous cédèrent si généreusement 
leurs chambres. 

Cette année-ci les cours seront repris, et seront organisés 



Digitized by Google 



— 19 — 



sur un plus grand pied. Nous espérons que les quatre Uni- 
versités du pays y seront représentées. Car, au moment où 
on discute le projet d'alliance Hollando-Belge, il est du 
plus haut intérêt d'apprendre à connaître nos voisins 
d'outre Moerdijk! 

Les vides, qui se sont produits dans nos rangs par la 
désertion du groupe De Gruyter, sont largement com- 
pensés par l'unité de volonté et de persévérance. 

Le 't Zal Wel Gaan est pour le moment prospère. 

Le Secrétaire : Alg. Desmet. 

Le comité est formé comme suit : 
Président: J. Vercouillie; Secrétaire: Aug. Dksmkt; Secr. 
adjoint : J. De Cavel: Trésorier : A. De H visser ; 
Bibliothécaire : Van Duyse; Porte-drapeau : O. V. D. Win- 
ckele; Commisaire : E. Vuylsteke. 



Société Générale des Etudiants Etrangers. 

(Fondée en 1902) 

Presque toutes les nations se trouvent représentées dans 
son sein, ce qui réalise en petit, le grand idéal de fraternité 
universelle. . 

Il est inutile de- dire que toute question politique en est 
exclue, que son seul but est de procurer l'appui moral et des 
liens de confraternité sincère, destinés a rendre moins 
dure, le solitude et l'isolement que cause l'exil de la 
terre natale. --- Depuis sa fondation, on y organisa des soi- 
rées empreintes de la plus franche gaieté, des concerts des 
plus animés, des réunions sportives, des coupes universitai- 



Digitized by Google 



- 80 - 



res. une coquette exposition d'art estudiantin, les inou- 
bliables fêtes, qui commémorèrent chaque année, la fonda 
tion du cercle et auxquelles furent invités, sans distinction 
politique, les camarades belges qui nous prodiguent les 
marques de sympathie et nous donnent la douce illusion 
d'avoir ici une seconde patrie. 

L'activité du nouveau cercle été entravée par le départ 
de plusieurs dévoués et surtout par la nécessité, où nous 
nous sommes trouvés de déménager. Mais, depuis quel- 
que temps la société s'est ressaisie. Il y eut un élan 
d'enthousiasme, de bons projets, et une augmentation de 
membres. 

Espérons, maintenant, que sous l'habile direction du 
sympathique président et de son comité, la Société Géné- 
rale des Etudiants Etranger, verra s'ouvrir une nouvelle 
ère de prospérité. 

Mykonios. 

Président : Alex. Russaxowski (Polonais) , Vice- Président : 
Kroupinski (Russe ; Secrétaires : Phocion Photiadès 
(Grec) Trésorier: Salvadore Roque de Pinho (Portugais); 
Commissaire : Jan Koff (Bulgare). 



Digitized by Google 



ï>(ldMT(\dD(iii Do 



(Fondé le 21 février 1905) 

— « Bonnes gens! ne vous ébahissez pas trop, lorsque 
dans la longue nomenclature des cercles estudiantins, vous 
voyez brusquement surgir, ce dernier rejeton 

« Il manquait bien encore un cercle libéral au droit. Je 
vous demande un peu.... Dites-moi donc : combien de 
sociétés, d'associations, de cercles de vogelpik libre pen- 
seurs, de joueurs de coudions anticléricaux vont encore 

fonder, ces sacrés étudiants c'est de la prodigalité, de la 

monomanie, une scie, quoi? Un banquet libérai au droit ; 
mais cela ne s'est jamais, jamais vu » 

Et cependant, un soupir de satisfaction gonfla toutes les 
poitrines et expira sur les lèvres en une joyeuse exclamation, 
lorsqu'on apprit dans ce capharnaum du droit, que le cama- 
rade Jules Nolf, qui — chi-Io-sa — apparemment désirait 
accaparer l'un ou l'autre fauteuil présidentiel, prenait l'ini- 

6 



Google 



— 82 — 



tiative de fonder ce petit cercle — expression matérielle de 
la solidarité de tous les éléments libéraux de la vieille 
boîte. 

Et rusé, comme un vieux renard, avec sa jugeotte 
d'Ypriote, peut-être se dit-il : « Ventre affamé n'a point 
d'oreilles. » Il les convia tout d'abord à essayer leur énergie 
gastronomique en un somptueux banquet, se réservant de 
liquider les quelques questions épineuses qui restaient à 
résoudre, au moment, où suffisamment alléchés par un fin 
menu, ils voteraient tout ce qu'il souhaitait. 

L'élaboration des statuts marcha donc sur des roulettes, 
qui furent peut-être celles du fauteuil présidentiel de Nolf; 
la codification d'un règlement ne fut qu'un jeu pour des 
disciples de Portalis. Mais,* lorsqu'on en arriva à devoir fixer 
le caractère du jeune organisme, ce fut plus compliqué. 

On vit tout un chacun déployer son savoir; de graves 
questions furent débattues, dont retentirent les échos de la 
« Fleur de Blé » — débats remarquables où plusieurs affir- 
mère nt en des périodes cadencées et sonore9, la logicité de 
leurs arguments. 

Enfin une majorité absolue suffisamment éclairée, décida 
la pérennité de l'institution, revivifiée chaque année par de 
nouveaux, de jeunes éléments. 

Passer sous silène* 1 le banquet, qui fut l'acte le plus 
mémorable de cette docte assemblée, serait un crime. 

Un bon nombre de convives — une quarantaine — s'étaient 
réunis au « Rubens ». A la table d'honneur, aux côtés du 
camarade Nolf, le front ceint de lauriers, trônaient ceux 
dont la faconde inépuisable et la vigueur des poumons 
bercent habituellement les sens et l'esprit des foules. C'était 
Riggi, au toupet magistral, c'était son inséparable Eggen. 
c'était Lequeux... 

Et tandis que les convives s'animent par degrés, le cama- 



Digitized by Google 



— 83 - 

rade Nolf, se lève, entre la poire et le fromage"; et com- 
mence la série des toasts, fleuves d'éloquence qui se 
mêlant aux flots de vins répandirent bientôt un enthousiasme 
délirant.... On trépigne, on bat des mains. 

Des divertissements s'organisent, des pianistes tapent 
sur l'ivoire.... On ne se sépara pas sans avoir été présenter 
comme tout bon fils, à la Mère des Etudiants, les compli- 
ments d'usage, dans ces occasions funambulesques. J. L. 

Président fondateur : J. Nolf; Secrétaire fondât : R. Dklmottb. 



Société Académique d'Histoire. 

(Fondée le 12 janvier 1887). 
Local : Au Lévrier, Marché aux Grains. 

La Société Académique d'Histoire, plongée depuis 1902 
en une profonde léthargie, vient de se réveiller avec une 
vigueur et une énergie nouvelle. Plusieurs fois déjà elle 
avait disparu momentanément faute de membres, car la 
condition primordiale de son existence était et est soumise 
aux fluctuations du nombre très restreint d'étudiants s'oc- 
cupants d'histoire. 

Avant les vacances de Noël, quelques-uns de ceux-ci, 
dévoués et appliqués, ayant constatés que leur nombre s'était 
soudainement accrû, firent appel à leurs camarades histo- 
riens et historiophiles ; et, de commun accord et après les 
conseils de M r le professeur Pirenne, décidèrent de refonder 
cette société, qui aujourd'hui compte une bonne vingtaine 
de membres effectifs. 

Ayant comme unique but la recherche de la vérité et le 
désir d'éclairer ses membres, ce cercle n'a un caractère ni 



(i) Il était assis entre Riggi et Eggen ! 



Digitized by Google 



— 84 — 



politique, ni linguistique. A peine sa réorganisation s'est 
elle accomplie que de nombreux conférenciers ont annoncé 
leur arrivée ; de quinzaine en quinzaine ils viendront soute- 
nir des thèses devant leurs camarades et devant leurs profes- 
seurs. Ces derniers ont jugé que leur tâche et leur devoir 
était de soutenir la jeunesse estudiantine chaque fois qu'elle 
veut travailler. 

Parmi les conférenciers citons : Blyau, Eggen, Gombault, 
Ledoux, Léger, Vlaeminck. 

A la fin de l'année la société, par une publication, se pro- 
pose de donner le compte-rendu de ses travaux et les résu- 
més de ses causeries. 

Espérons que cette fois-ci son réveil sera définitif et sa 
prospérité grandissante 

Président : J, Eggen; V ice- Président : R. Ledoux; Secrétaire : 
Vlaeminck ; Trésorier : A. Gombault. 



Les Caviars 

Nous n'avons pu parvenir à nous faire remettre le 
compte-rendu des Caviars. Le Grand Maître est fort occupé. 
Il vient de faire l'acquisition d'une.... Victoria. 



Digitized by Google 



BRUXELLES 



Association Générale des Etudiants de 
l'Université Libre 

L'A. G a fait preuve comme les autres années d'une 
belle activité. Il nous fut donné d'assister à une séance 
d'inauguration présidée par le recteur et de nous livrer à 
une chorégraphie échevelée dans un bal pharamineuse- 
ment chaud. 

L'A. G. organisa une excursion à Paris et Verheven 
conduisit nos escholiers vers l'urbe que l'on vocite Lutèce, 
urbe inclyte où ils déambulèrent par compites et quadri- 
vies, transfrètèrent la séquane et se casèrent, nom de Dieu! 
au quartier Latin. 

Puis après vinrent les fêtes de la St-Verhaegen. Il y eut • 
le tremblement accoutumé : Discours longs de plusieurs 
toises, banquets copurchics, vadrouilles reluisantes et bal 
monstre avec un punch qui pocharda outrageusement la 
population universitaire. 



Digitized by Google 



— 80 — 

Plus tard vint un salon d'art esthétique, électrique, 
néo-byzantin, égotiste et internationnal. 

Puis un bal suivit, puis d'autres festivités encore 

On s'amuse à l'A. G., ce me semble. Strapontin 14. 

Président : Guillaume Vkrheven ; Secrétaire : R. Séaut. 



Les Sections de FA. G. 



Section de Médecine 

Sous l'impulsion énergique de son Comité, la Section de 
Médecine se réveille de l'engourdissement où elle semblait 
plongée depuis plusieurs années. Sept conférences, un 
banquet, deux excursions, une fête musicale forment le 
tableau de son activité pendant l'année 1905 et la montrent 
en passe de devenir une des sections les plus florissantes. 
Plusieurs de ces journées font époque dans les annales 
estudiantines. Ce n'est pas sans le ferme désir de les 
revivre cette année-ci que les héros de Rupelmonde se 
rappellent les heures joyeuses passées au bord de l'Escaut, 
à Bornhem, à Baesel.... et à Anvers. 

On parle encore de l'excursion à Paris et à Montmartre 
(ne confondons pas), de ce mémorable réveillon de Noël 
au Boulevard Poissonnière, des intéressantes visites à 
l'Institut Pasteur, aux collections Orfîla, Dupuytren, etc., 
enfin de ces cinq jours (et de ces cinq nuits) partagés entre 
la science, le plaisir et les arts (surtout les quat'). 

La fête musicale du 6 décembre réussit au delà de toute 
espérance. Il n'en pouvait être autrement : M lle Ivonne 
Kerlor nous apportait le charme exquis de sa jeunesse et 
de sa voix, le camarade De Lange son réel talent de 
pianiste, M. De Vlieger son art consommé du violoncelle 
et M. Pierkot sa virtuosité de violoniste. 



Digitized by Google 



— 87 — 



Il n'en faut pas plus à la Section de Médecine pour 
affirmer sa vitalité et bien augurer de l'avenir. 

Citons pour fini.* les conférences du D r Danis : De Amore ; 
du Prof. Spehl : Hypnotisme et Suggestion; du Prof. 
Héger : Iconographie Anatomique ; du Prof. Brachet : le 
Néovitalisme; du D r M. Willems : Faut-il que jeunesse 
se passe ; du D r E. Willems : le Secret Professionnel et 
enfin la remarquable conférence du D r Tott de Liverpool, 
qui vint nous offrir la primeur de ses récents travaux sur 
la Maladie du Sommeil. 

Scalptok. 

Président : G. Piessevaux ; Secrétaire : E. Quignon. 



Section de Droit 

Cette célèbre section fait preuve d'une activité débor- 
dante. Entre autres réjouissances estudiantines, elle organisa 
un célèbre banquet, qui fut boulotté le 
mardi 23janvier 1906. 

Ce banquet amena une interpella- 
tion violente adressée au président 
Grenez par le camarade O. d. M. Le 
président, qui avait composé le menu 
de sa propre autorité, refusa malgré 
de vives instances, d'y faire paraître 
un suprême de ris de veau. 

A l'assemblée suivante, O. du Mael- 
beek, soutenu par un groupe de mécon- 
tents, demanda des explications et 
réclama pour l'avenir l'assurance formelle qu'il y aurait 
du ris de veau au prochain banquet de la Section de Droit. 




Digitized by Google 



ss - 



Comme Gunzburg associait à cette juste réclamation ses 
doléances personnelles sur le même sujet, le sympathique 
Ch. Grenez expliqua les raisons de sa conduite et promit de 
tenir compte des goûts gastronomiques des interpellateurs. 
Sur ce, on fit la paix, et depuis tous les membres travail- 
lent avec un dévouement unanime à la prospérité de leur 
vaillante section. 

Strapontin II 

Président : Charlks Grenkz; Secrétaire: Richard Kreglinger. 



Section des Sciences 

S'il est un cercle à l'iT. L. qui garde fidèlement ses 
joyeuses traditions, c'est assurément le Cercle des Sciences, 
Voici quinze ans déjà que le fils du vénéré professeur Rous- 
seau le fonda, et nous pouvons dire que durant le temps 
écoulé depuis, temps qui forme pour un cercle estudiantin, 
une vie déjà longue, sa prospérité alla toujours croissant. 
A l'heure actuelle c'est une des plus florissantes Sections 
de notre Générale, celle où la vitalité est la plus intense, 
celle où l'on trouve réellement la bonne entente, la franche 
camaraderie, et l'estudiantine gaieté. 

Il est conduit actuellement par le sympathique camarade 
Brohée, qui, par son intelligente gestion, et son aimable 
façon de présider, réalise pleinement les espérances que 
ses camarades, en l'élisant, fondaient sur lui. Son Comité, 
composé des camarades Bernasco et Berger comme Vice- 
présidents, Van Eessen et Loicq respectivement Secrétaire 
et Trésorier, l'aide de son mieux et ces camarades consti- 
tuent un comité vraiment actif, travaillant avec un superbe 
ensemble au bien commun. 

Comme activité, le Cercle des Sciences a fourni cette 



Digitized by Google 



- 89 - 



année quantité de séances tous les quinze jours régulière- 
ment) dont les camarades gardent, le meilleur souvenir: 
aussi, viennent-ils, nombreux, aux soirées du Cercle, dont 
l'ordre du jour, toujours intéressant, les allèche d'abord, et 
réalisé, les laisse sous une excellente impression : « C'était 
une chaude séance! » entend-on le lendemain dans les 
couloirs de l'Université ! — Si je voulais entrer dans les 
détails, j'en aurais long à raconter, mais comme je dois me 
limiter, je me contenterai, pour terminer, de noter la créa- 
tion, au sein de la Section, d'une sous-section d'Art : a en 
juger par les éléments qui la composent, on peut augurer 
pour elle le plus brillant avenir. 

Et, pour finir, chers lecteurs, voulez- vous connaître le 
secret de cet heureux état de choses : Il réside tout entier 
dans l'admirable union qui règne parmi les membres du 
Cercle des Sciences ! E. B. 

Président : Brohée, H.; Secrétaire : Van Ekssen. 



Section de Philosophie 

La Section de Philosophie a fait preuve, jusqu'ici, et 
continuera, sans nul doute à faire preuve d'une remarquable 
activité. 

La séance de rentrée de la section fut honorée de la 
présence de M. le Professeur Vanderkindere, Président 
d'honneur qui, dans une admirable allocution, nous parla 
de nos devoirs vis-à-vis de la Science et du Libre-Examen. 

Au mois de novembre, la Section célébra le 5 me anniver- 
saire de sa fondation et cette commémoration, coïncidant 
avec l'anniversaire de la fondation des sections des Sciences 
et de Polytechnique, donna lieu à de brillantes festivités. 

Au programme de l'année 1906 figurent encore de nom- 



Digitized by Google 



— <>0 — 



breuses conférences et d'autres réjouissances, d'ordre plus 
purement estudiantin, telles que Revue d'ombres, concours 
de chansonnettes et excursion champêtre. 

Président : P. Decoster; Vice- Président : R. Périer: Secré- 
taire; P. Loicq; Trésorier : L. Jacqmain; Porte-Drapeau : 
G. Bergh ; P or te-Draf eau-adjoint : Gallez. 



Section de Polytechnique 

Malgré des demandes répétées, nous n'avons pu obtenir 
des renseignements précis sur l'activité de la dite section. 

Nous savons cependant qu'on y déploya assez de travail 
et qu'on s'y amusa ferme. Isidore Lagrue. 

Président : J. Delecourt; Secrétaire : Henig. 

Cercle des Etudiants Libéraux 

Les Eliacins bravaches, qui avaient fait serment sur la 
croix, de conquérir à la foi l'Alma-Mater hérétique, ont 
eu suffisamment le bec cloué par l'attitude courageuse de 
nos devanciers, pour ne plus tenter cette année une croisade 
inutile. 

Notre Cercle, n'ayant pas eu à montrer les dents, s'est, 
par tous les moyens en son pouvoir, occupé spécialement 
de l'éducation politique de ses membres. Il a mené 
jusqu'ici une vie simple et heureuse, toute d'activité 
cependant. 

La séance de rentrée, honorée de la présence de M. Paul 
Hymans, avait attiré un nombre d'étudiants tel que jamais 
ne vit notre salle du Renard. Inutile d'ajouter que ce fut 



Digitized by Google 



■ 



— 91 - 

un vif succès dont on parla longtemps et qui assura aux 
« Libéraux » un regain de popularité. 

Depuis lors, les conférences se sont succédées, assi- 
dûment suivies et attentivement écoutées. MM. les députés 
Lorand et Hambursin vinrent nous entretenir, l'un de la 
Réforme Electorale, l'autre de la Question Agricole et se 
firent chaleureusement applaudir. 

En une séance mémorable, MM. Cocq et Smelten, de la 
Ligue de l'Enseignement, sont venus prcsider une discus- 
sion sur les Œuvres Scolaire et Post-Scolaires, reveiller 
l'ardeur de la jeunesse pour l'association qui leur est chère 
et jeter à l'Université les bases du pétitionnement en faveur 
de l'Instruction obligatoire. 

Enfin deux camarades Hoste et Decoster se dévouèrent 
et montrèrent un talent vivement apprécié. 

Ceux qui ont relevé cette année le vieux drapeau des 
Libéraux n'ont point failli à leur tâche, ils ne veulent pas 
en rester là. Ils se sont proposé, pour participer à la lutte 
électorale du mois de mai prochain, de remplacer par un 
étendard neuf, leur vieille loque bleue tant chérie et de faire 
à ce sujet une manifestation retentissante. Nous leur 
souhaitons, à eux bonne chance et au nouveau drapeau de 
ne flotter désormais que pour la victoire complète. E. D. 

Président : M. Bourquin : Vice- Présidents : Ch. Janson et 
Jules Nkyers ; Secrétaire: Derane; Trésorier: Lambiotte: 
Commissaire : P. De Coster. 



Le Vlaamsche Vooruitstrevende 
Studentenkring 

C'est, je crois, l'affirmation la plus complète de cet inté- 
gralité estudiantine dont parlent les Prolégomènes à toute 
métaphysique future. 



Digitized by Google 



02 - 



On y fait do tout, et à merveille, sous la présidence 
éclectique et souriante du juriste Niko Gunzburg : littéra- 
ture fraternise avec la politique, la sociologie, le droit et les 
sciences s'y trouvent parfaitement d'accord, et Ton y parle 
parfois vaguement de flamingantisme. 

La philosophie résultant de ce bel amalgame donne libre 
cours à certain esprit de « haulte et joyeulse graisse » qui 
explose, les soirs de fougue juvénile, en d'eurythmiques 
combinaisons ballantes — horresco referens ! Le tradition- 
nel local du Ballon, sous ses solives enfumées de rembran- 
disants clairs-obscurs, abrite des chansonniers de terroir, 
des narrateurs de crû, des sauteurs folkloriques, di primo 
cartello. Tout cela se passe, vous pensez bien, non sans 
grande consommation de gueuze-lambic, — et c'est au 
mieux pour le patron de céans, au pis pour la tripe stoma- 
chale des escholiers soiffards. 

Outre de nombreuses séances sérieuses et badines — on 
mangea même des boudins, certain soir des Rois. Le 
Kring a organisé cette année une fête « Albrecht Roden- 
bach » d'un intérêt artistique puissant : conférence du 
président d'honneur, M. le Professeur Aug. Vermeylen, le 
vaillant protagoniste de l'actuel mouvement jeune-flandre ; 
partie musicale confiée au maître Arthur Wilford — aussi 
bien que chez Colonne, s'il vous plaît! comme résultat 
pratique : fusion pour un soir — et cela demande une 
réédition — de l'élément escholier et de l'élément bourgeois. 

La pathologie actuelle du Kring peut se résumer comme 
suit : une maladie sourde dévore notre président Gunzburg 
et son solide secrétaire Julius Hoste j r -r- le leader futur; — 
c'est l'ambition.... légitime d'ailleurs, de réunir en une 
grande fédération tous les étudiants flamands de Belgique. 
Œuvre considérable qui exige une obstination telle, qu'on 
peut assurément la qualifier de flamande. Le Satyre. 

Président : Niko Gunsburg; Secrétaire : J. Hoste, J r 



Digitized by Google 



— 93 - 



Cercle de Pharmacie 

Fondé depuis 1882, le Cercle de Pharmacie est le doyen 
des cercles estudiantins bruxellois. 

On ne croirait pas, à voir son ardeur et son extraordi- 
naire vitalité, que ce digne vieillard a mené vingt-quatre 
ans durant, la vie estudiantine la plus effrénée. Ces cinq der- 
nières années, surtout depuis la présidence mémorable du 
camarade Bernasco (Orphila), il semble avoir retrouvé un 
regain de jeunesse qui n'est pas près de cesser avec le 
comité actuel. 

Président : William Proot (Avcrrhoès) ; Secrétaire : Piton 
(Mohr); Trésorier : Vanderhof.ven (Nicandre de Colo- 
phan); Porte-drapeau : Ernult (Erlenmeyer). 



Cercle des Etudiants Wallons 

J'ignore si ce groupement possède une devise. En tout 
cas s'il n'en a pas, il mérite certainement celle-ci : « De 
mieux en mieux » (comme les sardines de chez Togni) car 
on pourrait compter peu de cercles faisant preuve d'autant 
de vitalité et aussi prospères. 

En dépit des attaques intéressées dont il avait été l'objet 
au début de Tannée académique dernière et qui avaient 
quelque peu ébranlé la confiance des bleus, le Cercle des 
E. W. a reconquis superbement les sympathies du monde 
estudiantin et les séances bi-mcnsuelles qu'il offre à ses 
nombreux membres se continuent joyeuses et bruyantes, 
fleurant bon la concorde qui unit tous 1cï> Wallons. Ces 
derniers organisent chaque année une magnifique fête 
intime où l'on fait alterner les couplets estudiantins chantés 



Digitized by Google 



- 04 - 

par nos plus remarquables vadrouilles, et la musique clas- 
siques dont les plus beaux motifs nous sont révélés par des 
artistes en renom (le moindre est 1 er prix de Conservatoire^ 

qui, avec un désintéressement 
admirable consacrent une soi- 
rée aux Wallons. 

Parlerai-je ici du bal annuel 
organisé par le cercle en 
question ? 

Reconnaissons que c'est l'oc- 
casion d'une des plus belles 
manifestations de la vie estu- 
diantine de toute Tannée. 
Les grisettes et les écoliers 
attentent avec une impatience fébrile cette soirée, marquée 
trois mois à l'avance dans leur calendrier, et cette date 
enfin arrivée, ils se donnent à cœur joie, ils s'en fourrent 
jusque là. J'y ai même vu danser. 

Ajoutons que les Wallons s'occupent avec une activité 
admirable de bienfaisance et qu'ils ont déjà fondés cinq lits 
aux Villas des Marçunvins. 
Bref, un chaud cercle. 

Président : Fkrnand Petit ; Secrétaire : Maigret. 

Cercle Polytechnique 

(XXII* Année) 

Comme les années précédentes, le Cercle continue à 
organiser de nombreuses excursions à Bruxelles, en pro- 
vince et même à l'étranger, et des conférences données par 
des professeurs de l'Université, des ingénieurs étrangers 
ou des étudiants. 




Digitized by Google 



- 95 - 

La gestion pendant l'exercice 1904-1905 a toutefois été 
particulièrement brillante. C'est ainsi que les membres ont 
visité : 

1<> Dans V Agglomération bruxelloise : 

Stéarinerie Bollinckx; Tonnellerie mécanique Kramer; 
Chocolaterie des Patrons Pâtissiers ; Atelier de Construc- 
tion des Tramways Bruxellois; Travaux de fondation en 
béton armé de l'Usine d'Electricité ; Appareils moteurs des 
Ponts mobiles de Laeken. 

2° En Province : 

Gand : Ateliers de construction du Phœnix ; Ateliers de 
construction Carels ; Ateliers de la coopérative du Vooruit ; 
Clouteries et Tréfileries des Flandres. 

3° A l'Etranger : 

Londres : Visite de la ville ; Musée de mécanique appli- 
quée de South Kensington ; Musée de sciences pures de 
South Kensington ; Brasserie Barclay et Perkins. 

Woolwich : Docks Victoria et Albert ; Réception aux 
ateliers Siemens frères. 

Monsieur le professeur Piérard, Messieurs les ingénieurs 
Weigert et Dumont et enfin les Etudiants De Vadder, 
Ryziger et Scoumanne, ont donné des conférences très 
applaudies. 

Actuellement le bibliothécaire s'occupe activement, avec 
le bienveillant concours des professeurs de l'école, de 
réorganiser complètement la bibliothèque. 

En résumé, et grâce à l'activité du comité actuel, il y 
aura encore de beaux jours pour le cercle. Le Vampire. 

Secrétaire : M. Vanderheggen; Secrétaire-adjoint : R. De Vad- 
der; Trésorier : Lecolo; Bibliothécaire : H. Michel; 
Questeurs : F. Favresse, J. Revers. 



Digitized by Google 



— 90 — 



Cercle des Nébuleux 

(Fondé en 1886) 

A célébré cette année son 
20 e anniversaire par un grand 
banquet offert au Docteur Gode- 
charles vénérable président de- 
puis 1897. 

N'a pas déployé, une grande 
activité cette année, mais nous 
espérons que sous la présidence 
du sympathique Léon Lepoivre, 
ce vieux cercle qui a toujours 
symbolisé la fraternité universi- 
taire retrouvera sa splendeur 
d'antan. 

Ordre des Paradisiaques 

Association occulte et mysti- 
îepiusiXiîeuxdes l l ue > se réunissant pour sacrifier 

nébuleux à j ean y le Chaud. 

Des exercices mystérieux y sont exécutés sous la haute 
direction du Grand Maître Pierre Fauconnier île Vieil 
Etudiant). 

N. B. Le sieur Kirschen n'en fait pas partie, quoiqu'ayant 
été initié. 

Lapini Club 

Une douzaine de joyeux Wallons qui se réunissent tous 
les jeudis pour fêter Bacchus. 

Après chaque séance ils descendent des buttes Ixelloises, 
au temple de S 4 Jacobi pour rendre hommage à Vénus et à 
ses gonocoques. 




Digitized by Google 



— 97 — 



Donnent chaque année un bal très réussi. 

Le célèbre chirurgien Jules Labbé membre d'honneur 
leur fournit une excellente pension à raison de 55 fr. par 
mois (vins non compris). 

Les Trappeurs Ixellois 

Cercle d'études sociales s'étant nettement déclaré contre 
la Virginité ancillaire. Ses membres ont entrepris une 
propagande active, tant par le fait que par... la plume : leur 
cher idéal. 

Les Raseurs Colombophiles de la Porte de Namur 

Les deux Figaros qui composent ce cercle bornent leurs 
lectures et leur -conversation à des sujets strictement colom- 
bophiles. Leurs études pharmaceutiques ne s'inspirent que 
de la santé de leurs pigeons. 

Ils ont entrepris d'introduire ce sport à l'Université et 
rasent leurs copains avec leur inlassable propagande. 

Metteur en loge : Charles Dubois dit « Pigeon » (propagan- 
diste wallon); Convoyeur: Gustave Hilgé dit « Duif » 
(propagandiste flamand). 

Scalptores Ani 

Vrais Brusseleers, épris de médecine et d'art égyptien, 
représentant « sur un tiatre d'ombre » des pièces orientales 
dans lesquelles Rhamsès II et Cléopatre ont emprunté le 
vocabulaire de Pietje Snot et de Micke,marchande de fleurs. 

7 



Digitized by Google 



— 98 — 



Punchistes de l'A. G. 

Grâce à la haute compétence de son personnel scien- 
tifique, ce cercle d'alchimistes, (sous la présidence de 
M me Mariette Voile-Gaz) est parvenu à faire un punch 
excellent, avec des semelles de bottes, des peignes à 
démêler, des boutons de brayette et des couvercles 
de W. C. 

Leurs secrets sont contenus dans les 69 articles du Code 
Macaroni, véritable chef d'oeuvre agrach. 

Grands Chefs : Macaroni Junior et Gaby. 



Outre ces cercles il existe un tas de petits clubs vadrouil- 
leurs, sportifs, artistiques, funambulesques et acrobatiques 
dont les principaux sont : « L'Ellipsoïde » cercle de Poly- 
techniciens, fondé il y a cinq ans ; l'Anastomose si florissant 
jadis et dont les membres semblent s'embourgeoiser; le 
Scandali-Club, le Pst.... Pst., etc., etc. 




Digitized by Google 



LIÈGE 



Fédération des Étudiants Libéraux Unis 

Plus que jamais les Etudiants libéraux se groupent 
nombreux autour du drapeau bleu. Cette année surtout, on 
a pu enregistrer parmi les nouveaux, un vrai mouvement en 
faveur du libéralisme. A la séance de rentrée, nombreuses 
étaient les casquettes unistellaires qui fraternisaient avec 
les vieux de la Fédération. Serait-ce un signe des temps? 
Espérons-le. 

Depuis octobre, l'activité ne s'est pas ralentie un instant. 
De nombreuses conférences ont été données. 

MM. Noirfalise, avocat à la Cour d'Appel, Léon Hanson, 
conseiller provincial, Eugène Orban, conseiller provincial, 
Paul Sosset, homme des lettres, M. Monville, député 
suppléant, et bien d'autres vinrent occuper la tribune 
devant des auditoires attentifs et heureux de s'instruire des 
choses de la politique et de la sociologie. 

M. Paul Lippens, ingénieur à Gand, ancien président 
de la Fédération, donna une magistrale conférence sur 
le : « Bouddhisme. » 



Digitized by Google 



— 100 



Le camarade Bovy parla dernièrement de la « Folie 
religieuse. » 

La Fédération fut représentée à la grande manifestation 
d'Angleur. Deux de ses délégués participèrent aux fêtes 
anniversaires de la Maison des Etudiants de Gand, et cette 
année encore au trentième anniversaire de la Générale 
Libérale Gantoise. 

Un magnifique local permanent à proximité de l'Univer- 
sité est ouvert tous les jours aux Etudiants qui y trouvent 
les quotidiens les plus importants. 

Bref, la Fédération des Etudiants Libéraux reste toujours 
la société puissante de jadis et maintenant qu'elle a dix ans 
d'existence, elle peut être fière du travail accompli. 

Les Etudiants Libéraux fêteront cette année dix ans de 
luttes politiques et de combat anti-clérical. 

La ville de Liège, entendra les cris de joie et les chants 
anticléricaux de la jeunesse libérale, qui seront le prélude 
de l'avènement au pouvoir d'un gouvernement libéral 
éclairé et partisan du progrès. 

Président : Bovy; Vice-présidents : E. Colle, M. Goebel; 
Secrétaire : G. Baudrun. 



Fédération des Cercles facultaires 



Association générale des Étudiants 

Les Etudiants de l'Université de Liège sont groupés par 
cercles suivant la faculté à laquelle ils appartiennent. Ces 
cercles, tous neutres d'ailleurs, sont : l'Association des 



Digitized by Google 



— 101 — 



Elèves des Ecoles spéciales, l'Association des Etudiants en 
Médecine, l'Association des Etudiants en Droit, le Cercle 
de Philosophie et Lettres, l'Association des Etudiants en 
Pharmacie, l'Association des Elèves de l'Ecole des Hautes 
Etudes commerciales, l'Association des Elèves des Licen- 
ces commerciales, l'Association des Etudiants en Sciences 
naturelles. 

Il y a cinq ans lors de la dissolution de l'ancienne Asso- 
ciation Générale, qui eut ses moments de splendeur, ces 
sociétés fondèrent pour la remplacer une Fédération des 
Cercles Facultaires, qui fut plutôt un comité, composé des 
délégués des différents cercles proportionnellement à leur 
importance. Dès le début, cet organisme parut prospérer, 
mais les prévisions pessimistes des adversaires de cette 
institution ne tardèrent pas à se réaliser. Actuellement, elle 
est tombée dans le discrédit le plus complet. 

L'Association des Etudiants en Droit, l'Association des 
Etudiants en Médecine, l'Association des Etudiants en 
Sciences naturelles s'en sont séparées récemment, en don- 
nant comme motif, son inefficacité et son impuissance à 
mener à bien quoi que ce soit. L'expérience de cinq ans a 
donc été concluante. Peut-être l'année prochaine, verra- t-on 
des étudiants prendre l'initiative de la fondation d'une 
Société Générale sur des bases plus sérieuses. 

Président A. Nekf (des Ecoles spéciales), Secrétaire : Orval 
(Hautes Etudes). 



Digitized by Google 



— 102 - 



Cercle Musical des Etudiants 

Mettant en pratique sa devise : « Art et Charité le cercle 

musical ne cesse d'organi- 
ser des soirées artistiques, 
dont les bénéfices vont aux 
œuvres patronnées par les 
sociétés estudiantines. » 

Ces dévoués camarades 
ont fêté cette année le 
dixième anniversaire de la 
fondation du Cercle. 

Président : De Lavaudeyra ; 
Secrétaire : Dessila. 



De nombreux cercles régionaux existent encore à l'Uni- 
versité de Liège, citons : Le Cercle des Etudiants Namurois, 
le Cercle des Etudiants flesbiguons, le Cercle des Etudiants de la 
Basse- Meuse, Y Association des Etudiants du Bassin de Seraing, 
Y Union Luxembourgeoise, le Cercle des Etudiants Luxembourgeois 
Grand-Ducaux. 

Parmi les cercles d'agrément, le Cercle des Antipoires, qui 
s'est imposé la tâche de combattre le poirotisme à l'Uni- 
versité. Ce cercle réunit quelques joyeux copains en des 
séances littéraires, musicales. On boit et l'on chautc comme 
doit le faire tout étudiant digne de porter ce nom. 

La Purée, qui cette année n'aguère fait parler d'elle, 
vient cependant de convier tous les étudiants à une guin- 
daille monstre : prélude d'une vitalité nouvelle. 




Digitized by Google 



— 103 — 



CERCLES RÉGIONAUX 



Cercle des Étudiants Hennuyers 

Comme toujours, le Cercle des Hennuyers est le groupe 
des joyeux drilles et des bons vivants. Ses bals dont la répu- 
tation n'est plus à faire, ont eu lieu l'un dans les salons du 
Métropole, l'autre au Terminus. Au Métropole, ce fut plutôt une 
sauterie intime, car seuls les membres du cercle et leurs 
amis pouvaient y participer. 

Dernièrement encore, dans les salons de la Renaissance, une 
soirée dansante réunissait l'élite de la jeunesse estudiantine. 
La gaieté la plus folle ne cessa d'y régner. 

Le Hainaut a organisé une section de symphonie, une 
section chorale fantaisiste « l'Echo des Platanes », une 
section sportive, etc. La section sportive organisa la 
fameuse course au clocher : d'Esneux à Bcyne, où tous les 
concurrents rivalisèrent d'endurance et d'agilité. Au prin- 
temps eut lieu la grande excursion, suivant cet itinéraire : 
Vallée de l'Amblève et retour par Verviers. 

Les concours de jeux de cartes ont été suivis avec plus 
d'assuidité que jamais. Le Cercle continue à prospérer et à 
justifier sa renommée de gaité et de cordialité. 

Président: M. Don y; Secrétaire : A. Decrucq. 



Harmonie des Étudiants 

Cette vaillante phalange musicale a fait, pendant l'année 
écoulée, des progrès marquants. Le nombre des membres 
exécutants est aujourd'hui de plus de trente-cinq. Des 



Digitized by Google 



— 104 — 



acquisitions d'instruments ont été faites, ce qui a permis à 
l'Harmonie de prêter son concours aux fêtes estudiantines : 
fêtes des Ecoles spéciales, fêtes des Licences commercia- 
les, etc. Le Mardi-Gras eut lieu une sortie collecte au pro- 
fit de l'Œuvre des Convalescents. 

L'Harmonie a assisté également aux manifestations en 




l'honneur des professeurs. On peut dire qu'elle ne perd 
aucune occasion de faire entendre dans la ville ses joyeux 
pas-redoublés, soit à l'occasion de la reprise des cours, soit 
lors de la grande guindaille qu'elle offre à tous ses membres 
d'honneur. 

L'on peut prédire à ce Cercle vraiment estudiantin une 
année académique prospère. 

Président : G. Wilmart ; Secrétaire, : L. Fivé. 



Digitized by Google 



— 105 — 



Les autres cercles : Association des Elèves de l'Ecole des 
Hautes études commerciales et consulaires, Cercle des Étudiants en 
Philosophie et Lettres. Association des Étudiants en Sciences natu- 
relles, Association des Étudiants en Pharmacie, ne jouent pas un 
grand rôle clans l'activité estudiantine. Le mercredi ont lieu 
des séances hebdomadaires, précédées de conférences. 

Ces cercles ont organisé au profit des œuvres estu- 
diantines de bienfaisance, des représentations dans les 
théâtres, des excursions, rue Roture, au théâtre de Marion- 
nettes, etc. 

Inutile de dire que chaque association donne chaque 
année une ou deux guindailles où la capacité stomacale 
des participants a l'occasion de se montrer. 



Association des Étudiants en Droit 

Totalement déchue depuis deux ans, où elle n'existait 
plus que sur le papier, l'Association des Etudiants en Droit 
s'est reconstituée grâce au dévouement de quelques étu- 
diants. Alors que les années précédentes, on n'osait faire 
de conférences, par suite de la pénurie d'auditeurs, actuel- 
lement des professeurs, des avocats sont venus nombreux 
porter la bonne parole chez les gens de la Basoche. 

M. Chauvin y a parlé de la propriété avec la compétence 
et l'esprit qu'on lui connaît. MM. François Piette et Jongen 
y ont donné des causeries. L'éminent critique Catulle 
Mendès a promis la bonne aubaine d'une conférence. 

Enfin pour montrer sa vitalité, l'Association a fêté cette 
année, son dixième anniversaire. 

Des réjouissances plantureuses ont commémoré digne- 
ment dix années, si pas de prospérité, du moins 
d'existence. 



Digitized by Google 



— 10G — 

L'Association patronne une œuvre hautemeut intéres 
santé : l'Œuvre des condamnés libérés. 

Président : René Moris; Secrétaire : G. Dennomandre. 



Association des Élèves des Écoles Spéciales 

C'est la plus puissante association universitaire de Liège 
et même peut-on dire, de toute la Belgique, elle compte 
actuellement quatre cent cinquante membres. Pendant 

l'année universitaire écoulée, elle a 
montré une vitalité intense qui va 
toujours en croissant. S'inspirant 
admirablement d'un des buts qui 
est de servir de complément aux 
études techniques, elle a appelé à 
sa tribune des conférenciers tels 
que MM. Habets, Dehalu, Kemna, 
G. Duchesne, Pasquier, Gérard, 
Poulens. M. Stassart, directeur du 
laboiatoire d'essais d'explosifs de 
Frameries, vint conférencier sur les 
lampes des mines et les explosifs 
de sûreté. M. Termier l'éminent 
professeur de l' Ecoles des Mines de 
Paris, parla de la Synthèse Géolo- 
gique des Alpes, devant un public 
qui comprenait la plupart des notabilités scientifiques de 
la ville. 

Des excursions nombreuses ont été organisées : aux 
usines Cockerill, à l'usine Melotte, à Renucourt. De même, 
une grande excursion dans les charbonnages et les usines 




Digitized by Google 



- 107 — 



les plus caractéristiques du Hainaut eut lieu aux vacances 
de Pâques. 

L'Association publie mensuellement un bulletin scienti- 
fique traitant des questions techniques se rattachant aux 
cours. 

Ce bulletin est très apprécié dans le monde scientifique 
et professoral. 

Mais la plus grande richesse de l'Association consiste en 
sa bibliothèque. Installée depuis peu de temps dans un 
somptueux local, à côté d'une salle de lecture et d'une salle 
de collections, elle comprend le chiffre énorme de cinq 
mille volumes. La bibliothèque est ouverte de quatre à 
sept heures du soir ; la salle de lecture est ouverte dès neuf 
heures du matin. C'est une sorte de Maison des Etudiants 
en petit. 

Les élèves des Ecoles spéciales ont fêté, l'année passée, 
leur trentième anniversaire. Trente ans de prospérité 
devaient être fêtées avec faste et enthousiasme. Le souvenir 
de ces réjouissances uniques dans les annales universi- 
taires restera gravé dans toutes les mémoires. Revue, 
banquet, bal, excursion, conférence scientique, etc. rien 
n'y manqua. 

A côté de cela, l'Association est en même temps un 
moyen puissant de revendications estudiantines. Derniè- 
rement encore elle émit un vœu qui reçut une sanction 
tendant à supprimer les prises de présences aux cours. 

L'Association des Ecoles spéciales entre dans sa trente- 
et unième année avec derrière elle, un passé glorieux et 
devant elle un avenir qui apparaît plein de promesses, de 
prospérité et de succès. 

Président : Albert Neef; Vice-président : Louis Corbeau; 
Secrétaire : Cornesse; Trésorier : Thiriart. 



Digitized by Google 



— 108 - 



Association des Étudiants en Médecine 

Quatre-vingt à nonante membres sont inscrits à cette 
association qui déploie beaucoup d'activité. Les séances 
hebdomadaires du mercredi ont été consacrées surtout à 
des conférences attrayantes. Des professeurs de la Faculté 
de Médecine ont occupé la tribune. MM. Fraipont, 
Fredericq, Francotte, Von Winivarter, Firket, Nuel, 
Troisfontaines, Nuel, Heuryeain. 

M. Chauvin, l'érudit professeur de la Faculté de Droit 
y donna une conférence sur les Médecins Arabes. Cette con- 
férence suscita des incidents assez édifiants. Des étudiants 
catholiques se trouvèrent froissés par certain passage de la 
causerie touchant la sincérité plus ou moins grande des 
croyants. Leurs protestations restèrent naturellement sans 
écho, et ces bons cafards parvinrent tout au plus, à se 
rendre ridicules. 

L'Association organisa une manifestation de sympathie 
en l'honneur de M. Brachet, réminent professeur qui quittait 
notre Université pour celle de Bruxelles où, là au moins, on 
lui offrait la place qui lui revenait dans l'enseignement 
supérieur. 

On se rappelle à ce propos les incidents regrettables 
provoqués à cette occasion par certains étudiants de 
Bruxelles. 

Depuis lors, le malentendu s'est heureusement dissipé. 

L'Association patronne une œuvre de bienfaisance : 
l'Œuvre desConvalescents sans ressources sortant des hôpi- 
taux. Comme chaque année, les camarades dévoués qui 
s'occupent de cet œuvre, ont organisés des fêtes nombreu- 
ses et brillantes qui ont rapporté des milliers de francs pour 
soulager les miséreux. 



Digitized by Google 



— 109 - 



Enfin, l'Association des Etudiants en Médecine a orga- 
nisé l'excursion au Sanatorium de Borgoumont, où les 
étudiants ont pu admirer cette magnifique œuvre philan- 
thropique, qui sera un des plus beaux titres de gloire de la 
majorité démocratique et anticléricale du Conseil provin- 
cial de Liège. 

Président : Hardy ; Vice-président : Monfort ; Secrétaire : Remy. 




Digitized by Google 



/AONS 



ÉCOLE DES /AINES 
ET FACULTÉ POLYTECHNIQUE DU MAINAUT 

Société des Étudiants Libéraux 

sous la présidence d'honneur 
de M. Jean LESCARTS, Bourgmestre. 

C'est avec la pins grande joie que nous avons vu la 
propagande active menée cette année, et la réalisation 
complète des grande sentreprises que la sociétéavait prises 
à sa charge. 

Quoique la population de l'Ecole des Mines ait un 
peu baissé, la Libérale compte actuellement plus de 
120 membres. 

Nous avons suivi avec intérêt les nombreuses conférences 
données au local de la société; citons : 

M. Rambaud (l'Anticléricalisme i; M. Jouret (l'Antisémi- 
tisme); M. Sohier (la Neutralité belges. Enfin le camarade 
Gérard nous a raconté les émotions qu'il avait ressenties 
dans un voyage effectué au Cougo pendant les vacances. 



Digitized by Google 



- 111 - 



Le Comité ayant à sa tète le camarade Arts, s'est occupé 
de l'organisation d'une « Fancy-Fair » qui a pleinement 
réussi et a rapporté au « Denier des Ecoles » plus de 
20,000 fr. 

Quelques jours après, la troupe du théâtre Molière, don- 
nait une représentation à'Ekctra, dont la bénéfice (plus de 
1500 fr.) fut également versé à la caisse du « Denier. » 

Ces œuvres, d'une très grande portée, font honneur au 
camarade Arts, qui a remarquablement rempli son mandat. 

Signalons maintenant les tonneaux et les fêtes intimes 
qui eurent un très bel éclat, par leur organisation et par 
l'assiduité des membres. 

Composition du comité pour 1905-1906. 

Président: Edmond Wargnies; Vice-président : Mahieii; Seeré- 
taires : Hernalteens et Cambier ; Trésorier : Pluvinage ; 
Porte-drapeau : Lebrun ; Bibliothécaire : Hubert ; Commis- 
saires : Husson, Belot et Joveneau. 



Fédération des Etudiants 

sous la présidence d'honneur 
de M. MACQUET Directeur. 

S'il faut en croire les fêtes, la Fédération remplace avan- 
tageusement la Générale. 

Nous avons participé avec beaucoup de plaisir aux 
jolies fêtes de Ste-Barbe; rien ne manquait, pas même à 
« boire. » 

Le banquet présidé par M r Marquet était des mieux 
organisés. 

Enfin le bal fat parfait ; il est vrai que les punchistes 
étaient là, et qu'ils ne se sont point fait prier pour nous 
servir le traditionnel « nectar. » 



Digitized by Google 



— 112 - 

Adressons des félicitations au camarade Greyton organi- 
sateur de ces fêtes et fondateur de la « Fédération. » 

Président : Hubert ; Vice-Présidents : Husson et Capieau ; 
Secrétaires : Râteau et Joveneau; Trésorier : Govaerts; 
Portes-drapeau : Cambier et Greiner. 

Cercle des étudiants Français 

Les fêtes de l'année furent très bien, c'est-à-dire comme 
celles des années précédentes. Il est vrai que nous y avons 
rencontré de chauds camarades, qui, se « fichant » des 
bourgeois courent les rues en criant et chantant. 

Selon toute probalitité, le camarade Herba présidera la 
société cette année. 

Carolo-Club 

Sous la présidence d'honneur de M r Louis CANON 

Commé l'année précédente, c'est le joyeux camarade 
Soupart qui a présidé les fêtes. Et toujours quelles 
fêtes? De vraies réjouissances estudiantines comme on en 
connait peu. 

Ugène a cédé sa place au chaud copain Martial Grosfils. 
Lui aussi fera bien les choses Souhaitons lui bonne 
réussite. 

Cercle des étudiants Borains 

C'est toujours avec le même entrain et la même joie 
qu'ils récitent en « barègne » les chansons du camarade 
Zéphyr, qui a encore présidé cette année. 

Nos compliments au camarade Capiau qui a pris sa suc- 
cession et tous nos encouragements. 

Cercle des Étudiants du Centre 

sous la présidence d'honneur de M r WAROCQUÉ 

Il vit seulement depuis l'année dernière, et malgré cela 
il est rudement à la hauteur. Nous avons pu assister en 
effet à une de ses fêtes, dont parlera l'histoire. 



Digitized by Google 



— 113 — 



C'est le camarade Greiner qui est à la tête et ma foi, on 
a bien choisi. 

Cercle des Etudiants Flamands 

Vit-il encore? C'est à supposer puisque « Dick » est 
toujours là! 

11 parait que les membres sont aussi nombreux que les 
cheveux du président ! 

Il n'y a plus eu de fête depuis la fameuse « beuverie » de 
Tan dernier. 

Cercle du " Serpent de Mer „ 

Il a failli être complètement constitué ! 

Le B. C. C. Club 

C'est un cercle plutôt secret, dont on ne connaît ni les 
aptitudes, ni le but. 

On a bien vu ses membres, derrière un drapeau couvert 
hiéroglyphes, se diriger en silence vers des endroits 
bizarres et ombrageux ; mais on ne sait pas encore où ils 
ont pénétré et ce qu'ils y ont fait. 

Je m'arrêterai là dans la description, car je crains les 
foudres de ces « noctambules »... Je vous donnerai simple- 
ment la constftution probable de ce cercle : 

Un grand maître, chef des expéditions, G. D. 

Un chef en second, E. W. 

Un disciple d'Ali-Baba, L. D. 

Un porte-fanion-tenant la chandelle, P. L. 

Un commissionnaire, A. D. 

Deux esclaves, A. W. et M. F. 




Digitized by Google 



ANVERS 



Société Générale des Étudiants Libéraux 

La Société Générale des Etudiants Libéraux d'Anvers 
fut fondée le 9 mars 1898. 

Il y a quelques années, elle avait une activité extraor- 
dinaire et avait acquis une place importante parmi les 
Cercles de notre Institut ; des conférences se succédaient, 
des meetings même étaient organisés. Et en 1900, en plein 
essor, la Société a\*ait fait preuve d'une forte vitalité et 
d'un louable esprit d'initiative en fondant un journal 
bi-mensuel : La Liberté. 

Hélas! cette publication disparut bientôt; nous regrettons 
amèrement la perte de ce levier superbe et puissant qui 
pouvait faire jaillir un peu de lumière dans les esprits, qui 
pouvait y exciter la Raison et nous aider à gagner du terrain 
sur nos ennemis. Malheureusement, comme le camarade 
Môssly l'a dit au VII e congrès : « Depuis que la direction 
« de l'Institut supérieur de Commerce est devenue den- 
te cale, la situation de la Société Générale des Etudiants 
« Libéraux d'Anvers devient de plus en plus critique. 



Digitized by Google 



I 



— 115 — 



« En outre, la population presque entièrement étrangère 
« de notre Institut augmente encore les difficultés, et 
« craignant briser leur carrière consulaire, les Etudiants 
« belges, eux, n'ont garde de se risquer dans la politique. » 

Mais l'espoir, que nous avons tous dans notre cœur de 
voir le drapeau bleu flotter par toute la Belgique, l'espoir 
de la victoire prochaine du Progrès, ranime les esprits, 
aiguillonne le comité qui travaille, et bientôt la société 
reprendra tout l'essor et toute l'activité qu'elle avait jadis, 
cette fois pous ne plus jamais la perdre, mais pour la voir 
redoubler d'année en année. 

Les conférences, quoique peu nombreuses jusqu'ici, 
promettent d'atteindre un chiffre plus respectable. Déjà 
MM. De Cocq, Stofîels, Van Neck, d'Haenens, ont promis 
de venir nous parler des questions importantes du pro- 
gramme Libéral. Les camarades Môssly, Locus et Thiri- 
fays enfin donneront aussi sous peu des causeries. 

Grâce à une entente conclue avec le Comité de la Ligue de 
la Jeunesse Libérale, nos membres peuvent assister aux 
conférences données par cette vaillante société. 

En avant ! et au travail, camarades, pour que dorénavant, 
le drapeau bleu flotte au-dessus de notre Institut ! 

Président : René Môssly ; Vice- Président : Michaux ; Secré- 
taire : C. Thirifays; Trésorier: Locus, Perte drapeau : 
Edm. Colyn. 



Association Générale des Étudiants 

A Anvers.... c'est le pôle Nord! Tous les Etudiants y 

manquent de chaleur mais il parr.it que cet ôrdre de 

chose va changer ! 

Pourquoi ne se réunit-on pas plus souvent? Qu'on se 



Digitized by Google 



— 11(5 - 



remue un peu, que diable, et qu'on allège la caisse qui est 
grassement fournie. 

C'est l'hiver, les irimas.... après- je crois que nous aurons 
des fêtes superbes. Qui vivra, verra ! 



Cercle des Etudiants Wallons 

Le C. W. (ne pas confondre avec W. C.) se remue, lui. 
Les chauds copains vadrouillent, dé.... bobinent des chan- 
sons et autres choses aussi (que je ne dis pas ici), visitent 
les gentes « donzelles, » assistent aux bals du Rubens, 
achètent des conduites d'eau tous les dimanches matin. 
Bref, ils marchent sans cesse dans de nobles voies, sans 
jamais faillir à leur devise « Etre de vrais lurons, des véri- 
tables Tiesses di hote. 

Cercle des Étudiants Flamands 

Le N. S. K., d'après ce que j'ai pu constater, organise 
chaque semaine d'agréables réunions. Le programme de 
ces séances est fort chargé : on y trouve des conférences, 
chants, baptêmes, concours de fumeurs, etc. 

Ce cercle ouvrit l'année académique par un brillant 
cortège aux lumières, qui fut suivi d'une fête intime toute 
a fait réussie. 



Cercle des Etudiants Etrangers 

Que dire de tous les Cercles étrangers, c'est à peine si j'en 
puis lire les convocations? 

Cependant, grâce à l'obligeant concours d'un ami il 
m'est possible de relater ce qui se passe chez les Russes. 

Là, point de guindailles, point de vadrouilles : l'heure 
«st trop grave. Nous les voyons en effet, s'occuper active- 



Digitized by Google 



117 - 



ment de questions sociales, suivre attentivement et avec 
anxiété tous les événements qui se déroulent dans leur 
patrie. Quel enthousiasme, quel feu.... et quel hosannah 
au jour de la délivrance !.... 

Récemment, pour venir en aide aux révolutionnaires, ils 
viennent d'organiser un concert qui fut suivi d'un bal. Fête 
tout à fait charmante et très réussie. 

A tous, souhaitons leur la victoire ! Maçon. 




Offrant la Guindaille. 



Digitized by Google 



GE/ABLOUX 



Société des Etudiants Libéraux 
de l'Institut Agricole de l'État 

Pour commencer l'année, La Libérale a choisi et installé 
son nouveau local, et le 28 janvier elle l'a inauguré par un 
superbe banquet dans les salons de YHôtel Leen, le nouveau 
local en question. Cette fête du rajeunissement de la Société 
fut honorée de la présence de quelques notabilités politi- 
ques et universitaires au nombre desquelles était M. Ham- 
bursin, député et président d'honneur. 

Se conformant aux vœux émis à un Congrès des Etudiants 
Libéraux, notre cercle a toujours eu à cœur de faire l'édu- 
cation politique de ses membres ; dans ce but furent organi- 
sées les conférences données par MM. Hocard (Libre 
Pensée et Congrès de Rome), Furnémont (Collectivisme), 
Josset (Libre Pensée et Jeunesse) et par le camarade 
Haumont (Instruction Obligatoire). Les conférences de 
MM. Errera et Hambursin ne purent avoir lieu; toujours 
dans le même but la société prit part au III e Congrès des 
Jeunes Gardes Libérales. 



Digitized by Google 



— 1H) - 



La propagande libérale ne fut jamais oubliée : le nombre 
des brochures distribuées dans les campagnes et la part 
prise par les étudiants aux meetings libéraux en témoignent 
suffisamment. Notre bibliothèque a été aménagée convena- 
blement et des dons généreux sont venus garnir les 
rayons. 

Au cours de cette année académique, nous avons pu, 
encore une fois, constater l'emploi par les calottins de pro- 
cédés d'une délicatesse et d'une honnêteté plus que dou- 
teuse. A peine étions-nous installés dans notre nouveau 
local, qu'il fut convoité par Ces Messieurs ; de suite ils 
firent usage, sans aucun succès d'ailleurs, de toutes les 
manœuvres déloyales qui s'adaptent si bien au nobles 
caractères des disciples de Loyola. 

Entretemps des conscrits libéraux avaient eu maille à par- 
tir avec deux étudiants cléricaux; des étudiants libéraux se 
portèrent au secours de ceux-ci. 

Ici l'attitude des calottins fut sublime : au lieu de nous 
remercier de notre intervention, ils nous reprochèrent amè- 
rement de ne pas avoir assommé nos amis, les ouvriers 
libéraux qui les avaient attaqués. Remarquons en passant 
que le second calottin n'était nullement intervenu en faveur 
de son camarade. 

De là résultèrent de multiples incidents, qui amenèrent 
à la Libérale le vote de l'ordre du jour suivant : « La 
Société des E. L. de Gembloux, en présence des faits qui 
se sont passés et qui se passent à propos de son local, et 
des faits du tirage au sort, engage ses membres à avoir le 
moins de rapports possible avec les étudiants cléricaux ». 

Tel est ce fameux ordre du jour qui mit Gembloux en 
révolution et les calottins en état de mâle rage ; il provoqua 
aussi la démission de quelques, moins que tièdes, libéraux, 
immédiatement remplacés par une fournée de nouvelles pré- 



Digitized by Google 



— 120 — 



sentations. Toujours comme effets de la même cause, il y 
eut quelques séances mouvementées à la Générale, des 
colloques dans les couloirs de l'Institut et enfin une lettre 
énergique du président de Sélys, à laquelle les cléricaux 
répondirent par un silence obstiné. 

A la rentrée d'octobre, notre manifeste distribué à profu- 
sion, nous amena de nombreux nouveaux, ce qui fait que 
la Libérale compte actuellement parmi ses membres près 
de la moitié des Etudiants de l'Institut. 

En ce moment toute l'activité, toutes les forces de notre 
cercle sont concentrées dans l'organisation du VIII e Con- 
grès des Etudiants Libéraux. Mais quand ils seront déchar- 
gés de ce souci, nos vaillants Giblotins comptent se livrer à 
une fructueuse propagande en vue des élections prochaines ; 
ils savent qu'il faut, cette année, mettre à bas un gouverne- 
ment vieux de 22 ans et que toutes les forces réunies du 
Libéralisme belge sont nécessaires pour obtenir la liberté 
de pensées et d'opinions ; liberté qui n'est possible qu'avec 
l'anéantissement de la calotte ! 

Président : Edgar de Sélys; Vice-président : G. L'Hermitte; 
Secrétaire: R. Steinkuhler; Secrétaire-adjoint: M. Ca- 
nart ; Trésorier : Ch. Dumoulin ; Bibliothécaire : R. Vkr- 
schueren; Commissaires: Belot, L. Barré, M. Godbille. 



Société Générale des Étudiants 

Cette société neutre, (sous la présidence d'honneur de 
notre ineffable directeur Hubert; a été pendant quelque 
temps en déficit, par suite de la mauvaise volonté de ses 
membres, et cela malgré le dévouement inlassable de son 
président d'alors, le camarade Escurra. Mais depuis qu'un 
incident, insignifiant en lui-même, a amené la démission de 



Digitized by Google 



- 121 - 

Ces Messieurs de la Calotte, on dirait que la Générale se 
relève; les dettes sont payées et la société prépare une 
brillante participation au Cortège Carnavalesque de Namur. 
Remarquons en passant que c'est la deuxième de la 
troisième fois en l'espace de deux ans que les calottins 
démissionnent en bloc à la Générale, mais cbaque fois, 
après quelques semaines ils demandent leur réadmission 
bizarre. Ce qui manque à la Générale de Gembloux, 
c'est le dévouement personnel des membres : ceci est, en 
somme très logique : les intelligences estudiantines se 
passionnent davantage pour des cercles s'occupants de poli- 
tique pure, de science ou d'enseignement populaire que 
pour une société sans sexe, sans couleur et sans but réalisé 
telle que l'est la générale. 

Président : W. Raeymaeckers ; Membres: Balat, Bazio. 
Dumoulin, Tolkowski, Delleuk. Grégoire. 



Société Littéraire et Scientifique 

Sous la présidence du camarade Haumont, la Littéraire, 
nous a donné cette année quelques remarquables confé- 
rences; citons celles des camarades Moris (La Faillite de la 
Métaphysique) et Renier (Histoire de la Réforme) de Liège 
et de M. Proumon, ingénieur (Radiographie). Depuis, ces 
régals littéraires sont devenus rares, les séances se 
succèdent régulières, occupées par des causeries, des lec- 
tures et des incidents multiples parfois regrettables. 

Président: Desmolin ; V ice-P résident : Lecocq; Membres: 
De Guide, Boutet, Dellure, Mermittk. 



Digitized by Google 



_ 1 o») 



PRESSE UNIVERSITAIRE 



« L'Echo des Etudiants » 

Il faudrait la mémoire d'un mezzofante pour dire ici, sans 
lacunes, les fastes du journalisme estudiantin bruxellois. 
Voici bientôt quelques septante années que presses et typos 
procurent aux générations d'étudiants, une douce prose 
dissipatrice de mélancolie. 

De feus canards comme « Le Crocodile », « L'Etudiant », 
« L'Université Libre », « Le Fiferlin » sauté après son 
premier numéro, méritent un rappel ému. 

Il y a dix huit ans, les libéraux avancés de l'Université 
Libre fondèrent le « Journal des Etudiants »; cinq ans plus 
tard, les libéraux de la nuance modérée lançaient a L'Etu- 
diant Libéral », enfant d'une période d'agitation et de 
troubles intérieurs. 

Aujourd'hui les œuvres libérales sont plus qu'à l'union : 
elles sont à la fusion. 

Le 11 janvier 1906, pour la première fois, ces deux 
derniers organes, paraissaient réunis et unifiés sous l'entête : 
« L'Echo des Etudiants. » 

Rien de Minerve qui sortit tout armée du cerveau de 
Jupiter ; « L'Echo », bien plutôt le petit ours devenu plan- 
tigrade fort et vaillant au pourlèchage, polissage, lissage 
d'une génération d'étudiants épris d'unité et d'union. 

Si l'entente s'est faite sous l'égide du drapeau bleu, elle 
s'est faite aussi la casquette à la main. Libre de toute 
contrainte, indépendant dans ses allures comme dans son 
langage, « L'Erho » consacre le meilleur de son activité 



Digitized by Google 



- 123 - 



et de ses efforts à la prospérité des œuvres universitaires, 
c'est-à-dire qu'il s'efforce de refléter les nombreux aspects 
de la vie estudiantine belge, d'entretenir et de raviver cette 
humeur joyeuse et insouciante qui forme l'apanage immé- 
morial des escholiers de tout poil et de tout bonnet. 

Portraiturant les personnalités politiques et universitaires 
libérales tant bourgeoises qu'estudiantines, chroniquant à 
l'ombre de ses cabochons et culs de lampe, se gobergeant 
des cagots et donnant la bonne bourrade au mannequin du 
dogmatisme, il est à la fois le protagoniste et la vestale de 
toutes les libertés et des aspirations qui font battre à 
l'unisson les cœurs de vingt ans. J. F. 

Rédaction : Bruxelles, rue Notre Dame-de-Grâces, 18. 



« Liége-Universitaire » 

L'organe anti-clérical des Etudiants de l'Université de 
Liège, a été fondé en 1896 par Olympe Gilbart. 

Neutre dès le début, il avait néanmoins une certaine 
indépendance qui en faisait une tribune libre. Mais la 
neutralité pour la jeunesse est une duperie. Aussi « Liége- 
Universitaire » devint-il bientôt nettement anti-clérical. 
Ceci se passait sous la direction de Léon Lanulle. Dès lors, 
il devint le porte-parole audacieux de toutes les revendica- 
tions estudiantines. 

Les nominations scandaleuses à l'Université, furent 
combattues avec véhémence par « Liége-Universitaire ». 

Ce journal contient ordinairement différents articles de 
fond, de la littérature, ainsi que le compte-rendu de la vie 
estudiantine. 

De plus, il ouvre une tribune libre aux opinions les plus 
diverses, pourvu qu'elles soient exprimées avec dignité et 
franchise. 



Digitized by Google 



— 124 - 



Lors des grands événements de la vie estudiantine, fêtes, 
anniversaires de sociétés, etc. « Liége-Universitaire » 
publie un numéro spécial, ordinairement orné de nom- 
breuses caricatures. 

Comité de Rédation : Cauwez, Janssens, Bonmariage. 



« L'Étudiant Liégeois » 

Fondé peu après la naissance de la Fédération des 
Cercles facultaires, il devint immédiatement son organe 
officiel. Comme tout organe officiel, il n'eut jamais des 
allures bien combatives. Les professeurs lui accordèrent 
tout leur appui, sans doute à cause de cette prudente 
neutralité. 

L'Etudiant Liégeois, mal placé pour prendre position dans 
certaines questions de nominations de parti, par exemple, 
doit se'borner à être le moniteur officiel de l'activité estu- 
diantine dans les cercles. 

Tout article à tendances quelconques est écarté sans pitié. 

L'Etudiant a publié dernièrement un référendum au sujet 
de l'enseignement technique, qui présentait un certain 
intérêt pour les personnes compétentes. 

Survivra t-il à la faillite de la Fédération des Cercles 
facultaires? C'est peu probable. 

Rédacteur en chef ; F. Gérard; Administrateur : C. Defoin. 




Digitized by Google 



FÊTES UNIVERSITAIRES 



GAND 

Dixième Anniversaire de la Fondation de la 
Maison des Étudiants 

Les fêtes étant le nerf de toute société estudiantine, 
chaque année, les membres les plus dévoués se torturent la 
cervelle, pour trouver prétexte à des parties de folle gaité. 
Aux cauchemars des examens, s'ajoute souvent pour 
eux l'absorbante préoccupation de savoir comment le cercle 
dont ils font partie affirmera sa vitalité. 

Ah, si l'on pouvait, par une erreur voulue^ anticiper un 
anniversaire ! Mais des grincheux sont là qui contrôlent et, 
dame ! quand ces grincheux sont des anciens qui subven- 
tionnent !.... 

Aussi que d'explosions de reconnaissance partent à 
l'adresse des copains libérateurs qui. à la suite de longues 
veilles, parviennent enfin à soulager leurs camarades et 
à mettre un terme à cette anxiété. 

Ne méritent-ils pas bien de nous, n'ont-ils pas droit à 
toutes nos sympathies, ceux qui incessamment — cherchent 



Digitized by Google 



— 126 - 

à résoudre cet angoissant problème : comment préparer 
d'ineffaçables souvenirs? 

Mais, cette fois, s'offrait une occasion aussi exception- 
nelle que légitime et inattendue, de fêter à tout casser. 

Quelques « vieux », emportés par la fantaisie de feuilleter 
les registres moisis et poussiéreux où sont consignés les 
glorieux exploits de leurs prédécesseurs, firent une réelle 
découverte. 

O surprise, ô extase, ô joie inespérée : la Maison des Etu* 
diants Libéraux compterait bientôt dix années d'existence ! 
Voilà dix ans que nous avons une Maison, qui nous est 
enviée par toutes les sociétés universitaires belges. 

Et pourtant qui s'en doutait? Comment aurait-on pu 
savoir? Ne faut-il pas toute l'initiation d'un « vieux » pour 
s'orienter dans les mystérieux dédale des archives de la 
Générale ? 

De bouche en bouche, c'était : «Le sais-tu déjà? Blondeel 
a fait une trouvaille! Il y a dix ans que notre Maison 
existe! » 

Cette « Maison » que nous avons conservée aux époques 
les plus pénibles de notre histoire, grâce à l'appui des 
anciens étudiants, grâce surtout à la générosité de M. le 
professeur Van Wetter, grâce aussi à nos sacrifices, est 
en pleine prospérité, aujourd'hui que le nombre de nos 
membres croît sans cesse. 

On se frottait les mains; des projets jaillissaient des 

cerveaux en délire; un programme s'élaborait Tonnerre, 

qu'on allait se payer une succulente tranche de plaisir! 

Telle est la genèse bien estudiantine des fêtes célébrées 
les 8, 9 et 10 avril, l'an de grâce 1905. 



Digitized by Google 



— 127 — 

On débuta, le samedi après-midi, par la traditionnelle 
réception des délégués des autres villes universitaires 
du pays. 

Dès cinq heures, nous étons massés en face de la gare 
autour de nos drapeaux déployés, attendant avec impa- 
tience l'arrivée des trains. 

Tout à coup des bravos éclatent, des hourras saluent les 
drapeaux amis, des serrements de mains accueillent les 
copains étrangers et l'excellente harmonie « De Vrijheid » 
du Cercle Libéral d'Akkerghem retentit. Un joyeux cortège 
se forme alors et, au son d'entraînants pas redoublés, 
parcourt les principales rues de la ville, acclamant sur son 
passage les locaux libéraux et chaleureusement ovationné 
par la foule sympathisante. Les beaux bérêts de velours 
noirs, avec leurs insignes multicolores, se mêlent aux 
feuilles de choux vétustés, graisseuses, sans couleur 
définissable et sur lesquelles on a cousu des boutons de 
culotte et des étoiles. Ce sont des défilés et des « monômes » 
qui remplissent la ville de vigoureux « à bas la calotte! » 

Au local de la rue du Vieil Escaul, les camarades 
Blondeel et Simon souhaitent la bienvenue et la « Wal- 
lonne » offre le tonneau d'ouverture. La délicieuse triple 
coule à flots, les couplets endiablés de nos meilleurs 
comiques, et notamment du camarade Servais, secouent 
tous les ventres et les « ponponnettes » se prolongent 
jusqu'au moment ou l'on se rend à la représentation organisée 
au Grand-Théâtre, au profit de nos Colonies Scolaires. 

Plus d'une figure était déjà pas mal enluminée, lorsqu'on 
alla écouter les deux pièces excellement interprétées par 
la troupe du Parc de Bruxelles : « Discipline, » critique 
impressionnante de la vie militaire en Allemagne, et 
« Pepa, » charmante comédie tout tissée de mots spirituels 
et de situations amusantes. 



Digitized by Google 



128 - 



Les oriflammes appendues au balcon donnaient un 
aspect de fête à la salle, dans laquelle s'était rassemblée 
l'élite de la population gantoise, empressée de donner un 
témoignage de sympathie au - étudiants libéraux, comme 
aussi d'apporter son obole à l'œuvre humanitaire de nos 
Colonies. 

Les toilettes élégantes des dames et des jeunes filles — à 
qui les commissaires remettaient de petits bouquets — 
apportaient une note claire, un cachet d'aimable distinction 
à l'assistance. La gent estudiantine, installée aux secondes 
loges, faisait pouffer de rire par l'originalité de ses bans et 
de ses saillies. 

Bref, soirée admirablement réussie. 

Le lendemain matin, on se retrouvait à notre Maison 
pour aller visiter le Château des Comtes, où nous 
attendait M. l'architecte J. De Waele, à qui Ton doit la 
belle restauration du vieux castel, et qui, mettant avec 
amabilité son érudition à notre service, nous a piloté à 
travers les vastes salles et les escaliers tortueux de ce 
monument unique. 

Certainement cette partie du programme constituait le 
numéro hygiénique. Plusieurs crânes endoloris par les 
libations fraternisantes de la veille surent gré aux organisa- 
teurs de cette promenade sur les plates-formes du château 
fort. 

D'ailleurs la cure pouvait s'achever à la place d'Armes 
où l'harmonie « De Vrijheid » donnait, à midi, un concert. 

L'après-dlner, réception solennelle des anciens. Le 
Champagne d'honneur est offert aux fondateurs de notre 
Maison, au Comité de Y Union des Anciens Etudiants et aux 
professeurs libéraux. La salle regorge de monde. 

Le camarade Jules Blondeel, président de la Fédération, 
rémercie les personnalités académiques et politiques 



Digitized by Google 



— 129 — 



présentes; puis il retrace l'historique de la Maison, en 
vante les avantages et rend hommage à ses fondateurs; 
enfin il exprime la reconnaissance de tous les copains 
auprès des amis et bienfaiteurs connus et inconnus qui. 
pendant ces dix années, ont assuré l'existence de notre 
chère Maison. 

Ensuite M. le député Mechelynck, président de Y Union 
des Anciens Etudiants, se félicite des progrès simultanés de 
Y Union, çt de la Fédération et en tire d'heureux présages 
pour la cause libérale. 

L'orateur le plus vivement acclamé est M. le profes- 
seur Van Wetter, parlant au nom de ses collègues libéraux, 
Une ovation est faite au vaillant professeur, qui prodigue 
aux étudiants le meilleur de son dévouement. 

Je vois encore le camarade Sottiaux — Alphonse pour 
les dames — excité par moultes coupes, crier, du fond de la 
salle «vive Van Wett'! bravo Van Wett'!!» avec une 
énergie telle qu'un gros rire général s'ajouta à l'élan 
d'enthousiasme. > 

M. le professeur P. Fredericq, fut également l'objet d'une 
manifestation de sympathie lorsque, après avoir évoqué ses 
souvenirs d'étudiant, il salue l'heure proche où le libéra- 
lisme rénovera la patrie délivrée. 

Soulèvent encore des applaudissements, les réconfor- 
tantes paroles de M. Eugène Bayens, le président de la 
Jeune Garde Libérale, qui constate avec joie que beaucoup 
d'étudiants libéraux ont à cœur de représenter, au sein de 
la Jeune Garde, l'élément intellectuel à côté de l'élément 
ouvrier; celles du camarade Freyson, de Liège, qui admire 
la solidarité des camarades gantois, et celles de M. Lam- 
borelle, qui rappelle les débuts pénibles de la Maison 
maintenant si prospère. 

Pour terminer, le camarade Hacmelinck entonne, d'une 

0 



Digitized by Google 



- 130 - 



voix vibrante. « l'Appel, » chant des Etudiants Libéraux 
Gantois. 

Il était plus que temps que cette réception prit fin : le 
Champagne, la fumée des cigares, l'agitation, le bavardage, 
les bans, les cris commençaient À faire rudement tourner 
les tètes. 

Et il fallait encore procéder au jaugeage des verres des 
cafés de la ville avant le bail 

Ah, ce bal ! En a-t-on exécuté des saltations qui ne se 
trouvent dans aucun traité de chorégraphie! Quelles 
précieuses leçons les dames du corps de ballet de notre 
Grand-Théâtre auraient pu prendre là 1 Et ces interminables 
farandoles !.... 

11 est vrai que, tel qu'il était préparé, le punch est un 
excellent professeur de danse ; et on fut servi par trois fois. 
Le sarcastique chef-punchiste Ronsse eut lui même, l'occa- 
sion délicieuse de chanter un de profundis pour son ami, 
Fernand Grange. 

Pauvre Grange! Il fut la première victime, lui qui avait 
si bien préparé la potion enivrante pour jouir du spectacle 
de la pochardise des autres! 

Respectueusement quelques copains, aidés d'agaçantes 
« crotjes », l'avaient déposé devant la grande chaudière de 
cuivre. Il gisait là sur le dos, revêtu de son tablier blanc 
de punchiste sur lequel de macabres insignes saignaient. 
De temps en temps cependant il exécutait d'étranges 
soubresauts, comme pour se relever. 

Le sacré collège des punchistes, précédé de son grand 
pontife tout enchasublé d'or, s'avança alors gravement 
vers lui, commanda l'obscurité et, d'une voix de basse 
traînante, se mit, suivant les rites antiques, à psalmodier le 
« de profundis » devant le nectar flamboyant. 

Dans les reflets bleus des flammes d'alcool, des pâles 



Digitized by Google 



— 131 - 



figures des couples dansant la sarabande reprirent en 
chœur la lugubre mélodie. On aurait dit un sabbat, célébré 
sur le ventre de Grange. 

Mais voilà que soudain le couvercle étouffe les langues de 
feu. L'incantation prend fin. Quelques uns murmurent 
encore un : « et ne nos inducas in tentationem ! » et le 
mystère se termine par cet ordre sonore du grand pontife : 
« Fiat lux! » Et la lumière fut.... 

Deux carabins de service emportèrent Grange pour lui 
administrer un cordial, en attendant qu'il y eut d'autres 
« cas » à soigner. Car on sabla sec le punch et les valseurs 
tournoyèrent comme des trombes, jusqu'au grand matin. 

Faut-il demander, dan", ces conditions, si le bateau à 
vapeur qui devait nous conduire en excursion dans les 
eaux du canal de Terneuzen partit avec un beau retard ? 
Onze heures, étaient bien sonnées, lorsque, accompagnés 
de nos drapeaux et de Fhaimonie De Vrijheid* nous primes 
place à bord du « Luctor et Emergo. » 

Il faisait un temps de chien. Un vent tiède d'ouest 
chassait de gros nimbus et il pleuvait sans discontinuer. 

Tout le inonde fit cependant preuve du plus grand 
enthousiasme. 

L'air vif du canal, le somme qu'allaient faire quelques- 
uns dans les cabines, les tonneaux de Pihener qu'on 
dégustait avidement, le buffet froid où les estomacs 
détraqués pouvaient se restaurer, tout cela guérissait rapi- 
dement de la « gueule de bois » et les entraînants morceaux 
du répertoire abondant et varié de la musique De Vrijheid 
ne contribuaient pas peu à faire oublier la fatigue et à nous 
remettre tous au diapason de la joie la plus exubérante. 

Nous filions, à toute vitesse, vers le Sas de Gand. 

A notre passage, Selzaete, que nous devions visiter 
l'après-midi et qui était déjà entièrement pavoisée, tira des 



Digitized by Google 



— 132 - 



salves de salut. Les drapeaux bleus se déployèrent 
un moment. La musique joua. On agita des mouchoirs. 
Des cris d'allégresse s'échangèrent. Une fois Selzaete hors 
de vue, le calme revint et l'on entendit, pendant quelques 
instants, l'essoufflement de la ma chine et le clapotement 
des vagues. 

Une courte escale au Sas de G; nd nous permit d'appré- 
cier l'excellent « Schiedam » et les aromatiques cigares 
hollandais. Les villageois calmes, placides, peu habitués à 
des manifestations extravagantes dans leurs rues étroites, 
désertes et propres, étaient accourus sur les portes, avec 
femmes et enfants, pour voir débarquer cette bruyante 
jeunesse. 

Les Cake-Walks du camarade Piron, qui se trouvait 
encore sous l'influence des libations de la veille, épatèrent 
ces braves gens, avant tout amis de l'ordre. 

Sans se laisser entraîner par notre animation effrénée, 
les habitants nous acc ueillirent et nous laissèrent partir 
avec cette même curiosité amusée, cette même politesse 
excessive, mais froide et réservée, qui caractérisent les 
peuples du nord. 

Bien vite le tour du village était achevé et, malgré la 
pluie persistante et une moue du capitaine, nous voulions 
absolument pousser jusqu'à Terneuzen pour contempler 
les eaux glauques du « Hont », par ce temps brumeux et 
triste. 

Bientôt une grandiose symphonie en vert et en gris 
s'omit à nos yeux, qui vainement cherchaient un horizon 
à travers l'atmosphère alcaline. Nous- étionsdà, sur la 
grève, dans une réelle extase. 

Mais le spectacle, scmble-t-il, impressonna plus particu- 
lièrement l'un de nous. Piron. devenu subitement amoureux 
de la mer — en l'absence de filles, sans doute, — s'ap- 



Digitized by Google 



- - 183 - 



prêtait déjà à prendre un bain et ce ne fut qu'avec toutes- 
les peines du monde qu'on parvint à lui faire rendosser 
ses habits. 

— « Deviens-tu donc fou à lier? » lui criait-on de toutes 
parts. 

— «Tu vas te noyer, triste basse! » ajouta François Paté. 

— « Vous avez raison, camarades, » finit par se laisser 
convaincre, Piron, « Noyons-nous plutôt dans La bière. Et, 
se rhabillant, u Allez donc, camarades, » fit-il, « à chacun 
son tonneau !» .'>.'* 

Cependant tout à coup la cloche du bateau sonne, la 
sirène lance des appels stridents. Il est temps de remonter 
à bord ; les derniers retardataires doivent même regagner ■ 
le vapeur à la course; et en route pour Selzaete ! 

Il est plus de cinq heures quand nous arrivons. La ville 
est en fête. Le drapeau national flotte à la plupart des 
maisons. De nombreux coups de canon retentissent, tandis 
que le bateau vient s'amarrer au quai et que la Vrijheid 
entonne la Brabançonne. 

La population acclame le cortège qui se rend à l'Hôtel 
de Ville. Le sympathique bourgmestre, M. De Tilloux, 
ayant à ses côtés les échevins et membres du Conseil 
communal, nous souhaite la bienvenue. Il remercie les : 
étudiants d'avoir choisi Selzaete pour but de leur excur- 
sion et fait des vœux pour la prospérié des sociétés 
estudiantines libérales. 

M. Wilmar, parlant^ aj.i nom de la Société libérale, 
rapelle que Selzaete est une des rares villes des Flandres 
où le drapeau bleu flotte à la maison communale, non- 
obstant l'arrogance et l'oppression cléricales. Il émet 
Fespoir qu'en 1000 la Belgique entière pourra enfin pousser 
le cri de victoire et de délivrance. 

Le camarade Blondeel remercie et l'on bat un formidable 



Digitized by Google 



134 — 



triple ban en l'honneur de l'administration communale et 
de la Société Libérale de Selzaete. 

Le cortège se reforme alors et se dirige vers la maison 
du camarade Coxs où une magnifique réception au 
Champagne nous est réservée. 

Après cela on se répand en ville, par groupes; qui, pour 
boire une chope aux cafés pavoisés, qui, pour faire un petit 
achat, le plus baroque possible, aux magasins amis. Un 
mois après, j'ai encore retrouvé dans mes poches une souri- 
cière, souvenir de Selzaete! 

Depuis longtemps le quai était plongé dans l'obscurité 
quand nous regagnâmes notre bateau, qui nous ramena à 
Gand vers dix heures. 

Que s'est-il passé en route? Je ne sais. Mais au débar- 
quadère, je me rappellerai toujours un bombardon qui 
prenait son instrument pour un trop-plein et des malheureux 
qu'on dut soutenir énergiquement. 

Bien sùr, nous avions absolument besoin de vider encore 
un tonneau d'adieu à la « Maison! » 

* * 

Conclusion : Mal aux cheveux tenace ! Délicieux et 
ineffables souvenirs ! Napi Sémen. 




Digitized by Google 



PARIS 



Fêtes Franco-Belges 

Voici trois mois à peine, qu'un express emportait une 
trentaine de drilles de notre Générale qui allaient à Paris 
retrouver leurs compatriotes des Universités de Bruxelles, 
Liège, Mons. Anvers et Gembloux, pour une joyeuse 
fraternisation Franco-Belge à laquelle nos camarades de 
l'Association Générale de Paris nous avaient conviés. 

Et quand je tâche de les revivre ces cinq journées 
fameuses, il me vient comme un vertige, tant la foule des 
souvenirs qui se pressent à ma mémoire, est grouillante et 
désordonnée. 

Pensez donc ! cinq journées de courses, de visites, de 
réceptions à travers ce Paris si grand et si encombré ; cinq 
nuits de théâtres, de lumières, de folies 

Pourtant, il va falloir pour la postérité que je happe 
quelques-uns de ces souvenirs, au hazard de la sarabande 
qu'ils ont entreprise autour de ma mémoire. 

C'est d'abord l'arrivée, le premier contact avec la gigan- 
tesque capitale, l'esbaudissement de plusieurs et la joie qui 
éclate en chansons sur ce char-à-bancs qui nous emporte à 
travers l'animation des boulevards : 

Rijen ! rijen ! dat is plesanl. 

Le soir, réception au local de l'A. G. Figurez-vous une 
grande maison qui a cette particularité de ne pas posséder une 
seule grande salle, et qui du haut en bas, du grenier à la 
cave, est envahie d'une foule bruyante qui se bouscule, 
monte, redescend, crie ; les uns en casquette, — ce sont les 



Digitized by Google 



— 13<> 



étudiants belges — les autres en chapeau de soie, 
ce sont les étudiants de Paris — car l'étudiant de Paris a 
renoncé au bérêt qui est maintenant devenu la coiffure des 
calicots, comme il a renoncé aussi au Quartier Latin qui 
n'est plus qu'un souvenir. 

Dans toutes les pièces les bouchons partent comme les 
fusées de la fête; le comité de l'A. G. se démène^ il y a 
une cohue qui se presse devant chaque table, tout le monde 
tend les bras vers le Champagne, comme des noyés vers une 
bouée de sauvetage, et les plus faibles ont renoncé à la lutte 
que les plus forts sont déjà saouls ! 

Pendant que se déroulent ces péripéties, un gros 
monsieur vient a moi, et me serrant dans ses bras crie son 
nom : Ficaja! Ficaja le chaud corse que TA. G. avait 
délégué à nos fêtes de 1900 et que la Générale a nommé 
membre d'honneur; Ficaja bedonnant qui n'a pas oublié 
« ses braves Gantois » et sera leur fidèle cicérone qui leur 
laissera le plus aimable souvenir. Je retrouve aussi notre 
ami Oungre, l'ancien chef de la symphonie de la Générale, 
aujourd'hui avocat à Paris, et qui lui aussi, ne nous 
quittera pas, heureux de se rappeler les années d'autrefois ; 
il y a encore un sous-lieutenant de Versaille qui a tenu à 
venir nous serrer les mains, c'est Jacobson qui fut élève 
aux ponts et chaussées et membre de la Générale, il y a 
quelque cinq ans. 

Et tandis que nous sommes plongés dans la douce joie 
des effusions un vaste monôme se forme et va serpenter à 
Montmartre, au pas rythmique de ses clameurs. Nous 
préférons le laisser partir pour aller à quelques-uns visiter 
le Paris nocturne qui commence à la Taverne Alsacienne 
et finit chez Barat, prés des Halles. 

• 

* * 



Digitized by Google 



■ 



— 137 — 

Au lendemain, quelques casquettes matinales arpentent 
les grands boulevards, vont au Louvre pincer les mentons 
des midinettes, visitent les grands musées, escaladent la 
tour Eiffel ou se pavanent aux Champs Elysées. 

Les étudiants de l'A. G. ont les réceptions très faciles, 
ce n'est pas comme nous qui devons nous ingénier par 
mille artifices à remplir agréablement les séjours de nos 
invités ; eux n'ont qu'à les abandonner à eux-mêmes, et 
Paris se charge de les distraire. 

Comme les journaux ont fait grand tapage autour de 
notre visite, une curiosité sympathique nous entoure, et les 
loustics qui nous croisent, ne manquent pas de nous saluer 
en belge « pour une fois, savcz-vous! » 

L'après-midi, réception officielle à l'hôtel de ville de Paris. 

Une colonne de deux cent et cinquante étudiants belges 
précédés d'une quinzaine de drapeaux, et du Comité de 
l'A. G. descendent du Quartier-Latin. Tout le monde 
s'efforce de chanter à pleine voix, mais il manque malgré 
tout, une fanfare à notre tête. 

L'hôtel de ville diffère du local de l'A. G. en ce qu'il pos- 
sède de grandes et belles salles ; cependant on a jugé devoir 
nous recevoir dans une sorte de petite antichambre où 
vingt personnes se tiennent avec peine, de sorte que nous 
devons presque. tous attendre dans le corridor, la fin des 
discours. Il y en a paraît-il quatre : Noguères président de 
l'A. G. qui présente à la municipalité parisienne ses cama- 
rades belges ; le président du conseil et le délégué du préfet 
de la Seine qui saluent la Belgique, « ce carrefour du 
monde » enfin le camarade Cousin qui remercie. 

Puis commence la visite du somptueux édifice, après 
quelques luttes homériques devant le buffet qui semblait 
d'ailleurs, par l'abondance de ses munitions, avoir prévu 
l'acharnement de notre assaut. 



Digitized by Google 



— i:œ — 



Le soir, excursion dans les théâtres qui ont mis gracieu- 
sement des places à notre disposition; pélérinage dans 
quelques tavernes renommées : l'Américain, Maxim, les 
Caves de l'Olympia etc., etc.; cachons à nos fils quels y 
furent nos exploits ! 

* * 

Le troisième jour, séance à la Sorbonne et visite de 
l'Institut Pasteur. 

L'après-midi, réception à l'Elysée, réception inoubliable 
pour tous ceux qui en furent. 

Je crois pour ma part, que je reverrai toujours ce grand 
salon des ambassadeurs où les huissiers nous rangent, puis 
tout à coup ce majordome qui entre et qui annonce : 
« Monsieur le Président de la République Française. » 

Un calme solennel s'établit et un petit homme tout blanc 
fait son entrée, s'arrête au milieu de notre groupe, salue. 
C'est Monsieur Loubet suivi du personnel de sa maison 
civile et militaire. 

Noguères s'avance et les deux présidents se serrent la 
main. 

« Mes camarades belges, déclare le président de l'A. G., 
ont tenu à venir saluer la France dans la personne de son 
premier magistrat » et tout de suite M. Loubet nous 
répond, parle de la Belgique, de ses bons camarades les 
étudiants, avec un fort accent méridional et un bonhomie 
ineffable qui se dégage de toute sa personne. 

Puis il nous invite à vider une coupe de Champagne, et à 
ces mots, un rideau s'écarte et découvre le plus somptueux 
buffet de la terre, comme au théâtre la toile du fond se lève 
sur l'apothéose. Et le Président de la République française 
nous entraine, oh! sans façon, croyez-moi, le protocole 
semble avoir été laissé au vestiaire, avec les pardessus. Il 



Digitized by Google 



— 139 — 



circule parmi nous, se fait présenter les chefs de délégations, 
trinque, distribue des poignées de main, raconte des 
histoires : « du temps que j'étais étudiant... 

Té! mon bon Monsieur Loubet, encore un peu, on vous 
aurait pris par le bras. 

Et voyez à quoi conduit trop de reconnaissance, il en est 
qui éprouvèrent tant de joie de cette réception, qu'ils vou- 
lurent en garder un souvenir palpable sous la forme d'un 
verre ou d'une soucoupe. 

C'est le meilleur souvenir de tous nos souvenirs de Paris, 
et si ces lignes devaient arriver jusque dans cet apparte- 
ment où il est allé installer sa sereine vieillesse, j'aurais 
composé toute une gerbe de remerciements à cet ancien 
président de la République Française, qui a voulu accueillir 
la jeunesse intellectuelle d'une nation sœur, tandis que le 
gouvernement de cette nation estimait que nous ne devions 
pas être reçus par son chargé d'affaires à Paris, auquel nous 
avions sollicité l'honneur de pouvoir aller remettre nos 
hommages : il est vrai que les étudiants de Louvain n'étaient 
pas avec nous.... 

Cette journée mémorable se termina par un bal à Bullier, 
dans cette vaste salle où fermentèrent les révolutions 
d'autrefois. Moi je ne garde de cette soirée que le vertige 
de trois ou quatre mille couples enlacés qui valsent, 
chahutent, matchichent. Cake-Walkent entre les Braban- 
çonnes et les Marseillaises. 

Le quatrième jour, c'est aussi la quatrième nuit que nous 
avons oublié de dormir. Les visages sont pâles, les yeux 
tirés, les joues creuses : on croirait voir des bloqueurs à la 
veille d'un examen, et pourtant Dieu sait si nous sommes 
loin de nos bouquins!.... 



Digitized by Google 



— 140 - 



Quelques intrépides entreprennent le matin la visite des 
Gobelins, de la manufacture vie Sèvres, des travaux du 
Métropolitain. 

A midi une dizaine de Gantois se trouvent attablés à un 
plantureux banquet que leur offre le sympathique Ficaja; 
il y a là Jujules, Vandercruysse, Sottiaux, Jouret, Corb i- 
sier, Descamps et votre serviteur. C'est une de ces fêtes 
présidée par la plus franche amitié, qui fait paraître la vie 
bonne et les peines légères, et comme nous avons senti 
tout le cœur avec lequel elle nous était offerte, à trois mois 
d'in'ervalle nous sommes encore émus quand nous nous 
rappelons les heures charmantes passées autour de cette 
table. 

Ficaj a avait commandé tout un batallon de bouteilles de 
bordeaux, de bourgogne, de Champagne qui s'emparèrent 
de notre raison, aussi quand je vous dirai que nous allâmes 
ensuite visiter les installations du journal « Le Matin » et 
qu'il y eut des discours et encore du Champagne à la clef, 
vous comprendrez qu'il me serait difficile de vous conter 
les péripéties de la soirée. Elle se passa, paraît-il, dans les 
cabarets artistiques qui mériteraient à eux seuls un long 
chapitre, et où Jujules fît applaudir son talent de diseur. 

* 

* * 

* » . ■ * 

Le dernier jour, excursion à Versailles. 

Versailles est exquis et son palais magnifique, mais le 
tout était arrosé d'une pluie que nous semblions avoir 
apportée de chez nous et qui enlevait à la promenade tout 
son charme. 

De nombreux camarades étaient d'ailleurs restés à Paris, 
et comme M. Faillières voulait sans doute déjà faire ; 
concurrence d'amabilité à M. Loubet, il mit à leur dispo- 
sition plusieurs loges pour la séance du Sénat. 



Digitized by Google 



- 141 - 



Le soir, grand banquet d'adieu dans le somptueux décors 
du buffet de la gare de Lyon. Au dessert discours de 
Noguères, de Cousin qui offre à TA. G. une médaille com- 
mémorative, de Berger qui remet aussi une médaille au 
nom de la Générale de Gand, de Van Cauwenberghe, de 
Verheven, Mossly, Staunard, etc., etc. 

Ainsi finirent les fêtes Franco-Belges. 

Le retour se fit en débandade, à mesure que les poches 
se vidaient. 

Nous partîmes la nuit du dimanche, avec des camarades 
de Bruxelles et d'Anvers ; notre petit groupe qui portait le 
drapeau et comprenait Jujules, Soltiaux, les Troch, Schul 
et le soussigné eut pour dernière émotion le télescopage de 
son train à Quévy.... 

* * 

Et maintenant qu'en les écrivant je viens de revivre un 
peu, ces joies passées et que je puis en dégager une impres- 
sion générale, je dois avouer que par dessus tous les souve- 
nirs aimables que j'en garde, il me reste un sentiment très 
nette de désenchantement. 

Je connaissais Paris, je n'avais pas entrepris ce voyage 
pour aller l'admirer une nouvelle fois, mais uniquement 
pour vivre quelques moments, la vie de ses étudiants et 
pour boire à la coupe de la fraternité ; or cette coupe que 
l'ai trouvée vide ! 

S'il est vrai que pour être étudiant il faut autre chose 
qu'étudier plus ou moins régulièrement des cours qu'on 
va suivre plus ou moins assidûment dans une université, 
personne moins que les étudiants de Paris, ne mérite ce 
nom ! 

Ils sont éparpillés un peu partout, pas un signe ne les 
distingue, ils ne se connaissent seulement pas les uns les 



Digitized by Google 



— 142 - 



autres, pas une tradition n'a survécu chez eux, et les 
quelque quinze cents qui sont membres de TA. G. le sont 
comme on est membre d'un Touring-Club ou d'une société 
de secours mutuels. 

Il faut décidément nous faire d'eux une autre idée que celle 
quenous en ontdonnéeMurgeretGavarni; l'étudiant de Paris 
est même si changé que je ne puis m'empêcher de sourire 
aux illusions qui me restaient encore en arrivant, dans cette 
voiture qui m'emportait vers mon logement que je voulais 
en plein Quartier-Latin. Ces deux mots de « Quartier- 
Latin » sonnaient à mes oreilles comme le nom d'un Eden 
de la bohème estudiantine, et mon imagination évoquait 
par avance, des réceptions sous les toits, avec le rire perlé 
des grisettes comme musique et la face indiscrète de Tanit 
à la lucarne 

Mais toutes ces réflexions n'enlèvent rien aux mérites de 
notre ami Noguères et du bureau de l'A. G.; elles ne font 
au contraire que l'augmenter, puisqu'ils ont été seuls à 
supporter la lourde tâche d'organiser ces belles fêtes. 

Qu'il me soit donc permis pour finir, de leur exprimer 
l'affectueuse reconnaissance que chacun de nous leur garde 
au fond du cœur. Bergerac 




Digitized by Google 



NOS PORTRAITS 



I 



Digitized by Google 




A. LÉON DEPER/AENTIER 



Lorsque ce comité de l'Almanach prit la succession de 
ses vingt-et-un aînés, son premier souci fut de faire choix 
du professeur auquel il allait dédier la publication, dont il 
avait assumé la charge. 

Les étudiants libéraux de l'Université de Gand allaient 
fêter cette année, le trentenaire d'une activité que les revers 
n'avaient pas entravée et (pie le temps n'avait pu lasser; 
ils allaient, par leur nombre et par la vitalité de leurs 
œu\res, affirmer le prestige et la force des idées, dont ils 
avaient accepté la défense. 

Et cet Almanach devait être, lui aussi, une manifestation 
de cette prospérité. Il fallait, à cette heure qui évoquait 
tout le passé, qu'il fut dédié à l'un de ceux qui fut un 
dévoué ue la première heure, à l'un de nos professeurs, 
dont la carrière forçât le respect et l'estime, à l'un de ceux 
enfin, dont le nom prononcé dans une assemblée estudian- 
tine, déchaîne toujours les applaudissements et les accla- 
mations, 

C'était la pensée commune» Et un nom vint sur toutes les 
lèvrés : celui de M, Depermentier. Mais aussitôt il y eut des 
sceptiques : la tradition nous léguait le décevant refus que 
notre professeur si sympathique avait déjà opposé à cette 
demande. 

10 



Digitized by Google 



— 1 1<> - 

Le « Journal des Etudiants » avait déjà publié son 
portrait, mais quels stratagèmes n'avait-il pas fallu employer 
pour se procurer une photographie et n'avait-on pas jugé 
prudent de s'abstenir de solliciter toute autorisation? Ce 
procédé de reporter ingénieux était d'un emploi difficile : 
puisque dans cet Almanach nous entendions offrir le 
témoignage affectueux de tous les étudiants libéraux, il 
fallait qu'il fut bien accueilli. C'est pourquoi, avec une 
audace que justifiait le pressentiment que cette fois il allait 
réussir, le Comité délégua l'un des siens auprès du 
professeur. 

M. Depermentier refusa tout d'abord, mais l'insistance 
de notre secrétaire fit bientôt fléchir son obstination : peut- 
être entrevit-il tout-à-coup ses années d'autrefois, d'étudiant 
et de professeur; peut-être se dit-il aussi que puisque les 
étudiants de diverses époques insistaient tant pour lui don- 
ner ce témoignage, c'est qu'il devait bien le mériter un peu... 
et il accepta. 

Nous en concevons une grande joie. Nous remplissons 
un devoir bien cher en dédiant cette publication à celui qui 
s'est toujours montré si bienveillant à nos initiatives, au 
vaillant libéral qui n'a jamais marchandé sa sympathie à 
nos cercles, au professeur aimé qui, cette année encore, 
venait à nos fêtes réchauffer notre enthousiasme, et nous 
donner le plus précieux et le plus apprécié des encoura- 
gements. 

'À- 

■■>. * 

M. Léon Depermentier naquit à Hasselt le 12 mars 1848. 
Il fit ses études à l'un de ces athénées dont le solide et 
fécond enseignement mathématique forma nos ingénieurs 
les plus éminents : l'athénée de Mons le compta au nombre 
de ses élèves les plus remarquables, et déjà en octobre 1865 



Digitized by Google 



- 117 

il entrait à l'école spéciale du Génie Civil, annexée à l'Uni- 
versité de Gand, à cette école dont il devait bientôt être 
un des plus brillants professeurs. 

Tous ceux qui le connurent attestent qu'il fut un excellent 
camarade, un compagnon gai et exubérant. Il laissa le sou- 
venir d'un véritable étudiant. Il était joyeux à ses heures, 
mais il était aussi sérieux et travailleur au moment voulu... 

Formé par des professeurs tels que M. Boudin, son esprit 
scientifique devait se développer rapidement. 

L'attention de ses maîtres se porta sur lui : il sut la méri- 
ter et s'en montrer digne, et en juillet 1871, il sortait pre- 
mier comme ingénieur des ponts et chaussées. 

En octobre, l'Etat l'attachait à cette administration et 
dès novembre, il était détaché à l'Université. 

Il fut chargé des répétitions des cours de constructions du 
Génie civil, de stabilité des constructions et d'hydrauliques. 

Il créa le cours de Géométrie pratique aujourd'hui Topo- 
graphie) et fut chargé du cours d'Hydraulique en IHîSH et du 
cours de Stabilité des constructions en 180*2. Il fut nommé 
professeur ordinaire à la Faculté des Sciences en 1885, ingé- 
nieur en chef directeur des ponts et chaussées en 1805 et 
enfin, la même année, pour le plus grand bien des étudiants, 
inspecteur des Etudes aux Ecoles spéciales. 

Ajoutons, qu'au cours de cette carrière professorale, 
M. Dkpkrmentikr fut promu chevalier de l'ordre de Léo- 
pold le 25 octobre 1888. Ensuite, le 10 juin 1896, le Roi lui 
accordait une nouvelle distinction honorifique, en le nom- 
mant officier de son ordre. Enfin, le 11 janvier 1809, il lui 
décernait la médaille civique de l rc classe. 

Comme professeur, c'est avec une fougue toute juvé- 
nile, un entrain forçant l'auditoire à le suivre que Mon- 



Digitized by Google 



- ! 18 - 



sieur Depermentier expose les théories les plus ardues de 
la Stabilité des constructions et de l'Hydraulique. Sa parole 
chaude et vibrante, ses gestes énergiques, son enthousiasme 
communicatif forcent l'attention tt intéressent les élèves, 
aux raisonnements les plus abstraits. Il faut avoir assiste à 
ces leçons de topographie où plus d'une centaine d'élèves, 
des sections les plus diverses, écoutent dans un silence 
recueilli et attentif, les démonstrations les plus complexes. 
Le professeur qui expose ici, n'est pas de ceux qui font une 
lecture monotone et pénible de notes qu'ils ont reçu de leur 
prédécesseur, et qu'ils transmettront à leurs successeurs, 
phrases invariables que l'élève it dans le cahier d'un 
ancien avant que le professeur en articule les mots pour 
une génération nouvelle. Le débit du professeur ne se 
ressent pas de cette lassitude où perce le sentiment d'une 
corvée, qu'à la même époque, devant les mêmes bancs, on 
a effectuée plusieurs années déjà. Non, M. Dkpermkntier a 
le souci du rôle du maître, il a la conscienee nette de sa 
mission. Lorsqu'avant de prendra la craie, il dépose ses 
notes sur le pupitre, c'est par pure coquetterie professorale, 
car il ne les consulte jamais. Bientôt il est debout au 
tableau noir, le verbe haut et clair, traçant d'une main 
infatigable les constructions et les formules. 

Et sa parole va, va, les mots se précipitent en une sara- 
bande effrénée, en une course rapide, mais sûre, dociles à la 
pensée supérieure qui les guide. Souvent, en dépit des heu- 
res qui passent et s'accumulent à l'échéance des matières, 
les raisonnements et les démonstrations difficiles sont jusque 
trois fois répétés, mais lorsque le professeur passe au 
point suivant, tous les élèves onj: compris, les parties déli- 
cates leur apparaissent d'une simplicité magique, les con- 
cepts dont la subtilité déconcertait leur zèle les éclairent 
d'une clarté lumineuse : pour l'élève auquel le travail con- 



Digitized by Google 



— 149 — 



tinu est coutumier, l'assimilation des matières se fait sans 
effort et sans peine. 

Le professeur n'a jamais l'ombre d'une hésitation : il 
semble guidé par la force de logique, la puissance de rai- 
sonnement qui imprègne à un si haut degré son enseigne- 
ment, on dirait qu'il suit un fil invisible dont la trace lui est 
familière et au long duquel les idées s'échelonnent et s'en- 
chainent. Il est dominé par ce souci supérieur de satisfaire 
la raison, qu'on retrouve même dans cette phrase qui 
n'échappe jamais à ses élèves : « Il est évident, 
Messieurs » 

C'est d'ailleurs cette notion du raisonnement impeccable- 
ment exposé, cet esprit critique, cet espril de synthèse 
scientifique dont le professeur épie avec anxiété la mani- 
festation à l'examen ; et il y attache bien plus d'importance 
qu'à la récitation plus ou moins véridique des matières 
enseignées. 

Et en effet, n'est-ce pas un point capital pour l'ingénieur 
qui est appelé à se trouver aux prises avec toutes les appli- 
cations de la pratique, peur le technicien qui devra compter 
avec toutes les contingen tes de la réalité ? 

C'est dans cet esprit d'ailleurs, et avec le but d'assurer le 
développement de cette faculté de raisonnement chez ses 
élèves, que M. Dkpermkxtiisr refuse d'éditer ses cours : il 
veut que ses élèves prennent note et précisent sa pensée 
eux-mêmes, avec toute la vie et toute la netteté qu'il 
s'efforce — et qu'il réussit — a y mettre. C'est pourquoi tel 
est l'intérêt qu'il éveille chez ses auditeurs, que lorsqu'il 
dépasse l'heure, les élèves, sous le charme de sa parole, 
s'aperçoivent avec étonnement qu'ils n'ont ressenti aucune 
impatience. 

Doué d'un esprit clair, d'une rare lucidité dans l'exposi- 
tion, il met dans ses cours une clarté et une méthode qui 



Digitized by Google 



rendent le travail de l'étudiant facile et fructueux : il joint 
aux qualités d'un véritable savant, celles non moins appré- 
ciables d'un professeur dans toute l'acception du terme. Il 
est professeur dans l'âme et est un de ces maîtres jui lais- 
sent une trace dans le cerveau de l'étudiant et dont l'in- 
fluence bienfaisante se fait longtemps sentir. 

Et on peut bien le dire, quitte à effaroucher une modestie 
bien connue, si l'Ecole de Gand s'affirme de plus en plus, 
si elle remporte aux concours d'ingénieurs des succès 
éclatants et ininterrompus, si sa réputation continue à 
s'étendre et à rayonner par le monde entier, on le doit 
certes à plusieurs personnalités éminentes qui font partie 
de son corps professoral, mais on le doit aussi et surtout 
à celui qui a perpétué la tradition du vénéré Boudin, à 
celui qui a repris, étendu et perfectionné son ense ignement 
dans ces branches de la Stabilité des constructions et de 
l'Hydraulique, si capitales et si primordiales dans l'art de 
l'ingénieur. 

* * 

C'est à ces titres scientifiques, ainsi qu'à la sûre compré- 
hension de sa tâche, à la haute conception de sa mission, 
que M. Depermentier dut sans nul doute d'être nommé 
Inspecteur des études. Et certes, si jamais nomination fut 
heureuse, ce fut bien celle-là : ce professeur n'était-il pas 
tout désigné pour diriger les études de jeunes gens dont il 
comprend si bien la mentalité et s'est fait aimer et estimer. 

La droiture de son caractère, sa grande bonté, son 
incessante et inépuisable bienveillance aux entreprises 
estudiantines, lui ont valu l'affection de tous. 

Sa juste sévérité ne soulève jamais de protestations, et 
c'est bien la moins crainte du châtiment que le désir de ne 
pas déplaire qui maintient l'ordre et la bonne marche des 
travaux à l'Ecole Spéciale. 



Digitized by Google 



— 151 - 



Jaloux du succès de ses élèves, il s'occupe de leur avenir, 
les protège et les défend contre les rivalités étrangères. Il 
aime son école comme une autre famille; il a toujours 
combattu et lutté pour elle. Il en est l'âme. Ses succès le 
rendent fier et c'est à elle qu'il consacre et son activité et 
toute son intelligence. 

Ce culte de notre enseignement supérieur, il voudrait le 
voir professer par tous les étudiants et anciens étudiants. 
C'est dans cet esprit qu'il témoigne sa sympathie à l'Asso- 
ciation corporative des Elèves Ingénieurs et à l'Association 
des Ingénieurs sortis de l'Ecole de Gand; c'est pour la 
même raison qu'il aime voir les Etudiants se réunir en ce 
traditionnel et déjà antique souper des Ecoles, pour y 
fraterniser et chanter la « Chanson du Génie. » Il faudrait 
rappeler cette lettre qu'il adressait au président de ce 
souper et où il demandait aux étudiants d'oublier pour une 
soirée leurs légitimes griefs politiques pour se retrouver 
ensemble et se rappeler « qu'ils sont élèves de l'Ecole de 
Gand. » Esprit véritablement' libre, tolérant et large, il se 
réjouit de voir les étudiants d'accord pour célébrer la gloire 
de notre Aima Mater, pour lui rendre le filial hommage qui 
lui est dû et pour pratiquer son grand évangile de travail. 

* 

Cependant ni ses occupations, ni l'écrasant labeur de ses 
multiples fonctions, n'empêchent M. Depermentier de 
s'intéresser à notre activité et à la vie de nos sociétés. 

Jamais il n'a décliné l'invitation que nous lui faisions de 
prendre part à nos festivités. Il fait partie de ce groupe de 
professeurs que nous sommes fiers de voir s'associer à nous 
dans toutes nos manifestations, et lorsqu'il assiste à nos 
soirées et à nos revues, il n'y dissimule pas son rire franc 
et ouvert. 



Digitized by Google 



- ir>2 — 



Jamais les étudiants ne font en vain appel à son bon cœur 
et s'il aime bien les étudiants libéraux, il affectionne beau - 
coup aussi leurs petits protégés des Colonies Scolaires. 

Sa sollicitude à toutes nos œuvres est paternelle et 
inlassable. 

C'est pourquoi, si les Etudiants Libéraux saluent avec 
respect le professeur aimé, s'ils s'inclinent avec vénération 
devant le profond et inaltérable dévouement à l'Université 
qui est la probité supérieure de son existence, ils tiennent 
aussi à célébrer sa fière et constante fidélité à leur idéal 
politique. Ils aiment à le regarder comme un ami sur, un 
protecteur infatigable de leurs sociétés. 

L'Almanach des Etudiants Libéraux est heureux et fier 
de pouvoir une fois de plus, en leur nom, apporter ce 
témoignage. 




Digitized by Google 




Digitized by Google 




UN HOnnE POLITIQUE : 



r\. É/AILE BRAUN 



— Comment? Celui-là, M. Braun? Mais il a une bonne 
tête ! 

C'était un prêtre qui s'exclamait ainsi, sur l'estrade de la 
plaine Saint Pierre, tandis que son voisin lui nommait une 
à une, les autorités attendant l'arrivée du roi pour la fête 
patriotique. 

Et le ton dont ces mots étaient dits, marquait la surprise 
un peu joyeuse de l'homme qui trouve une figure avenante, 
chez celui qu'on lui a dépeint comme un dangereux ennemi 
politique. 

Le naïf prêtre avait raison. M. Braun a une figure de 
biave homme, qui exprime bien son caractère. 

Car de tous les personnages politiques belges, il n'en est 
peut-être pas un, qui possède une aussi rare bonhomie que 
le bourgmestre de Gand. 

Demandez-lui un service : il mettra tout en œuvre pour 
vous satisfaire, que vous soyez de ses amis ou de ses adver- 



Digitized by Google 



- 151 - 



saires. Critiquez-le, attaquez-le même; il ne se départira ni 
de sa bienveillance, ni de son sang froid. Mieux que per- 
sonne il sait que l'homme politique doit être un serviteur 
pour ses partisans, une cible pour ses ennemis. Aussi ne 
s'émeut-il pas vainement. Dans notre démocratie toujours 
un peu envieuse et défiante, cette amabilité proverbiale, 
ce flegme presque britannique, font de lui un des tempéra- 
ments les plus heureusement doués. Ni l'injustice de ses 
adversaires, ni même l'ingratitude de ses amis, ne décou- 
rageront ce Philinte parlementaire. 

A cette aménité de caractère, M. Braun jouit des facultés 
intellectuelles non moins précieuses. En ce sens aussi, 
l'abbé, sans le savoir, disait vrai : Il a une bonne tête, 
bien construite, solidement ordonnée. 

Esprit très-rapide, simplificateur, dédaigneux des brous- 
sailles et de la pédanterie, qui embarrassent les idées, 
M. Braun est essentiellement une intelligence pratique. 
Son bon sens lui fait éviter les exagérations ; sa connais- 
sance des réalités lui épargne les -erreurs ou trébuchent les 
théoriciens. Il a l'intuition de ce qui est faisable et devant 
toute difficulté, il voit la solution possible. Rarement il 
heurte l'obstacle de front ; renverser les barrières n'est pas 
son fait. Mais, comme l'habile ouvrier qui accomplit les 
besognes les plus difficiles pour ainsi dire sans effort, il 
découvre toujours la ligne de moindre résistance et rem- 
porte ses victoires presque sans bataille. 

Telles sont les facultés de l'homme. Voyons son œuvre. 

Avant 1895, il n'eut aucun mandat politique important. 

Originaire de Nivelles, (né en 1849), il sortit ingénieur de 
notre Université et passa successivement au service de 
l'Etat et de la ville de Gand, où il acquit l'expérience 
administrative, qui devait lui être si utile plus tard. 

En 1890, il entre au Conseil provincial comme élu de 



Digitized by Google 



— LV, — 



Gand. C'est son début dans la vie politique. Les événe- 
ments le jetteront bientôt dans une plus vaste arène. 

On se souvient qu'après la révision constitutionnelle de 
1803, et l'extension subite du droit de suffrage pour les 
chambres, les libéraux furent écrasés. Le Parlement ne se 
composa plus que de catholiques et de socialistes. Le cléri- 
calisme crut alors le moment venu, de porter le coup de 
grâce à son vieil adversaire, dont les grandes vill< s étaient 
le dernier refuge : Une représentation proportionnelle 
boiteuse permit aux catholiques de garder le pouvoir dans 
les petites communes, où ils possédaient la majorité, mais 
leur donna accès aux Hôtels de ville des grandes cités, d'où 
ils se trouvaient exclus jusque là. Rarement on vit exemple 
d'une loi plus diiectement faite au profit d'un parti ! 

L'indignation fut si grande, que l'on espéra un instant 
voir les grandes villes balayer les fraudeurs et donner une 
majorité au libéralisme. Mais cet espoir fut déçu. A 
Bruxelles, à Gand, à Liège, à Anvers, un groupe de 
catholiques entra au conseil communal. 

L'Association libérale gantoise avait présenté une liste 
complète. Treize seulement de ses candidats furent élus; 
M. Lippens, le bourgmestre qui durant tant d'années avait 
dirigé la lutte, resta parmi les vaincus. 

Le parti libéral ne revint donc à l'hôtel de ville qu'en 
minorité, décapité, ayant perdu jusqu'au prestige que lui 
avait gardé la possession exclusive des grandes cités. En 
outre, la situation était extraordinairement embrouillée. Nul 
ne savait ce qui allait sortir de ce conseil, où treize libéraux 
trouvaient en face d'eux 14 socialistes, et 12 catholiques. 
Pas de majorité! Pas d'entente possible! Il semblait que ce 
dût être le gâchis. 

La loi était si odieuse, que certains se réjouissaient de 
cette situation piesque inextricable. Des hommes politiques 



Digitized by Google 



- 150 — 



influents, soutinrent qu'il fallait profiter de cette confusion 
pour rendit? impossible l'application de la loi. Que le libéra- 
lisme, dirent-ils, s'abstienne de prendre activement part aux 
travaux du conseil. Xi les socialistes, ni les cléricaux ne 
pourront administrer seuls. Le gouvernement se verra bien 
forcé de revenir sur son détestable coup de parti, et de 
donner enfin au pays une représentation communale hon- 
nête, partout la même. 

Cette manière de voir ne fut pas celle qui l'emporta, 
parmi les libéraux gantois. La majorité d'entre eux en 
jugèrent autrement. 

Notre parti venait de subir un écrasement : il fallait le 
relever. Les idées libérales semblaient éprouver une 
éclipse : plus que jamais, ou devait montrer leur caractère 
nécéssaire et impérissable. Et puisqu'il y avait une impos- 
sibilité manifeste à ce que les conservateurs catholiques et 
les ouvriers socialistes agissent de commun accord, il fallait 
que le libéralisme s'imposât entre eux, comme le seul parti 
de gouvernement possible. Les élus de l'Association, dirent" 
ils, devaient accepter de former le collège. 

Cette tactique, si difficile à réaliser, semblait-il, finit par 
prévaloir. Mais quel homme allait être assez habile pour 
mener l'œuvre à bonne fin? Oui aurait 1-es qualités d'adresse, 
de sang-froid, nécessaires? Où trouverait-on des doigts 
assez souples et assez fermes à la fois, pour dénouer 
l'écheveau embrouillé des querelles communales. Les 
tactiques, comme bien d'autres choses, ne valent guère (pie 
ce que valent les hommes. Tout dépendait du chef qu'on 
allait choisir. 

Ce rôle échut à M Braun. Il s'était laissé porter sur la 
liste, aux instances de M. Lippens, qui espérait trouver en 
lui un échevin des travaux publics. M. Lippens n'était plus 
là. M. Braun parût capable d'exécuter la tâche difficile qui 



Digitized by Google 



- 157 - 



s'imposait. Il accepta d'être bourgmestre, avec un collège 
libéral homogène. 

Dès lors commença l'œuvre de régénération. A tout autre 
que lui, elle eût semblé très difficile. Pour lui, elle parût 
un jeu. 

Les libéraux belges avaient une double tâche : Vivre, 
exister d'abord. Faire œuvre positive, ensuite. 

Ils devaient vivre, d'abord. Devoir impérieux! A la 
Chambre où ils n'étaient plus que deux, on se les montrait. 
Dans les journaux, aux meetings, au parlement, partout, 
on faisait l'éloge funèbre, du libéralisme. Il est mort ! 
criait-on. Vivent les cléricaux! Vivent les socialistes! Fini 
le grand parti historique de Frère-Orban et de Rogier ! Et 
le catholicisme se croyait tout puissant d'une manière 
définitive. 

Voilà ce qu'il fallait démentir. Ce fut le rôle des grandes 
villes. Les administrations communales furent les abris 
suprêmes derrière lesquels se reforma ce qui restait de 
l'armée libérale. Pendant des années, elle lutta, elle vécut. 
Après comme avant la loi. les grandes villes gardèrent 
leurs collèges libéraux. Ce fut le signal du revirement. 

Ce n'est pas tout d'exister, si l'on ne peut agir. Pour 
pouvoir reconquérir les masses, le libéralisme devait 
montrer qu'il gardait sa vitalité. Il devait travailler. A Gand 
M. Braun se donna tout entier à cette tâche. 

Il y a dix ans, que le collège libéral homogène avec 
M. Braun à sa tête, accepta le pouvoir. Et pendant ces 
dix années, il a montré sans cesse de la façon la plus 
tangible à la population gantoise, qu'il entendait réaliser 
de glandes œuvres. Sans majorité, et bien qu'il fût parfois 
en butte à des attaques passionnées, il réalisa ce prodige. 
Les injures, les accusations ne lui manquèrent pas. Mais 
de celle-là, M. Braun, heureusement n'avait cure. Son 



Digitized by Google 



~ 158 — 



tempérament le mettait à l'abri du découragement, et de 
la colère. « Sur ce gaillard-là, disait un jour M. Anseele, 
« il semble que rien ne fasse d'effet. Il se secoue une 
« bonne fois les plumes, comme un canard mouillé, et il 
« n'y parait plus ! » 

M r Braun a donc fait œuvre positive. Il serait trop long 
d'énumérer tous les projets qui ont successivement été 
soumis par lui au conseil communal, et adoptés. Bornons 
nous à signaler ce qu'il y a d'essentiel. 

Un des premiers actes de son administration à été la 
conversion des anciens emprunts. Faite à un moment 
extrêmement favorable, elle a réduit considérablement les 
charges de la ville, et a mis à la disposition de celle-ci, des 
sommes importantes. 

En outre M. Braun a fait réaliser à la ville une ou 
deux opérations financières extraordinairement fructueuses : 
citons, par exemple la reprise et- l'exploitation en régie de 
l'Usine à Gaz< n , qui donne annuellement à la ville un 
bénéfice net annuel de plus de 700,000 fis. 

Aux bénéfices de ces opérations, sont venus s'ajouter 
les fruits de l'administration si sage et prévoyante de 
M. Lippens. Car c'est en partie lu gestion modérée des 
libéraux, alors qu'ils étaient encore tout puissants, qui a 
permis au collège de M. Braun, de se tirer d'affaire comme 
il l'a pu. On a récolté en temps de crise, les moissons semées 
lors de notre prospérité. 

Les finances communales ainsi améliorées, qu'a-t-on fait? 



(i) L'Usine à Gaz a été rachetée en 1900 par la ville, moyennant 
un prix de cinq millions environ, payé à la société concession- 
naire. Depuis la reprise, les amortissements ont dépassé z mil- 
lions et la ville a touché un million et demi pour faire face à ses 
dépenses budgétaires. 



Digitized by Google 



— 15V) — 

D'une part enrichir et embellir la ville, et d'autre part 
prendre des mesures pour accélérer le progrés social. 

N'insistons pas ici sur l'enrichissement, l'embellissement 
de Gand. Certes l'extension du port, la distribution de la 
force électrique, la démolition des quartiers insalubres, 
le dégagement et la restauration de nos plus beaux monu- 
ments, l'établissement d'un musée de peinture, digne de 
ce nom et l'allure de grande ville donnée à la cité des 
Artevelde, sont une œuvre qui compte. Mais ces progrès 
matériels ne sont rien à côté du progrès moral, du relève- 
ment du niveau intellectuel qu'ils provoquent. On peut déjà 
constater combien le goût des Gantois pour les œuvres d'art 
qu'ils possèdent s'est affiné en peu d'années, combien leur 
intérêt esthétique s'est éveillé. 

L'œuvre de perfectionnement social accomplie est bien 
plus grande encore, et sa portée pour l'organisation de la 
démocratie n'échappera à personne : Suppression des quar- 
tiers malsains où grouillent les misérables et naissent les 
épidémies, création d'une société communale pour la 
construction d'habitations ouvrières à bon marché, études 
en vue du relèvement de la petite bourgeoisie, constitution 
du fonds de chômage 1 , études pour l'établissement 
rationnel d'une bourse du travail, enfin « last but not 
least » extension considérable de l'enseignement primaire, 
professionnel et industriel, tel sont les principaux jalons du 
chemin parcouru depuis dix ans par l'administration libé- 
rale de M. Braun. 

Tout cela est-il son œuvre exclusive? Loin de nous 
cette pensée. Il a été aidé, et par les hommes, et par 
les choses. Mais c'est grâce à son talent d'admi- 



< 1) Imité actuellement dans un grand nombre de villes d'Europe, 
et universellement ronnu comme « système gantois. » 



Digitized by Google 



- 1()0 — 



nistrateur et d'homme politique que tout cela a été rendu 
possible, dans une cité où il n'existait aucune majorité au 
conseil communal. C'est bien son habileté de bourgmestre 
qui permet au parti libéral de revendiquer aujourd'hui 
toutes ces œuvres comme siennes. 

Tels furent les services rendus par M. Bkaun comme 
bourgmestre pendant ces dix années. Les électeurs libéraux 
en comprirent vite l'importance, et ils l'élurent représen- 
tant dès la première application de la R. P., en 1900. 

Connaissant le caractère et les aptitudes de l'homme, on 
sent de prime abord qu'une partie de son talent doit 
rester inutile, tant que le libéralisme est clans l'opposi- 
tion. Le rôle d'un parti qui n'occupe pas le pouvoir, est 
d'éclairer la nation sur les tendances du gouvernement, et 
de se dépouiller des défauts qui lui ont fait perdre la faveur 
populaire. Cette besogne est le triomphe des théoriciens et 
des combatifs; elle n'est point le fait des hommes pratiques, 
aux allures bienveillantes. Aussi M. Bkaun n'a-t-il pas, à la 
Chambre, occupé l'opinion publique d'une manière aussi 
constante, que d'autres orateurs libéraux. Il s'est borné 
d'ordinaire à défendre vigoureusement les intérêts de sa 
ville et de son arrondissement. 

Et il n'est sorti de cette réserve que dans une circonstance 
exceptionnelle, au moment où commençaient à se dessiner, 
dans l'opinion publique certains courants, sensibles seule- 
ment pour une intuition aussi fine que la sienne, et qui 
avaient besoin d'une orientation. Alors seulement, il parla 
et l'effet qu'il produisit fut extraordinaire. 

C'était à la veille des élections de 1904. MM. Ilvmans, 
Huysmans et Bkaun interpellaient le gouvernement sur la 
politique générale. Les deux premiers orateurs avaient fait 
le procès du cléricalisme dénonçant les abus, flagellant 
les hypocrisies, mettant à nu toutes les plaies de cette 



Digitized by Google 



- 101 — 

majorité que le pays catholique nous impose. Tout cela, 
certes, était fort beau, et pouvait peut-être convaincre de 
ci de là un hésitant, mais ne semblait pas décisif. 

Le libéralisme traqué depuis vingt ans, écrasé entre le 
marteau socialiste et l'enclume cléricale, n'avait plus de 
force expansive parce qu'il ne croyait plus dans son propre 
avenir. Chacun sentait qu'il s'écoulerait encore un temps 
énorme avant qu'il put retrouver une majorité. En un mot, 
un gouvernement libéral était une utopie ! Et ce sentiment 
paralysait tous les efforts que l'on faisait pour galvaniser 
le parti. 

Alors vint le tour de M. Braun. Il parla d'un ton tran- 
quille, ne prononça que des paroles mesurées, et exposa des 
opinions modérées. Et chose étrange entre toutes, ce que 
ni le verbe enflammé de M. Hymans, ni la critique cin- 
glante de M. Huysmans n'avaient pu faire, la bonne tête et 
le brave discours de M. Braun le produisirent. Les catho- 
liques furent exaspérés! Ils hachèrent son discours d'inter- 
ruptions, tâchèrent de le ridiculiser, firent tout ce qu'ils 
purent pour démonter l'orateur, pour l'arrêter. Ils n'y 
parvinrent pas. 

Et le lendemain, dans tout le pays, ce fut une émotion 
pareille! Le discours de M. Braun devint le thème de 
discussions et de polémiques passionnées. 

Qu'avait-il donc dit de si remarquable? 

Rien, ou peu de chose. Il s'était borné à faire une simple 
comparaison, et à répéter à Bruxelles ce que l'on disait à 
Gand. 

Dans le conseil communal, disait-il, le parti libéral 
quoique minorité est le maître et le reste. Il en sera de 
même à la Chambre, le jour où le cléricalisme ayant perdu 
quelques voix, n'aura plus à lui tout seul, la majorité. Au 
Parlement, comme à Gand, une administration libérale sera 

ii 



Digitized by Google 



- 102 — 



seule possible, parce que les catholiques et les socialistes 
sont incapables d'agir de commun accord. Et le cabinet 
libéral se verra tour à tour soutenu par les socialistes et 
par les cléricaux, selon les mesures qu'il proposera. La 
droite et l'extrême gauche l'appuieront, de crainte d'événe- 
ments pires. On le prendra comme pis aller, peut-être; 
comme seul possible, certainement! 

Voilà ce qu'il avait dit. Et cela suffit pour mettre les 
cléricaux en fureur et le libéralisme en joie. Les premiers 
voyaient leur échapper cet argument tout-puissant, qu'eux 
seuls pourraient jamais gouverner, étant la plus grosse frac- 
tion de la Chambre. Les libéraux, au contraire, comprirent 
la possibilité qu'on leur annonçait, et dès ce jour reprirent 
courage. La victoire de 1904 en fut, dans une large mesure 
la conséquence directe. 

Tel est le passé politique de M. Braun. 

On peut le résumer en deux mots : Quand le libéralisme 
semblait mort, il a aidé à le ressusciter : et quand il était 
découragé, il lui a rendu la jeunesse avec l'espérance." 

Le jour n'est plus loin où nous verrons la chute du cléri- 
calisme : Notre parti aura une tâche grande et délicate 
à remplir. M. Braun, on n'en peut douter, pourra dans 
cette œuvre, rendre d'éminents services. Car son intuition 
si fine, de ce qui est nécessaire et de ce qui est possible, 
feront de lui un des guides les plus sûrs auxquels on puisse 
se fier. Il y a peut-être sur la nef libérale des pilotes plus 
éloquents, plus savants ou plus profonds ; il n'en est guère 
qui possèdent plus d'habileté et d'expérience. 




Digitized by Google 



POLITIQUE 

SOCIOLOGIE 

PHILOSOPHIE 

HISTOIRE 



Digitized by Google 



CONTRE LE LUXE 



UN ÉCRIT D'ÉAILE DE LAVELEYE(i) 



De tous les écrits d'Emile de Laveleye, il n'en est 
peut-être aucun qu'il ait entouré de soins aussi pater- 
nels, couvé avec autant de complaisance, répandu 
avec autant d'énergique insistance que ces cinquante 
pages sur Le Luxe, On en trouve une première esquisse, 
très curieuse à consulter, dans un chapitre de Y Essai 
sur les formes de gouvernement (1872). L'auteur y parle 



(i) Ce fragment inédit d'une longue étude sur Emile de 
Laveleye fait suite à des pages, publiées dans le no du i5 décem- 
bre 1905 de la Revue de Belgique. Il s'éclaire par elles et il les 
complète. On me permettra donc d'y renvoyer pour l'élucidation 
de certains points, et notamment des rapports de dépen- 
dance intellectuelle qui subordonnèrent le grand économiste 
belge à son professeur gantois, le philosophe François Huet, lui- 
même disciple du néo-cartésien Bordas-Demoulin. On retrouvera 
tous ces fragments dans un prochain volume, destiné à paraître 
sous ce titre : Trois semeurs d'idées 



Digitized by Google 



— KH) — 

sans indulgence du faste monarchique de l'ancienne 
société, des dépenses somptuaires où s'épuisa la for- 
tune, bien ou mal acquise, de l'aristocratie qui formait 
la cour des rois de droit divin. Il invoque, pour 
condamner ces vaines splendeurs de Versailles, les 
sentences concordantes des moralistes de l'ancienne et 
de la nouvelle foi ; il nous montre les souverains actuels 
des Etats européens s'accommodant d'une vie cossu - 
ment bourgeoise; la frugalité des républicains suisses 
l'enchante comme elle ravissait Rousseau; comme 
Rousseau, dans ses Discours et sa Nouvelle Héloïse, 
il s'afflige de voir la France subir la fascination du 
luxe insolent des cours, et il conclut ainsi : a Ce qui 
convient plutôt, c'est le train de vie du chrétien et 
le vêtement noir du quaker, m <ij 

Huit ans plus tard, Emile de Laveleye donnait à la 
Revue des deux Mondes son célèbre article sur « Le 
Luxe. »(2) 

Il y reprenait, pour l'exposer en grand détail, la 
thèse déjà énoncée dans un écrit antérieur. Un livre 
récent de M. Baudrillart, L'histoire du Luxe, sert de 
point de départ à une analyse à la fois ingénieuse et 



(1) P. 81. Comparez p. 88 où il parle des « splendeurs empestées 
de la cour » en France. 

(2) Il le réimprimait en i883 dans son Socialisme contemporain 
il le réimprimait encore, en 1887, dans une plaquette de la 
Bibliothèque Gilon (Verviers), c'est-à-dire dans une collection 
populaire, assurée d'une large diffusion. Voyez aussi La Prusse et 
V Autriche depuis Sadowa, 1, 12 et 186, et Du Gouvernement dans la Démo- 
cratie, I, 365-6, où le faste princier est critiqué avec véhémence. 



Digitized by Google 



- 167 — 



profonde des causes et des dangers d'une passion, où 
l'instinct de vanité égoïste a tant de part. A cette ana- 
lyse se mêlent des réminiscences de la première 
jeunesse de l'écrivain, le souvenir précis de ses lectures 
et surtout la trace des leçons de ses maîtres. 

Dans le Règne social du Christianisme, François Huet 
avait, en effet, dit l'essentiel sur un sujet qui semblait 
épuisé après lui. Si son élève le renouvela, ce fut de la 
même façon qu'il avait déjà rajeuni les théories du 
maître sur la propriété et l'hérédité. Mais cette fois il 
ne se mit guère en frais d'invention, et tout son mérite 
d'originalité consista, dans les parties où il ne résumait 
point l'œuvre de M. Baudrillart, en la prestesse élé- 
gante d'une forme littéraire, que rend plus savoureuse 
la comparaison avec le lourd pathos du philosophe 
gantois. Au surplus, François Huet s'était inspiré 
lui-même d'un passage décisif des Pouvoirs constitutifs de 
r Eglise, ii) dans lequel Bordas-Demoulin condamnait 
le luxe dont l'homme civilisé aime à orner sa vie : 

m Le bien-être universel, bannissant la misère et 
l'opulence, double fléau de la vertu, secondera la piété, 
également universelle. Elle demande la sobriété dans 
les aliments, dans les vêtements, dans les logements. 
Ce qui dépasse les besoins, non pas factices mais réels, 
est coupable, comme flattant l'homme animal, qu'il 
faut brider; comme usant inutilement une chose utile; 
comme volant à celui qui manque du nécessaire un 
bien que l'humanité, la charité, la justice réclament 



(i) P. 558. 



Digitized by Google 



— 1<>8 — 



pour lui. Outre les dangers qui peuvent s'y rencontrer, 
le luxe d'ailleurs, ainsi que les spectacles, les fictions 
romanesques, les divertissements mondains et tout ce 
qui tire l'âme au dehors, est incompatible avec la vie 
chrétienne, intérieurement assise dans la vérité. » 

Ce langage d'ascète sera le langage de H net et 
d'Emile de Laveleye. On s'attendrait peut-être, de la 
part de celui-ci, à des réserves pareilles à celles que 
lui dicte une vue plus mesurée des conditions humai- 
nes, dans les parties d'économie sociale où il subit 
l'ascendant doctrinal de ses maîtres. 

Attente tôt déçue. Le moraliste triomphe là où le 
statisticien a moins à faire. Ou plutôt il s'associe et se 
subordonne le statisticien, supputant le gaspillage de 
forces que le goût du linge fin, l'éclat vite terni d'une 
fête ou l'ostentation d'une toilette entraîne inévitable- 
ment après soi. Ce n'est pas seulement les milliers de 
francs que coûte un bal, c'est aussi la modique dépense 
d'une place de théâtre que, disciple de Port-Royal ou, 
si Ton veut, de J. J. Rousseau, Emile de Laveleye 
taxe de superfluité fâcheuse. Il affronte même le ridicule 
d'un propos tenu jadis par lui-même, et dans lequel il 
regrettait de devoir chausser des pieds, créés et 
façonnés primitivement pour la course intrépide du 
jeune animal : Ah! s'était-il écrié, que n'avons nous 
« des sabots de cheval qui nous dispenseraient des bas, 
des chaussures et des souffrances qu'ils occasionnent! » 
Il ajoute : « On appela mon système le sabotisme et on 
le trouva ridicule. Je persiste à croire avec Bossuet 
que nos besoins sont des faiblesses, qui nous détournent 



Digitized by Google 



- 10U — 



de l'idéal et nous plongent dans les intérêts terrestres. ?i 
Et si Ton traite d'ascétisme la doctrine de Bossuet, 
telle qu'elle est exposée dans son Traité de la Concu- 
piscence, il n'importe au moraliste protestant, qui donne 
imperturbablement raison au philosophe catholique. 

Ainsi raisonna Emile de Laveleye pendant la plus 
longue et la plus laborieuse partie de sa carrière; son 
sentiment resta d'une intransigeante rigueur sur les 
points de délicatesse morale, et sa vie se conforma, 
autant qu'il fut possible, à l'idéal sévère qu'il avait 
devant les yeux.U) En passant sous la férule de 
François Huet, il avait contracté des habitudes de 
penser en toutes choses qu'il ne devait jamais trahir. 
Son maître lui avait imprimé profondément dans 
l'esprit l'horreur de cette inégalité humaine, qui est 
dépeinte en traits brûlants dans Le Règne Social du 
Christianisme. 

C'est dans ce livre qu'on retrouvera le meilleur de 
ce que la critique de M. Baudrillart n'avait pas dicté 
à la plume d'Emile de Laveleye. On y trouvera suitout, 



' (i) Ce serait, à mon avis, faire une querelle bien mesquine à 
cette grande mémoire, que de rappeler, comme je l'ai entendu 
faire trop souvent autour de moi, la vie large et quasi opulente 
d'Emile de Laveleye et des siens à la ville et dans cette maison 
hospitalière d'Hermalle, où il passait les mois chauds. Mais ce 
qu'on doit noter, c'est que très simple de mise personnelle, 
buveur d'eau claire, voyageant en troisième classe et se refusant 
tous nos superflus, le théoricien du Luxe mit plutôt une coquet- 
terie persévérante à rester, dans le menu détail, logique avec ses 
conclusions. 



Digitized by Google 



- 170 — 



il est vrai, une vue idéale de la société, (iï que l'écono- 
miste liégeois a cru sage d'omettre. Car c'est la diffé- 
rence entre lui et l'homme qui pesa si fort de son 
cerveau sur le sien: Emile de Laveleye, même entraîné 
par des piéoccupations moralisantes, reste un esprit 
historique; jamais il ne se laisse envelopper de ces 
voiles d'innocente rêverie d'où, tout adversaire qu'il 
est de Cabet et de Fourrier, François Huet ne sait 
jamais dégager sa pensée. Ce qui n'était chez celui-ci 
qu'une étude abstraite, schématique, une sorte de 
mathématique sociale, devient, chez son habile disciple, 
un exposé suivi, clair, d'une souplesse aimable et 
fluide, qui dissimule les aspérités du fond. 

Les sources sont les mêmes des deux parts; c'est la 
philosophie stoïciennes» et les théologiens et prédica- 
teurs chrétiens. (3) Les raisonnements ne différent que 
par la rigueur plus impitoyable du philosophe, la 
sagesse, légèrement plus traitable dans les déductions, 



( i ) « On ne verra plus de ces fortunes scandaleusement déme- 
surées, » etc. Règne Social, etc., p. 362. Mais déjà Montesquieu 
avait dit : « Si, dans un Etat, les richesses sont également parta- 
gées, il n'y aura point de luxe, car il n'est fondé que sur les 
commodités qu'on se donne par le travail des autres. » Et bien 
longtemps avant Montesquieu, Aristote écrivait : « Faites que 
même le pauvre ait un petit héritage. » 

(2) Voyez pour les citations ou mentions des Anciens Le Luxe. 
ii, 17, 22, 26, 38, 54, 59, 62, 67, 81, 86. 

(3) Bossuet est cité fréquemment par Huet (36, 67, 76, 88, etc.) 
et, de même que les autres grands prédicateurs, cité ou invoqué 
par de Laveleye (17, 27, 58, 61, 78). 



Digitized by Google 



— 171 — 



de l'économiste Différence de pure forme en plus 
d'un cas. Huet dira des moralistes anciens et des 
Pères de l'Eglise : « Ils préparaient l'égalité sociale. » 
Et de Laveleye : « Ils ignoraient l'économie politique; 
« mais ils étaient inspirés par l'instinct du bien et de la 
« justice ou, après l'Evangile, par le sentiment de la 
o charité et de la fraternité humaine. » 

Objecte-t-on que le luxe « fait aller l'industrie et le 
commerce » ; Huet, sans être économiste, mais guidé 
par son rare bon sens, réplique qu'avec la somme 
employée à une dépense superflue, on alimenterait, 
pour satisfaire des besoins légitimes, un autre com- 
merce, une autre industrie, et il trouve déjà l'expres- 
sion pittoresque d'une pensée juste : « Est ce que cette 
<; pauvre femme, qui fait de la dentelle et qui est à 
« peine vêtue, ne ferait pas aussi bien des chemises 
«pour elle et pour ses enfants?' i> » Aprè.î lui, de 
« Laveleye écrira; « Si ces mêmes ouvriers étaient 
« employés à faire des souliers, des bas et des chemises 
« pour ceux qui en manquent, ne faudrait il pas s'en 
« féliciter? J'aime mieux voir cinquante femmes, ayant 
« chacune une robe de 20 francs, qu'une seule femme 
« portant un costume de bal qui en coûte 1000. » 
Voilà la formule neuve que donne l'économiste à ce qui 
n'était qu'un cri angoissé du penseur. 

Celui-ci, pendant son séjour en Flandre, a donc eu un 
regard de commisération pour les pauvres dentellières, 
qui lui ont apparu la personnification douloureuse d'un 



( i ) Le Règne Social, etc., p. 362. 



Digitized by Google 



— 172 — 

nouvel esclavage, sans autre justification sociale que le 
caprice de quelques gens ; de Laveleye, né Brugeois et 
Gantois d'adoption, a souvent vu de ses yeux attristés 
le même spectacle dans les rues des villes de sa terre 
natale; ne soyons donc pas surpris s'il répète la même 
plainte, en lui donnant toutefois un autre accent : 
« J'ai sous mes yeux, dans nos campagnes des Flandres, 
les jeunes filles qui font cette espèce de dentelles qu'on 
appelle des valenciennes. La mode s'est tournée vers 
le point de Bruxelles, d'Alençon ou de Venise, et les 
voilà réduites à un salaire très insuffisant, et par suite à 
souffrir de la faim. Rien n'est plus triste que de voir le 
caprice de quelque couturière en renom venir briser 
ainsi le fuseau en ces doigts si adroits et si diligents. » 

La conclusion de l'auteur du Luxe est celle de Huet. 
Il croit, comme lui, que tout le mal provient de l'extrême 
inégalité des fortunes; c'est dans la génératisation pro- 
gressive de la propriété qu'il entend chercher un 
remède, que Huet demande, lui, à la reconnaissance 
légale d'un droit chimérique au patrimoine collectif. 
En cela se révèle une fois de plus le contraste entre ces 
deux hommes, également généreux, mûs par un même 
élan fraternel, mais dont l'un était, qu'il le voulût ou 
non, de l'école des grands utopistes français de la 
première moitié du XIX e siècle, tandis que l'autre, 
esprit libéral et conscience protestante, voyait dans la 
réformation individuelle le véritable ressort d'une trans- 
formation de notre société ploutocratique. 

Maurice Wilmotte. 



Digitized by Google 




UN CHANSONNIER TOURNAISIEN 



Les Tournaisîens de la génération qui s'éteint n'ont 
pas perdu le souvenir du chansonnier Joseph Ritte. 

La taille longue et efflanquée de ce brave garçon, 
qui avait de l'esprit, de l'humour et du cœur lui avait 
valu le sobriquet original de Lotig Busteau. 

Nous nous rappelons que, dans le patois savou- 
reux des Chonq Clotiers, nous l'appelions quelquefois 
aussi « grand dépindeu d'andoull', » par allusion à la 
facilité avec laquelle, grâce à sa haute taille, il par- 
venait à décrocher les andouilles que promenaient, 
suspendues à des perches interminables, les joyeux 
drilles du Carnaval. 

Né, dans le quartier de Notre Dame je pense, le 
9 septembre 1831, il avait fait des études humanitaires 
sérieuses. 

Dans le palmarès de notre Athénée nous lisons qu'il 
eut en seconde (année 1849) le deuxième accessit de 
vers latins et le 1 er prix de version grecque. 



Digitized by Google 



- 174 - 

Ses succès furent plus importants encore dans la 
classe de Rhétorique : à preuve le 1 er accessit en 
discours latin, le 2 e prix en vers latins, le 2 e accessit 
en version latine, le 2 e accessit en version grecque et 
le 3 e accessit en littérature sacrée. 

La carrière administrative où Ritte entra immédia- 
tement après sa sortie de l'Athénée ne satisfaisait pas 
beaucoup ses goûts littéraires et artistiques. 

Mais, sa besogne journalière accomplie, il se distrayait 
à faire des vers. 

Déjà à l'Athénée il s'était fait connaître par de petits 
couplets, qu'avaient assez goûtés ses condiciples. 

Etendant maintenant le champ de son observation, 
étudiant les mœurs, les habitudes, les manies des nobles 
et des bourgeois aussi bien que des ouvriers, il se mit 
à croquer les divers types tournaisieus fort gaiement et 
avec une pointe de malice qui n'eût jamais d'ailleurs 
rien de blessant (l'étéot si béon ! nous disait l'autre jour 
encore un de ses vieux camarades). Il est fâcheux 
qu'une main pieuse n'ait pas receuilli tout ce qu'il 
écrivit avant que sa chanson « Le Tilleul du Crampon » 
lui eût donné la popularité. 

* 

Ce doit être vers 1856 que les Orphéonistes eurent la 
primeur du Tilleul dans une de leurs soirées du samedi 
qu'on appelait — je n'ai jamais su pourquoi — des 
soirées flamandes. 

La Société des Orphéonistes qui vient d'entrer dans sa 
soixante troisième année, constituait déjà alors un de 



Digitized by Google 



- 175 - 



ces milieux joyeux et généreux, artistiques et charita- 
bles à la fois, qui font tant de bien dans nos bonnes 
petites villes de province. 

Restée toujours fidèle à sa devise « Art et Bienfai- 
sance », cette société continue à prendre l'initiative de 
fêtes philanthropiques, comme celles où fut acclamé 
plus d'un artiste du terroir, plus d'un chanteur devenu 
célèbre, comme J. B. Noté de l'Opéra. 

Les Orphéonistes avaient vite reconnu en Joseph Ritte 
un digne émule des chansonniers à la verve étincelante 
qui ont fait le renom de Tournai, d'Adolphe Le Ray, 
d'auteur des Chonq Clotiers et de Jésus passant par Tournai), 
d'Adolphe Delmée, (l'auteur de : Les Tournaisiens sont là !). 

C'est pour égayer leurs soirées que Ritte écrivit la 
plupart de ses chansons, la Cloche du Beffroi, les Rêveries 

d'un Toumaisien, etc.,etc , qui, quoique assez réussies, 

ne valent pas toutefois le Tilleul du Crampon, sa meilleure 
inspiration, dont nous allons donner un aperçu. 

En ce temps-là, dans la banlieue de Tournai, à un 
kilomètre ou deux des remparts aujourd'hui disparus, 
il y avait un cabaret-guinguette qui devait sa réputation 
moins assurément à son confort douteux, qu'à la pétil- 
lante bière que l'on y débitait et au superbe tilleul dont 
l'ombrage était favorable aux joyeux devis, cher aux 
couples amoureux et aux amateurs du pacifique jeu de 
boules. 

Ritte, un fervent du lieu, en a fait une description 
émue et il n'a oublié aucun détail : ni la poule picorant 
dans la paille, ni la fauvette entonnant ses chants 
joyeux sur la plus haute branche de l'arbre « aux formes 



Digitized by Google 



— 17(> — 



de géant », dont ses longs bras « n'entourent qu'à demi 
la taile », ni le toit rouge du hangar où meugle la vache, 
ni le cabaretier. 

Rond de ventre et rouge de teint, 
Apportant sur son plat d'étain 
Vingt verres sonnant en cadence... 

Le Tilleul du Crampon est un petit bijou de gaieté 
saine et de douce sentimentalité. La note finale en est 
mélancolique. La guinguette étant près du cimetière, 
Ritte songe qu'il y dormira son dernier sommeil. 

Je pourrai, si le vent est bon, 

Ouïr le refrain qui s'envole 

Dans le vieux tilleul du Crampon ( i > 

Un des couplets les plus réussis du Tilleul chante 
les accordailles qui se sont conclues au son « du violon 
et du haut-bois » sous les longs rameaux de l'arbre 
fameux : 

Au milieu des rondes légères. 
L'amour a jeté le harpon 
Sur plus d'une de nos grand' mères 
Sous le vieux tilleul du Crampon. 

* 

* * 

Le jour vint où l'amour ayant jeté aussi le harpon 
sur Ritte, sa destinée changea. 

Il épousa une gantoise, M ,le Rullens, quitta sa ville 
natale et alla dans la cité d'Artevelde s'occuper du 



(i) Ce n'était qu'un songe! Ritte repose en terre flamande. 



Digitized by Google 



— 177 — 

commerce des draps avec les parents de sa femme 
(décembre 1868). 

Il ne semble pas qu'il ait eu beaucoup à se louer 
d'avoir abandonné l'administration pour le commerce. 
Certes il rencontra à Gand des sympathies et des 
amitiés précieuses, témoin ce vers d'une chanson de 
1871 à son ami Billocq : 

Déjà plus d'un ici nu gdU % 

Il tenait en grande estime ses nouveaux concitoyens : 
cette chanson en témoigne. Il les louait vivement de 
leur amour pour la liberté. 11 faisait cas de leur bière 
savoureuse et de leurs azalées roses (l'azalée était 
grande favorite à Gand il y a une trentaine d'années). 
Mais les affaires commerciales ne marchaient pas. 

Et puis, comme le teinturier tournaisien mis en scène 
par Le Ray, et à qui les joies et les beautés de Paris ne 
peuvent faire oublier « Noter- Dame », il se prenait à 
chanter ; 

Mats malgré cha, 

Quois qu'on y f'ra, 
J' pitiséos acor, quand f les avéos r'wétiès : 
Duss' qu'elle est Noter- Dame, avec ses chéonq clotiersl 

11 dissimulait difficilement le regret de la patrie 
absente : « le mal du pays » le torturait plus qu'il ne 
l'a jamais avoué aux siens. Il allait à Tournai certes 
aussi souvent que le lui permettait son commerce. 
Mais quand il s'en retournait à Gand, alors que les 
clochers de la Cathédrale et le Beffroi si chers à son 

12 



Digitized by Google 



— 178 — 

cœur, disparaissaient dans la brume du soir, ces autres 
vers de Le Ray venaient à ses lèvres : 

Tout à n'in quéos, 

Je m' sins l'.cœur gréos : 
In m J allongeant sur V point' ed' mes pieds, 
J y véyeos pu Noter Dame avec ses ckéonq clotiers! 

fotte tournait aussi aisément le couplet Wallon que 
le couplet français. Il a troussé de façon fort agréable 
quelques gaudrioles en patois tournaisien et, à l'occa- 
sion, il y allait d'une satire, qui portait, contre les 
exploiteurs. Les bouchers en ont su quelque chose — 
et les marchands dHau aussi . 

Soiis ce titre il montre d'abord les « foùrboutiers » 
(ce sont les habitants des faubourgs de Tournai, qui 
fournissent le lait aux citadins) apportant dans leur 
commerce des procédés fort peu honorables : 

D'un' vieil 9 vaq\ d'un' vieil d'ache 

Un P'tit Fourboutier 
Va vous brasser V laitache 

Pou tout un quartier! 
J' crois bin ! c' qui sort de s' cruche 

O n'est pon du sang d' naviau (navet) ; 
Cha prouv* qui' a un puche (puits) 

Qui n manq' jamais d'iau. 
Nos cinsierr' (femmes des fermiers) sont matines : 

Cha j ou' V pidnéo, 
Ch'esi tout in crinolines.... 
* Ah! ties qui diréot, 



Digitized by Google 



— 171» - 

ht véyant ces duchesses 

In gants et in capiau, 
Qu'on atirap' tant d' richesses 

Rien qu'à vind' d' liau ? 

Ecopaient aussi certains brasseurs qui, paraît-il, 
n'avaient pas plus de scrupules que les fourboutiers et les 
çinsières : 

Nos brasseux y s" démenttent (se mettent en quatre)* 

Quand y faut brasser ! 
I y dis' tent quf rafein'tent (font des prodiges d'habileté) 
Pou' s' surpasser... 
C n'est pas pou' fair' de V bière 
GloutV comm du Bordeau; 
Chest pou' trouver V manier' 
D' déguiser Fiau* 
* 

* * 

Ritte collabora un jour au Bulletin de la société liégeoise 
de littérature Wallonne (1864). 

Cette société, reprenant un projet conçu une cinquan- 
taines d'années auparavant par un ministre de Napo- 
léon, fit faire la traduction de la parabole de l'Enfant 
prodigue (S* Luc, chap. xv) dans les dialectes français 
qui se parlent de Lille, Douai et Tournai, à Maîmédy 
et Visé et en forma un recueil intéressant. L'ensemble 
de cette publication donne, dit Leroy, une idée assez 
juste des préférences phonétiques de chaque localité 
et des variations du patois dans cinquante six com- 
munes de la Flandre française, du Hainaut,du Brabant 
Wallon, du pays de Namur, du Luxembourg et de 
Liège. 



Digitized by Google 



— 180 — 



Ritte avait été chargé de la version tournaisienne. 
En voici quelques lignes : 

Lignes 11 et 12 : Ein hiomnC avéot deux garchéotis. U Pus 
jéone dit à s* mopère : M opère, donné -ni* c' que f déos avoir ed 
vos biens. Et s 1 mopère leus a /et V partache de s' bien. 

Ligne VA : Chéonq six jours après, V pus jéone des deux 
feus, après avoir rassanné tout c 1 qui avéot, s f in alla bin léong 
ous qiïi chiqua tous ses liards avec des droulles. 

Ligne 17 : î s 1 rapinse à li tout seu et i dit : Cobin c* qui 
da à r mase'on de m' mopère quiséont bin pot et rec ! et mi, mes 
boyeaux groulent dins m' panche et f tranne khi des mâ- 
choires de V rache que j'ai faim. 

Ligne **2 : Mes i falleot faire eine guinse et nous dévertir 
pac' que V mofrère i ètèot mort et Vovlà rècappé, i étèot perdu et 
i ertrouvé. 

* 

* * 

Joseph Ritte mourut à Gand le 16 juillet 1878. 

Le Crampon et son Tilleul avaient précédé de dix an» 
dans la tombe le poète qui les rendit célèbres. 

On avait fermé la guinguette le 31 décembre 1867 et 
on débita l'arbre quelques jours après. 

Sic transit gloria mundi! 

Ernest Discailles. 



Digitized by Google 




DE L'INFLUENCE RELIGIEUSE DE LA FEMME 

DANS LE MARIAGE 



L'homme s'affranchit bien plus rapidement que la 
femme de l'assujetissement religieux. Sa raison triomphe 
là où la femme est vaincue par ses facultés affectives. 
C'est par lui que les dogmes tomberont. Sans lui, l'espoir 
en la libération de la pensée serait nul. Or, cet espoir 
est immense grâce au pouvoir intellectuel de l'homme, 
malgré les ressources énormes dont les religions posi- 
tives disposent, malgré le lien traditionnel et atavique 
qui nous rattache à un passé de ténèbres, de préjugés 
et de mysticisme, malgré une instruction sophistiquée 
dans les écoles cléricales, — malgré la Femme! Elle a 
des qualités de douceur, de tendresse et parfois d'esprit. 
Mais elle est l'ennemie de l'homme, parce que c'est elle 
qui, à cause de ces qualités mêmes, retarde le plus la 



Digitized by Google 



- 182 - 



date où le monde ne sera plus l'esclave des théocraties. 
Elle est son ennemie, parce que, quand l'homme 
revendique sa liberté morale et celle de ses enfants, 
c'est elle qui surgit pour imposer sa loi, pour faire pré- 
valoir son despotisme et qui met en œuvre ses charmes 
ou le grand jeu de ses menaces. 

L'Eglise catholique — et c'est surtout d'elle qu'il 
s'agit ici — a dans les moindres villages de la chrétienté 
de sacerdotaux exécuteurs de ses décrets. A cet égard, 
son organisation est colossale et d'une ingéniosité 
extrême. Elle n'est pas seulement l'épée dont ta 
poignée est à Rome et la pointe partout, ainsi qu'on l'a 
dit des jésuites, mais la pieuvre dont le corps et le 
cerveau sont au Vatican, et les tentacules partout où il 
existe une paroisse. Outre ses prêtres, elle croit 
pouvoir compter sur la femme dans un nombre très 
considérable de ménages, c'est-à-dire sur un être 
émotif, auquel la perspective des peines infernales 
inspire une terreur profonde et que le manque ordinaire 
d'idées générales rend incapable de s'élever au-dessus 
des plus stupides superstitions. 

Elle croit son mari perJu et ses enfants maudits s'ils 
n'observent pas les prescriptions religieuses et n'obéis- 
sent pas aux ordres des autorités ecclésiastiques, même 
quand elles ne s'inspirent que de préoccupations élec- 
torales et terrestres. Elle est bonne et affectueuse. Mais 
en cette matière, elle ne reculera pas devant la pire 
tyrannie. Il lui faut à tout prix sauver des âmes ! Le 
prêtre l'a dit. 

Ce seront d'abord des admonestations, avec plus de 



Digitized by Google 



- m — 



miel que de fiel ; puis des supplications ; puis des injonc- 
tions; puis des intimidations. Et les orages deviendront 
quotidiens, aussi longtemps que le mari n'aura pas 
capitulé. Si le mari tient à son repos, il capitulera. 
Parmi eux, il s'en trouve qui sont des chiffes molles et 
qu'on mène à la baguette. Ce sont ceux qu'on traîne à 
la messe, à la sainte table, aux dévotieuses retraites, 
aux pèlerinages. 

Au fond, ils sont sceptiques et ils le restent. Mais les 
subtiles théories de la femme ont fait merveille, car, 
sous ce rapport, elle masque son ignorance par des rai- 
sonnements qui ne sont que les décalques de la parole 
onctueuse ou irritée du confesseur. Ne faut-il pas don- 
ner le bon exemple à ses fils ou à ses filles ? Que devien- 
drait la société sans religion? Sumt-il d'enseigner la 
probité et les bonnes mœurs en dehors d'une sanction 
divine ? Que diront nos amis, nos voisins de ces prati- 
ques libres penseuses? Y songez-vous? N 'avons-nous 
pas une tante, un oncle qui nous déshériterait à 
coup sûr si nos enfants ne fréquentaient pas l'école 
catholique? Ne faut-il pas songer à son salut éternel ? 
Qu'importe la réprobation des esprits forts ? Et puis, à 
quoi sert-il de se jeter dans la lutte contre l'Église ? On 
y perd son temps, sa tranquillité, on y galvaude ses 
intérêts, on s'aliène les sympathies de quantités de 
gens. 

Et ce sont surtout les intérêts qui sont invoqués en 
termes pressants et incisifs, quand les autres arguments 
ne font aucune impression. 

De quel droit donc le mari compromet-il 6on 



Digitized by Google 



- m - 



avenir et celui de toute sa famille? Est-on trop riche par 
hasard? Monsieur préfère-t-il en être réduit à la paille 
plutôt que de se conformer à un usage et accomplir 
ses devoirs de bon chrétien? Dans ces conditions, il 
n'aurait pas fallu songer au mariage.... 

Au moins aurait-il été honnête d'avertir de ses 
intentions.... Dans le grand monde où il est bien porté 
et assurément très chic d'être pratiquant, c'est bien 
une autre affaire! Nous n'insisterons pas même 
sur le prestige que donnent une voiture qui s'arrête 
devant le porche de la cathédrale, ou de superbes 
toilettes qui font le plus bel ornement d'un prône. 

Mais quand on a l'ambition, la vanité niaise de forcer 
la porte des salons aristocratiques, est-il séant de faire 
preuve d'incrédulité? La religion est comme la rivière 
de diamants qui scintille sur un corsage. La religion 
est comme le manteau d'hermine qu'un laquais jette 
sur de blanches épaules. La religion est comme la demi- 
nudité d'une comtesse qui valse. La religion est comme 
la toilette richissime sortant des mains du premier 
couturier de Paris. La religion est l'accessoire de tout 
cela — mais un accessoire indispensable, sans lequel le 
principal perdrait de sa valeur, de sa beauté, de sa répu- 
tation, de son éclat. Elle est le Sésame ouvre-toi obli- 
gatoire. 

Passe encore quand vous êtes de la noblesse l Alors 
votre titre fait que vous êtes toléré, malgré votre scep- 
ticisme ou même votre athéisme. Mais si vous êtes un 
bourgeois ou une bourgeoise enrichi! Oh! il faudra 
fournir de sérieux gages, feindre la plus exemplaire 



Digitized by Google 



- I8r> - 



piété, vivre dans l'encens des autels, en avoir la robe 
ou le frac imprégné, être catéchisé et catéchiser les 
autres, prendre l'air beat qu'il faut quand on parle du 
Ciel, dire partout et fort haut qu'on est très religieux, 
pour confondre les incrédules et préparer les voies aux 
plus hautes sanctifications, ouvrir largement sa bourse 
aux œuvres pies, en un mot mériter son salut et le baise- 
main de barons et de comtes. 

Donc, que ce soit par intérêt ou vanité, la femme 
peut exercer sur son mari l'influence la plus funeste. 
Quand c'est la conviction la plus sincère qui la fait 
agir, il est plus pénible de devoir lui opposer une 
résistance. Il n'est jamais agréable d'entrer en conflit 
avec une âme. Ici se pose alors un des problèmes les 
plus angoissants qui soient : Que doit faire le mari, le 
souverain maître, celui auquel l'épouse doit l'obéis- 
sance? Faut-il qu'il s'arme de la lettre du code? 

Si le mari est le maître en théorie, il ne l'est guère en 
fâit, et il ne faut pas non plus qu'il le soit. En une 
matière aussi délicate que le gouvernement de la 
conscience, il vaut toujours mieux que les futurs se 
communiquent leurs réciproques intentions et con- 
viennent d'un tnodus vivendi avant de se marier. Il est 
vrai que cette époque est bien mal choisie, parce que 
l'amour et la hâte de jouir du bonheur nous inclinent 
à trop de concessions et de faiblesses. Mais, quoi qu'il 
arrive, il est un droit qu'aucun libre penseur ne peut 
abdiquer, c'est edui de faire tout ce qui est en lui pour 
convertir sa compagne à ses idées, par la voie du rai- 
sonnement, en des causeries familières, sans se livrer 



Digitized by Google 



- 186 — 



à une pression quelconque, sans se réclamer de son 
autorité légale pour imposer une doctrine, sans froisse- 
ment, sans impatience. Tout être libre peut recourir à 
la persuasion en observant les règle.» de la tolérance. 
Jamais nous ne contesterons à une Eglise son droit de 
faire du prosélytisme. Toutefois, elle ne peut le dénier 
aux autres. Si à son tour la femme veut faire partager 
sa foi, pourquoi voudrions-nous l'en empêcher? De cet 
examen mutuel peuvent naître des clartés singulières... 
Et il faut savoir rester libéral, même quand il y a 
quelque désagrément à l'être. 

Mais que décider si la femme est inconvertissable, si 
elle ferme les yeux à l'évidence, si elle repousse même 
un loyal essai de la raison, si sa crainte de la damnation 
l'agite et la bouleverse, si elle veut être la maîtresse de 
l'éducation des enfants? 

A quoi faut-il se résoudre ? 

C'est sur ce point qu'éclatent dans les ménages les 
plus terribles crises morales. Cette prétention de régler 
seule l'éducation des enfants est déjà la preuve d'une 
énergie peu commune, qui par suite révèle une insou- 
mission absolue à une prérogative maritale demeurée 
invariable dans tous les pays et dans tous les temps. 
Pour peu que cette volonté s'affirme inébranlable et 
incompressible, c'est à l'état de guerre que l'on marche, 
à une permanente tension des rapports, à des orages 
sans fin qui peu à peu détruisent tout repos et Joute 
félicité intime. Si à l'ombre du confessionnal et sous le 
couvert de la robe noire du prêtre, l'esprit de résistance 
est adroitement, machiavéliquement et inlassablement 



Digitized by Google 



— 187 — 



excité, le foyer devient un enfer. Ce seront des repro- 
ches à toute heure du jour, des allusions continuelles à 
la coupable et sacrilège obstination, des plaintes amères 
sur le sombre sort qu'attend une âme dévoyée, des 
sarcasmes qui atteignent des amis libres penseurs et les 
idées politiques dont on a toujours été le fidèle par- 
tisan... Le journal qu'on lit est bafoué. On doit le 
cacher comme s'il pouvait transmettre quelque maladie 
contagieuse, en attendant qu'on se désabonne.... 
L'école fréquentée par les enfants est décriée pour les 
motifs les plus futiles, parce qu'elle n'est pas cléricale. 
Les professeurs sont incapables, les soins accordés à 
l'éducation laissent énormément à désirer, telle branche 
est négligée. La femme, qui est très fine de sa nature, 
insiste bien plus sur de telles considérations que sur ce 
vice rédhibitoire qu'elle attache à l'établissement tout 
entier : l'insuffisance de l'instruction religieuse. Elle 
préfère se servir de moyens détournés, de subterfuges 
habiles pour mieux impressionner un père dont la 
grande préoccupation est l'avenir de ses enfants. Mais 
son objectif principal, pour lequel elle travaille sans 
relâche et épuise toutes les ressources de son esprit, 
sera de remplacer l'école officielle par une école de 
jésuites ou de petites sœurs. 

Voici donc le point délicat. Faut-il que le mari abdi- 
que? Le libéral ou le libre penseur peut-il céder sans 
porter atteinte à sa dignité d'homme, à ses droits pater- 
nels, à l'intégrité de ses convictions philosophiques ? 

Répondre par un oui ou un non, c'est choisir entre la 
théorie de la soumission et celle du despotisme. Et alors 



Digitized by Google 



— 188 

- 

on peut se demander pourquoi l'homme doit plutôt se 
soumettre que la femme? Ou bien pourquoi l'homme 
a plus le droit de s'ériger en despote que la femme? 
Les maris qui admettent la conception romaine ou 
même celle du code Napoléon sont tout à fait illogiques 
en s'inclinant en cette matière devant la volonté de la 
femme, tandis qu'ils lui refusent l'administration de 
l'avoir commun. Même ceux qui suivent à la lettre 
les principes directeurs des Évangiles ne doivent pas 
trouver étonnant qu'un époux fasse respecter ses opi- 
nions philosophiques, puisque Zt Paul a dit : « Je désire 
que vous sachiez que le Christ est le chef de tout 
homme, que l'homme est le chef de la femme et que 
Dieu est le chef de l'Église » (Cor. XI. V. 3). Mais il 
faut bien reconnaître que lorsqu'on est plutôt favorable 
à l'égalité de la femme, on se trouve un peu embarrassé 
en face de ce problème.... 

La question se pose d'une façon beaucoup moins 
absolue quand on se dit : Est-il préférable que le mari 
tienne tête aux plus violents orages, sacrifie son bon- 
heur intime, vive dans une incessante contention plutôt 
que d'abandonner l'éducation des enfants aux mains de 

■ 

l'Eglise? Faut-il lui conseiller d'enrichir le martyrologe 
conjugal, plutôt que de s'incliner ? 

Tous les maris ne sont pas faits de l'étoffe des apôtres. 
Peut-être que si les missionnaires catholiques pouvaient 
se faire un foyer et connaître l'amour d'une femme, ils 
seraient moins enclins à s'exposer aux tourments les 
plus affreux. Leur esprit de sacrifice diminuerait en 
raison de leur attachement à des intérêts plus terrestres. 
Ils seraient moins sublimes, mais plus humains. 



Digitized by Google 



— 189 — 

Beaucoup de maris n'envient pas la palme du martyre 
et ont vite fait de céder aux exigences les plus dérai- 
sonnables. 

Nous estimons que le mari faillirait à son devoir en 
ne luttant pas jusqu'au bout pour obtenir la reconnais- 
sance du droit de régler l'éducation de ses enfants, 
puisqu'il faut bien, après tout, malgré la sympathie 
qu'inspire l'égalité des sexes, qu'un des deux époux 
l'emporte. Indépendamment du texte légal, le mari a 
plus qualité à faire prévaloir son avis, puisque sa nature 
a voulu que chez lui la raison fût plus développée que 
le cœur. La raison doit avoir toujours raison. Il faut 
qu'elle ait le dernier mot. Et nous sommes conséquents 
avec nous*mêmes en admettant une solution identique, 
quand les rôles sont renversés - cela arrive! - et que 
la femme est libre penseuse... Mais, en fait, c'est à elle 
que toute l'éducation est livrée, tandis que le mari 
vaque à sa besogne coutumière. Elle surprend les 
enfants dans leur réveil et guette les premiers signes de 
leur assoupissement. Elle tient en ses mains tout leur 
développement moral et physique. 

Le mari a pour devoir d'épuiser tous les moyens de 
résistance avant de céder. Celui qui ne le fait pas est 
seul inexcusable. On ignore généralement dans quelle 
lutte il fut jeté et combien il eut à souffrir dans ses 
idées les plus chères. C'est à l'écartèlement de son 
cœur ou de son cerveau qu'il fallut consentir, sans 
transaction possible. 

Il y en a qui compromettent leur avenir pour la 
défense d'une grande cause, qui sont des héros sur un 



Digitized by Google 



- 190 - 



navire en détresse, qui exposent leur vie dans une 
bataille où l'on est cent contre mille — mais qui ne 
savent pas renoncer au bonheur que donne une femme 
aimée. Faut-il jeter la pierre à ce mari qui accomplit son 
devoir de libre penseur et qui n'a pas réussi à le 
faire jusqu'au bout, se butant à cette muraille qui con- 
siste dans la volonté têtue d'une femme ? De quel droit 
pénètre-t-on dans sa famille pour apprécier le conflit 
et sans posséder les éléments voulus pour émettre un 
jugement raisonné? De quel droit le traîne-t-on aux 
gémonies ? La vérité, c'est que l'éducation de la femme 
est encore bien imparfaite et bien négligée, même dans 
les écoles dont l'influence directe du prêtre est bannie, 
mais où d'autres influences persistent.... Et cependant, 
c'est la future mère que l'on y prépare! Celle qui impri- 
mera l'estampille ineffaçable! Celle qui a entre les 
mains le sort intellectuel des nombreuses générations à 
venir! Qu'importe même que les enfants ne soient pas 
confiés aux bons pères ou aux bonnes sœurs si la mère 
a l'occasion, chez elle, à toute heure, de pétrir à sa 
guise la cire molle des jeunes cerveaux, dans le secret, 
avec toutes les ruses propres à sa nature, dépistant une 
indiscrète vigilance du mari, agissant patiemment, mais 
sûrement, démolissant de ses mains fines, les pénibles 
constructions de l'école laïque, s'imaginant ainsi faire 
une œuvre de foi active et méritoire! Plus tard, quand 
on constate le fruit de ce malaxage moral, c'est partout 
un étonnement sans bornes, et l'on se demande où l'on 
est parvenue à déboîter et à disloquer une intelligence ? 
Cherchez la femme.... 



Digitized by Google 



- 191 - 

Donc, ne condamnez pas trop vite le mari. Jugez-le 
d'abord en connaissance de cause. Le public a déjà été 
appelé à se prononcer sur plus d'un cas de ce genre. 
Celui de Jaurès est le plus sensationnel. M. Urbain 
Gohier a dit de cet orateur socialiste dans un article 
de l'Aurore (13 octobre 1901) : « Il est un prophète 
devant les foules; il n'est qu'un petit garçon chez 
lui. Il veut que trente millions d'hommes Pécoutent; et 
sa femme et sa petite fille ne l'écoutent pas, ne 
croient pas en lui. Il exige que trente millions de pères 
ou de mères arrachent leurs enfants aux griffes de 
l'Eglise; et sa femme et sa fille sont aux pieds du prêtre, 
pleurant ses égarements, ou son crime, et le condam- 
nent dans leur cœur!....» 

Hélas! oui. Mais c'est ainsi... Qu'y faire? Ce sont-là 
de bien cruelles paroles Elles nous représentent le 
tribun, dominateur des foules, affolé chez lui, comme 
le fou qui veut s'enfuir de son cabanon et ne réussit qu'à 
se heurter la tête contre des parois matelassées. 

M. Jaurès se défendit et fut défendu dans la presse. 
Il fut défendu adroitement et maladroitement. Il se 
défendit lui-même de cette sorte. 

M. Fournière, député socialisse de Guise, soutint 
cette thèse que o dans les ménages divisés d'opinion, 
un accord s'établit, basé sur le respect mutuel des 
convictions, donnant au père l'éducation du fils et à la 
mère l'éducation des filles ». 

Je proteste de toutes mes forces contre une pareille 
transaction. Si j'en admettais le principe, je renverse- 
rais plutôt la formule et je préférerais que l'éducation 



Digitized by Google 



— 192 — 

du fils fût abandonnée à la mère. Du moins pourrait-on 
espérer pour plus tard un revirement chez le fils, à la 
lumière de la raison, et au moins une femme serait sauvée 
de la délétère contagion ! Mais si le droit du mari est 
reconnu en partie, il est souverainement illogique de ne 
pas le reconnaître pour le tout. 11 doit être indivisible. 

M. Fournière fut mieux inspiré quand il disait : 
« Lui fallait-il, si les siens refusaient de le suivre vers 
le socialisme et la libre pensée, rompre avec les siens, 
briser désaffections? Devait-il leur imposer des con» 
victions nouvelles? Briser son foyer, personne n'a osé 
lui adresser le cruel reproche de ne pas l'avoir fait ». 

A coup sur M. Jaurès n'a pas cru devoir confier à la 
presse l'histoire de ses luttes, que l'on peut même sup* 
poser des plus courtoises. Mais s'il n'a pas réussi, 
devait-il recourir à la violence, physique ou morale? Et 
il fait sans doute allusion à lui-même quand, exposant 
le cas d'un homme « qui s'est marié religieusement et 
qui a évolué ensuite vers une conception plus hardie », 
41 ajoute : « Cet homme a-t-il le droit d'imposer par la 
force à tous les siens sa propre évolution? » 

Qui le prétendrait? On ne convertit personne en 
cherchant à faire du mélodrame. 'nous ne nous figurons 
pas bien un mari saisissant sa femme par le poignet et 
la faisant choir à ses pieds pour tâcher de la convaincre. 
Toutefois, si cet argument-là m'impressionne, je n'en 
dirai pas autant de cette autre proposition de M . Jaurès : 
« Si les cérémonies traditionnelles avaient suffi à lier 
son esprit, le nôtre serait lié à jamais ». En général, 
l'enfant qui a subi la suggestion de ces rites, réglés avec 



Digitized by Google 



— mi — 



pompe et dont le but direct est d'hypnotiser de jeunes 
esprits, éprouve parfois une peine atroce à s'arracher 
au sortilège. Je me souviendrai toujours du triste 
tableau que M. Tiberghien, notre professeur de philo- 
sophie à l'Université de Bruxelles, nous traçait dt ses 
luttes et de ses souffrances lorsqu'il se sépara de l'Eglise 
romaine. Pour quelques-uns qui parviennent à s'affran- 
chir, combien ne s'en trouve-t-il pas qui restent sous le 
joug, dans un permanent état de trouble et de terreur? 

Tout au contraire, c'est des cérémonies traditionnel- 
les qu'il faut écarter l'enfant, surtout de celles qui lais- 
- sent une trace funeste dans l'esprit. M. Albert Harrent 
a eu raison d'écrire : « L'eau du baptême n'entame pas 
le cerveau «i) », mais que penser delà première com- 
munion, qui se fait à un âge où l'enfant est trop jeune 
pour en comprendre la signification et déjà trop âgé 
pour qu'il n'en conserve pas le souvenir d'un mystique 
envoûtement? Dans l'Eglise primitive, on ne baptisait 
pas même quand l'homme n'avait pas pleine conscience 
de l'acte qu'il accomplissait : « Qu'ils soient chrétiens, 
disait Tertullien, quand ils pourront connaître le 
Christ ». Et St Augustin enseignait que « les devoirs, 
les droits, les obligations et les bienfaits attachés au 
baptême ne doivent pas être imposés sans ou contre le 
désir de l'homme ». Avant de verser l'eau du Jourdain, 
le prêtre demandait : « Voulez-vous être baptisé? » 



• il Lire toute son excellente étude parue dans le Journal de 
Charhroi, sous le titre Le droit de V enfant Le cas Jaurès \ n«> 23 et 
24 oct. iyoïJ. 

i3 



Digitized by Google 



— 1 ( J4 — 



Hippolyte Taine dans son livre Voyagent Italie met 
en évidence les moyens dont se servent les jésuites 
pour s'attacher indissolublement les âmes. Il cite à ce 
sujet l'édition de 10-14 des Exercitia Spiritualia de cet 
Ordre. Empruntons le passade relatif à l'enfer! 1 ). Voici 
ce que les catholiques laïcs doivent faire, notamment 
pendant les retraites dans un couvent : 

« Le premier point est de contempler par l'imagination les 
vastes incendies des enfers et les âmes enfermées dans certains 
feux corporels, comme en des cachots. Le second est d'entendre 
par l'imagination les plaintes, les sanglots, les hurlements qui 
éclatent là contre le Christ et les saints. Le troisième est de respi- 
rer par l'imagination la fumée, le soufre et la puanteur d'une sorte 
de sentine ou de bouc et de pourriture. Le quatrième est de goû- 
ter aussi en imagination les choses les plus amères, comme les 
larmes, l'aigreur, le ver de la conscience. Le cinquième est de 
toucher ces feux dont le contact consume les âmes ». 

Et Hippolyte Taine fait à ce sujet ces réflexions si 
bien pensées et écrites : 

« Chaque dent de l'engrenage mord à son tour : d'abord les 
images de la vue, puis celles de l'ouïe, puis celles de l'odorat, du 
goût, du toucher ; la répétition et la persistance du choc appro- 
fondissent l'empreinte. On travaillera ainsi cinq heures par jour. 
Dans les intervalles de repos, on ne se laissera pas distraire. On 
ne verra personne du dehors. On évitera de parler aux religieux 
de la maison. On se gardera de lire ou d'écrire quelque chose qui 
n'ait pas rapport à la méditation du jour. On y reviendra la nuit. 
Expérience faite, le traitement produit son effet en quatre semai- 
nes. A mon sens, c'est beaucoup, je connais bon nombre de gens 
qui, à ce régime, au bout île quinze jours auraient des hallueina- 



(i) P. 289 du Voyage en Italie, tome I. «Édition Hachette*). 



Digitized by Google 



— H)5 - 

tions ; il n'en faudrait pas dix à une tête chaude, à une femme, à 
un enfant, à une cervelle ébranlée et triste. Ainsi martelée et 
enfoncée, l'empreinte est indestructible. Vous pouvez laisser pas- 
ser le torrent des passions et de la vie mondaine ; dans vingt ans, 
trente ans, aux approches de la mort, au temps des grandes 
angoisses, on verra reparaître la marque profonde sur laquelle il 
aura vainement coulé ». 

Quand Jaurès dit, pour se justifier, que les femmes 
rattachent encore les grands événements de la vie, le 
mariage, la naissance des enfants, la mort à la tradition 
religieuse, et « qu'elles ne se croient pas le droit d'in- 
terrompre à l'égard des enfants la tradition avec laquelle 
elles-mêmes n'ont pas rompu », il allègue une raison 
qui n'a évidemment aucune valeur au regard de Ja mis- 
sion dévolue au chef de la famille. C'est à lui qu'il 
incombe d'examiner si cette tradition ne doit pas être 
interrompue. Aussi bien, en partant d'un tel système, 
il n'y a pas de motif pour que l'Église ne maintienne 
pas sa domination dans les temps infinis et ne s'impose 
pas plus longtemps que le paganisme avec lequel elle 
offre tant de similitude. C'est dans cette tradition qu'elle 
puise toute sa force. C'est parce qu'elle ne brise pas 
cette chaîne léguée par des ancêtres ignorants ou mal 
éclairés que cet instrument de honteux esclavage intel- 
lectuel s'ébrèche si difficilement. La raison invoquée 
par M. Jaurès est de l'essence la plus étroitement con- 
servatrice. 

S'il n'avait pas pu en faire valoir d'autres, on devrait 
lui donner tort. C'est à l'impossibilité foncière et pres- 
que matérielle qu'il a dù se heurter. M. Urbain Gohier 
a beau dire, en son style acerbe, que M. Jaurès 



Digitized by Coogle 



— 1<M> — 



« sacrifie l'àme et la raison de son propre enfant à la 
crainte d'une querelle de ménage (i) », nous ne savons 
pas de quelle nature était le conflit, si l'on pouvait 
entrevoir une solution satisfaisante en dehors de tout 
moyen coactif, si le despotisme de la femme pouvait 
être réduit de façon pacifique. 

Nous n'avons pas le droit d'aller regarder par dessus 
le mur de la vie privée. Le conseil général du parti 
socialiste français n'a pas même voulu le faire et il a été 
jusqu'à proclamer que si « la femme doit obéissance à 
son mari, c'est en vertu des lois bourgeoises, que 
le parti socialiste condamne z) ». 

Mais, comme le conseil général ne dit pas que 
l'homme doit obéissance à la femme, qui aura donc 
qualité pour résoudre cet épineux problème? Un tiers 
arbitre? Une conférence de La Haye.... matrimoniale? 
Nous non plus, nous n'admettons que la force des armes 
devienne Xultima ratio des ménages désunis. Et alors 
quoi ? 

A côté du droit du père et de celui de la mère, on 
parle encore d'un autre droit : celui de l'enfant. Et l'on 
dit qu'il prime le droit de ceux qui lui ont donné le 
jour. Le principe nous semble incontestable. De même 
qu'il est criminel de meurtrir de pauvres petits êtres 
qui doivent servir à exciter la commisération des pas- 



( I ) Aurore, 14 ne t. 1901. 

{*) Le Peuple de Bruxelles, dans son no du 6 mars 1001, à propos 
d'un cas de ce genre concernant une personnalité libérale, émet un 
tout autre avis et se met en contradiction avec l'ordre du jour du 
conseil général du parti socialiste français. 



Digitized by Google 



— 197 - 



sants, de même il est blâmable de déformer un cer- 
veau, d'y marquer une empreinte qu'il lui sera difficile 
d'effacer plus tard. Mais, encore une fois, dans la prati- 
que et avec des intentions que l'on croit hautement 
respectables, ce droit est foulé aux pieds. Il est sacrifié 
à des transactions opportunistes ou à un souci de paix 
familiale. 

M. Fournière, en avocat maladroit de M. Jaurès, pro- 
clame que ce droit est un pur sophisme. Et pourquoi, 
s'il vous plaît? Parce que la société ne l'a pas encore 
créé? Mais faut-il à tout prix que la loi crée un droit 
pour qu'il existe? Tous les droits naturels sont-ils con- 
sacrés par la législation ? Le droit à la vie n'en est-il 
pas le plus sacré de tous ? Cependant dans quel texte 
figure-t-il ? 

Certes, il est défendu de tuer, mais où est-il écrit 
que l'État ne peut laisser mourir de faim un de 
ses membres? Nulle part. Néanmoins M. Fournière 
veut bien avouer que le droit de l'enfant existe 
« d'une manière abstraite et purement idéale ». Soit, 
nous n'en voulons pas d'autre. Il nous satisfait. 
S'il ne triomphe pas dans les codes, ce n'est pas 
une raison pour qu'il soit exclu des consciences. Au 
surplus, M. Jaurès le reconnaît, mais d'une étrange 
sorte : « Le droit de l'enfant, dit-il, c'est d'être mis en 
état, par une éducation rationnelle et libre, de juger 
peu à peu toutes les croyances et de dominer toutes les 
impressions premières reçues par lui ». Bravo! Mais à 
quel âge? Au moment où déjà l'esprit de l'enfant a été 
obnubilé? Ce n'est pas non plus vers l'époque de la 



Digitized by Google 



— 108 — 



première communion. Comment voulez-vous qu'alors 
il puisse saisir la portée des doctrines de Kant, de 
Spinosa ou d'Auguste Comte, et surtout être frappé de 
l'absurde et de l'inanité des mystères du catholicisme? 
Ce n'est pas, je suppose, après que sa fille s'est age- 
nouillée pieusement à la sainte table et après que l'ima- 
gination se trouve encore suggestionnée par cet artifice 
religieux, si puissant sur des âmes faibles, ce n'est pas 
après son retour au logis paternel, les yeux plongés en 
une céleste béatitude! i » que M. Jaurès est disposé à lui 
dire : « Quelle illusion est la tienne! Victime de tradi- 
tionnelles erreurs et du mensonge des prêtres, tu t'ima- 
gines que Dieu est descendu en toi, et que tous les 
fidèles qui courbaient tout à l'heure la tète devant le 
tabernacle ont reçu cet hôte surnaturel Détrompe-toi ». 

C'est donc plus tard, quand l'intelligence est devenue 
plus réceptive que la discussion doit s'engager entre le 
père et les enfants sur les grands problèmes de la phi- 
losophie et de la destinée humaine. 

L'enfant sera initié à tous les systèmes, il pourra en 
apprécier le caractère contradictoire et il sera surtout 



(i) Dans le no du ii juillet 1901 du Devoir, M. Maurice Tal- 
meyr, écrivain catholique, s'occupant du cas Jaurès, représente 
ainsi une enfant qui vient d'accomplir cet acte religieux : « Elle 
s'y est disposée par une retraite, des prières et des méditations. 
Elle ne connaît que peu de chose de la vie, et ce qu'il y a seule- 
ment de plus innocent, de moins cruel et de moins laid, mais 
demande même à oublier cela. Elle est dans un état mystique, et 
comme peut y être un enfant avec toutes les peurs, toutes les 
faiblesses et tous les tremblements d'un enfant ». 



Digitized by Google 



- 199 - 



saisi de l'impuissance des plus illustres penseurs à 
proposer une solution complète et définitive. Alors 
pourra-t-il dominer ses impressions premières et ne se 
dira-t-il pas qu'il est plus facile, sinon plus courageux, 
de s'en remettre au magistère d'un homme qui se pré- 
tend infaillible? Toute la question est là. Il me sera 
permis de dire que si la réponse est affirmative, l'enfant 
a été sacrifié à cause de l'influence pernicieuse de ses 
premières impressions. 

Quoi qu'il en soit, la revanche que le mari peut espé- 
rer, c'est de contrebalancer le plus tôt possible l'action 
zélatrice de sa femme par de nombreux entretiens avec 
ses enfants, en ayant recours à des arguments de bon 
sens qui montrent l'inanité des dogmes religieux, en 
cherchant à obtenir d'une lente infiltration des princi- 
pes les plus rationnels, le résultat que l'Église attend 
de son autoritarisme canonique. C'est son droit strict et 
ilaurait bien tort de n'en pas user. Mais on ne saurait con- 
seiller qu'il ridiculise une dévotion sincère. Le moyen 
est mauvais et inopérant. Il ne doit pas non plus inter- 
dire la simple lecture du catéchisme et de l'histoire 
sainte. Il s'agit avant tout d'en neutraliser l'effet. On 
ne sait bien combattre un enseignement chez ceux qui 
l'ignorent. 

Ah! on soutiendra que c'est une chose abominable 
d'élever un enfant en dehors de toute religion et de lui 
inculquer des principes tout simplement rationnels! 
Les auteurs religieux se livrent sous ce rapport à de 
puériles déclamations qu'une verve poétique s'efforce de 
rendre émotionnantes. Le mari n'a pas le droit de profa- 



Digitized by Google 



— 200 — 



ner et de souillci du sourire flétrissant du doute, sa 
femme et ses enfants! Il ne peut enlever à la fleur du 
foyer son parfum et sa grâce divine! Il ne peut troubler 
la quiétude harmonieuse du sanctuaire familial! Il ne 
peut éclabousser cette blancheur! Et l'on va jusqu'à 
évoquer les vierges de Fra Angelieo et de Raphaël... 

C'est dans ce langage mystiro-littéraire que les gens 
d'Eglise égarent le monde. Je ne suis pas de ceux qui 
refusent le respecta la foi sincère et inébranlable. Mais 
le libre examen implique le droit de discuter et de 
chercher à convaincre. Le refuserions-nous aux 
croyants ? Et se font-ils faute d'en user ? Je ne pourrais 
donc pas tâcher de convertir à mes idées philoso- 
phiques la femme qui s'en est toujours tenue éloignée ? 
Ilésiterait-t-elle à nf entreprendre 'moi-même, à me 
poursuivre de ses sermons? Elle aussi ne craindra pas 
de blesser mes opinions. M'en plaindi ai-je ? Nullement. 

La tolérance ne va pas jusqu'à l'abdication de la 
pensée. Le prosélytisme chrétien, et surtout celui delà 
femme dévote, ne connaît pas de limite. L'épouse à 
la grâce divine se changera en furie si vous ne cédez 
pas à ses impérieuses raisons. La blancheur qu'il faut 
garder de toute souillure et que le doute ne peut pas 
même effleurer, deviendra de la noirceur devant votre 
résistance. 

Le respect? Oui, quand la partie est perdue, quand 
toute nouvelle tentative serait vaine, quand on a fait 
son devoir rationaliste, quand pousser plus loin le zèle 
serait marcher au sectarisme. On rapporte que Littré 
allait jusqu'à permettre à sa femme et à sa tille de suivre 



Digitized by Google 



— 201 - 



les prescriptions du carême et du vendredi. Pourquoi 
pas? Lui, le grand apôtre des doctrines positives, 
devait avoir compris qu'il ne pouvait aboutir, que la 
tradition restait la plus forte. Il aurait donc eu tort de 
contrarier des pratiques dont sa forte intelligence pro- 
clamait l'absurdité? Il s'est incliné et il a bien fait. 
Littré lutta sans doute, comme nous supposons que 
M. Jaurès a lutté. Après s'être épuisé en efforts inuti- 
les, il n'y a plus d'autres alternatives que le respect 
de la liberté de conscience ou la guerre. Je ne cache 
pas qu'en dépit de la force de mes convictions, je pré- 
fère le respect, car la guerre est odieuse. 

Combien l'union de deux époux qui pensent de 
même, qui contribuent ainsi pour leur part à l'émanci- 
pation des nouvelles générations et dont aucune 
influence, aucun intérêt vil, aucune faiblesse mondaine 
ne peuvent modifier la conduite, combien cette union-là 
est d'une beauté morale plus haute ! 

Gustave A bel. 




Digitized by Google 



LA CRISE DES PATRIES 



PARADOXE DIALOGUÉ 



— Concevez-vous cela? 
« Quoi ? » 

— Que la notion de patrie soit battue en brèche ; 
que le patriotisme, cette passion de tous les cœurs bien 
nés, comme disait Voltaire, soit assimilé à une survi- 
vance atavique purement réflexe, et, pour tout dire, à 
une niaiserie sentimentale qui ne résiste pas à l'examen 
d'un esprit sérieux? 

« Permettez, cela dépend. Si vous me demandez ce 
que je pense de ce dédain pour l'idée de patrie, je vous 
réponds très nettement que je ne le partage point. 
Mais, au risque de me compromettre, je ne crains pas 
d'ajouter que je me l'explique dans une large mesure, 
si je songe à tant de définitions contradictoires, incon- 



Digitized by Google 



— 203 



ciliables, qu'on a données de la patrie et du patrio- 
tisme, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos 
jours. » 

— De nos jours, je ne dis pas ; mais les temps recu- 
lés plaident contre vous. 

« En ètes-vous bien sûr? » 

— Rappelez-vous l'aphorisme latin : Dulce et décorum 
est pro patria mort. 

« Parfaitement. Mais pourquoi ne pas citer le refrain 
de la Révolution française : 

Mourir pour la patrie 
C'est le sort le plus beau, 
Le plus digne d'envie. 

« Traduction libre, mais très exacte et plus intelli- 
gible. Et puisque vous vous avisez de parler latin, j'y 
suis Grec, autant que Figaro... » 

— Et vous m'exterminez? 

« Presque. Voici un autre aphorisme latin que je 
vous recommande : Ubi bene, ibi patria. Et, si j'en crois 
Voltaire que vous invoquiez, il n'y a qu'un instant, 
cette formule est renouvelée des Grecs ; elle serait déjà 
dans le Phaéton d'Euripide, d'ailleurs flétri de ce chef 
par Aristophane, son ennemi intime. » 

— Après tout, ce n'est qu'une hypallage. Renversez 
la rédaction et vous serez dans le vrai : Ubi patria, 
ibi bene. 

« Très adroit, mais trop malin. Non, non, le dicton 
est formel : la patrie est là où l'on est bien, où l'on 
réussit dans ses affaires; à telles enseignes qu'un 



Digitized by Google 



- 20-1 — 



humaniste de mes amis c e permit un jour de le moder- 
niser ainsi : « Ubibénef, ibi patria. » 

-■ Très joli, et d'une bonne ironie, qui fait justice de 
cette conception avilissante de la patrie. 

« Mon Dieu, n'exagérons rien, ou nous allons à 
l'encontre de nos lois. Qu'est-ce que la naturalisation; 
sinon la ratification de cet ubi baie, voire de cet ubibénef 
qui vous scandalise? Qu'est-ce que l'option?... » 

— Ah ! grâce pour l'option qui admet le choix entre 
la nationalité du sang et la nationalité du sol! N'est-il 
pas vrai que donner la préférence au sol, c'est opter en 
réalité pour la famille, qui est un commencement de 
patrie ? 

« Je le vieux bien, mais d'où vient l'option, sinon 
de ce que d'abord cette famille s'était expatriée? Et 
pourquoi s'expatriait-elle, sinon parce qu'elle}' trouvait 
avantage? Ubibene, ubi melius, peut-être ubibénef. » 
Vous vous rejetez sur des exceptions 

« Qui en expliquent d'autres » 

— Mais non pas l'Hervéisme, assurément. 

(. Oui sait! Si l'Hervéisme a pu se produire en 
France, dans ce pays si profondément patriote, qui 
vous dit que la faute n'en est pas à « la Patrie française » 
et au « nationalisme, » confondant la dignité patrio- 
tique avec le mensonge militariste, exagérant et affolant 
l'idée de race — dans cette France qui, de toutes les 
nations du monde, est celle où les races sont les plus 
diverses, les plus mêlées, fusionnées, harmonisées, — 
et, sous ce prétexte, faisant hypocritement le jeu des 
réactions cléricales et monarchistes » 



Digitized by Google 



— -J05 — 

— Restons en Belgique, voulez-vous? Les abus du 
nationalisme n'excusent pas ceux de l'internationalisme. 
Et pour ma part je n'ai pas digéré le mot du député 
socialiste Anseele « Pour la Suisse, je change tout de 
suite. » 

« Toujours le vieux diction : Ubi betie. Anseele 
s'imagine que nos ouvriers seraient plus heureux en 
Suisse qu'en Belgique; mais il n'aura garde de démé- 
nager son Vooruit. Notez que sa boutade a fait long- 
feu. Rappelez-vous la péroraison patriotique de son 
collègue Destrée. Quant à l'internationalisme, ses 
origines expliquent ses égarements. » 

— Ah ! vraiment ! On les connait, ses origines : 
marxisme, collectivisme, et communalisme r pétroleur ! 

« Ne vous fâchez donc pas. La colère vous égare. 
Me prenez-vous pour un communard ? » 

— Non, certes; mais... 

« Eh bien alors, laissez-moi vous rappeler que l'in- 
surrection de la Commune de Paris eut pour cause 
immédiate, pour prétexte si vous voulez, une explosion 
de patriotisme exaspéré, et que, si l'internationalisme 
s'y mêla, il n'en fut pas l'origine. De même si l'inter- 
nationalisme se mêle au marxisme et au collectivisme, 
cela tient à ce que Karl Marx, instaurant une religion 
nouvelle... 

— Une religion sans Dieu ! 

« Parfaitement : un Evangile athée, un christianisme 
réaliste (i). 

i 1 ) « L'antiquité n'admettait l'égalité ni devant la loi humaine, 



Digitized by Google 



- 20(i - 



« Dieu lui-même est international, disait récemment le 
vieux Bebel aux socialistes de Strasbourg. Et le catho- 
licisme Test aussi, par son essence et son étymologie. 
Le collectivisme, ce catholicisme pratique de Karl 
Marx, ne pouvait manquer de l'être également. Mais 
sans remonter jusqu'aux Apôtres, n'est-il pas vrai que 
l'internationalisme de ce Juif allemand dérive de l'hu- 
manitarisme qui florissait en France au XVIII e siècle ? 
Voilà pour le passé, Et pour ce qui est du présent, ne 
voyez-vous pas qu'à l'heure actuelle l'internationalisme 
est partout : dans les sciences, dans le droit, dans le 
commerce et l'industrie, dans la charité comme dans la 
répression : à preuve l'extradition; et jusque dans 
l'idéal linguistique : à preuve Yesperanto. Le mot s'use, 
parce qu'on le juge compromis. On ne dit presque plus 
« intern .tional : » on dit « mondial, » mais au fond cela 
revient au même. Et comment voulez-vous que d'aussi 
vastes concepts n'affaiblissent pas l'idée de patrie ? » 

- Puisque vous parlez des sciences, laissez-moi 
vous rappeler un mot de Pasteur. C'était dans uu con- 
grès scientifique, en Italie, alors que ce pays était en 
délie itesse avec la France, sous le consulat de Crispi. 

« Je m'en souviens parfaitement. » 

— Montrez. 

« La science n'a pas de patrie » formule de tous les 
congrès, était tout spécialement la devise de celui-là... » 



ni devant la loi divine; le moyen-âge l'a proclamée au ciel; 89 l'a 
proclamée sur la terre. » 

Emile Augiek. Le Fils de Giboyer, acte IÏI, stènelCVl. 



Digitized by Google 



— 207 — 



— Et l'on y insistait tout exprès pour apaiser toute 
velléité hostile entre congressistes Italiens et Français, 
au lendemain de l'affaire de Tunis... 

Or Pasteur répondait : 

* La science n'a pas de patrie; d'accord. Mais les 
savants en ont une. » 

— Vous voyez bien ! 

« Je vois que vous avez tort de vous plaindre, 
puisque vous gardez dans votre jeu une aussi belle 
carte, un atout maître, un savant de la force de Pasteur, 
une intelligence assez haute et un cœur assez bien placé 
pour ne pas confondre l'épanouissement légitime de 
l'internationalisme scientifique avec la négation du 
sentiment patriotique. » 

— Voilà qui compense en effet maint aveuglement, 
a Les idées ne valent que par les hommes qui les 

conçoivent et les expriment ». 
Et réciproquement ? 
« Vous l'avez dit ! Quand Lessing répudie « ce 
patriotisme qui lui ferait oublier qu'il est un citoyen du 
monde, » cela l'empêche-t-il de faire œuvre de patriote 
à sa manière en formant le goût allemand, en le dégros- 
sissant, en le tenant en garde contre le fétichisme de 
l'imitatian étrangère ? Quand la Révolution française 
proclame les droits de l'homme, en soi, et du citoyen, 
en soi, Fichte applaudit, comptant que l'Allemagne 
bénéficiera d'un humanitarisme qui, au début, se conci- 
lie avec le respect de tous les patriotismes, celui des 
nations voisines et non pas seulement celui de la 
France. Quand l'humanitarisme de' 80 aboutit aux 



Digitized by Google 



— '>{)& - 



hécatombes de 1K>, Fichte, sans les excuser, conjure srs 
compatriotes de ne pac confondre avec les bourreaux 
les législatents qui ont renouvelé la face du monde. 
Quand le patriotisme de la Révolution française se 
laisse embrigader par le Directoire, le Consulat et 
l'Empire, le même Fichte se révolte et devient l'un des 
plus énergique fauteurs du patriotisme allemand, de 
son réveil et de ses soulèvements. » 

— Napoléon l rr y est bien pour quelque chose. En 
exaltant par sa politique de conquêtes les pires ambi- 
tions du patriotisme français, il créa littéralement le 
patriotisme allemand, et, de victoire en victoire, il 
aboutit à un irrémédiable désastre. 

« Et voilà où je voulais vous amener ! » 
- A quoi donc, je vous prie ? 

m A reconnaître que, si le patriotisme est la condiiion 
de l'effort guerrier, pour la défense comme pour l'atta- 
que, les aberrations du patriotisme agressif ont un 
double effet : elles suscitent le patriotisme défensif qui 
parfois s'ignorait; et vienne la défaite, elles énervent 
l'idée de patrie dans les pays qui en ont abusé. »> 

— Je ne vois pas que le patriotisme désarme sous la 
Restauration. 

« Il se transforme. Ce n'est plus qu'un patriotisme 
d'opposition intérieure, qui aboutit à la Révolution 
de JS.'JO, provoquée par les ordonnances. Mais qu'est- 
ce que la monarchie de juillet sinon le triomphe de la 
Paix à tout prix? n 

— Triomphe éphémère, dont les humiliations seront 
exploitées par Napoléon III. 



Digitized by Google 



- — 



« Ah! parlons-en, de celui-là! Le plus inconsistant 
des despotes et le plus ahuri des belliqueux! Il com- 
mence par la politique d'équilibre, suivant les tradi- 
tions de l'ancienne monarchie française : guerre de 
Crimée, traite de Paris, 1850, apogée de sa gloire. Puis 
il épouse la politique des nationalités, qu'il répudie 
dans sa guerre du Mexique après avoir donné un coup 
d'épaule à l'unité italienne, qui éveille l'ambition 
prussienne; en 1806, il hisse le champs libre à la 
Prusse; en 1807, la défaite des Confédérés du Sud 
américain, dont il est escomptait la victoire, l'oblige à 
laisser le champ libre à Juarez sans s'inquiéter du sort 
de l'empereur Maximilien ; et en 1870 l'unité allemande 
se fait sur son dos, et aux dépens de la France, sous 
l'égide de cette politique des nationalités par lui-même 
invoquée, épaulée à ceup sûr, sinon même inventée. 
Et vous croyez que de telles aventures, de telles 
déceptions ne sont pour rien dans le déclin de l'idée de 
patrie? Car, en somme, ce déclin ne se manifeste 
guère qu'en France. Et pourquoi, sinon parce que, 
dans ce pays si souvent éprouvé par la guerre, trop 
souvent victime de la gloire des armes, on commence 
à comprendre que, si le pacifisme est un mensonge — 
il le serait en négligeant de se garder à carreau — le 
patriotisme agressif et belliqueux à tout prix n'en est 
pas moins une duperie, et qu'il est temps d'organiser 
la paix européenne, en attendant la paix mondiale, 
dont l'heure n'a peut-être pas encore sonné. » 

Alors, d'après vous, patriotisme et pacifisme sont 
en train de se confondre? 



Digitized by Google 



- 210 — 



« De se coaliser plutôt. Sans doute, il y faudra du 
temps. Mais quoi qu'on en dise, l'avenir est là, et des 
phénomènes tout récents tendent à le prouver. Notez 
ce qui se passe en Norvège et en Hongrie. Il y a là 
peut-être abus des idées de race et de nationalité, et 
c'est une question de savoir si Hongrois et Norvégiens, 
ceux-ci plus réalistes, ceux-là plus idéalistes et roman- 
tiques, entendent sainement leurs intérêts.... » 

— Ne pensez-vous pas qu'ils en sont meilleurs juges 
que vous et moi ? 

« Je l'admets bien volontiers, mais ce qui me frappe 
c'est que les deux conflits, le Scandinave comme l'austro- 
hongrois, sont en passe de se résoudre sans que les 
épées sortent du fourreau; alors qu'en 1830 il a fallu 
une révolution armée, une campagne militaire, une 
conférence européenne, et une intervention étrangère 
pour que la Belgique se séparât de la Hollande ». 

— Ce n'est peut-être pas ce qu'elle a fait de mieux. 
« Bah! on dit cela. Mais si la Belgique n'avait pas 

subi la contagion des journées de juillet 1830, elle n'eût 
pas esquivé celie des journées de février 1848. Si elle 
avait donné dans ce panneau, où en serait-elle aujour- 
d'hui ? Où seraient les progrès extraordinaires qu'elle a 
réalisés deputs trois quarts du siècle, ces progrès aux- 
quels le monde entier applaudit tandis qu'elle en célèbre 
l'accomplissement? Ne regrettons pas « l'expérience 
belge » raillée par M. Guizot, ce faux prophète. Et ne 
refaisons pas l'histoire d'hier. Il n'est déjà pas si facile 
de deviner l'histoire de demain ». 

— Il semble que ni le passé ni l'avenir ne découra- 



Digitized by 



— 211 - 

gent votre optimisme. Et j'admire qu'après dix-huit 
mois de guerre russo-japonaise votre pacifisme ne 
désarme pas. 

« Au sens propre du mot, le pacifisme ne saurait 
désarmer d'ici à longtemps ; mais non seulement ce que 
vous appelez mon pacifisme n'abdique point ; il y a 
mieux, cette guerre le confirme dans ses espérances en 
lut faisant entrevoir la possibilité, la nécessité même, 
impérieuse, inéluctable, d'une organisation fédérative 
de la paix européenne ». 

— Oh! l'abbé de Saint-Pierre! Ce rêveur!... 

— m Je dis la paix européenne, non la paix « perpé- 
tuelle » comme l'abbé de Saint-Pierre, qui d'ailleurs 
n'était pas aussi béte qu'il en avait l'air ' 0. Le bon abbé 
ne soupçonnait guère la promotion du Japon au rang 
de grande puissance militaire et navale; mais nous en 
sommes témoins, nous aut es, et il nous faut changer 
notre fusil d'épaule >. 

Comment l'entendez-vous ? 
« Voici. Il n'y a pas plus de sept ans. un de nos 
savants les plus illustres, dans un discours académique, 
soutenait et prouvait, en s'appuya nt sur la géologie, 
l'anthropologie et l'histoire, que la civilisation de notre 
planète est subordonnée an « plan européen ». L'idée 
parut si lumineuse que d'aucuns lui en disputèrent la 
paternité. Elle était juste en 1898. L'entrée en scène 

i ) Voir ses « Observations politiques très sévèresj sur le gou- 
vernement îles rois de France, » sa critique du célibat des prêtres, 
des abus du inonachisine, et ses « utopies » sur l'éducation, dont 
plusieurs sont réalisées. 



Digitized by Google 



— -> 1 -J - 



des Jaunes l'a reléguée parmi les illusions. Sans exa- 
gérer le péril jaune, on ne saurait pousser la naïveté 
jusqu'à croire à l'éternité du « plan européen. » Après 
avoir prouvé. - et avec quelle prestesse! — qu'ils sont 
de taille et de force à s'assimiler les virtuosités destruc- 
tives de notre civilisation, il est peu probable que les 
petits Japonais s'en tiennent là. Se borneront-ils à 
civiliser, à s'assimiler, à japoniser la Chine? Oui nous 
dit qu'à la longue ils ne seront pas tentés de subordon- 
ner au plan japonais la civilisation de l'Asie entière, 
quand ils se sentiront assez sû's d'eux-mêmes pour 
narguer le plan des Anglais dans l'Inde, des Français 
dans l'Indo-Chine, sans parler de la Russie, dont on 
assure déjà qu'ils prétendent se faire une alliée, après 
lui avoir infligé l'horrible frottée, terrienne et navale, 
que l'on sait ? Et en faut-il davantage pour que l'Europe 
se prenne à réfléchir, et se consacre à l'organisation et 
à la consolidation de sa paix intérieure, intra-euro- 
péenne, condition première de sa défense contre un 
péril extra-européen peut-être chimérique, mais dont 
la hantise est déjà une menace ? » 

Oue deviendront les petites -patries si pareille 
hypothèse se réalise ? 

« Elles n'ont rien à y perdre et tout à y gagner. Il 
n'en est pas une qui ne devienne une valeur et une force 
dans cette coalition fédérale des patries isolées, au 
profit de la patrie plus grande, de la patrie européenne, 
dont la défense collective importe à toutes en général et 
à chacune d'elles en particulier. Toutes se respecteront 
mutuellement, pareeque toutes auront besoin de cha- 
cune d'elles pour la sauvegarde de l'intérêt commun. » 



Digitized by Google 



— 2\:\ — 

— Et c'est ainsi que vous conciliez le pacifisme et le 
patriotisme? 

« Ce n'est pas moi qui les concilie, mais la force des 
choses et l'évolution qui déjà se dessine. Ce que vous 
appelez une hypothèse sera tôt ou tard un fait accompli. 
Et non seulement pacifisme et patriotisme se concilie- 
ront, mais ils s'affermiront et se développeront l'un par 
l'autre, le pacifisme mutuel des patries traditionnelles 
devenant la condition de l'efficacité du patriotisme 
élargi. » 

— Le Ciel vous entende ! 

— Oui, je sais : Quos vult perdere Jupiter dementat. Mais 
le Ciel a d'autres chats à fouetter. Quand le navire fait 
eau, rien ne sert d'implorer Neptune ou la Vierge 
Marie. La plus sage, comme disait Forbin-Janson à ses 
marins, est de « manier Sainte Pompe. » 

Charles Tardiei 



(i) Cet article était écrit en septembre iqo5. Lu depuis dans la 
« Revue bleue » sous la signature de M. Louis Havet, de l'Insti- 
tut de France : « L'Europe est déjà une nation, bien qu'elle 
l'ignore ». 



Digitized by Google 



LETTRE A WON NEVEU 



Je ne sais quelle opinion vous avez de moi. Peut-être 
bien me croyez-vous bourru et presque méchant parce 
que je vous envoie promener si lestement quand votre 
remuante petite personne fait irruption dans mon 
bureau au moment v>ù je calcule la consistance d'une 
communauté légale, ou me tenez-vous pour impoli, 
parce que, préoccupé d'un texte, je ne réponds pas aux 
questions insidieuses et naïves que vous me posez aux 
heures familières. 

Pourtant votre jugement ne m'est pas indifférent, car 
comme je vous aime, je désire que vous m'aimiez et 
cela n'est possible aux jeunes neveux d'un vieil oncle 
que quand ils ont de lui bonne opinion : l'enfant, en 
effet, est essentiellement juste. 

Il n'est pas nécessaire que cette opinion soit arrêtée 
dès maintenant : votre jeune intelligence n'a pas encore 
éliminé toutes les causes d'erreur qu'elle contient. 



Digitized by Google 



— 215 - 



On peut dire avec certitude qu'une partie de vos 
jugements sont inexacts. Pour vous garder d'en émettre 
de téméraires sur ma personne je vais vous raconter 
combien moi, enfant comme vous, j'ai fait erreur sur le 
caractère d'un mien grand'oncle, qui s'appelait Joseph 
et exerçait à M., petite ville des Flandres, voisine de 
mon village natal, les fonctions de receveur des 
contributions. 

C'était, aux années de mon enfance, un gros homme 
à face réjouie, ayant le verbe haut et le port solennel. 
Le ruban rouge et noir des combattants de 1880 ornait 
la boutonnière de toutes ses redingotes, jaquettes, 
vestons et pardessus : ce ruban, qui dépassait les 
dimensions réglementaires faisait partie intégrante de 
sa personne et maintenant encore je ne me représente 
pas l'oncle Joseph sans ce signe distinctif. 

J'ai tenu tout d'abord mon parent pour avare et 
voltairien. Avare, parce qu'il portait des vêtement râpés 
et ne me donnait jamais un sou, même au nouvel an, 
alors que je faisais moi, en son honneur, une dépense 
de quatre sous, deux pour acheter une feuille de papier 
à fleurs, deux autres pour lui expédier la lettre conte- 
nant mes bons souhaits; voltairien, parce que M r l'abbé 
Rabot, son curé, le tenait pour tel. Inutile de vous 
expliquer maintenant la signification de ce mot, 
qu'alors je ne comprenais pas non plus. J'ai d'ailleurs 
toujours soupçonné M r l'abbé Rabot d'avoir simple- 
ment voulu dire par la, que mon oncle Joseph n'était 
pas de ses amis, ce qui était vrai. 

La décoration de l'oncle était pour moi un sujet 



Digitized by Google 



— VIO 



d'orgueil : j'étais le seul élève de ma classe qui eût un 
oncle décoré et j'ai raconté bien souvent à mes com- 
pagnons les hauts faits d'armes qui lui avaient valu cet 
honneur. 

Je m'accuse ici humblement avoir inventé de toutes 
pièces ces beaux récits. J'avais une excuse, bonne alors, 
mais qui me paraît maintenant détestable : mon oncle 
étant décoré, il fallait en bonne logique qu'il eût com- 
battu, sinon lui et moi nous eussions été tous deux 
ridicules. 

Mon imagination suppléait à mon ignorance : j'avais 
en effet beau interroger tout le monde au sujet de cette 
médaille, personne ne daignait me raconter la vie 
guerrière de l'oncle Joseph et rien ne surexcite l'esprit 
d'un enfant comme le my tère et l'inconnu. 

Je me rendais fréquemment à M., avec mon père. 
L'oncle Joseph nous recevait dans son bureau toujours 
emeoinbré de paperasses. A peine étions-nous entrés, 
que mon œil allait du ruban rouge au grand sabre de 
cavalerie et au long fusil à piston suspendus au dessus 
de la cheminée Pendant que mon père bavardait avec 
l'oncle, mon imagination attribuait à ses deux armes de 
multiples actes violents : j'aurais juré voir encore sur la 
lame rouillée des tâches de sang. 

J'interrompais atout moment l'entretien des deux 
hommes pour demander à .'oncle le récit de ses cam- 
pagnes; s'il avait fait partie des chasseurs Chastelerou 
des francs tireurs brugeois; combien de hollandais il 
avait tué ou mis en fuite. 

Mon oncle paraissait gêné, grognait quelque chose, 



Digitized by Google 



— 217 - 



mais ne répondait pas et mon père bien plus contrarié 
que lui, m'imposait silence. Au retour j'accablais mon 
père de questions sans jamais obtenir de réponse pré- 
cise : « Je pense, finissait-il par dire, que l'oncle Joseph 
ne veut pas vous répondre parce qu'il est modeste et 
qu'il estime qu'il vaut mieux laisser clans l'oubli le sou- 
venir de guerres civiles. » 

Cette explication ne me satisfaisait pas et j'avais dans 
ma logique enfantine fini par conclure que ce silence, 
s'il était une preuve de modestie peu commune aux 
soldats, cachait des horreurs, la participation à des 
massacres dont le fusil à piston avait été l'instrument 
inconscient et le sabre le témoin muet. 

Plus de doute pour moi : l'oncle Joseph était un 
héros, mais un héros modeste. L'admiration que 
j'éprouvais pour lui était pourtant tempérée d'abord 
par le fait qu'il était avare, (qu'il fut voltairien je ne 
m'en souciais pas) et ensuite parce que, aux dires de 
mes compagnons de classe, il forçait les gens à payer 
de grosses contributions au gouvernement. 

Il y avait dans cet arrêt autant d'erreurs que de 
mots. 

Devenu grand j'appris que la participation de mon 
oncle à la Révolution de 1830 avait été minime et je 
compris pourquoi, tiop honnête pour mentir, mais 
trop vain pour éteindre lui-même le rayon de gloire 
qui l'illuminait aux yeux de son neveu, il avait toujours 
éludé mes questions. U avait en effet été décoré de la 
médaille des combattants de 1830 « pour avoir, au 
combat de Pont à Paille, désarmé des gardes civiques 



Digitized by Google 



— 218 — 



gantois qui fuyaient devant l'ennemi ». La vérité vraie 
était encore moins glorieuse : l'oncle Joseph, qui était 
en 1830 un leste gaillard de dix sept ans, avait été posté 
par sa mère, le jour du combat de Pont-à-Paille en face 
du cabaret le Saint-Sébastien, à deux bons kilomètres 
des combattants avec missien de prévenir vivement ses 
parents en cas de succès des hollandais. 

Sa mère qui était une brave et digne femme, mais 
qui avait vu opérer dans son village les fantassins de 
Pichegru et de Brune, puis les hussards de Blucher, 
craignait les militaires, non pas pour elle même, mais 
pour son vin. Mon oncle était là écoutant la détonation 
lointaine des coups de fusils, quand un groupe de gar- 
des civiques gantois, orangistes d'ailleurs, apparut. Ils 
avaient quitté les rangs, refusant de marcher au combat 
et étaient sur le retour. La bande entra au Saint Sébastien 
et avisant l'oncle Joseph lui confia la garde de leurs 
fusils posés contre le mur extérieur du cabaret. Ils y 
étanchaient leur soif et mon oncle les observait curieu- 
sement à travers les vitres, quand quelques coups de 
canon retentirent. Les gantois, qui ne souciaient pas 
d'entendre cette musique de plus près, s'élancèrent 
dehors et détalèrent en négligeant d'emporter leurs 
fusils, tandis que l'oncle, dont aucun fourniment ne 
gênait la course, prenait sur eux une avance considé- 
rable. Prévenus par lui, ses parents enterrèrent leur 
vin. 

Quelques heures plus tard, les hollandais se faisant 
attendre, mon oncle s'était hasardé à retourner au Saint 
Sébastien et en était revenu en triomphe, chargé comme 



Digitized by Google 



— 219 — 



un mulet, des armes gantoises: offertes à la municipalité 
elles servaient encore, il y a vingt ans, aux exercices 
des pompiers de mon village natal. 

Inutile de vous dire, mon neveu, que l'admiration 
que j'avais ressenti pour l'oncle Joseph fit place à un 
profond mépris. Je vous expliquerai plus loin qu'en 
somme ce mépris é L ait aussi mal fondé que mon 
admiration primitive. 

J'eus à modifier bientôt quelques unes de mes autres 
opinions sur l'oncle J jseph. Un jour il y a vingt ans, 
nous envoya dire qu'il venait de mourir d'apoplexie. 
Nous courûmes à M.. L'Oncle était étendu sur son 
lit, très pâle, un cierge brûlait à son chevet devant un 
Christ de cuivre, une nonette, dans un coin de la 
chambre, marmottait des prières latines et M r l'abbé 
Rabot vint expliquer à ma mère que l'oncle était mort 
en faisant preuve de repentir et de foi, ce dont ma mère 
fut bien aise. M 1 ' le Curé ne disait pas comment le 
défunt, foudroyé par le mal, s'y était pris pour fournir 
cette preuve. 

Je fus surpris, lors de l'enterrement de ce pseudo- 
voltairien de voir tant de gens suivre le cerceuil : les 
pauvres et les petites gens assistaient nombreux à 
l'enterrement, il en était venu de plusieurs villages 
environnants et il était visible que le receveur défunt 
emportait leurs regrets. 

Au retour du cimetière j'appris que ce publicain, 
percepteur de taxes, avait été un homme de cœur et un 
homme de bien. 11 avait exercé ses fonctions en fonc- 
tionnaire modèle, avec humanité, faisant plier la rigueur 



Digitized by Google 



— 220 — 

fiscale devant les malheurs de la veuve et les misères 
des humbles. Je fus chargé de liquider ses affaires : tous 
ses livres contenaient depuis vingt-cinq ans nombre de 
postes tels que celui-ci : « Prêté à Jean-Pierre F..., 
douze fiancs soixante centimes, montant de ses contri- 
butions pour 18.. » J'ai interrogé quelques-uns de ses 
emprunteurs, aucun ne m'a dit avoir remboursé l'oncle 
Joseph. 

Qu'il repose en paix et qu'il me pardonne d'avoir 
pensé qu'il fut avare! 

Tout ceci vous prouve que les jugements de l'homme 
comme ceux des enfants sont sujets à erreur et qu'il ne 
faut juger les oncles qu'après leur mort et encore. 

Je dis : encore. Je jugeais, il y a dix ans, la conduite 
de l'oncle Joseph, au jour du combat de Pont-à-Paille. 
très mal. Si j'avais réfléchi alors je me serais dit : 
Joseph n'a pas été lâche alors, il a en somme stricte- 
ment rempli la consigne que sa bonne et prudente mère 
lui avait donné. Peut-être avait-il en lui une âme 
guerrière et Dieu seu', qui scrute les reins et les cœurs, 
connait le mal secret que l'oncle a éprouvé quand la 
mort dans l'âme il dut tourner le dos au combat avec 
tant de célérité. 

Si certains passages de ce récit ne sont pas clairs 
pour votre naissante intelligence, n'accusez pas votre 
oncle d'écrire des choses obscures et inutiles, ne jettez 
pas ces pages au vent, gardez pour les relire quand 
vous aurez trente ans, l'âge de la pleine raison et de 
la pleine indulgence pour les faiblesses épistolières des 
oncles. Maurice De Weert. 



Digitized by Google 




Si 




ANTICLÉRICALISME ET LIBÉRALISME 



L'usage a accouplé les deux mots. Le parti libéral, 
parti de liberté accueillante et de large tolérance, est 
nécessairement, là où sévit le mal clérical, d'action 
énergiquement anticléricale. Sans doute l'anticlérica- 
lisme n'est pas de son essence. Parti d'idées, parti 
d'action progressive et positive, le libéralisme s'affirme 
avant tout dans l'idéal politique, qui est sa force direc- 
trice, sa doctrine durable et permanente. Son anticléri- 
calisme, que lui ont dicté les circonstances et lui ont 
imposé ceux de ses adversaires qui fort hypocritement 
le dénoncent aujourd'hui, est plutôt de son programme, 
expression contingente, actuelle et variable du principe 
supérieur auquel il a donné sa foi et lie sa fortune. 

L'anticléricalisme, nous objectent les hommes de 
droite, résumé dans le cri célèbre de Gambetta : « Le 
cléricalisme, voilà l'ennemi », n'est qu'une doctrine de 
haine, hargneuse et violente. 11 n'est point l'affirmation 



Digitized by Google 



■«*■ 

d'un principe de gouvernement, d'une règle d'action 
politique. Il n'est qu'un programme négatif, condam- 
nant à une incapacité irrémédiable le parti qui le for- 
mule. Il est en un mot antilibéral, concluent nos 
adversaires, qui, non sans audace — on l'avouera — , 
se prétendent aujourd'hui les vrais, les seuls défenseurs 
de toute liberté. Le reproche assurément est plaisant de 
la part d'un parti qui frappe d'anathèmes répétés tout 
ce qui n'est pas l'Église et ses servants. 

Le reproche cependant serait fait pour nous toucher, 
s'il était justifié. Mais ï 'est-il en vérité? Le mot peut- 
être lui donne comme une apparence de raison. Les 
doctrines « ami », comme on les & appelées, ne sont en 
effet trop souvent que des fournies creuses, dissi- 
mulant mal le vide des programmes des partis qui 
les proclament. Trop souvent -lies sont négatives. 
Trop souvent enfin elles annoncent une politique de 
persécution, c'est-à-dire une action antilibérale. 

En est-il ainsi de l'anticléricalisme et faut-il l'englo- 
ber dans cette réprobation que tout libéral éprouve 
d'instinct à l'endroit d'une doctrine de haine et de 
proscription ? 

Définissons-en donc le sens. Précisons-en la portée. 
Disons la tendance que, dans \v. doctrine libérale, il 
accuse et entend poursuivre. 

Le négatif — et le mot anticléricalisme est étymolo- 
giquement négatif — ne se définit bien que par le 
positif. La précise; définition de celui-ci délimite ainsi 
l'exacte portée de celui-là. 

Et, disons-le tout de suite, l'esprit clérical est autre 



Digitized by Google 



— ->2:î - 



chose que l'esprit religieux. Des catholiques sincères et 
pratiquants — tels les catholiques libéraux— peuvent s'af- 
firmer, dans nos luttes de partis, anticléricaux décidés. 

Le clérical, en effet, ne réclame pas seulement pour 
son église et sa foi une liberté que nul ne cherche à leur 
contester. Ce qu'il entend revendiquer, c'est la supré- 
matie de l'Église dans l'État, c'est la soumission de la 
société civile subordonnée à l'autorité religieusc«comme 
le corps l'est à l'àme », c'est une mainmise morale du 
clergé sur le gouvernement des peuples. Imprégné de 
l'esprit confessionnel, il repousse la conception mo- 
derne, que nous a value 1780, de l'état laïque, comme il 
rejette l'idée fondamentale de liberté tolérante qui en est 
la base. Il fait de la religion un mo} r en d'action politique, 
inféode son parti à une secte, prétend donner au gou- 
vernement une direction doctrinale et religieuse et fait 
sienne la négation ultramontaine des droits du pouvoir 
civil, en cas de conflit avec les lois de l'Église, « société 
parfaite ». C'est ainsi qu'un moine français, le P. Didon, 
a pu définir le cléricalisme « le parti qui se sert de la 
religion pour combattre ce qu'on est convenu d'appeler 
nos institutions modernes ». Et ce dominicain fameux, 
qui, au contraire des « moines ligueurs », se proclamait 
libéral, démocrate et républicain, continuait : < Je suis 
exaspéré quand je vois des hommes politiques pour- 
quoi n'ajoutait-il pas des prêtres et des moines? — se 
servir de l'autel comme d'un marche-pied, de la croix 
comme d'une épée, de la religion, comme d'un instru- 
ment de succès électoral.... C'est une des misères de 
notre temps.... Qu'ils fassent donc, ces gens-là de la 



Digitized by Gtfogle 



994 — 

politique pure et qu'ils laissent tr; nquille mon Dieu. Je 
comprends fort bien qu'on soit monarchiste, impé- 
rialiste, républicain, mais je ne veux pas qu'on se serve 
du Christ pour le mêler à nos discordes de partis ». 
Ainsi parlait le P. Didon il y a peu d'années. C'était... 
avant l'« Affaire Car depuis... 

Contre le clérical, l'anticlérical entend, lui, mainte- 
nir intégrale l'indépendance, si chèrement acquise, de 
la société civile, proclamer la souveraineté de l'État 
dans l'Etat, affirmer, contre tous et en toutes choses, le 
grand principe de la neutralité et delà laïcité de l'État 
moderne. Il n'admet point qu'une église, quelle qu'elle 
soit d'ailleurs, régente le gouvernement, lui dicte res 
volontés despotiques et intolérantes, asservisse à ses 
vues confessionnelles l'action politique. Il veut en un 
mot, contre ce qu'on a appelé la Contre-Révolution, 
c'est-à-dire l'ambition de suprématie des églises, 
détendre les conquêtes de la Révolution, notamment la 
laïcité de l'État, avec la liberté re'igieuse et l'esprit de 
tolérance qui en sont les conséquences. 

L'anticléricalisme, ainsi défini et limité, n'est donc 
point une doctrine de haine, mais une doctinc d'émanci- 
pation politique, de liberté et de paix religieuse. Il 
n'asservit, ni ne proscrit personn \ Et, par une singu- 
lière ironie des mots, c'est le cléricalisme, au contraire, 
qui n'est point en sa forme une doctrine « anti », qui 
se révèle, en ses tendances, doctrine de combat et de 
per sécution religieuse. Le cléricalisme est ainsi négatif, 
puisqu'il veut détruire l'édifice de nos libertés modernes, 
l'anticléricalisme, positif, puisqu'il entend le consolider 



Digitized by Google 



— 225 — 



et l'affermir L'un est confessionnel, c'est-à-dire néces- 
sairement et toujours, avec plus ou moins de mesure, 
exclusif et sectaire. L'autre, laïque, c'est-à-dire essen- 
tiellement tolérant. 

Anticlérical, ou pour mieux dire laïque, le parti libé- 
ral n'est pas antireligieux. L'anticléricalisme n'est pas, 
en Belgique, l'anticatholicisme, pas plus qu'il ne serait 
en Angleterre l'antiprotestantisme. Séparons ici, une 
fois pour toutes, le temporel du spirituel. L'État 
moderne, parce qu'il est laïque, ne peut s'asservir à une 
religion, et, parce qu'il est tolérant, ne peut ni viser à 
la destruction du sentiment religieux, ni en gêner l'ex- 
pression extérieure. Ne confondons point libéralisme, 
c'est-à-dire pensée laïque, avec libre-pensée, c'est-à-dire 
pensée émancipée du dogme. L'un est l'affirmation 
d'une conception politique, l'autre l'adhésion à un 
système philosophique. L< distinction importe. Elle 
importe surtout dans un pays comme le nôtre, où le 
clergé, abusant d'une équivoque habilement créée par 
lui, exploite pour ses fins de domination politique la foi 
religieuse de milliers d'électeurs. 

La distinction, M. Clémsnceau la rappelait, il y a 
quelques années, dans un admirable discours prononcé 
au Sénat français. « Nous ne voulons pas, disait-il, nous ne 
pouvons pas — et je m'en félicite — détruire une seule 
crovance dans une seule cor science. Mais nous voulons 

«s 

et nous pouvons détruire tout ce qui est la politique 
romaine, tout ce qui est le gouvernement romain. Car 
il y a dans l'Église romaine deux choses qu'il faut 
distinguer et qui font toute l'équivoque de ce débat : 

i5 



Digitized by Google 



- 2X> - 



la religion et le gouvernement. Il y a une religion 
romaine, une politique romaine, un gouvernement 
romain. Nous ne voulons persécuter personne et, en 
ce qui me concerne, le jour où votie religion serait 
atteinte dans sa liberté légitime, vous me trouveriez à 
côté de vous pour la défendre au point de vue politique , 
bien entendu, car, au point de rue philosophique, je ne 
cesserai d'user de ma liberté pour vous attaquer. »U) 

Il n'est pas inutile de le répéter. Chaque fois que, 
sous le couvert d'un anticléricalisme politique, l'État 
empiète sur le domaine spirituel, porte atteinte à la 
liberté religieuse, donne à son action gouvernementale 
une direction antireligieuse, met au service d'un 
pareil programme Fautoiité de la loi, il fait œuvre de 
cléricalisme retourné, c'est-à-dire œuvre de sectarisme 
et d'intolérance. 

Telle n'a jamais été en Belgique, qui est cependant, 
semble-t-il, la terre d'élection de toutes les prétentions 
ultramontaines, dans son action anticléricale, l'attitude 
du parti libéral. Kt ce ne fut point sans doute une 
politique antireligieuse que celle qui, contre les 
attaques furieuses de TÉpiscopat et de la Congrégation, 
défendit l'œuvre constitutionnelle de 18o0 et les libertés 
qui la fondent, fit respecter le mariage civil et la sécu- 
larisation des cimetières, fît échouer la fameuse « loi des 
couvents », cette tentative audacieuse de clériealisation 
de la bienfaisance, proclama enfin, dans notre légiste- 



i i; Sénat français. Séance du Sa octobre iqc>2. 



Digitized by Google 



— 227 — 

tion scolaire, le principe de la neutralité de l'école 
publique. 

Car, ici encore, le parti libéral n'a jamais entendu pour- 
suivre une action antireligieuse et contester la liberté 
d'enseignement de l'Église. Cette liberté, il la lui a tou- 
jours reconnue intégrale, absolue. Mais ce à quoi il n'a 
jamais voulu souscrire, et ne pourra jamais souscrire, 
c'est à la prétention cléricale du droit de PÉglise aux 
subsides de l'État pour ses œuvres scolaires. Aux frais 
de la communauté, nécessairement laïque dans nos 
sociétés modernes, PÉtat ne peut entretenir que des 
écoles laïques et neutres, étrangères à l'esprit confes- 
sionnel. Il ne peut des deniers communs payer l'en- 
seignement d'une secte, et d'une secte qui dénonce 
nos libertés constitutionnelles comme « contraires aux 
Véritables lois de la société chrétienne ». Il doit enfin 
résistera l'ambition arrogante d'une Église qui pré- 
tend le déposséder du droit d'enseigner, substituer 
Pécole congréganiste à l'école laïque et pénétrer toute 
éducation de l'esprit confessionnel, en rendant obli- 
gatoire l'enseignement de la religion. 

On l'a dit et répété et toute l'histoire de nos luttes de 
partis le démontre. C'est le cléricalisme qui, dans nos 
temps modernes, a engendré l'anticléricalisme. C'est la 
prétention romaine de donner à l'action du pouvoir 
une direction doctrinale qui a obligé le parti libéral à 
un duel avec une Eglise, s'érigeant non seulement 
en puissance spirituelle, mais encore en puissance 
politique, faisant de la foi le drapeau d'un parti et 
le thème d'un programme électoral et « mêlant, par 



Digitized by Google 



— 228 — 

une sorte de profanation, comme le déplorait récem- 
ment le P. Maumus'i), aux agitations de la terre ce 
qui ne doit jamais quitter les régions calmes du ciel ». 

Le cléricalisme abdiquera-t-il un jour ? L'Église se 
résignera-t-elle « au malheur des temps > et se dépouil- 
lera-t-elle enfin de son intransigeance ambitieuse? 
Restera-t-elle hantée des souvenirs de son antique 
suprématie? S'engagera-t-elle au contraire chez nous 
dans la voie qu'elle s'est vue obligée de suivre dans tel 
autre pays, où, sans doute parc e qu'elle est minorité, 
elle se montre souple et humble, tolérante et presque 
libérale, avec cette habileté qu'elle met à s'adapter aux 
nécessités diverses de ses fortunes inégales. 

Je rappelle ici l'évolution qu'a subie l'Église catho- 
lique aux États-Unis. 

Un prêtre, l'abbé HoutinO', parlant du clergé romain 
d'Amérique, constatait récemment : « Tandis qu'en 
Europe les prêtres boudent les idées modernes, 
haïssent les nouveaux régimes, désirent leur chute, 
paralysent les gens soumis à leur influence en gémis- 
sant sur le malheur des temps, la décadence des races, 
l'audace croissante des juifs et des francs-maçons, 
tandis qu'ils montrent l'idéal au moyen-âge dans l'union 
du sacerdoce et de l'Empire et n'envisagent l'avenir 
qu'avec défiance, le clergé des États-Unis n'a cessé de 
prêcher la loyauté à une constitution adaptée aux 
besoins des temps nouveaux, la marche en avant, l'idéal 
rationnel, la foi dans un bel avenir. » 

(î) Le P. Maumus. Le Despotisme jacobin, Paris, 1906, p. 43. 
(2! Albert Houtin. L'Américanisme. Paris, 1904, p. 161. 



Digitized by Google 



L'Église, dans l'Union américaine, est séparée de 
l'Etat. Le clergé catholique se félicite de cette séparation. 
« Sans méconnaître, déclarait l'archevêque Ryan, dans 
un discours prononcé à Baltimore, le 10 novembre 1889, 
qu'en d'autres temps et d'autres contrées, l'union de 
l'Eglise et de l'Etat a été salutaire autant que légitime, 
je pense qu'il n'est pas, dans la Constitution des États- 
Unis, de disposition plus bienfaisante que celle qui, 
dans ce pays, les tient séparés (i ) ». Monseigneur Spal- 
ding, évêque de Peoria, est du même avis. « Ici, 
écrit-il, l'Église vit et agit en vertu de son propre pou- 
voir, sans posséder ni désirer le soutien de l'Etat, sans 
regretter les privilèges qui, à d'autres époques, résul- 
taient des conditions sociales différentes des nôtres » . 

A cette neutralité de l'État en matière religieuse 
répond une neutralité, tout aussi stricte, des églises en 
matière politique. « C'est un principe unanimement 
reconnu, écrit Bryce, que l'Eglise est aux Etats-Unis 
un corps spirituel existant dans un but spirituel et se 
mouvant dans des voies purement spirituelles.... On 
n'y admet pas qu'un membre du clergé s'immisce dans 
les affaires politiques et traite en chaire aucun objet 
séculier '2) ». 

Aux États-Unis, l'école publique est neutre et l'épis- 
copat romain applaudit à cette neutralité nécessaire. 
« Nous croyons, déclare Mgr Spalding, que la religion 
est un élément essentiel de la nature humaine et, par 



(1) de Meaux. L'Église catholique et la liberté aux Etats-Unis, p v 3. 

(2) James Bryce. The amer ican Commonwealth II, pp. 700 et 709. 



Digitized by Coogle 



- — 



conséquent, un élément de toute bonne éducation. Là 
où il est possible de le faire, nous fondons et nous entre- 
tenons des écoles dans lesquelles, entre autres choses, 
nous enseignons aussi ce que nous croyons être la reli- 
gion. Parce qu'on ne le fait point dans les écoles 
publiques, nous trouvons leur système incomplet, mais 
nous ne le condamnons pas. Dans une contrée telle que 
la nôtre, aucun autre système d'écoles publiques ne 
semble possible. Nous sommes donc, ouvertement et 
sans réserve, favorables aux écoles laïques et, consé- 
quemment, favorables à l'impôt scolaire. Pour ma pro- 
pre part — et je pense exprimer l'opinion catholique — 
non seulement je ne détruirais pas, si j'en avais le 
pouvoir, notre système d'écoles publiques, mais je ferais 
tout pour le développer et le perfectionner. Je crois 
dans les écoles laïques et dans l'éducation universelle. 
Je crois que, partout où le permet l'opinion publique, 
l'école doit être rendue obligatoire ». 

Et c'est partout l'Église tout entière, rentrée dans 
le rang et réconciliée avec le siècle : « J'aime mon 
temps, s'écrie dans un de ses dicours Mgr Ireland, 
archevêque de St-Paul ; en dépit de ses erreurs, j'aime 
ses aspirations et ses actes. Je ne cherche pas à 
remonter le courant des âges. Je voudrais plutôt le 
devancer. Suivant l'expression américaine, ht us go 
ahead. Qu'importe s'il nous arrive de nous tromper! 
Qui ne hasarde rien, n'a rien. Le conservatisme qui ne 
veut jamais s'aventurer n'est que pourriture et pous- 
sière Le monde est entré dans une phase entière- 
ment nouvelle. Le passé ne reviendra pas. La réaction 



Digitized by Google 



- 231 --- 



est le rêve d'hommes qui ne voient pas, qui n'entendent 
pas, qui se tiennent à la porte des cimetières et pleurent 
sur des tombes à jamais fermées, oubliant le monde 
vivant qui est là derrière eux. Nous devons parler à 
notre siècle de choses qu'il sent, dans une langue qu'il 
puisse comprendre. Nous devons être de notre siècle, 
rester dans notre siècle, si nous voulons qu'il nous 
entende! i '. » Et ailleurs il déclare « qu'il a des tentations 
de pessimisme quand il voit les futilités auxquelles les 
soldats de la vérité passent leur temps '2). » 

Tout le monde, de ce côté de l'Atlantique, connaît 
la grande figure du primat de cette Église, le cardinal 
Gibbons, archevêque de Baltimore, que l'on a pu voir 
a après avoir voté contre l'infaillibilité, condamner 
l'Inquisition, réprouver la Saint-Barthélémy, en pre- 
nant la simple précaution de déclarer que Rome y est 
restée étrangère; garder un silence significatif sur les 
miracles contemporains et les dévotions qui en sont 
issues; revendiquer la liberté pour toutes les dénomi- 
nations religieuses, ne désigner les protestants que par 
l'expression courtoise my dissenting bvdhren (mes frères 
dissidents ; ; appeler les membres de l'Eglise anglicane : 
our friends the episcopalians (nos amis les épiscopaliens); 
tendre volontiers la main à toutes les sectes, sans plus 
exiger d'elles que la foi à la mission divine de Jésus- 
Christ ; critiquer la démarche de certaines églises de 

(n L avenir du catholicisme aux Etats-Unis, discours prononcé le 
10 novembre 1889 dans la c athédrale de Baltimore. 

I j 1 The Church and thé Age \ L'Eglise et le Siècle), sermon prêché le 
18 octobre 189-S dans la cathédrale de Baltimore. 



Digitized by Google 



Baltimore qui priaient le maire de supprimer une 
école du dimanche antichrétienne, et donner pour 
raison de son blâme que la contrainte en matière reli- 
gieuse est elle-même antichrétienne, outre qu'elle est 
impolitique; dénoncer l'alliance de l'Église de Rome 
avec les hautes classes, lui recommander de se ranger 
comme autrefois du côté des pauvres; prescrire à son 
clergé la simplicité dans les rapports avec les fidèles; 
mettre une intention marquée à désigner son emploi, 
non par les mots de « ministère sacré » et de a dignité 
ecclésiastique », mais par ceux de a profession spiri- 
tuelle », ce qui semble la classer à côté et au niveau des 
carrières civiles. La cour du Vatican s'était inspirée du 
vieil esprit conservateur, en frappant de ses foudres les 
Chevaliers du Travail. Le cardinal Gibbons l'avertit 
qu'il serait imprudent « d'offrir à l'Amérique une 
protection ecclésiastique, que celle-ci ne demande pas 
et dont elle ne croit pas avoir besoin », « qu'il n'est 
ni possible, ni nécessaire dans ce pays de substituer 
l'idée de confréries dirigées par des prêtres à celles 
d'organisations purement industrielles, où catholiques et 
protestants se rencontrent sur le pied d'égalité; que ce 
mélange ne présente aucun danger pour la religion »; 
qu'en le condamnant, l'Eglise s'exposerait au reproche 
d'être unamerican, c'est-à-dire d'être étrangère au senti- 
ment national et que ce serait l'arme la plus puissante 
que ses ennemis pourraient diriger contre elle. 

« On ne saurait donner un exemple plus frappant de 
la décision et de l'aisance avec lesquelles le clergé 
américain descend volontairement des marches de 



Digitized by Google 



— 233 — 



l'autel, élargit l'accès du sanctuaire, fraternise avec 
toutes les autres communions chrétiennes, accepte les 
règles et se plie aux convenances de la société civile, 
et y prend sa place, sans réserve mentale, aux condi- 
tions communes à toutes les sectes religieuses. (0 » 

Avec pareille église et pareils prélats, l'anticléri- 
calisme serait bientôt chez nous chose morte.... faute 
de cléricalisme. Hélas, malgré les illusions de ceux, 
qui, un moment, crurent devoir railler les craintes 
vaines d'un retour offensif de l'esprit confessionnel et 
proclamèrent, devant la laïcité désormais triomphante, 
la faillite de la stérile « querelle clérico-libérale », il 
semble qu'entre ces ceux conceptions antithétiques de 
la société moderne : libéralisme et cléricalisme, le duel 
doive se poursuivre inplacable et prolongé. 

L'anticléricalisme libéral n'est pas à la veille de pou- 
voir désarmer. 

Henri Boddaert. 



(i) E. Boutmy. Eléments d'une psychologie politique du peuple 
américain. Paris, 1902, p. 3i5. Voir S. C. Bodlev, The catholtc 
Democracy of America, Baltimore. 



Digitized by Google 



■ 





Le rôle du roman dans la culture française' 1 



On peut dire que l'histoire des lettres françaises au 
xix e sièee a été l'histoire de la grandeur, presque de 
l'omnipotence du roman. Considéré à la grande époque 
classique comme inférieur, ce genre littéraire est 
arrivé aujourd'hui à absorber les autres, et je crois 
bien qu'avec le théâtre, et peut-être plus encore que le 
théâtre, il a été, durant les cent dernières années, le 
meilleur agent de la diffusion du français. Encore que 
dans certains pays protestants et de mœurs austères, il 
ait, auprès des gardiens de la vertu domestique, une 
réputation fâcheuse, et peut-être un peu à cause de 
cette réputation, il est demeuré, dans toute l'Europe 
cultivée, l'aliment ordinaire du sentimentalisme fémi- 



ii» Rapport présenté au Congrès pour l'Extension et la 
Culture de la langue française 'Liège, 10-1 3 septembre iqo5i. 



Digitized by Google 



— 235 — 



nin ; c'est par le moyen de la fiction en prose qu'au 
temps de René, à' Adolphe et d'Obermann, « l'homme sen- 
sible », d'ailleurs tout imprégné de rêverie germanique, 
mais vêtu tout de même d'un habit à la française, a fait 
régner sur l'Europe cette phraséologie et cette sensibi- 
lité préromantiques, auxquelles Paris donna sa forme 
dernière. Ce règne européen du romanesque français 
n'est point aboli, et non seulement en France même, 
mais dans tous les pays où l'on parle notre langue, c'est 
encore à notre roman que les femmes désœuvrées et 
mélancoliques, les adolescents qui, au travers des mille 
expériences menues de leur vingtième année, cherchent 
leur « moi », demandent l'aliment ordinaire de leur 
exaltation. Des moralistes puritains, effrayés de l'éro- 
tisme mercantile de certaine littérature, plus boulevar- 
dière que vraiment française, s'en sont affligés ; mais 
ce n'est pas cet aspect de la question qui doit nous 
occuper. Les moralités que nous cherchons sont diffé- 
rentes, et les fins que nous poursuivons ne sont point 
le règne de la vertu 

Ce que je me suis proposé dans la courte étude que 
j'ai l'honneur de vous soumettre, c'est d'examiner le 
parti qu'on peut tirer de cette popularité du roman, au 
point de vue de la diffusion de la haute culture sous sa 
forme française. 

Le parti à tirer du roman, ai-je dit. Aussitôt, je vois 
certains lettrés de mes amis s'étonner, s'irriter, se 
cabrer, s'armer d'arguments pour la riposte. « Va-t-on 
nous reparler encore, diront-ils, du but de la littérature ? 
Va-t-on nous conseiller à nouveau, d'appliquer nos 



Digitized by Google 



— 236 — 



efforts à des fins morales, sociales ? Va-t-on nous prê- 
cher la poésie utilitaire et le roman civilisateur, comme 
si l'art n'avait pas en lui-même sa raison dernière ? » 
Vieille question, tout obscurcie de thèses et de discours, 
cliquetis de mots, de phrases et de maximes, dont il 
convient de ne pas nous laisser assourdir. Rassurons 
donc ces tenants irréductibles de l'art pour l'art. Il ne 
s'agit point de déterminer au roman un but, un pro- 
gramme, et je suis de ceux qui tiennent pour légitime 
l'effort que fit naguère dans sa précieuse gazette litté- 
raire Les Marges, M. Eugène Montfort, pour défendre 
le genre romanesque contre les intrusions sociologiques, 
moralisatrices et politiques dont il est menacé. Encore 
faut-il faire observer que le danger est dans l'excès» 
dans le systématisme de quelques-uns de ceux qui vou- 
lurent faire servir le roman à la défense de leurs idées, 
car il n'est pas de théorie si salutaire qu'elle soit, qui 
puisse nous permettre de condamner des œuvres aussi 
hautes que certains romans politiques et sociaux d'Ana- 
tole France et de Maurice Barrés. 

Ce qui est condamnable et périlleux, comme l'a fort 
heureusement dit M. René Boylesve, « ce n'est pas la 
tendance dans une œuvre, ce n'est même pas la thèse, 
c'est la prédominance de l'esprit tendancieux sur 
l'esprit artiste, qui, seul, crée, vivifie, donne à la fiction 
la beauté et lui donne toute sa force, qui est en raison 
de sa beauté ». Le roman, comme toute la littérature, 
et à la différence de autres arts, embrassant toute la 
vie morale de l'homme, une direction morale sera tou- 
jours sensible, en dépit des efforts contraires. Certes, 



Digitized by Google 



— 237 — 



faire entendre que le but du roman soit « de moraliser, 
de flageller, d'enseigner, c'est jeter dans la littérature 
tous les cuistres, toutes les « belles âmes », tous les 
apôtres, tous les marchands d'orviétan qui n'ont ni la 
vocation littéraire, ni la moindre notion de l'art redou- 
table d'écrire en français, et c'est ensuite avilir la notion 
de cet art dans l'esprit du public, qui ouvre un roman 
dans la même attente que lorsqu'il va au prône, à la 
réunion électorale, à la Chambre des députés »; mais 
un homme qui écrit un roman, non dans le but d'obte- 
nir d'un éditeur de respectables profits, mais par 
plaisir ou par besoin de l'écrire, ne pourra s'empêcher 
d'y enfermer le reflet de ses sentiments coutumiers et 
de ses idées, s'il en a. Si adversaire du roman à thèse 
que soit un vrai lettré, amoureux de notre langue, il 
reconnaîtra que l'œuvre la plus forte, la plus retentis- 
sante et la plus durable qui ait paru dans le courant de 
cette année est un roman à tendance, un roman à thèse, 
un roman qui a un but : Au service de V Allemagne, de 
Maurice Barrés. 

Peut-être est-il exact que la confusion des genres 
dont le romantisme est responsable, soit un symptôme 
de décadence. Il est assurément regrettable de voir des 
historiens, des sociologues, des physiologistes, des 
ingénieurs se mettre à écrire des romans, tandis que 
des romanciers découpent dans leurs livres des pages 
de traités. Mais c'est là une conséquence inévitable de 
l'inévitable démocratisation littéraire. L'homme de 
lettres s'adressait autrefois à un public restreint et cul- 
tivé qui avait le temps d'aimer la littérature et la pensée 



Digitized by Google 



- 2:38 - 



pour elles-mêmes, à qui Ton pouvait demander un effort. 
Voulait-il lui faire part de ses observations sur les 
variétés de l'âme humaine, il écrivait Les caractères; 
voulait-il donner de l'essor à son iyrisme, il écrivait des 
odes; entendait-il raisonner sur la pluralité des mondes, 
sur la philosophie de l'histoire et du droit, sur l'écono- 
mie de la langue, il faisait un traité. Et toutes les per- 
sonnes cultivées, toutes les honnêtes gens lisaient ce 
traité qu'on avait pris soin d'écrire dans le langage 
usuel et qui n'était pour cela ni moins sérieusement 
pensé ni moins soigneusement écrit. Pour être de bonne 
compagnie, la science et la pensée n'étaient pas alors 
moins hautaines, mais elles étaient de bonne com- 
pagnie. Aujourd'hui les traités ne s'adressent plus qu'à 
des spécialistes, munis de diplômes. On prend soin de 
les hérisser de termes barbares empruntés au grec, au 
latin, à l'anglais, à l'allemand. On y use du jargon 
« mondial » pour employer un de ces barbarisme les 
plus réussis. Aussi, cuand on veut s'adresser au public 
qui est devenu immense et qui, n'ayant plus de vrai 
culture générale, ne peut plus et ne veut plus se donner 
d'effort, on est obligé d'employer de? subterfuges ; on 
lui propose de l'amuser — il ne lit que pour s'amuser 
— et l'on donne au traité la forme du roman. — C'est 
ainsi que le mot roman est devenu l'étiquette la plus 
mensongère, au point que M. Foiey a pu écrire : « Le 
mot roman ne veut plus dire « histoire », mais signifie 
simplement une mesure, un volume de trois francs en 
prose. » Que ce soit un fait déplorable, j'en tombe 
d'accord, mais c'est un fait devant lequel il faut 



Digitized by Google 



23U — 



s'incliner. La seule ressource qui nous reste, c'est de 
proscrire de la littérature les romans où la littérature 
n'est qu'un prétexte, un masque honteux pour faire 
passer de la morale, de la sociologie, de la science ou 
de la pornographie. Quelles que soient les préoccupa- 
tions d'un artiste-né, l'œuvre qu'il écrira, même dominé 
par ces préoccupations, sera une œuvre d'art. Ce qu'il 
faut haïr et combattre, c'est l'œuvre qui n'a d'artistique 
que l'étiquette. 

Aussi bien, si nous regrettons qu'on puisse faire 
servir la littérature romanesque à des fins extra-litté- 
raires, je pense que tous nous nous accorderons pour 
admettre qu'elle puisse servir aux fins de la littérature 
en général — je ne parle pas de but — qui sont, non 
de faire le bien, la vertu ou le bonheur, car tous ces 
beaux mots sont bien vagues, et dès qu'on les prononce, 
tout accord cesse entre les hommes, mais d'adoucir, de 
polisser, d'affiner les intelligences et les àme3, de 
répandre cette culture supérieure et générale que les 
anciens nommaient du beau nom d'humant tas, et dont 
le but est de faire sortir du fécond terreau des races de 
belles fleurs humaines, ornements et aboutissements 
de l'espèce entière. C'est en effet la gloire éternelle des 
lettres, de résumer en elles les civilisations. Rien ne 
peut y suppléer, là où elles font défaut. Un cerveau 
humain n'est pas complet quand il les ignore, et 
lorsque la culture qu'elles donnent est suffisamment 
intense et vaste, elle peut presque remplacer toutes les 
autres. Humanitas ! Vocable admirable, en quoi se 
résume tout l'effort de cette civilisation latine qui 



Digitized by Google 



- 210 - 



voulut, non créer des spécialiste*, capables de donner 
de forts rendements utilitaires, nia ; s former des hommes 
faits pour tout entreprendre, tout comprendre et tout 
aimer, des hommes qui fussent non des machines à 
faire naître de la richesse et du savoir, mais d'har- 
monieux exemplaires de la race. 

C'est de cette culture-là que nous sommes héritiers. 
La civilisation française, continuatrice de la civilisation 
romaine, est encore aujourd'hui celle qui enseigne à 
tous les peuples Vhumanitas. Et c'est à faire régner cette 
humanitas que travaillent, obscurs soldats d'un combat 
perpétuel et perpétuellement glorieux, tous eeux qui 
assument la tâche d'écrire et de penser en français, tous 
ceux qui apportent leur petit effort à ce gigantesque 
effort qu'est la littérature française, l'agent de civilisa- 
tion le plus puissant et le plus fécond qu'ait jamais 
connu le monde. D'autres cultures ont leur beauté, leur 
profondeur, leur harmonie. Personne ne méconnaîtra 
le rôle immense que jouent dans l'univers les cultures 
germanique, anglo-sayonne, slave;. Mais je crois, pour 
ma part, qu'il n'en est aucune qui ait cette force uni- 
verselle d'amnement qu'a la nctre. Tous ceux qui 
adoptent le beau parler de l'Ile-de-France adoptent du 
même coup un peu de la douceur et de l'urbanité des 
mœurs que l'harmonie du paysage le plus mesuré qui 
soit sut imposer aux peuples mêlés qui l'occupèrent 

Et cette culture-là, au temps où nous sommes, nulle 
forme littéraire ne contribue pli s puissamment à la 
répandre que le roman. 

Il y a aujourd'hui beaucoup de romans ennuyeux, 



Digitized by Google 



— 241 — 



mais l'étiquette « roman » n'en est pas moins pour le 
lecteur d'imagination une promesse de plaisir. Ceux-là 
mêmes que le souci quotidien du « doit » et de 
« l'avoir » absorbe tout le long d'une vie éprouvent par 
instant de besoin impérieux de sortir de l'ornière où 
s'enlise leur âme. Ils ont recours au roman. Tandis que 
le langage rythmé et les lignes inégales des poèmes leur 
paraissent avoir quelque chose d'hermétique qui distille 
l'ennui, l'anecdote romanesque sollicite d'abord leur 
attention distraite par le moyen un peu vulgaire du 
récit, et ouvre ainsi leur esprit à la Beauté ou plus 
exactement à cette curiosité de la Beauté, à cette soif 
de la connaissance et de l'émotion qui ennoblit l'âme 
et l'élève au-dessus du troupeau. 

C'est sous cet aspect que nous pourrons considérer 
le roman comme un excellent agent de la diffusion, de 
cette kumavitas où nous voyions précédemment la fleur 
la plus belle des civilisations. Certes, ceux qui ont 
présente à l'esprit l'immense montée de productions 
médiocres, dont, sous le noms de romans, nous avons 
été envahis ces dernières années, s'étonneront d'une 
assertion si hard'e. De purs artistes ont pu croire à la 
décadance d'un genre qui permettait à tant de cuistres 
sans talent, à tant de scribes sans culture, de s'intro- 
duire dans la république des lettres. Mais un peu de 
sagesse nous conseille de laisser cette épouvante. 
Quelques années, quelques mois suffisent pour que les 
œuvres sans valeur tombent dans la sentine obscure où 
s'oublient les mauvais livres, et jamais il ne faudra 
désespérer d'un genre qui servit de moyen d'expression 

16 



Digitized by Google 



à quelques-uns des plus beaux génies de notre race et 
de l'humanité entière. 

Il faut qu'un rapport ait sa conclusion. Celle qui 
paraîtrait se dégager de celui-ci consisterait, semble-t-il 
à demander que ceux qui assument la tâche magnifique 
et périlleuse de conter en français des histoires s'appli- 
quent à y enfermer un hautain souci d'art; mais c'est 
là donner aux vrais écrivains un conseil dont ils n'ont 
que faire. Quant aux commerçants en matière littéraire, 
ai-je besoin de vous dire qu'il ne faut en avoir cure? A 
la fin de ce petit travail, je ne vous proposerai donc ni 
une résolution, ni un vœu. Mais j'ai cru utile de 
répondre«à la question qui fut posée afin de fixer au 
sujet du roman certaines idées qui me semblaient 
demeurer assez vagues en beaucoup d'esprits, afin aussi 
de défendre, au point de vue qui nous occupe : la diffu- 
sion du langage et de la culture française, un genre 
littéraire que sa popularité même et sa trop grande 
extension, ont fait décrier. 

L. DuMONT-WlLDEN. 




Digitized by Google 



LE DROIT NOUVEAU 



Le Droit est vivant. Il germe, naît, fleurit, mûrit, se 
déracine, meurt. Il varie dans le temps et dans l'espace. 
11 est une face de la civilisation, un aspect de l'existence 
sociale* Il change de base et de limite, en même temps 
qu'il change de milieu et de siècle. Le Juste n'est pas 
une abstraction immuable et « hors de la vie » : c'est 
une réalité issue des rapports nécessaires d'êtres varia- 
bles et contingents. Le droit est « dans le vie ». 

Incontestablement, à l'heure présente, un Droit nou- 
veau succède au Droit ancien. Peut-être n'est-il pas 
dénué d'intérêt, en reconnaissant le fait acquis, d'en 
rechercher les origines et d'en étudier certaines appli- 
cations. 

* * 

Le monde d'ajourd'hui est un monde jeune. Il vibre 
d'une ardente activité, qui cherche l'expansion par 
toutes les voies, qui déborde dans tous les domaines. 



Digitized by Google 



— 244 — 



La philosophie, la morale, l'économie politique, les 
sciences de la nature, sont autant de champs de bataille 
où le passé agonisant cède le terrain devant l'élan 
victorieux de l'avenir. Le droit ne pouvait rester 
inébranlé dans l'universelle tourmente des idées, qui 
passe en rafale et emporte les choses mortes au gouffre 
de l'oubli. 

Ce fut d'abord le déterminisme, substituant à la notion 
thomiste de l'individu libre et responsable, agent auto- 
nome d'action, la notion scientifique, basée sur les lois 
de la causalité, de l'individu déterminé dans ses actes 
par sa nature et son milieu, et ne possédant contre eux 
qu'un pouvoir variable de réaction personnelle. Si bien 
qu'au lieu de concevoir l'homme comme indépendant 
et au-dessus de ce qui l'entoure, sujet absolu de droits 
et de devoirs, il devint impossible désormais de le sépa- 
rer de son hérédité, de ses antécédents, de son tempé- 
rament, de son milieu social. 

En même temps, la raison affranchie rejetait les 
méthodes déductives, qui ramenaient son besoin de 
savoir à quelques postulats dogmatiques et indémon- 
trables. Elle n'accepta, comme saine et véridique, que 
la méthode positiviste de l'induction, basée sur l'obser- 
vation analytique des réalités. 

Et le grand problème de l'origine de la vie, de la 
différenciation des règnes, des espèces et des êtres, 
s'éclaira aussitôt d'une lumière inattendue, quand le 
transformisme, établissant que le plus complexe déri- 
vait du plus simple par une évolution inaperçue, 
rattacha toute l'échelle de ce qu'on appelait jusque là 



Digitized by Google 



— 245 — 



la création, à l'Etre primitif, à la Monade, première 
cellule de matière unie à la force, premier siège de la vie. 

Cette révolution intellectuelle frappait à mort les 
religions révélées; elle ébranlait sur leur base antique 
la morale et Je droit ; elle ouvrait aux sciences positives 
des horizons que nul penseur audacieux n'avait 
devinés. 

Elle coïncidait d'ailleurs avec une révolution écono- 
mique non moins considérable, résultant des grandes 
découvertes du XIX e siècle : moyens de transport, 
moyens de communication, moyens de production. 
Des besoins nouveaux, moraux et matériels, naissaient 
dans la prospérité relative du grand nombre. 
L'industrialisme modifiait profondément les condi- 
tions et l'organisation du travail. Les masses com- 
prenant qu'on ne limiterait le bénéfice du producteur 
que par la concurrence, imposaient aux gouverne- 
ments le libre échange, dont elles profitaient directement 
par l'abaissement du prix de la vie. L'importance de 
l'individu s'atténuait, dans la fièvre du labeur collectif, 
dans l'élan universel et irrésistible vers le mieux-être. 

Enfin ces transformations eurent dans la politique 
leur contre-coup irrésistible. L' Etat-Gendarme — la 
vieille conception de l'état indifférent assistant en spec- 
tateur aux conflits d'égoïsmes et n'usant de la force que 
pour maintenir l'ordre et faire respecter la Loi — devînt 
l'Etat-tuteur. Le respect nécessaire du droit de l'indi- 
vidu n'empêcha plus un sage interventionnisme. L'Etat 
dut pouvoir aux nécessités matérielles et morales des 
plus faibles. Au régime de la liberté, succéda celui de 



Digitized by Google 



— 240 — 

la solidarité, qui apaise les conflits et assure le respect 
des droits, en invoquant l'intérêt collectif, le droit social. 



De cet exposé résulte à l'évidence l'évolution subie 
par le droit. 

Les exemptes en sont multiples. 

Déjà, projets aujourd'hui, lois de demain, nous 
tendons à établir l'instruction obligatoire, à organiser 
dans le domaine du travail l'assurance obligatoire. Nul 
ne contesta jamais que l'instruction et l'assurance sont 
dans l'intérêt de l'individu; mais nul n'osa jusqu'ici en 
faire l'objet d'un devoir, d'une obligation, frappée d'une 
sanction légale. C'est la conception nouvelle de solida- 
rité, la reconnaissance d'un intérêt social primant la 
liberté de chacun, qui permet l'obligation, qui justifie 
la loi future. 

Dans notre législation même, la loi sur les accidents 
du travail instaure une responsabilité collective, rompt 
avec toutes les traditions du Droit Romain et de nos 
Codes, inaugure de toutes pièces un régime nouveau, 
ou l'on peut, à raison d'un intérêt social, être contraint 
à réparer les conséquences de la faute d'autrui, consi- 
dérée comme une éventualité du risque industriel. 
Encore nne fois la solidarité est à la base. Le point de 
vue est celui de la Société, non plUs celui de l'auteur 
de l'acte, sujet originaire du droit. 

Mais il n'est pas de cas plus caractéristique que celui 
du Droit Pénal, qui mérite un examen attentif, à cette 
heure où le régime actuel apparaît à l'évidence comme 



Digitized by Google 



- 247 — 



un anachronisme, et où le régime futur flotte encore 
dans l'imprécision d'études théoriques préliminaires. 

* 

Le Code Pénal, n'admet pas en effet que la per- 
sonne du délinquant puisse présenter quelque intérêt 
au point de vue de la répression. 

Il envisage le délit comme tel, et ne vise qu'à établir, 
cataloguer, tarifer des peines d'équivalence et d'intimidation, 
selon l'évaluation ex aequo et bono du législateur. 

A ses yeux, l'auteur du délit n'est qu'un débiteur 
qui doit à la justice des hommes le prix de sa faute. 

Et la peine achevée, il le restitue à la société, théori- 
quement purifié, libéré de toute obligation, sans se 
préoccuper de l'efficacité de la peine subie au point de 
vue de la moralisation du délinquant. 

Il n'est pas nécessaire d'être grand clerc pour com- 
prendre que pareille organisation de la répression n'ait 
nullement diminué la criminalité générale. Issue de la 
conception fausse du libre arbitre absolu, de l'égalité 
morale de toutes les volontés, elle ne tient pas compte 
des différentes natures auxquelles elle s'applique. 
Abandonnant son rôle dès lors que le coupable a « payé 
sa dette », elle n'exerce aucune action sur son avenir 
et n'a point à se demander si le détenu, rendu à la 
liberté, voudra et pourra trouver des moyens d'existence 
honorables. 

Et comme le casier judiciaire n'est pas une recom- 
mandation, trop souvent il sera vrai de dire que « le 



Digitized by Google 



délit engendre la récidive », la répression pénale ayant 
achevé d'isoler et de désocialiser le coupable. 

* 

* ♦ 

Le point de départ, idée-base, est donc faux, anti- 
juridique, antisocial, lorsque le droit pénal cherchant 
sa raison d'être dans la responsabilité du libre arbitre, 
se borne à organiser et déterminer le prix-courant de 
la répression. 

Mais l'Ecole Italienne, qui reconnait pour chefs 
illustres Lombroso, Ferri et Garafalo, ouvrit aux 
juristes des horizons nouveaux. 

Elle déplaça Taxe du droit pénal, en transportant la 
raison d'être de la peine dans la défense sociale, obéissant 
ainsi à la tendance du Droit Nouveau. 

Le délit, dit-elle, est un acte contraire aux normes 
nécessaires d'existence d'une s ciété rganisée. Quelque 
soit son auteur, la société a le droit et le devoir de se 
défendre. 

Cette défense ne s'appliquera pas au délit lui-même, 
qui n'est plus qu'un symptôme, une révélation de 
l'existence, au sein de la collectivité, d'un inadapté 
dangereux. Elle s'appliquera au coupable. 

Elle consistera à examiner l'auteur du délit, à recher- 
cher le danger plus ou moins grave qu'il présente, à lui 
appliquer un régime pénal adapté à sa nature et à son 
caractère. 

* * 

Dès lors l'instruction, une fois l'auteur du délit 
découvert, tendra à fixer la classe à laquelle il 
appartient. 



Digitized 



— 249 — 



Et l'école italienne distingue le criminel par passion, 
le criminel d'occasion, le criminel d'habitude, le crimi- 
nel né. 

Ceux qui relèvent des deux premières classes doivent 
être frappés de peines sévètes, obligés pénalement à la 
réparation du préjudice subi par le lésé, soustraits pour 
un temps ou pour toujours au milieu qui leur a donné 
l'occasion de l'entraînement coupable. 

Les autres constituent ce qu'on peut appeler le type 
social du criminel, c'est-à-dire cette classe sociale où se 
recrutent les récidivistes, et qui se compose d'êtres 
anormaux, nés sans nos instincts du bien et du mal ou 
les ayant perdus par la pratique du vice. Et la science 
pénale constate chez ceux-ci un ensemble de caractères 
intellectuels, sentimentaux, physiques, reproduits avec 
une persistance et une fréquence relatives, et les distin- 
guant du normal, constitué pour la vie sociale du 
civilisé. Elle les range donc dans une catégorie inter- 
médiaire de semi-normalité, et ne vise qu'à prendre 
contre eux les mesures imposées par la nécessité de 
défendre l'ordre social contre leurs attaques. 

De là, une subdivision en amendables et non amen- 
bles. Aux uns l'élimination définitive : internement, 
déportation, mort, selon le degré d'horreur du crime. 
Aux autres, l'adaptation méthodique, progressive, 
organisée concurremment avec la répression pénale. 

A ceux-ci s'appliquera donc la sentence indéterminée, par 
laquelle le juge, ayant scientifiquement établi la classe 
à laquelle ils appartiennent, les mettra à la disposition 
du gouvernement. 



Digitized by Google 



- 250 - 



Pour chaque catégorie, des établissements spéciaux 
existeront, comportant quatre degrés de régime : iso- 
lement pénal — travail en commun avec isolement 
nocturne — travail au dehors avec logement à la prison 
dans un quartier spécial — liberté provisoire Des tri- 
bunaux, statuant périodiquement, ordonneront le pas- 
sage d'une classe à une autre; ils pourront aussi 
rétrograder de classe le condamné qui aura prouvé 
qu'il était indigne de la faveur dont il a joui. 

Et la libération définitive n'interviendrait que le jour 
où le détenu, corrigé, instruit, habitué au travail, 
assuré de moyens, d'existence, aurait prouvé par ses 
actes qu'il ne constitue plus un danger social. 

J'ai élagué à dessein de cet exposé, tout ce que la 
science pénale italienne contient encore d'affirmations 
contestables et contestées. 

Je n'ai tendu qu'à montrer qu'elle apporte au droit 
pénal une orientation nouvelle, solidaire de toute 
l'évolution du Droit. 

L'urgence de réformes apparaît incontestable, tant 
par la constante augmentation de la criminalité et de 
la récidive, que par l'évident illogisme qui régit aujour- 
d'hui la répression pénale. Car le déterminisme, en 
entamant le libre arbitre, a porté à la notion de la 
responsabilité une atteinte grave, qui conduit à ces 
acquittements scandaleux dont le jury fournit chaque 
jour des exemples. 

La morale sociale est désormais fondée sur la soli- 



Digitized by Google 



— 251 — 

darité ; c'est l'impérieuse nécestité collective de se 
défendre qui permet seule, en justifiant le droit de 
punir, d'en préciser avec équité la portée et les appli- 
cations. 

* * 

Puissent les juristes de demain se pénétrer de cette 
vérité, que révolution du Droit le conduit de l'indivi- 
duel vers le collectif, et qu'à l'ère du Droit personnel 
va succéder l'ère du Droit social. 

Il n'y a point de place dans ce domaine pour un 
conservatisme étroit. Sur le tronc sans vigueur et sans 
sève du Droit Classique se grefferont désormais les 
branches verdoyantes du Droit Nouveau. 

Et ceux qui sauront, sans méconnaître le passé, 
aimer et comprendre le progrès, s'appelleront, s'ils 
sont magistrats — et on les appelle déjà — les Bons 
Juges. Albert Devèze. 




Digitized by Google 



■1 - 

p 

LITTÉRATURE 



Prose et Vers 















pis? 













Les bûchers de sabots et le supplice 

des abeilles ' 



La persécution contre les Vaudois fut surtout terrible 
en Flandre et à Anvers. Le plus acharné des bourreaux 
était un certain Robert le Bulgare. Après avoir abjuré 
la « vauderie » à la suite d'une rivalité d'amour, 
(s'autorisant de la communauté de biens et de femmes 
un des frères avait séduit la maîtresse de Robert et 
prétendait même la partager avec lui), il revêtit le froc 
du moine et il déploya un tel zèle pour le catholicisme, 
une fureur si grande contre ses anciens coreligion- 
naires que le pape Grégoire IX le nomma inquisiteur 
dans les Flandres. 

Robert le Bulgare (il avait gardé ce nom d'un des 
sobriquets donnés aux Vaudois) a laissé dans l'histoire 



' i • Fragment d'un essai sur l'hérésie de Loyet le Couvreur. 



Digitized by Google 



- 254 — 

un souvenir terrifiant qui le range à côté des monstres 
de cruauté. 

La vauderie recrutait de nombreux partisans parmi 
les pauvres gens : manouvriers, vagabonds, valets de 
ferme, apprentis de bas métiers. Les idées commu- 
nistes et la plus large fraternité étaient faites pour 
séduire ces miséreux. Sensuels et de chair débridée, 
leur morale était irréprochable : bons voire débonnaires, 
loyaux, dévoués, fidèles, probes, laborieux, d'un 
courage et d'une persévérance héroïques. A cause de 
leur dénuement, de leurs haillons et de leurs sabots on 
les appelait en flamand « klompdragers » ou « kloeffers », 
porteurs de sabots. 

Le Bulgare jura leur extermination et procéda avec 
une férocité sans exemple. Il corruv.ença par les brûler 
ou les enterrer vifs. En trois mois cinquante périrent de 
cette façon. Il s'ingéniait surtout par un raffinement 
diabolique à torturer les femmes, les adolescents, les 
jeunes garçons et les fillettes. Il trouvait leurs souf- 
frances plus ostensibles, leur chair plus pantelante, 
leur terreur et leur détresse plus aiguës. 

Plusieurs ballades flamandes nous ont conservé des 
épisodes de ces persécutions. A la fois touchantes et 
sinistres ces complaintes attestent à quel point l'imagi- 
nation populaire était frappée, quelle pitié on portait 
aux martyrs, quelle horreur inspiraient les bourreaux : 

Robert le Bulgare, le renégat à la longue barbe noire 
est venu un matin d'août à Vorsselaere, un jour de mois 
son et de plein solciL Presque tous les jeunes gens du 
village et de quelques paroisses voisines sont en train de 



Digitized by Google 



— 2oo — 



faucher, de gerber ou de rentrer le grain de la commu- 
nauté. Leur châtelain devenu leur pasteur préside à ces 
travaux. Robert paraît à la tète d'une bande armée 
fournie par des seigneurs jaloux de la popularité du 
bon sire. Cette escorte s'élève à une cinquantaine 
d'archers et de soudards capables des pires extrémités, 
friands de rapines, de massacres, d'incendie et de viols. 
A la vue de cette soldatesque la panique se répand 
parmi les moissonneurs. Pour être plus à l'aise, ils 
avaient laissé leurs sabots a la lisière du champ et 
travaillaient pieds nus. Il y en a de tous les âges depuis 
des enfants jusqu'à des vieillards, mais la plupart sont 
des garçons entre quinze et trente ans. Instinctivement 
ils se précipitent vers leurs chaussures. 

Mais ces souliers de bois, attributs de l'engeance 
hérétique, viennent d'inspirer un nouveau mode de 
supplice à l'ingénieux persécuteur. 

Il commence par faire saisir tous ces sabots, puis il 
donne ordre d'arrêter le sire de Vorsselaere habillé 
presque aussi simplement que ses vassaux et foulant 
comme eux les guérets de ses pieds nus. 

Comme les satellites du Bulgare portent les mains 
sur le digne seigneur, les garçons revenus de leur pre- 
mier mouvement, font mine de prendre l'offensive et 
menacent les soudards de leurs faux, de leurs serpes et 
de leurs pioches. Les gars sont en nombre et rien ne 
leur serait plus facile que de délivrer leur maître et de 
mettre en déroute l'inquisiteur et sa cohorte. Robert 
pâlit et be met à trembler. Avec ses aides il spéculait 
sur la résignation des pauvres porteurs de sabots. 



Digitized by Google 



— •>:>(> — 



Faire lu bien de toute façon, procurer le plus de plai- 
sir et d'agrément à ses semblables, prodiguer les 
caresses et les voluptés, ne jamais recourir à la violence, 
ne jamais verser le sang, fut-ce celui d'un ennemi : tel 
était le fond de la doctrine des Kloeffers. 

Aujourd'hui, pour la première fois ils semblent oublier 
ces préceptes plus qu'évangéliques. Aussi Robert et ses 
satellites s'apprêtent à relâcher le sire de Vorsselaere et 
à rendre aussi leurs sabots à ces va-nu-pieds. 

Mais le prisonnier poussa la magnanimité jusqu'à 
enjoindre à ses paysans non seulement de ne rien tenter 
pour sa délivrance mais de déposer leurs outils et de se 
soumettre au bon plaisir de leur persécuteur. 

Les a Kloeffers » obéissent, et, désarmés, ils se crois- 
sent les bras sur la poitrine ou ils les ouvrent bénévole- 
ment à leurs ennemis. 

Un tigre eût été désarmé par cette jèunesse et par 
cette bonté. 

•Le Bulgare se montra sans entrailles. La douceur de 
tous ces beaux enfants sembla au contraire l'exaspérer. 

— Ah! ah! ricana-t-il en regardant alternativement 
ces malheureux et leurs sabots oubliés au bord de la 
route, ces sabots, signe distinctif des Vaudois de 
Flandre, auxquels on les reconnaissait et auxquels ils se 
reconnaissaient entre eux; — nous allons faire un feu 
de joie de ces chaussures impies. Allons, entassez et 
allumez-moi tout ce bois engraissé par les sueurs de ces 
mécréants ! 

Les satellites obéissent; ils ont empilé ces sabots les 
uns sur les autres en une manière de bûcher. Il y en 



Digitized by Google 



— 257 — 



avait de mignons comme les petons des tout jeunes 
moissonneurs et de solides, d'imposants, comme les 
pieds des adultes. 

Déjà on mettait le feu à ce bûcher d'un nouveau 
genre, mais Robert s'écria : 

— Un instant... Ce n'est pas assez d'ardre les 
chaussures de ces turlupins. Faisons griller aussi les 
pieds mêmes! Les pieds et le reste de cette engeance! 

Archers et piquiers d'obéir. 

Les patients se juchèrent d'eux mêmes sur cette 
pyramide de sabots d'érable et de sapin ; leur seigneur 
se mit au milieu d'eux. 

Aucun ne songea à fuir. 

Ils entonnèrent un cantique en l'honneur de la vie, 
de la chair, de la nature, du Christ panthéiste et 
universel, dispensateur des sèves et des souffles, de la 
matière et des forces, des ardeurs et des fluides. Et ils 
chantaient au milieu des flammes grésillantes tous 
ces robustes gars de quinze à trentre ans, et leurs 
haillons vite dévorés les montraient dans leur ferme et 
saine nudité que ne drapaient plus que les flammes 
aussi implacables que le fantatisme et la fumée aussi 
suffocante que l'hypocrisie. 

Et ils s'embrassaient en un groupe tragique et avant 
d'expirer prolongeaient le baiser d'adieu. 

Or ces forfaits se commirent un matin du mois 
d'août, sous un gai soleil, alors que la nature était géné- 
reuse et maternelle à ses enfants. Et le soleil radieux 
laissa faire ces fratricides; mais le rire du Bulgare 
et des autres bourreaux aurait plutôt entamé la 

17 



Digitized by Google 



258 — 



splendeur de l'astre que la sérénité de tpus ces brûlés 
vifs !... 

Cependant Robert le Bulgare trouva mieux encore 
pour supplicier ces porteurs de sabots dont le seul 
crime était d'aimer la création et les créatures en 
l'honneur du Créateur. 

Il y avait en Flandre et en Brabant beaucoup d'api- 
culteurs et ces éleveurs d'abeilles appartenaient presque 
tous à la secte des porte-sabots. Breughel nous a repré- 
senté quelques-uns de ces apiculteurs en train de vaquer 
à leurs occupations. Un jour \v Bulgare fit cerner un 
village hérétique et au lieu de brûler les m Kloeffers » 
avec leurs propres sabots, il résolut de les livrer aux 
aiguillons de leurs abeilles. 

On les dépouilla de leurs guenilles, on les mit 
tout nus et on les enduisit de miel, puis on les exposa 
à la furie et aux représailles de l'essaim dont on 
avait bouleversé et saccagé les ruches. 

Les kloeffers affrontèrent a issi stoïquement les 
piqûres des insectes qu'ils avaient subi les lécheries 
meurtrières des flammes. 

Dans plusieurs cas Robert le Bulgare faisait écorcher 
le moitié du corps de ses victimes avant de les livrer 
aux abeilles 

Une autre ballade populaire que les traditions nous 
ont transmise plus ou moins tronquée et déformée, 
rapporte un épisode des plus touchant de ces persécu- 
tions : 

Jooske ou Josequin, attaché au service d'un apicul- 
teur des environs de Béthune, était un garçon de quinze 



Digitized by 



— 25U — 



ans bon travailleur, bon enfant, amoureux précoce, 
sensuel, tendre jusqu'à la puérilité, caressant comme 
un jeune chien, et par dessus tout, brave, loyal et fidèle : 
en un mot c'était un jeune kloeffer. 

Or, malgré les bons services du pauvret, son maître, 
un catholique intolérant, rassis et égoïste, somma le 
gentil libertin de rentrer dans le giron de l'église ortho- 
doxe et chaste sous peine de le livrer aux inquisiteurs 
de Robert le Bulgare. 

Orphelin et seul au inonde, n'ayant personne pour 
l'encourager et le soutenir dans sa foi, cet enfant, qui 
butinait les baisers et les caresses comme ses abeilles 
picoraient le miel, ne se laissa pas intimider par les 
menaces de son maître. 

Des outrages, le fanatique passa aux coups. Jooske 
n'en demeura pas moins fidèle à sa religion d'amour 
sans bornes et sans entraves, à son catéchisme de joie 
et de bonté. 

Alors ne parvenant pas à faire pleurer ces beaux 
yeux et à arracher des paroles de haîne à ces lèvres 
hantées seulement par les sourires et les baisers, le 
barbare repoussa comme une bête inpure le jeune 
kloeffer qui s'attachait à lui et le livra aux traqueurs du 
Bulgare. 

De concert avec le délateur, propriétaire des ruches, 
les inquisiteurs décidèrent de faire périr le petit héré- 
tique sous les aiguillons des bestioles qu'il élevait avec 
tant de sollicitude. 

On déshabilla l'enfant, on le frotta d'une couche de 
miel et on l'attacha un matin au milieu de l'aire autour 
de laquelle s'alignaient les ruches. 



Digitized by Google 



Les bourreaux avaient renversé et saccagé plusieurs 
de ces ruches, puis ils s'étaient sauvés au plus vite. 

Les essaims exaspérés ne tardèrent pas à se ruer sur 
Josquin. En ce clin d'oeil il fut couvert de plusieurs 
milliers d'abeilles. Mais elles reconnurent d'emblée 
celui qui les soignait si gentiment. Jamais leur ami ne 
les eût traitées comme ces méchants s'étaient flattés 
de le leur faire accroire. Jooske avait accueilli les 
abeilles en leur fredonnant un cantique vaudois qu'il 
chantait en vaquant à ces travaux parmi les ruches. 

Au lieu de le larder de piqûres qui l'eussent tué en 
quelques instants, les élèves de Jooske se contentèrent 
de voler autour de lui en bourdonnant sur un ton plain- 
tif comme si elles s'associaient à sa détresse. 

Quand les bourreaux revinrent au milieu de la jour- 
née pour voir ou en était leur œuvre, ils trouvèrent 
l'enfant entouré d'une auréole d'or formée par ces 
essaims d'abeilles. 

Il n'avait pas reçu la moindre piqûre. 
Les insectes dansaient et viraient aux paroles de son 
doux cantique. De temps en temps l'une ou l'autre 
abeille sortait de la ronde pour venir se poser à ses 
lèvres ou à ses oreilles. Elle lui donnait un baiser ou lui 
murmurait un mot de consolation. 

La légende veut que les inquisiteurs et le méchant 
maître de Josquin ne furent pas désarmés par ce pro- 
dige. Après être revenus de leur surprise ils tirèrent 
leurs poignards plus implacables que les aiguillons. 
Mais les abeilles fondirent sur eux et les mirent à mort 
avant qu'ils eussent eu le temps de frapper le martyr. 

Georges Eekhoud. 



Digitized by Google 



CHANSON 



Pour M» e A. 

Sa candeur est feinte... et ravit; 
Près d'elle on ne sait comme on vit : 
Cest tant pis pour celui qui Vaime ! 
Flocon de neige errant au vent, 
Fleur, de fils d'azur se nervant, 
Son charme est « enfant de Bohême. » 

Sur la vitre couvrant son cœur, 
D'un doigt tremblant, dans la vapeur 
Inscrire son nom, c'est folie; 
Son âme est un petit oiseau, 
Son corps est un souple roseau : 
L'une s'envole et l'autre plie.... 

Jeu cruel et délicieux, 
L'escrime de ses deux grands yeux 
Est trop abondante en ressources; 
Ils sont, ces yeux d'un bleu d? argent, 
Tels ces deux dont V aspect changeant 
Se reflète au miroir des sources. 



Digitized by Google 



— 2r>2 — 

Etant très banne, elle ne veut 
Décourager désir ni vœu : 
Elle sourit quand on f admire... 
Si bien que, d'elle étant féru, 
On deviendrait un incongru 
Ramasseur de bouts de sourire ! 

Que si vous énonciez son nom, 

Je ne dirai ni cm ni non : 

Point ne demande qu'elle m? aime, 

V aimer sans désir ni regret, 

Simplement la voir, ça me fait 

Un peu mal — c'est bon tout de même... 

George Garnir 




Digitized by Google 





CROQUIS BRUXELLOIS 



ttADEAOISELLE ANQOT 



Du haut de son étal, la jeune poissonnière appelle 
les chalands. 

C'est une belle fille, la jeune poissonnière, à la char- 
nure reluisante et ferme. Elle a d'opulents cheveux 
blonds relevés en proue sur la nuque. Ses yeux sont 
bleus, rieurs ; ses joues rebondies et vermeilles. Le nez 
est gros, plébéien, mais la bouche est petite, d'un 
incarnat vivace. 

A ses oreilles solidement ourlées pendent de grands 
anneaux d'or. Un coquet tablier agrafé aux épaules 
s'arrondit sur sa gorge flamande. D'amples manches de 
toile nouées au poignet et au coude font ressortir les 
mains potelées, rougies par l'eau froide. 

Elle a dix-huit ans la jeune poissonnière, et sort à 



Digitized by Google 



— 2f Vf — 



peine du p^g&ionnat. Elle apprend le métier sous l'œil 
de sa mère - • la grosse femme qui devise là bas avec 
cette vieille cuisinière; mais elle est savante déjà, habile 
au dépècement ainsi qu'à la toilette du poisson. D'un 
tour brusque, elle fait sauter les tristes yeux de la raie 
qu'elle écorche, vide d'une main experte et présente 
à l'acheteur, suspendue à son petit doigt. 

Elle sectionne, taillade l'églefin; elle tranche les sau- 
mons saigneux, le candide turbot d'un coup de hachette. 

Elle applique sur le ventre blanc des soles une 
claque qui résonne et prouve la grosseur. Elle saisit par 
leurs dos bleus les homards immobiles, soupçonnés 
d'être morts, montre aux défiantes ménagères cette 
mécanique en mouvement sous la bouche des crustacés 
et qui est comme le métronome de leur agonie. Après 
quoi, elle s'empare du torchon, essuie ses mains souil- 
lées de bave et de sang. 

Elle est charmante! 

Le pensionnat ne Ta point enorgueillie. Elle a gardé 
son âme simple de petite fille grandie au milieu des 
forts parfums de la « minque » et ne se rebi>te pas aux 
besognes présentes. Elle se moque bien ici d'être une 
demoiselle ! Le métier l'amuse; elle en connait le profit. 
Au surplus, elle incarne ce type improbable et nouveau 
de la poissonnière avenante et douce qui laisse s'en 
aller les gens indemnes d'injures malgré leurs offres 
dérisoires. Elle ne les rappelle jamais et c'est ainsi qu'ils 
reviennent toujours, surpris de sa politesse, charmés 
par sa bonne grâce et son engageant sourire. 

Du fond de l'échoppe, sa mère la contemple avec 



Digitized by Google 



— 205 — 

admiration, s'étonne de la voir si débrouillarde. La 
grosse dame se repose à présent, les pieds sur sa 
chaufferette, et bavarde tout le jour avec d'intimes 
pratiques. 

Parfois elle « souffle » sa fille quand l'oubli de termes 
spéciaux, des idiotismes de métier désappris à la 
pension, arrête tout à coup le boniment de la petite. Et 
souvent aussi, elle bondit à l'étal pour jeter un mot 
rude, une insulte réflexe à quelque cuisinière par trop 
liardeuse : 

— VVat zegtgij, mijnen visch is niet ves? Hedde gij 
ne kop voor schoene visch te bïen ? Mé ne smoel gelijk 
den aven kupt m en stokvisch. 

Mais aussitôt sa fille très fâchée, gronde la bonne 
femme et lui impose silence. 

Car la jeune poissonnière rompt décidément avec la 
poissarde traditionnelle et enveloppe la marée dans les 
formes parfaites de la patience et de l'urbanité. 

Et maintenant passez donc ce soir devant la grande 
poissonnerie de la rue de Flandre.... Derrière les 
volets clos du salon attenant à la boutique ornée de 
roses conques et du voilier emblématique, vous enten- 
drez jouer la valse de Faust ou chanter Y Air des Bijoux. 

Mais oui, c'est la petite poissonnière rentrée de la 
Halle ! Léopold Courouble. 




Digitized by Google 




CHANSON HIVERNALE 



Colombine, la neige tombe, 
Dehors sévit un vent têtu 
Et le ciel de pis s'est vitu, 
Gris sdle de pierre de tombe. 
Demeurons au logis, veux-tu?,., 
Colombine, la neige tombe.... 

La neige tombe, chatte-mite, 
Sur les maisons, sur les palais. 
Ah! puisse-t-elle blanchir les 
Ames de ceux qui les habitent!,.. 
Linceul soyeux, flocons follets, 
La neige tombe, chatte-mite, 

La neige tombe en avalanches, 
Et les équipages gaillards 
Semblent de mornes corbillards : 
La neige y met des larmes blanches... 
Entends hurlez le vent braillard?.., 
La neige tombe en avalanches. 



Digitized by Google 



— 267 — 



Affligés de nez ridicules, 
Les piétons, que la bise mord, 
Avec des airs de croque morts 
Sur le trottoir glissant circulent. 



Affligés de nez ridicules. 

Cest la fête du Blanc, du Pâle ; 
Etres et choses : tout est blanc! 
Ecoute le bourdon dolent, 
Là-bas?... d'une voix blanche il râle... 
Ah! je croyais moins désolant 
Le triomphe du Blanc, du Pâle... 

...Colombine, la neige tombe, 
Dehors sévit un vent têtu 
Et le ciel de gris s'est vêtu, 
Gris sale de pierre de tombe, 
Demeurons au logis, veux-tu ? 
Colombine, la neige tombe. . . 



On dirait qu'ils broient des remords, 



Fernand Servais. 



Janvier 1906. 




Digitized by Google 





LE VEILLEUR DES AVORTS'*' 



Le Nesse était connu de tous les gens du canton. 
Ayant commencé à faire le jeune homme, c'est-à-dire 
fumer la pipe ou le cigare, selon les circonstances, et 
aller voir les filles, dès l'âge de quinze ans il avait roulé 
sa bosse dans toutes les ducasses des villages, à trois 
lieues à la ronde. 

Il connaissait tous les bons endroits du pays. Celui-ci 
pour la saveur de la bière, celui-là pour la qualité de 
son péket, un autre pour la tarte, un autre encore pour 
l'humeur joviale de la commère et quelques-uns parce 
qu'on avait le loisir d'y rester en bonne compagnie 
jusqu'aux petites heures sans être inquiété par le garde- 
champêtre. 

Comme il était fort serviable, d'une grande aménité 
de caractère, bon camarade et discret, le brasseur, le 
meunier, l'horloger, le tanneur ou le médecin se l'an- 

<*; Extraits. 



Digitized by Google 



— 269 — 



nexaient volontiers quands ils allaient en course dans 
les localités voisines, 

C'était Nesse aussi qui servait de témoin au notaire. 
Il partageait cette fonction avec Tchantchet Mayanne, 
le jardinier. Quand on était sur le point de passer un 
acte, on se mettait à leur recherche. Ils abandonnaient 
alors toute occupation, quelle qu'elle lût, et arrivaient. 
Ils laissaient leurs pipes à la porte de l'étude. 

A la saison, les voisins pouvaient avoir recours à 
Nesse, soit qu'il s'agît de :aner le regain ou de cueillir 
les pommes. Il était toujours prêt à leur donner un coup 
de main. 



C'est lorsqu'il y avait un mort que Nesse paraissait 
se trouver dans son véritable élément, dans le milieu 
qui donnait l'essor à toutes ses facultés. Il révélait alors 
son utilité complète, totale et absolue. Il devenait 
indispensable. 

Nesse arrivait grave et digne à la mortuaire. Son atti- 
tude, pleine de condoléanc es, ne manifestait cependant 
pas une tristesse exagérée, ce qui eût été déplaisant et 
ridicule. Il n'avait pas non plus l'air trop indifférent, ce 
qui eût peiné. Il avait, da is sa tenue, un tact et une 
mesure qui correspondaient exactement à la situation. 
Par le ton, par le geste, pis le mot, par un souvenir, il 
savait faire mieux que personne l'éloge du défunt ou de 
la défunte. On ne se serait pas douté que Nesse le con- 
nût si bien. Enfin, Nesse «ïtait considéré, par la famille 
en deuil, non point comm î un étranger, mais comme 
un parent éloigné qu'on ét ût bien heur 3ux ce retrouver 
dans d'aussi pénibles circonstances. 



Digitized by Google 



- 270 — 



— Laissez-moi faire i disait Nesse avec autorité en 
écartant tout le monde. Il prenait possession du cada- 
vre et régnait en maître absolu dans la maison jusqu'au 
moment où le corps l'avait quittée les pieds en 
avant. 

C'est lui qui réglait tout ce qui concernait les funé- 
railles : permis d'inhumer, sonneries de cloches, nom- 
bre de chandelles à la messe d'enterrement. C'est lui 
qui envoyait la vieille Magloire réciter le boniment 
traditionnel à toutes les portes entrebâillées des mai- 
sons du village. 

C'est aussi Nesse qui choisissait les porteurs et trai- 
tait avec le fossoyeur. Il prenait, avec le menuisier, la 
mesure du cercueil. C'était encore lui qui s'occupait 
des désinfectants. Enfin, il prodiguait les multiples 
dons de son génie domestique et funéraire. 

Nesse étant là, on n'avait à s'occuper de rien. La 
famille pouvait s'en aller, en toute sécurité, chercher 
dans un sommeil réparateur l'oubli de ses chagrins et 
de se? nombreuses tribulations. Nesse se chargeait de 
veiller le mort. Il avait un second pour l'aider en cet 
office, un compagnon fidèle, Tchantchet Mayanne, qui 
était, avec lui, témoin des actes du notaire. 

On sait que, selon la coutume, il faut être deux pour 
veiller un mort. Nesse ne veillait jamais sansTchantchet 
ni Tchantchet sans le Nesse. Autrefois, Nesse avait 
veillé avec l'un et l'autre. Il avait fait ses débuts avec 
l'horloger-organiste, c'est celui-là qui lui avait enseigné 
la tradition mortuaire. Il avait veillé avec le grand Emile, 
qui avait le grave défaut de s'assoupir vers les trois 



Digitized by Google 



271 



heures du matin. Il avait veillé avec Tau-taume, qui le 
rasait à égrener d'interminables chapelets. Il avait 
veillé avec l'instituteur, mais c'était un froussard, qui 
prétendait, deux ou trois fois au moins sur la nuit, que 
le mort avait bougé. Il avait veillé avec le tailleur, 
mais celui-ci parlait trop haut et s'oubliait parfois en 
des hilarités peu appropriées aux circonstances. Avec 
le vieux Désiré, cela allait, car il avait la manière et de 
veille entière ne tarissait pas en histoires de toutes 
sortes. Mais le vieux Désiié était mort. Heureusement, 
vers cette époque-là, Tchantchet Mayanne, le jardinier, 
était revenu au village. Il n'y avait plus qu'avec lui 
qu'on pouvait, maintenant, veiller convenablement un 
mort. 

Le chemin de fer, passant au village depuis quelques 
années seulement, avait déjà affaibli les traditions. 

Mais avec Tchantchet Mayanne, c'était plaisir. Nul 
n'eût pu dire qu'il l'avait jamais vu en colère. De 
cultiver les roses, Tchantchet avait acquis quelque 
chose de la douceur et de l'onction ecclésiastiques. Il 
avait une grosse figure ronde, rouge et luisante dans 
laquelle une bouche, qui n'était dissimulée par aucune 
barbe, souriait toujours. Ses yeux avaient la douceur 
humble et mouillée qui rappelait ceux des ruminants. 
De plus, il avait la docilité d'un vieux chien de basse- 
cour. 

Des deux, c'était Nessî qui commandait; Tchan- 
tchet ne faisait qu'obéir. Nesse était l'élément actif de 
cette association bizarre. Tchantchet suivait docile- 
ment. Et tous deux s'entendaient à merveille. 



Digitized by Google 



— 272 — 

Ensemble ils veillaient donc le mort en compagnie 
d'un marabout rempli de café, d'un litre de péket et de 
leurs pipes. Ils se tenaient dans un pièce à côté de la 
chambre mortuaire et, quand la maison s'était endor- 
mie dans le silence, ils jouaient un cent de piquet avec 
revanche. 

De temps en temps, l'un d'eux se levait et allait voir, 
dans la salle voisine, à la lueur des flammes qui grésil- 
laient au bout des cierges, de chaque côté du crucifix 
de cuivre, la face glabre, car Nesse rasait le mort avant 
de l'ensevelir, exsangue et blafarde de celui qui dor- 
mait de son dernier sommeil, puis il revenait près de 
l'autre et disait : 

— Tout va bien ! 

— Si on buvait une goutte! Tchantchet, cela ne 
ferait pas de mal ! 

— Au contraire, Nesse, répondait Tchantchet 
Mayanne. 

Et tous deux, avec componction, absorbaient une 
ample rasade de genièvre. 

— C'est du bon ! observait Tchantchet. 

— Oui, répliquait Nesse, ce sont des gens conve- 
nables, ils font bien les choses. 

Ils recommençaient une partie ou bien se racontaient 
des histoires. 

Nesse narrait d'anciennes veilles avec le vieux 
Désiré, les rares épisodes qui les avaient marquées, les 
fois que le mort avait bougé dans son lit et d'autres 
détails lugubres. Ils parlaient longuement, abondam- 
ment, à voix basse, ne négligeant aucun fait. Depuis 



Digitized by Google 



- 273 — 



qu'il veillait avec lui, Tchantchet entendait chaque fois 
les mêmes histoires, mais il les écoutait toujours avec 
un nouveau plaisir, comme si elles eussent acquis une 
saveur plus grande en vieillisant. Tl n'interrompait son 
copain que pour lui dire, avec une touchante pré- 
venance : 

— Vous devez avoir soif, Nesse! Buvons la goutte 
pour vous rafraîchir le gosier. 

— C'est une idée ! répliquait Nesse. 

Et derechef ils reprenaient du poil de la bête, c'est- 
à-dire qu'ils s'envoyaient un « kilomètre » de péket 
dans l'estomac. 

Nesse reprenait ses récits funéraires avec la convic- 
tion, la mélancolie, le bonheur et la fierté d'un vieux 
soldat qui raconte ses campagnes. 

Tchantchet Mayanne le regardait ébahi d'admiration 
pour tant de hauts faits. 

Puis l'un des deux s'en allait émêcher les cierges qui 
éclairaient le mort et revenait en disant : 
Tout va bien ! 



Au petit jour, Tchantchet faisait tourner le moulin 
de bois garni de cuivre brillant ; Nesse faisait bouillir 
l'eau dans le coqueoar et tous deux préparaient le café 
pour les gens de la maison. 

Les gens qui avaient recours aux bons offices de 
Nesse ne savaient point assez s'en féliciter. 

Le matin du jour de l'enterrement, Nesse revêtait 
ses habits de dimanche et enfilait des gants de filoselle. 

Il n'y avait que lui pour avoir ce raffinement 
d'élégance. x8 



Digitized by Google 



- 274 — 



Tchantchet Mayanne sortait aussi des gants pour 
la circonstance, mais ils étaient en grosse laine et de 
couleur brune. 

Nesse était le chef des porteurs. Il se plaçait au 
brancard de gauche, par derrière, afin de surveiller 
tous les autres et leur fournir les indications néces- 
saires. Bien qu'il leur eût donné ses ordres d'une 
manière claire et précise, il tenait à avoir l'œil sur 
toutes les opérations. Rien ne le mettait hors de lui 
comme une maladresse ou un contretemps. 

Le cortège quittait la mortuaire au pas cadencé des 
porteurs qui suivaient la croix. 

Tandis que le prêtre ànonnait ses oremus avec le clerc 
et les enfants de chœur, un admirait l'air grave et digne 
avec lequel Nesse conduisait le cercueil, car il éclipsait 
tous les autres; on eût dit que lui seul supportait le 
fardeau : on ne voyait que lui, il guidait toute la 
théorie. 

On entrait dans l'église. Aussitôt le corps déposé sur 
le catafalque entouré de grands cierges, Nesse s'éclip- 
sait, car ses convictions ne lui permettaient pas d'as- 
sister à la cérémonie religieuse. 

C'est pourquoi Nesse, au lieu d'écouter le de Profondis, 
s'en allait en face, &u Café Saint-Roch, boire une 
grande goutte jusqu'au moment où l'on venait le 
rappeler. 

Ces jours-là, qui étaient pour lui des jours de fête, 
Nesse ne réintégrait sa demeure que vers six heures du 
soir, après avoir fait le tour des cabarets du village, 
prononcé dans chacun d'eux l'éloge du défunt et narré 



Digitized by Google 



— 275 — 



les péripéties de sa dernière maladie, ainsi que la dou- 
leur des parents. 

— Il n'y a que le Nesse! disait-on dans tout le 
village. 

Et sa renommée se propageait dans tout le canton à 
deux ou trois lieues à la ronde. 

Donc, vers les six heures du soir, Nesse rentrait après 
l'enterrement, l'estomac creusé par les nombreux apé- 
ritifs qu'il n'avait cessé de boire tout le long de la 
journée. 

— Est-ce qu'il reste une assiette de soupe? deman- 
dait-il. 

— Oui, oui, on vous en a gardé! ronchonnait Cathe- 
rine, la vieille mesquenne. Je vais vous la réchauffer, 
vous avez de la chance de m'avoir ! 

— Ah! je l'ai bien gagné! répliquait invariablement 
le Nesse en tirant ses bottines. 

Et il commençait la conversation, car il était causeur 
en ces moments-là. Toute la famille arrivait dans la 
cuisine, avide de nouvelles. 

— En voilà encore un de repiqué ! exprimait Nesse, 
avec la conscience de celui qui a bien rempli son 
devoir. En voilà encore un de repiqué ! répétait-il, avec 
une satisfaction nuancée de mélancolie. 

Nesse attendait toujours avec impatience le retour de 
l'automne pour tendre aux grives. Il allait tracer les 
sentiers dans le bois et placer des lacets avec son insé- 
parable Tchantchet* 

Parfois, lorsqn'il vaquait à ces préparatifs, on enten- 
dait tout-à-coup sonner à mort. Nesse alors laissait 



Digitized by Google 



— 270 — 



échapper un juron d'impatience et bousculait tout. 
Puis, du ton d'un homme persécuté, accablé de tra- 
vaux, n'ayant pas un instant de zranquilité, il s'écriait : 

— Ils ne me laisseront donc jamais tranquille! Voilà 
que je ne peux plus aller en paix à la tenderie! Il faut 
enrager toute mêmei Est-ce qu'ils n'auraient pas pu 
choisir un autre moment ? 

Il remplissait la demeure de ronchonnements sem- 
blables. 

Tout en continuant à maugréer, il est vrai, Nesse 
enlevait ses guêtres et les flanquait dans le coin d'un 
geste furieux. Sa carnassière subissait des violences 
analogues. Puis il pressait Catherine d'aller chez 
Tchantchet Mayanne qour le prier de rabattre la ten- 
drerie à sa place. Il ne commençait à s'apaiser que 
quand elle était revenue lui donner l'assurance que 
Tchantchet ne tarderait pas à partir au bois. Nesse, 
alors, poussait un soupir, montait daus sa chambre 
faire un bout de toilette et, l'air affairé, quittait la mai- 
son et descendait la route à grands pas vers la mortuaire. 

Les gens accouraient sur leur porte : 

— On sonne à mort, voilà le Nesse qui passe ! 

Maurice des Ombiaux. 




Digitized by Google 




Nous bâtirons la ville féroce et colossale 
Avec des blocs d'airin, de marbre et de cuivre pur, 
Et d'un fer dur et fort nous graveront* aux murs» 
L'exil des dieux et des lithurgies triomphales. 

Et nous élèverons l'orgueil hautain des tours 
De nos mains puissantes, farouches et rebelles, 
Nos larges drapeaux d'or au haut des citadelles 
Couvriront d'ombre les rues hurlantes des faubourgs. 

Nous lierons les blocs ciu fer de fortes tiges 
Aux murs que mordront les lourds soleils des midis; 
Ceux des campagnes lointaines entendront nos fils 
Hurler dans la ville; et le vent comme un vertige 

Chassera vers les plaines l'odeur des faubourgs, 
Des viandes brûlées, des vins forts et grisants, 
La senteur fade des boucheries et du sang, 
Et le son des clairons et le tonnerre des tambours. 



Digitized by Google 



— 278 — 



Et puis, autour de nos murailles puissantes, 
Tandis que dans notre ville tous les beffrois 
Hurleront, traînant les charognes des rois 
Au large chant des libertés triomphantes. 

Nous attesterons, nous, les bâtisseurs de villes, 
Notre Haine des Dogmes et des Dominations, 
Et les palais brûlant au fond des horizons 
Purifieront la Cité des lâchetés viles. 

Aux gibets des murs nous accrocherons les rois 
Comme des viandes pourries aux crocs, 
Et le peuple en haillons et le peuple en sabots 
Sera ce soir de meurtre le Peuple-Roi ! 

Et les siècles à venir sauront notre nom, 
Nous, les grands forgerons des peuples rebelles, 
Nous, les Laids, dont les femmes sont toutes belles 
Et qui sonnons allègremment dans nos clairons 1 

Hector Fleischmann. 
(Le chant royal des décadences, VIII). 



Digitized by Google 



LA TARE 



Appuyant au dossier du fauteuil sa tète grisonnante 
qu'encadrent les tuyautés de tulle et les larges brides de 
son bonnet, Barbe, l'aïeule contemple de sa croisée 
ouverte le fleuve aux eaux paisibles éclaboussées par 
des jets de soleil. 

Mai rieur tresse de fils d'or la croupe laineuse des 
nuages, fait bruire au vent doux les feuilles nouvelles, 
pique en le vert des rives cardamines et pâquerettes, 
livre tout le ciel bleu au caprice des ailes, et le long de 
la berge, dans les branches ou sous les corniches réveille 
les bredouillants gazouillis. 

Oh ! la virginale matinée de printemps !... Barbe 
hume avec délice la confortante tiédeur de cette brise 
qui lui accélère le sang, dissipe sa langueur, et épanouit 
sous le réseau des rides de sa face blême la joie de se 
sentir revivre Qu'il e^t loin déjà, l'interminable hiver 
aux floraisons de neige par les rues et de givre aux 
vitres closes ! 



Digitized by Google 



- 280 - 



Assoupissantes flambées des vesprées monotones, 
nuits frileuses aux courtines de glace, matins sans aurore 
et jours sans espoir sont allés rejoindre en les souvenirs 
imprécis de l'aïeule les soixante-six saisons pareilles 
auxquelles sa constitution frêle n'a résisté que par 
miracle. 

Reverra-t-elle une fois encore tourbillonner les feuil- 
les rousses d'octobre et les moineaux se disputer le pain 
émietté par elle sur le rebord de la fenêtre ? Une lueur 
de volonté, une étincelle d'énergie suffiraient peut-être 
à assouplir le ressort vital, neutraliser les tendances 
maladives et maintenir debout sa grande machine 
osseuse ébranlée par l'âge et les chagrins. 

Mais en vérité la vie vaut-elle cet effort ? 

Et une légère mélancolie voile un instant les yeux 
enfantins de mère Barbe. 

Toute petite elle s'était accoudée à cette même croisée 
où la retrouvait encore, émaciée et vieille, ce joyeux 
matin de mai. De tout le paysage offert à ses yeux, 
depuis les campagnes lointaines jusqu'au pioche pont 
de pierre emjambant le grand fleuve de ses lourdes 
arches rongées de lichen, les moindres détails lui sont 
familiers sous leurs plus divers aspects. 

Elle a vu les flots clairs refléter l'ombre des nuées 
voyageuses, se teindre des feux de l'aube ou de la 
pourpre des couchants, brasiller de lumière ou tache- 
ter leurs remous d'une rosée d'étoiles; les eaux glau- 
ques ont selon la saison charrié glaçons ou gabarres, 
ou raclé, à demi-taries, le calcaire embourbé de leur 
lit; là-bas, les prés verts, puis jaunes, ne sont parés de 



Digitized by Google 



— 281 



meules et matelassé de neige; des maisons ont disparu, 
d'autres se sont élevées tandis qu'au pied du rempart 
et Je long du parapet s'ébattaient des enfants toujours 
nouveaux, toujours les mêmes. Et témoin inamovible, 
mère Barbe n'a senti augmenter le poids des années 
qu'au retour périodique des hirondelles aux mêmes 
nids et des pêcheurs aux mêmes places. 

Tout son être s'est fondu en ces milliers d'êtres et de 
choses; sa vie s'est faite pour ainsi dire de l'amalgame 
de leurs existences multiples, et il lui serait aussi 
impossible de concevoir une idée qui n'ait pour cadre 
cette portion d'univers que découpe dans l'infini la baie 
de sa croisée qu'il le serait à ses voisins de s'imaginer 
le boulevard sans mère Barbe à la fenêtre... Et cet 
anéantissement de son « moi » dans la ferveur des 
contemplations inconscientes — dont elle tirait l'unique 
béatitude compensatrice de ses peines — lui ôtait toute 
velléité de résistance à la lente consomption de ses 
forces physiques. S'ensevelir en le rêve, ou rêver en la 
tombe, c'était pour elle d'équivalents dérivatifs à son 
amère solitudè. 

Solitude d'àme tout au moins, la seule vraie; car bien 
que mère Barbe vécût auprès de sa fille, de son gendre 
et de Georges, son petit-fils, un irrémédiable malen- 
tendu avait rendu inopérant le coude à coude familial 
aux ponctuelles heures, le jeune ménage ayant cru 
devoir respecter l'isolement en lequel s'était jusque là 
confiné la recluse, et l'enfant — élevé d'abord à l'écart 
pour que ses cris ne fatiguassent point l'aïeule — étant 
trop intimidé par ce grand corps immobile et ces doux 



Digitized by Google 



— 282 — 



yeux profonds pour ne point rechercher ailleurs la 
pleine expansion de sa turbuience. 

Et pourtant m plus loin de ses souvenirs, mère 
Barbe retrouvait parfois la douceur d'une exquise 
enfance ingénue. Elle se revoyait toute petite, confec- 
tionnant aux pieds de sa mère d'informes et chères 
poupées d'étoffe ou déroulant sous l'établi paternel les 
spires des copeaux. Cadette d'une famille nombreuse, 
sa complexion délicate lui avait valu les soins aimants 
des aînés, les passionnées caresses maternelles et les 
cajoleries quasi féminines d':in père, vieux troupier de 
l'Empire, qui dépouillait pour elle sa brusquerie des 
camps et, sa tâche finie, la maniait le soir sur ses genoux 
avec d'attendrissantes précautions d'infirmière. 

Elle avait ainsi vécu dans une atmosphère d'affecti- 
vité propice à l'éclosion des pures joies enfantines — 
fleurs d'aube de vie s'épanouissant en le ciel des yeux. 
Les promenades du dimancae, par les champs et les 
bois, d'où elle revenait, lasse et ravie, juchée sur 
l'épaule du père ou du frère aîné ; les clairs matins 
d'été, où dans l'herbe tapissant dru le pied des rem- 
parts, elle jouai i avec d'autres enfants tandis que les 
mères étendaient le linge et le surveillaient à tour de 
rôle; le fréquent et toujours sensationnel passage d'un 
chaland lourdement chargé, descendant au fil de l'eau 
pour venir s'amarrer au quai ou remontant le fleuve, 
hàlé par un vigoureux brabançon, fournissaient à son 
àme son contingent d'émotions naïves et de charme 
imprévu dont devaient tant, plus tard, s'alimenter ses 
songeries. 



Digitized by Google 



— 283 — 



Un jour, qu'à quelques pas de sa mère, sur le rivage, 
elle regardait un bateau remorqué fendre les eaux de 
son étrave, un brusque sursaut de la corde d'amarre 
projeta Barbe contre un tas de pierres... Et de ce corps 
évanoui — étendu quelques instants après sur le lit 
paternel, et dont on étanchait le mince filet de sang 
rayant la face horriblement pâle — émana comme un 
fluide de douloureux malaise qui satura l'air et persista 
même après la convalescence de l'enfant. 

Barbe a gardé un souvenir vivace de ce repos forcé 
où la condamnaient deux fractures de l'os de la cuisse; 
et bien que plus d'un demi-siècle se soit écoulé depuis, 
l'aïeule ressent tout aussi nettement qu'alors cette 
timidité gênée, cette pudeur d'une tare physique qui 
embarrassèrent ses premiers pas claudicants vers cette 
croisée à laquelle allait s'enchaîner sa vie. 

Car Barbe était boiteuse; et bien que par une discrète 
et tacite entente, aucune allusion n'eût jamais été faite 
au malheur qui la frappait, elle n'avait plus retrouvé 
la gaieté de ses jeunes ans. Parmi ses compagnes, 
grâce aux jeux de la rue ou de l'école, son espièglerie 
et son insouciance enfantines eussent bientôt reparu ; 
mais une vague prescience du ridicule, la crainte de 
quolibets possibles la claustraient volontairement en la 
maison paternelle désormais baignée de mélancolie — 

Dans l'air calme de ce matin dominical, les cloches 
élargissaient leurs vibrations joyeuses.... Que de fois 
elle les avait entendues, ces cloches familières sonnant 
tour à tour l'espérance et le glas ! Quand, à quelques 
mois de distance, ses parents s'étaient éteints au rude 



Digitized by Google 



— 284 — 

souffle des peines, les mornes sons de leur funèbre 
mélopée avaient retenti en son cœur comme des coups 
de marteau sur une bière. Et brusquement, un souve- 
nir lui revint à l'esprit : elle revit sa mère mourante, 
lui caressant les cheveux de ses doigts amaigris et 
et murmurer d'une voix presqu'indistincte : « Pauvre 
petite! Un oiseau pour le ch.it! » 

Et voici qu'eHe demeurait seule, après avoir à son 
tour connu les joies du mariage, le bonheur des mères, 
la souffrance des veuves et l'isolement des aïeules. 

Et dans ce rayonnant matin de mai, la même pensée 
lui revenait, obsédante : la vie valait-elle encore pour 
elle un effort ? 



Des rires bruyants l'arrachèrent à sa rêverie. Sur le 
boulevard, où la foule égrenait ses groupes s'empres- 
sant vers l'église, des enfants jouaient, et parmi eux 
Georges, cette chair de sa chair, en qui elle aimait 
sentir revivre, amplifiée, l'exubérance de son enfance 
propre. 

N'était-ce donc rien, cett^ jouissance de goûter la 
répercussion en soi des vibrations nerveuses de ce petit 
être tout de mouvement, qui, deux ou trois fois par 
jour, entrait en coup de vent pour l'embrasser en un 
heurt inconscient de tout son corps contre ses pauvres 
genoux ankylosés? Car avec l'âge l'enfant avait perdu 
sa timidité première et gagné au contact de ses cama- 
rades une brusquerie et une vivacité où l'aïeule retrou- 
vait des traits de caractère du vieux grognard de 



Digitized by Google 



— 285 — 



l'Empire. Hardi comme un page, et prompt à la 
riposte, il l'effarouchait scuvent par ses bonds de jeune 
faon, et ses réparties à remporte-pièce; mais comme 
l'espiègle n'avait point mauvais coeur, Mère Barbe, 
sans pouvoir se défendre de ses effarements quotidiens, 
était la première à excuser cette frénésie de tapage.... 

Tout à coup, l'aïeule fit un effort inconscient comine 
pour se soulever du fauteuil; et d'une voix étranglée : 

« Georges! cria-t-elle, Georges! » 

L'enfant venait de sauter à pieds joints sur le parapet 
de pierre et courait sur les dalles déclives. 

Le sang de la grand'm6re ne fit qu'un tour en ses 
veines appauvries. En un instant, elle avait eu la vision 
d'un corps dégringolant au pied du rempart, sur ce tas 
de pierres d'où on l'avait relevée jadis elle-même sans 
connaissance. 

« Georges, veux-tu bien descendre ? .«> 

L'enfant l'entendit, souiit et sauta à terre. 

o Rentre à l'instant », commandait l'aïeule. 

Vexé de cette réprimarde publique, Georges faisait 
la sourde oreille. 

« Ah ça! faudra-t-il qua j'aille te chercher? » cria 
Mère Barbe, mi-plaisantant, enfin remise de son 
angoisse. 

La bande ricanait. 

Alors le gosse, ripostant aux moqueries qui souli- 
gnaient sa dépendance : 

« Elle ne pourrait pas, fit-il gouailleur, elle est 
boiteuse! » 



Digitized by Google 



— 2*0 — 

Un afflux de sang colora légèrement les joues de 
l'aïeule : lentement, d'une main tremblante, elle ferma 
la croisée, et, sans forces, son grand corps maigre 
affaissé dans le fauteuil, mère Barbe, désormais sans 
attache à la vie, pleura longuement, silencieusement, 
la brutale proclamation de sa tare physique. 

Auguste Vibrset. 



CHRYSANTHÈME 

Je suis le beau Chrysanthème 
Qui fleurit lorsque tout meurt 
A V hiver disant : je f aime 
Et riant de mon malheur. 

Car je suis fleur malheureuse 

Dorée par un soleil gris * 

Des nuits d? hiver amoureuse, 

Mon malheur, je Vai compris. 

Je suis le beau diadème 
Qu'Eté mit à ses lambeaux 
Et ma beauté dit : je Mainte 
A V oiseau sur les tombeaux. 

Pierre Plessis. 

Paris iyo5 



Digitized by Google 



CARPE DIE/A 



Ecoute : V heure est brève et le bonheur fragile 
A insi qu'un vase frêle où mourraient des œillets ; 
Souris aux mots berceurs du soyeux évangile 
Dont je tourne pour toi h'.s odotants feuillets. 

Ecoute; le regret est vaih et méprisable, 
Quand on n'a su saisir l'amour bleu qui passait, 
Et tout le reste est nul, atone et périssalde 
Qui n'est pas le moment du Désir satisfait. 

Le Jour suivra le jour, {jamais insemblable, 
Et tu n'auras au cœur ri m de doux ni de cher, 
0 Toi, déjà songeant à l'instant lamentable 
Qui n'est plus celui-ci, délicieux et clair. 

Va ! Ferme bien les yem pour ne plus voir, Chérie, 

Et laisse toi glisser au rive caresseur 

D'être celle que j'aime et que mon Baiser prie, 

Car l'heure heureuse est frêle et brève, d dja meurt! 

Léon Wauthy 



Digitized by Google 



UN PRÊTRE 



CONTE 



M. Louis Servicn, curé de Sart-le-Grand, vivait avec 
sa sœur Marie dans le petit presbytère accoté à l'église. 
Maigre et pale, sa soutane élimée flottant autour de lui, 
on eût dit qu'il était dévoré par un chagrin secret : 
jamais il ne riait; il n'ouvrait la bouche que pour pro- 
noncer les paroles de son ministère, et les paysans, tout 
en admirant l'ardeur sincère de sa piété, le redoutaient 
un peu, en sa présence ne se sentaient pas à Taise. 
Quand ils avaient quelque chose à lui demander, ils 
commençaient par s'adresser à sa sœur qui, au contraire 
de son frère, était une belle fille joyeuse, aux joues 
roses, au corsage opulent, toujours le rire aux lèvres 
et la flamme aux yeux. Elle recevait tout le monde avec 



Digitized by Google 



- 280 - 

bonté » acceptait toutes les suppliques, distribuait en 
aumônes tout l'argent du logis et choyait surtout les 
petits enfants qu'on lui présentait. Elle était faite pour 
l'amour et pour la maternité» 

Avec sa santé radieuse, sa perpétuelle bonne humeur 
et son petit patrimoine, qui allait bien à trois mille 
francs, elle aurait été mariée depuis longtemps si l'abbé 
Servien n'y eût mis obstacle. Lorsqu'un candidat se 
présentait et lui exposait sa demande, il l'éconduisait 
presque grossièrement, sans motif, comme si l'autre 
était venu lui proposer une chose déshonnête. Il avait 
ainsi refusé deux fils de fermiers, l'instituteur-adjoint et 
même un jeune docteur en droit, attaché au ministère 
de la Justice, qui s'était violemment épris de Marie 
durant une période de vacances qu'il avait passée à 
Sart-le-Grand. La jeune fille souffrait cette tyrannique 
tutelle, sans se plaindre. Depuis l'enfance, elle avait 
été accoutumée à respecter ce frère qui faisait des 
études et serait prêtre un jour. D'ailleurs, il ne prenait 
avec elle aucune familiarité, la traitait comme une 
étrangère et semblait même nourrir à son égard un 
étrange sentiment de répulsion. 

Ce qui le blessait, en elle, c'était sa chair épanouie. 
Il ne lui pardonnait pas, à elle, la sœur d'un prêtre, 
d'un apôtre de la mortification et du renoncement, 
d'étaler les charmes impudiques d'une beauté presque 
païenne. En été, lorsque, dans sa coquetterie naïve, 
elle se montrait en corsage de mousseline décolleté, 
il avait des mouvements de colère dont il n'était pas 
le maître, à la vue de sa jeune poitrine éblouissante 

19 



Digitized by Google 



offerte aux regards, pareille à une tentation de l'enfer. 
Il la grondait sans cesse, essayait d'éveiller en elle le 
mépris de la vie et du mariage, décourageait d'un mot 
sec tous ses élans de jeunesse et d'espoir. Chaque fois 
qu'un galant s'était présenté, il lui faisait une scène 
terrible, l'accusant d'exciter les hommes, la rappelant 
au souci de sa dignité et lui prédisant, si elle ne 
s'amendait, tous les malheurs et toutes les hontes dans 
cette vie, la damnation éternelle dans l'autre. Puis il 
se jetait à genoux, les bras en croix, devant le crucifix 
de son oratoire et il restait ai.isi des heures, plongé 
dans une sorte d'extase douloureuse, les yeux bordés 
de rouge, les- marines pincés, la bouche txsangue, 
semblable à un moribond qui fait sa dernière prière. 

Tenue de la sorte éloignée de toutes les joies saines 
que réclamaient ses vingt ans, Marie vivait avec des 
instincts de prisonnière, toujours guettant l'occasion 
de s'évader. Elle crut l'avoir trouvée, quand Jules 
Mathot, un gais qui revenait de l'armée, lui fit la cour 
et la demanda en mariage. L'abbé Servien l'éloigna 
comme les autres. Cette fois, la jeune fille se révolta. 

— « Pourquoi chasses-tu tous mes galants? demanda- 
t-elle à son frère. Tu n'es qu'un égoïste : C'est pouf 
me garder avec toi, pour que je sois ta servante jusqu'à 
ma mort... » 

L'abbé eut un sourire de dédain. 

— u Dieu connaît mes intentions, répondit-il. Je n'ai 
pas besoin de toi, ma sœur. Par ta coupable coquetterie, 
tu es même la cause de mouvements de colère que je 
ne puis pas toujours réprimer et que je me reproche 



Digitized by Google 



- 201 — 

comme de grands péchés. Non, non ! Si je veux t'écarter 
du mariage, c'est pour assurer ton salut. Dans quelques 
années, quand le feu que le démon souffle dans 
tes veines se sera éteint, tu me remercieras de ma 
résistance. Apaisée, n'ayant aucun lien terrestre, pou- 
vant te donner tout entière à Dieu, tu verras combien 
tu seras heureuse et comme la prière te deviendra une 
aide et un réconfort ! » 

— « Alors, cria-t-elle, alors, je ne me marierai 
jamais? »> 

— « En tous cas, dit-il, je ferai tout ce que je pourrai 
pour t'en empêcher. » 

Révoltée, elle supplia Jules Mathot de l'enlever, de 
partir avec elle au loin. S'il l'avait voulu, elle se serait 
donnée sur le champ, comme une fille, tant son 
instinct se révoltait contre les idées de son frère. Mais 
le gars, doué d'une belle voix, guignait la place de 
magister à l'église. Il n'osa pas se mettre en guerre 
avec le curé. Et tout en continuant à aimer Marie, tout 
en espérant que les choses s'arrangeraient un jour, il 
cessa de venir à ses rendez-vous. Furieuse, violentée 
dans son orgueil, dans sa beauté, dans son besoin de 
vie et d'amour, Marie était prête pour toutes les folies 
et sa chair s'offrait à qui voudrait la prendre, pareille à 
ces beaux fruits mûrs qui se penchent par dessus la 
haie et qui se laissent doucement tomber dans la main 
qui les touche. 



Digitized by Google 



— 292 



Un matin, quelqu'un sonna au presbytère. C'était un 
jeune homme de bonne mine, à cheveux longs, à barbe 
de Christ, portant une boîte de peintre sur le dos et 
tenant en main un grand feutre mou. Mis en présence 
du curé, il lui exhiba des certificats de ses confrères de 
la contrée prouvant qu'il avait réparé à leur satisfaction 
et moyennant des sommes modiques, les tableaux de 
leurs églises, puis il demanda à l'abbé Servien s'il 
n'avait pas d'ouvrage pour lui. Il s'appelait Maxime 
Horrent et, en attendant qu'il fût célèbre, il gagnait sa 
croûte en faisant ce métier là. L'abbé réfléchit un 
instant. Le chemin de la croix avait en effet besoin de 
réparations. Les robes des saintes femmes étaient fort 
défraîchies. Les yeux des bourreaux, devenus doux 
comme des yeux de mouton, devaient être convenable- 
ment retouchés. Et puis, la Sainte- Vierge du tableau 
qui se trouvait dans le chœur, avait le nez tout craquelé, 
ce qui faisait rire les irrévérencieux paysans. 

— «Veuillez revenir tantôt, Monsieur, dit-il au peintre. 
Je m'informerai si l'état des finances de la fabrique me 
permet de vous confier ces réfections. » 

Le peintre, après avoir salué très bas le prêtre et 
décoché une oeillade flatteuse à Marie qui le recondui- 
sait, rôda autour de la cure pendant que l'abbé faisait 
les démarches nécessaires. Cachée derrière les rideaux 
de sa chambre, la jeune fille admirait son air déluré, sa 
belle barbe blonde, ses yeux rêveurs, ses boucles soyeu- 
ses qui lui tombaient dans le cou. Entre deux doigts, 
il roulait des cigarettes qu'il se collait dans le coin de 
la bouche et grillait ensuite avec une aisance superbe. 



Digitized by Google 



— 293 — 



Parfois il coulait un regard sournois du côté du pres- 
bytère et Marie devinait qu'il pensait à elle et la 
cherchait à un fenêtre, quelque part. Alors, elle avait 
un coup au cœur, devenait toute tremblante et une 
houle délicieuse lui montait au gosier. 

A Pheure indiquée. Partiste revint : la chose était 
arrangée, lui dit PabbéServien,et il pouvait commencer 
le lendemain. Ils profitèrent du restant du jour pour aller 
visiter les peintures ensemble et comme il n'y avait pas 
d'auberge dans le village, le curé fut contraint de rame- 
ner son hôte pour souper avec lui. D'ailleurs, le peintre 
ambulant avait eu soin de lui apprendre, au cours de la 
conversation, qu'il était toujours nourri et logé au 
presbytère, dans tous les villages où il séjournait. 
L'abbé, malgré sa répugnance à laisser sa sœur en 
contact avec un homme, ne put se refuser à imiter ses 
confrères et le peintre, riant dans sa barbe, s'installa 
bravement au presbytère pour un mois. C'était plus 
qu'il ne lui fallait, pensait-il, pour rabibocher les 
ignobles croûtes de l'église et pour faire la conquête de 
la sœur du curé. Cette savoureuse paysanne lui avait 
donné dans l'œil dès le premier moment et, dépouillé 
de tout scrupule, bon garçon capable de toutes les 
rosseries pour satisfaire sa fringale d'amour, il s'était 
promis tout de suite d'obtenir, ainsi qu'il se le disait en 
riant à soi-même, « les dernières faveurs de cette Vénus 
des champs. » 

Il rencontra bien moins de difficultés qu'il ne c'y 
attendait. Avide de baisers, tourmentée par des ardeurs 
secrètes, Marie serait tombée dans les bras du premier 



Digitized by Google 



291 — 



drôle qui les lui eût ouverts. A plus forte raison n'opposa - 
t-elle presqu'aucune résistance à ce joyeux gaillard, qui 
connaissait tous les trucs du métier, savait chanter de 
si belles romances, faire de si doux yeux, prendre des 
airs si gracieusement mélancolique, amuser les femmes 
et les attendrir à la fois. La surveillance jalouse de son 
frère pimentait sa passion naissante. Il fallait qu'elle se 
cachât pour parler avec le peintre : les ruses dont ils 
usaient, doublaient le plaisir de leur intrigue. Quand 
l'abbé était en tourné dans la campagne, elle courait 
retrouver l'autre dans l'église et ils s'embrassaient der- 
rière un pilier. Toute frissonnante du sacrilège, elle se 
sentait baignée dans un bonheur inconnu. Le soir, 
quand son frère, épuisé de prières, de jeûnes, de macé- 
rations, dormait de son lourd sommeil, elle s'échappait 
de la maison et gagnait le jardin obscur où l'artiste 
l'attendait. Ils se promenaient longtemps dans ces 
petits chemins sacerdotaux, bordés de buis, et elle 
goûtait une joie un peu perverse, une joie de revanche, 
à embrasser son galant à la place même où son frère 
venait lire chaque jour son bréviaire. C'était au fond 
du jardin, dans une gloriette de feuillage, où le chèvre- 
feuille glissait son tendre parfum. Ils venaient s'y 
asseoir et y demeuraient durant des heures enlacés. Au 
début, le peintre se contentait de serrer la jeune fille 
dans ses bras, de l'étreindre, de lui baiser la bouche et 
de lui murmurer les fadaises ordinaires. Il l'aimait, il 
l'adorait, elle était si belle! Jamais il n'aurait d'autre 
femme. Si son frère ne voulait pas la lui donner de 
bonne grâce, il l'enlèverait. Heureux et libres, ils 



Digitized by Google 



- 205 — 

vivraient ensemble de cette belle vie des ateliers qu'il 
lui décrivait sous les apparences d'une bombance per- 
pétuelle, d'une noce sans fin. Peu à peu, il s'enhardit. 
Ses caresses devinrent plus pressantes. Elle le conjurait 
avec des larmes de la respecter. Mais il en avait vu bien 
d'autres et, une nuit, au fond du petit jardin, il étouffa 
ses derniers cris sous sa bouche violente et la prit de 
haute lutte, en conquérant habitué à ces aventures. Le 
lendemain, d'ailleurs, elle le remerciait. Faite pour 
l'amour, elle s'y donnait tout entière. Elle se jetait les 
yeux fermés dans les caresses et s'y plongeait avec une 
aveugle et sourde volupté. La mort même ne l'eût pas 
fait reculer devant un baiser. Si le peintre n'avait pas eu 
du sangfroid pour elle, le curé se fût aperçu au bout de 
deux jours, de leur manège criminel. Mais devant lui, 
l'artiste affectait une telle indifférence pour les femmes, 
une piété si sincère, des allures si modestes et si cléri- 
cales, que l'abbé était à mille lieues d'avoir le moindre 
soupçon. Encouragés par la confiance, les amants pas- 
saient toutes leurs nuits dans la chambre même de 
Marie et parfois, ils interrompaient leurs baisers pour 
écouter, dans la chambre voisine, les rêves févreux du 
prêtre qui s'agitait sur sa couche et disait des mots 
sans suite en poussant des gémissements. 

Le mois était passé et le peintre, qui n'était pas 
rassasié de cette belle f ile, faisait durer sa besogne. Le 
curé, en ce moment, soupçonna-t-il enfin quelque 
chose? Ou bien, craignit-il que les frais des réparations 
ne dépassassent la somme prévue ? Toujours est-il qu'il 
fit clairement comprendre au jeune homme d'avoir à 



Digitized by Google 



— 2flr, — 



s'en aller. La dernière nuit que les amants passèrent 
ensemble fût orageuse. Marie sanglotait, mordait les 
draps, puis étreignait Maxime avec un tel emportement 
que le jeune homme sentait craquer ses os. Ivre de 
volupté et de tristesse, elle collait toute sa chair contre 
la sienne et lui soufflait son haleine ardente en murmu- 
rant des paroles de feu qui sans cesse ranimaient en lui 
l'amour épuisé. Elle prétendait qu'il l'emmenât avec 
lui le lendemain. Elle l'en pressait, voulait lui arracher 
une promesse. Voyant qu'il hésitait, elle lui avoua 
qu'elle se croyait enceinte. Le jeune homme, emporté 
par la fièvre de sa maîtresse, allait peut-être se décider 
à lui promettre de l'enlever, mais cet aveu le refroidit 
soudain. Enceinte! Alors c'était fini, il ne marchait 
plus ! Dissimulant ses vrais sentiments, il se réjouit 
avec elle de cet enfant qui serait entre eux un lien que 
rien désormais ne pourrait briser! Il allait donc partir 
seul, le lendemain. Mais il lui laisserait son adresse. 
Dès qu'elle serait sûre de sa grossesse, elle s'en ouvrirait 
à son frère qui serait bien forcé, alors, de consentir à 
son mariage. Elle lui écrirait un mot, rien qu'un mot : 
« Viens!... » Et il accourrait se mettre à ses pieds pour 
la vie ! Il parlait si bien, il mettait dans sa voix une telle 
passion contenue, un tel ton de sincérité que Marie le 
crut et le laissa partir. Il lui avait donné réellement sa 
vraie adresse en ville, se disant que cette aventure pour- 
rait ainsi avoir des lendemains. Une fois le village 
quitté, il se moquait de ce qui arriverait. Si Marie 
était trop tarabustée par son frère, elle viendrait elle- 
même le rejoindre. Et comme il n'était pas mauvais 



Digitized by Google 



— 297 — 

garçon, il ne se refuserait pas à lui offrir pendant 
quelque temps l'hospitalité. 

Chaque jour, la jeune fille lui écrivait ses incertitudes, 
ses angoisses et ses regrets. Il lui fallait inventer mille 
prétextes pour se procurer l'argent des timbres et pour 
aller déposer ses lettres à la poste sans être surprise. 
Son frère, d'ailleurs, remarquait ses airs soucieux. Il 
l'épiait en silence. Un jour, au moment où elle sortait 
pour porter une lettre à la boîte, il se dressa soudain 
devant elle et lui arracha la missive. Il lut l'adresse et 
comprit tout. Pâle comme un mort, il leva sur elle ses 
deux poings, le fit reculer et rentrer dans le vestibule, 
puis dans la salle et là, debout, au pied du crucifix, il 
exigea sa confession. 

— « Parle, misérable, bégayait-il. Parle! Que s'est-il 
passé entre vous? Dis-moi tout, confesse ta honte! » 

Par bravade, elle dit tout. Elle lui reprocha d'abord 
sa conduite envers elle. C'était sa faute, si elle avait 
failli. Pourquoi ne l'avait-il pas donnée à ce Jules 
Mathotque l'aimait et pour qui elle avait de l'estime? 
Maintenant, c'était trop tard. Ce peintre était venu et, 
tout de suite, elle l'avait aimée. Elle avait été sa 
maîtresse, et à présent elle était enceinte de deux mois. 

Le prêtre étouffait de colère et de douleur. Ces 
saletés avaient eu lieu chez lui, dans sa maison consa- 
crée! Une honte infinie en réjaillissait sur lui-même. 
Sa soutane en était à jamais maculée. Quel respect 
auraient encore pour lui ses paroissiens? Comment 
obéiraient-ils désormais à ses conseils de chasteté, 
puisque sa propre sœur ne les avait pas suivis ! Que 



Digitized by Google 



— 298 — 



devait-il faire? Il leva vers le crucifix des yeux 
implorants : « Mon Dieu! éclairez-moi, dites-moi quel 
est mon devoir! » Non, il ne la chasserait pas. Il 
fallait accepter l'inévitable ot puisqu'elle avait péché 
avec cet homme, consentir à leur union. Il abaissa sur 
elle un regard froid et dur. 

— « Ecrivez à ce misérable que je consens à votre 
mariage. Qu'il vienne tout de suite et que cela se fasse 
dans les plus brefs délais... » 

Marie ajouta un post-scriptum à sa lettre, pour 
raconter à Maxime la scène qui venait de se passer, et 
elle terminait par ces mots : 

— « Et maintenant, mon bien-aimé, viens sans 
retard. Je suis à toi, je t'attends! Comme nous allons 
être heureux ! » 

Elle comptait sur une réponse pour le surlendemain. 
Ce jour-là, il n'en vint pas. Il n'en vint pas davantage 
les jours suivants. Maxime avait bien reçu la lettre, 
mais il lui était impossible d'y répondre, ne voulant à 
aucun prix de ce mariage, ne pouvant évidemment pas 
se montrer à S irt-le-Grand, et d'autre part, restant 
désireux de ne pas provoquer une rupture définitive qui 
mettrait tous les torts de son côté. Il se tint coi, atten- 
dant les événements. 

Quinze jours se passèrent. Marie ne dormait plus, ne 
mangeait plus, pleurait sans cesse. Son frère ne lui 
adressait pas la parole. Elle savait écrit trois tois à son 
amant, en recommandant ch ique fois la lettre. Quand 
elle eut acquis 1 1 conviction qu'il ne répondrait pas, 
elle résolut d'aller le trouver chez lui. Au moment de 
son départ, son frère l'arrêta d'un geste. 



Digitized by Google 



— 290 — 

— « Vous allez là-bas, demanda-t-il, chez cet 
homme? » 

Elle fit un signe arfirmatif. 

— « Ne rentrez pas ici sans lui ! continua-t-il dure- 
ment. Je ne prétends pas que ma sœur donne auprès 
de moi le spectacle public de sa honte et encourage la 
malice des ennemis de la religion. Si, comme je le 
pense, cet homme ne veut plus de vous, retirez- vous 
chçz nos parents de Flamine et ne revenez plus jamais 
ici. Allez !... » 

Elle eut vers lui un mouvement de tendresse qu'il 
repoussa de la main. Cruellement partagé entre ce 
qu'il croyait son devoir de prêtre et la fraternelle pitié 
qu'elle lui inspirait, il regarda s'éloigner dans un 
chemin creux, à travers la verdure jaunie de l'automne, 
son dos mince et affaissé, hoquetant et secoué par 
les sanglots. 

* 

* * 

En sortant de la gare, Marie se dirigea aussitôt vers 
la rue où habitait Maxime. Le chagrin l'avait bien 
changée : elle marchait péniblement, le long des mai- 
sons, prête à défaillir à chaque pas, les yeux perdus, la 
face tirée, avec un point fixe au milieu du front, 
comme une bête qui se serait collée à son cerveau et 
lui sucerait la pensée et la vie. Le concierge lui dit que 
le peintre habitait au 3 e étage et qu'il avait modèle. 
Elle ne comprit pas ce que cela signifiait et se mit à 
monter marche à marche l'escalier. Quand elle arriva 
en haut, sous les toits, son cœur battait si fort qu'elle en 



Digitized by Google 



— 300 — 



entendait le bruit. Elle s'appuya un instant contre le 
mur, puis elle frappa doucenent à une porte où une 
carte de visite était attachée par quatre clous : 

Maxime Horrent 
artiste-peintre 

Défense aux créanciers d'entrer! 

Elle eût un sourire amer : de créanciers, Maxime 
n'en avait pas de plus sérieux qu'elle-même ! Et comme 
la voix jo) f euse du peintre criait : c Entrez! », elle 
ouvrit brusquement la porte et se montra. 

Sur la table de pose, une grande femme nue se tenait 
debout, un bras replié, une jambe soulevée, les seins 
en bataille et la tête en arrière. Maxime prenait d'elle 
un croquis au fusain. A la vue de Marie, il poussa une 
exclamation d'ennui et, faisant signe à la femme de se 
rhabiller, il alla vers la jeune fille et voulut l'embrasser. 
Mais elle Péloigna sans parler et lui montra le modèle 
qui, très intrigué, sans gêne aucune, était en train de 
passer sa chemise derrière un petit paravent bas. 
Maxime marchait çà et là dans l'atelier, faisait mine de 
ranger les meubles et les toiles, activait de gestes fébrils 
l'habillage du modèle. Enfin celui-ci disparut avec des 
ricanements. Les jeunes gens se trouvèrent seuls. Le 
peintre eût un beau mouvement de tendresse et ouvrit 
tout grands les bras, s'imaginant que Marie allait s'y 
précipiter. Elle demeurait devant lui, très froide, posant 
sur les siens ses beaux yeux sincères. 



Digitized by Google 



- 301 — 

— « Tu as reçu mes lettres, dit-elle. Pourquoi ne 
m 'as- tu pas répondu ? » 

Il se lança dans des explications confuses. Ce n'était 
pas l'envie qui lui avait manqué. Il avait commencé 
plus de vingt brouillons qu'il déchirait à mesure. Mais 
c'était si délicat, ce qu'il i vait à lui dire. 11 attendait 
l'occasion de lui parler à elle-même, de tout près, 
comme jadis dans le petit jardin de la cure. Et main- 
tenant, elle était venue, il la tenait là, chez lui, et il 
était prêt à lui donner toutes les explications qu'elle lui 
demanderait. 

— « Je n'ai qu'une chose à te demander, dit-elle. 
Veux-tu, oui ou non, m'épouser? » 

Il recommençait ses phrases, mais elle l'arrêta tout 
de suite : elle voulait une réponse catégorique, quelle 
qu'elle fût. Alors, il se redressa et reprit son accent 
gouailleur. 

— Ah ! c'est ainsi 1 Eh bien, non, ma petite mère, 
non, mille fois non ! Je ne t'ai jamais promis le mariage. 
Nous avons pris du plaisir ensemble, et voilà tout! 
Que veux-tu, dans mon métier, que je fasse avec une 
femme? J'ai déjà assez de peine à me débrouiller tout 
seul! Retourne chez ton frère et oublie-moi. Va, tu 
n'oublieras pas grand chose! Je t'en aurais fait une, 
d'existence! Tu en aurais versé, des larmes ! Retourne 
à Sart-le-Grand, ma fille ! c'est encore là que tu seras 
le mieux... » 

Elle joignit les mains, épouvantée de ce cynisme. 

— « Mais l'enfant, Maxime! L'enfant qui je porte, et 
qui est de toi, autant que de moi! Vas-tu renier la chair 



Digitized by Google 



- 302 - 



de ta chair, et me laisser porter seule le fardeau que tu 
m'as aidée à créer? » 

— « L'enfant, l'enfant 1 grommela-t-il. Evidemment, 
c'est çà qui est l'embêtant de l'affaire. Qu'est-ce que ton 
frère en dit ? » 

— « Il m'a défendu de rentrer chez lui sans toi. Si tu 
ne veux pas de moi pour femme, je n'ai plus qu'à aller 
me jeter à l'eau. 

— « Ta, ta, ta, quelle exaltation l Est-ce que tu crois, 
peut-être, que tu es la première à qui pareille chose 
arrive I Si toutes devaient se jeter à l'eau, la morgue 
serait trop petite! Ecoute-moi et profite de mon expé- 
rience. Ton frère est un jean-foutre, un poseur de 
calottin qui fait sa tète, mais ne demandera pas mieux, 
d'ici à quelques mois, que de bercer ton moutard. 
Va-t-en quelque part à la campagne» faire tes couches et 
quand le petit sera là, porte le franchement à ton curé. 
Tu verras comme il sera content 1 » 

— « Et c'est tout? cria-t-elle. C'est tout ce que tu 
trouves à me dire ! Tu ne m'offres même pas une place 
ici ? Tu ne me veux même pas comme maîtresse ? » 

11 se leva, l'air digne, une main sur le cœur. 

— « Ma chère, dit-il, je suis galant et j'ai la conscience 
de n'avoir jamais mis une femme à la porte! Si tu veux 
me faire l'honneur de partager mon lit, je t'en cède 
volontiers la moitié. Mais quant à des engagements 
pour l'avenir, tu m'en dispenseras, j'espère l Je tiens à 
ma liberté, comme à la prunelle de mes yeux. C'est 
mon seul bien sur la terre. Sans elle, ma chienne de 
vie ne vaudrait pas un radis! Mon conseil est le bon, 



Digitized by Google 



- 303 — 

ma vieille, suis-le. Tu as bien quelque part une tante 
de sucre, une cousine, qt elqu'un enfin. Va t'installer 
là, attends ta délivrance, puis retourne bravement chez 
ton frère. Qui te dit quo tu ne rencontreras pas un 
brave garçon pour t'épouser? L'enfant n'est pas un 
obstacle! On a vu souvent.... » 

— « Assez! interrompit-elle. Tout ce que tu me 
racontes est infâme. Si punie que je doive être, je ne 
le serai jamais assez pour m'être oubliée dans les 
bras d'un être pareil à toi. Adieu, je m'en vais. Tu 
n'entendras plus parler de moi. » 

Elle se dirigea vers la p^rte, espérant peut-être qu'il 
allait la retenir et se jeter à ses pieds. Mais il la laissa 
sortir et, tandis qu'elle descendait en chancelant 
l'escalier, il se pencha sur la rampe et lui cria en riant : 

— a Sans rancune, la pstite mère ! Des compliments 
à M. Servien! 

Une porte claqua tout en haut de l'immeuble. Elle 
se trouva soudain sur le trottoir, en pleine lumière, 
au milieu du va-et-vient de gens qui la regardaient 
curieusement. Elle ne ressentait aucune douleur, rien 
qu'une lassitude immena; qui l'empêchait de penser 
et lui amolissait les jambes. Pour échapper à l'examen 
des passants, elle se traîna jusqu'au Parc dont elle 
voyait la verdure au bout de la rue et s'y laissa tomber 
sur un banc. 

Que faire ? L'idée de retourner à Sart-le-Grand lui 
était insupportable. La colère de son frère, l'ironie 
méchante des gens l'épouvantaient à l'avance. Mourir? 
Elle y songea. Mais il y avait dans cette belle fille 



Digitized by Google 



- U04 - 

malheureuse une telle puissance de vie que, malgré- 
tout, elle se raccrochait à l'espoir. Il disait vrai, peut- 
être, son misérable amant ! Le salut était peut-être dans 
l'avis qu'il lui avait donné.... Elle songea longtemps à 
toutes sortes de projets. Vers le soir, elle reprit le train 
et descendit à Flaminne. Sa tante, une veuve de 
soixante ans, y habitait avec son fils qui était garde- 
chasse pour le compte d'un châtelain du pays. La vieille 
accueillit Marie par de grandes exclamations. 

« Pauvre chère âme! Elle était dans la peine I Bien 
sùr qu'elle pouvait s'installer chez eux, et qu'il ne lui 
manquerait rien 1 Bonne notre Dame I quelle affaire I 
Et sans vouloir l'offenser, elle trouva que le curé Ser* 
vien n'agissait pas en bon chrétien 1 Une jeunesse, 
quoi, ça n'est-il point fait pour fauter ? Est-ce qu'on en 
connaît beaucoup, au village, à qui çà n'est pas 
arrivé? ... 

Maternelle, elle promenait ses grosses mains sur les 
épaules et sur les bras de la jeune fille et Marie, sous 
cette caresse, sentait doucement s'endormir sa douleur. 
D'un bon regard humide de chien fidèle, le fils lui 
disait, comme il pouvait, sa sympathie. Et c'était une 
halte délicieuse sur la route amère de son destin. 

* 

* * 

Cependant, depuis son départ, le curé Servien parais- 
sait un autre homme. Ses paroissiens ne le reconnais- 
saient plus. Au lieu du visage dur, anguleux d'ascète 
qu'il leur montrait jadis, il les abordait maintenant 
avec des mines confuses et embarrassées, des yeux qui 



Digitized by 



- 305 — 



demandaient pitié, des sourires où il y avait des larmes. 
On le voyait souvent s'arrêter dans la campagne et 
demeurer debout à rêver, devant l'horizon. Puis son 
dos s'agitait convulsivement, il croisait les bras sur sa 
poitrine et repartait, courbé en deux, comme sous le 
poids d'un chagrin trop lourd. Ses sermons n'étaient 
plus les mêmes. Après avoir stigmatisé en termes vio- 
lents les mauvaises mœurs des campagnes, il avait 
d'étranges effusions de charité qui le faisaient pleurer 
en chaire sur la faiblesse de la nature humaine. Les 
villageois, tout remués, sortaient de l'église avec des 
sentiments contradictoires qui glissaient de sourdes 
ardeurs au cœur des femmes et poussaient les hommes 
au cabaret. Jamais on n'avait vu, à Sart-le-Grand, 
autant de couples derrière les haies, le dimanche après 
les vêpres. Le péché de Marie, après avoir transformé 
le curé lui-même, semblait éveiller dans le village entier 
un besoin de bonheur et de volupté. 

La servante que l'abbé avait prise pour remplacer sa 
sœur, lui avait dit que celle-ci s'était réfugiée à Fia- 
minne. L'idée qu'elle était là, toute proche de lui, trou- 
blait le prêtre au point de lui faire perdre le sommeil. 
Le soir, une force que sa volonté, que la prière même 
ne pouvait dompter, le jetait dehors, sur la route. Et, 
par le chemin creux où il l'avait vue disparaître, il 
s'en allait à travers la nuit. Il croyait n'obéir qu'à la 
poussée de l'instinct fraternel, et pourtant, au fond de 
son âme, il entendait une autre voix lui murmurer des 
conseils de pardon. Elle lui disait, cette voix qui lui 
venait du lointain de sa race, où il croyait reconnaître 

20 



Digitized by Google 



— :j(Xi — 



l'accent de sa mère, morte depuis si lonhtemps : n Sois 
bon, tâche de comprendre la vie! Détourne-toi des 
images mortes que tu adores ! Ce n'est pas elles qui 
pourront Rapprendre comment un honnête homme doit 
penser et agir. Penche-toi sur l'humanité, avide de 
joie. Ta sœur n'est pas coupable. Elle est allée vers 
l'amour, parce que la nature l'y poussait. Elle n'est pas 
plus coupable qu'une fleur qi.i s'épanouit dans îes 
champs, qu'un fruit qui mûrit au verger. Ouvre-lui les 
bras, respecte sa maternité prochaine. En elle, c'est ta 
race qui se poursuit, c'est le sang de tes pères qui se 
crée un suprême héritier... » 

Mais il résistait passionnément. La voix mentait! 
C'était Satan qui parlait ainsi pour le séduire. Men- 
songes ! mensonges ! Sa sœur était coupable, puisqu'elle 
avait méconnu les commandements sacrés, puisqu'elle 
s'était donnée à un homme sans lui avoir été unie par 
le sacrement! Et, tandis que sur la campagne nocturne, 
une grande paix silencieuse tombait, tandis que 
l'humide mélancolie de l'automne mêlait à l'air fiévreux 
des effluves d'ivresse et d'amour, sa soutane se dressait 
obstinément sous le ciel, comme un sombre défi à la 
nature, mère éternelle de tous les germes et de toutes 
les fécondations. 

Toutefois, ses pas le menaient malgré lui au sommet 
d'une colline boisée de sapins, d'où l'on découvrait; 
tapi dans la vallée, le village de Flaminne. Quelques 
lumières brillaient ça et là. On entendait le bruissement 
du vent dans les feuilles mortes. Un train, au loin, 
sifflait désespérément. Et le prêtre restait longtemps, 



Digitized by Google 



— au7 — 



appuyé contre un arbre, à regarder cet amas de maisons, 
où il y avait, en ce moment même, une femme, la chair 
de sa chair, qui souffrait, à cause de lui, la solitude, 
l'abandon et le mépris. Elle pleure, peut-être! Elle 
lui reproche tout bas, sans doute, d'avoir repoussé sa 
détresse pour obéir à une doctrine de rigueur et de 
néant! Si elle fut coupable d'aimer, n'en est-elle pas 
assez punie? N'est-ce pas son devoir, au contraire, de 
lui offrir le réconfort de sa tendresse, le baume de son 
pardon ? Et la nuit se passait, de la sorte, en médita- 
tions et en prières. Il ne décidait rien, passant de 
l'indulgence à l'inflexibilité. C'était l'idée de l'enfant, 
de cet enfant à naître, qui l'arrêtait surtout sur le 
chemin de l'absolution. Quoi qu'il pût faire, l'enfant 
serait là, toujours, comme un témoignage vivant de la 
faute, un rappel inexorable du honteux passé ! Et par- 
fois, dans son désarroi, il se surprenait à penser : « Qui 
sait? Peut-être ne vivra-t-il pas! Alors... alors on 
pourrait tout oublier!... » 

Les mois coulaient, La servante, un jour, lui dit 
mystérieusement. 

— « Monsieur le curé, c'est pour aujourd'hui. 
L'accoucheuse est déjà là!... » 

Il crut que son cœur s'arrêtait de battre. 

— « On ne sait pas ce qui peut arriver, continua la 
bonne femme. Si j'étais de vous, Monsieur le curé, 
moi j'irais là-bas.... » 

Il s'enfuit sans répondre. Aller là bas ! Assister à 
cette scène immonde! Tremper sa soutane dans ces 
fanges! Cette femme était folle! Il se réfugia dans 



Digitized by Google 



— 308 — ' 

l'église, mais il ne put prier. Son imagination lui repré- 
sentait sans cesse le tableau de misère et de gloire, ce 
martyre sanglant d'où jaillit la vie, cette douleur sacrée 
qui fait les hommes ! Il haletait, les mains sur la bouche, 
pour ne pas crier. Et ses yeux égarés lançaient des 
regards de haine à ces statues, à ces images, à tout cet 
appareil dérisoire, impuissant à lui donner un. conseil 
ou une consolation. Il était là, agenouillé, presque 
sans connaissance, quand la servante se glissa près de 
lui. Elle pleurait dans son tablier. 

— « Monsieur le curé, dit-elle, les nouvelles ne sont 
pas bonnes. On a dû mettre les fers. Je crois que made- 
moiselle va passer... » 

Il se leva d'un bond, soudain rendu à la conscience 
de son ministère. Puisqu'il y avait là-bas une àme en 
péril, il n'y avait plus à hésiter. Il se mit en route aus- 
sitôt. Il ne raisonnait plus : il marchait avec la seule 
idée d'arriver là-bas avant la mort. Le soir, déjà, cou- 
vrait toute la vallée. Sur la pente de la colline, dès qu'il 
eût aperçu les maisons, le prêtre se mit à courir, les 
bras ouverts, en poussant de sourds gémissements. 

Mais quelqu'un courait plus vite que lui. Arrivé chez 
sa tante, quand il poussa la porte, il vit, au fond de la 
pièce, une forme rigide sur le grand lit de l'alcôve et 
deux bougies qui brûlaient sur une table, près d'un 
crucifix et d'un verre où trempait un bouquet de buis. 
Il tomba à genoux, incapable même de murmurer une 
prière. Le voile venait de se déchirer. Il comprenait, à 
la vue de cette morte, le crime qu'il avait commis. Elle 
avait passé, lui dit sa tante, en l'appelant, en demandant 



Digitized by Google 



— 309 - 



son pardon avec des sanglots affreux. Et l'attitude froide 
de la vieille, les regards gênés du fils lui disaient mieux 
que les paroles, les reproches que ces gens simples lui 
adressaient dans leur cœur. Il se leva péniblement et 
bénit le cadavre. Puis suffoquant, il l'étreignit et baisa 
le pauvre visage glacé, sur cette bouche qui lui avait 
souri depuis l'enfance, sur ces yeux qui avaient été si 
longtemps pour lui les clartés familières de la maison. 
Alors, la tête basse il demanda à voir l'enfant. C'était 
un garçon, un beau petit gars, bien bâti, qui semblait 
avoir pris, pour nourrir ses membres dodus, toute la 
vie de sa mère. Il dormait dans la chambre voisine. A 
l'entrée du prêtre, la garde prit la lampe et la leva au 
dessus du berceau. La lumière dorée inondait cette 
couchette toute blanche, légère et douce comme un 
nid. Sur l'oreiller de dentelles, amoureusement brodé 
par la morte, reposait le petit être endormi, le visage 
encore rouge, ses petits poings menus fermés contre 
ses joues. Dans le grand silence, on entendait le faible 
bruit de sa respiration. D'un geste brusque, le prêtre 
saisit la lampe et fit signe qu'il voulait rester seul. La 
garde se retira. 

Maintenant, debout près du berceau, l'abbé Servien 
regardait avec une expression étrange, dormir l'enfant 
de sa race. Il y avait encore de la douleur dans ses 
yeux, mais une flamme nouvelle les éclairait et c'était 
comme si, dans ce cerveau obscurci depuis des années 
par les ténèbres sacerdotal, un flambeau soudain 
venait de s'allumer. Il regardait et songeait. L'une 
après l'autre, des idées très simples lui arrivaient du 



Digitized by Google 



— 310 - 

fond de sa vie. Il comprenait, à présent, la volonté de 
la nature, contre laquelle les Religions luttent en vain, 
qui donne aux hommes comme à tous les êtres, 
l'instinct du baiser pour assurer son éternelle propaga- 
tion. Il l'avait étouffé en lui, cet instinct; il s'était 
privé des joies saines après lesquelles, les soirs d'été, il 
soupirait encore, parfois! Dans sa folie, il avait pré- 
tendu en priver aussi sa sœur. Ah ! Comme il en était 
puni, maintenant. S'il l'avait laissée aller, jadis, vers sa 
destinée, elle vivrait quelque part, dans la paix et le 
bonheur, et cet enfant qui dormait là, il pourrait le ser- 
rer sans remords sur son cœur! Obéir aux vœux de la 
nature, telle devait être la seule loi sur la terre! L'amour 
était saint, l'amour était noble ! Lui seul était la vérité, 
puisqu'il créait la vie! Transporté d'une foi nou- 
velle, reniant ses dieux de mort et son idéal de néant, 
le prêtre s'agenouilla devant le berceau et, collant à 
cette chair sacrée ses lèvres palpitantes, il adora dans 
ce fragile enfant, l'humanité toute entière et le mystère 
infini de la création. 

Georges Rency. 

7 mai iqo5. 



Digitized by Google 




Notre-Dame-des-Sept-Péchés 



Sur la Place-des-Trois-Cents-Vices 
En clochetons jumeaux s'hérisse 
Notre- Dam e-dis-Sept-Péchés , 
Formidable! — qu'on nomme 
A ussi Notre- Dame-de- Tous-les-H ommes, 
Parce que sous les sept clochers 
Il faudra bien, un jour ou Vautre, 
Avec mon cœur, et vous le vôtre. 
Aller voir Monseigneur Sathan 
Qui nous attend. 

C'est Notre- Dame-aux-Sept Clochers, 
Notre-Damt-dcs-Sept- Péchés . 

C'est le phare qui brûle au vent, 
Au vent de terrz, au vent de mer, 
Au vent d'enfer. 

C'est le phare qui brûle au vent, 
Pour les morts et pour les vivants, 
Le phare des cent mille vents. 



Digitized by Google 



Et les vieux loups des vieux hivers. 
Tragiques, hurlent, des nuits, vers 
Le phare lointain qui flamboie 
Au vent d'hiver 
D'immense joie! 

La /lèche haute en fer de lance 
Au ciel s* élance. 
Et Von ne peut voir le bout 
De la flèche de Notre-Dame 
Au dessus des sept clochers, où 
Pendent en ex-voto des âmes. 

— Ding! - les cloches aux sept clochers 

— Dongf — sonnent pour les sept péchés, 

— Ding! Dong! — les cloches éternelles • 
Sonnent la messe universelle, 

Matines, vêpres et salut, 

A V église du Grand-Chahut ! 

Or, les vieux loups des vieux kivets 
Tragiques hurlent, des nuits, vers 
Les clochers des sept clochers 
Qui sonnent pour les sept péchés. 

Et ceux qui ri ont pas entendu, 

Déjà, les appels éperdus 

Des vieux loups noirs des vieux hivers 

Tragiques se retrouvent vers 

La nuit terrible qui flamboie, 



— 313 — • 



Et que sonnent au vent d'enfer, 
Au vent de terre, au vent de mer, 

— Ding! Dongf — aux cent mille vents, 
Que les cloches pour les vivants 

— Ding! Dongl — sonnent aux sept clochers, 

— Ding ! Dongl — sonnent pour les sept péchés, 

— Dongl - que les cloches éternelles 
Sonnent la messe universelle ! 



Et d? innombrables pèlerins, 
Au long des longs chemins, 
Viennent des loin s, 
D'on ne sait où, 

Avec leurs cœurs dans leurs deux mains 

Et leurs yeux fous. 

Et quand ils voient 

Notre- Dame-des-Sipt- Péchés 

Resplendissante qui flamboie ; 

Oh! quand ils voient 

Illuminer V immense joie 

De Notre- Dame-aux-Sept-Clochers, 

De N otre-Dame-deS'Sept- Joies ; 

Oh! quand ils voient 
Le grand portail tout grand ouvert, 
Au vent de terre, au vent de mer, 
Au vent d'enfer ; 



• — 314 — 



Les pèlerins d'on ne sait où, 

Les pèlerins des longs chemins , 

Avec leur cœur dans leurs deux mains 

Et leurs yeux fous, 

Les pèlerins en bandes 

Ou bien tout seuls, 

Frénétiques, jusques au seuil 

De Notre- Dame-la- Très- Grande, 

D'un coup se ruent 

Dans des clameurs qui tonitruent 

Et du silence. 

* 

Mais quand ils passent le portail 
De Noire-Dame, 
Les pèlerins 

Ne remarquent pas dam ses loques, 

A vec ses seins qui pend éloquent 

Sur son poitrail, 

Une vieille qui prend leur âme 

Et leur cœur entre leurs deux mains 

— Pour Monsieur Saihan, 

Qui les attend. 

Léon Legavre. 
(Extrait de Les Basiliques, un volume à paraître). 



Digitized by Google 



LES CROIX DO L'HO/A/AE DE LETTRES 



Sans évoquer des gestes romantiques dont le doulou- 
reux désordre n'est pas à la mesure de notre temps, 
nous pouvons considérer ce qu'il y a de réel et de très 
particulier dans la souffrance de l'homme de lettres. Il 
a ses croix professionnelles. Bien qu'elles proviennent 
d'une perpétuelle tension de l'esprit vers ce qu'il y a de 
moins saisissable au monde, elles ne sont rien moins 
qu'imaginaires ; elles ont du poids ; ce ne sont pas des 
ombres de croix, 

Je ne parlerai pas du fréquent dénuement matériel de 
ceux qu'emplit la passion d'écrire. La pauvreté des 
poètes, même de ceux qui écrivent en prose, n'est pas 
seulement un lieu commun du romanesque, c'est aussi, 
huit fois sur dix, une vérité. Mais, dans le besoin de 
manger qui est la plus élémentaire et la plus misérable 
des tortures, tous les hommes se confondent. 



Digitized by 



— 316 — 



Je songe à quelques hommes; à leur état moral ; à 
une affection de l'âme qui leur est propre. 

Nos lettres d'expression française ont eu trois pré- 
curseurs. Leurs façons de vivre et de s'efforcer menta- 
lement, marquent trois directions distinctes, trois 
manières de souffrir. 

Le premier croyait à la société. Il attendait d'elle sa 
consécration de poète. Il mourut insatisfait parce que la 
société de son temps n'avait honoré en lui que le 
fonctionnaire. 

Le deuxième croyait à l'humanité. Il aimait la nature 
Il était généreux et tendre. Isolé, méconnu, presque 
inconnu, il termina sa vie dans l'amertume d'ignorer si 
son émotion et son rêve avaient retenti. 

Le troisième enfin, contemplatif et replié dans une 
solitude volontaire, croyait à Dieu. Disons quelque 
chose de plus : il le ressentait. Il s'endormit peut-être 
avec le regret de n'en avoir pas assez vivement fixé 
toutes les apparences. 

On a pesé ces croix dans le but de savoir laquelle des 
trois pesait le plus. 

Je pense qu'elles étaient également lourdes parce 
que chacun de ces hommes avait, à sa manière, une foi 
robuste et le désir de faire resplendir, dans la tour- 
mente extérieure, la flamme qui les brûlait 

Henry Maubel. 



Digitized by Google 



GERMINAL 



A Em. Dbspreschins. 

Les branches 
Blanches 
Des merisiers sur les canaux, 
Font tâches 
Lâches 

S* élargissant au fil des eaux. 
La rue, 
La nue 

Sont grises, noires, toutes Jeux, 
Mais blanches 
Branches 
Rappellent le Printemps joyeux. 

Les ailes 
Grêles 

Des fleurs qui piquent les rameaux, 
Et ventes, 
Seules, 

Près d'un bourgeon aux verts nouveaux ; 
La fie 
Habile 

Des cygnes blancs qui vont glissant, 
Tout chante 
L'attente 
Du doux Printemps adolescent. 



Digitized by Google 



— ;U8 — 

Pense, 
Silence ; 

Baigne tes sens en ces blancheurs ; 
Oae l'heure 
Fleure 

Ce frais f>a rfutn de fraîches fleurs . . . 
S'efface, 
Passe 

La troupe de< beaux oiseaux purs... 
L'eau vide 
Ride : 

Allons vers les printemps futurs... 

Marguerite Coppin. 




/AADRIGAL 



Trop grande passion est nuisible far/ois : 

Tout entier à l'amour que ta beauté m'inspire, 

L'extase paralyse et ma plume et ma voix : 

Je voudrais moins f aimer pour pouvoir te le dire!... 

Fernand Servais. 



Digitized by Google 




CRÉPUSCULE CHARNEL 



>4 wo« a;/»' Pihrre Fanny. 



Depuis que sa mère la laissait jouir pleinement de 
son indépendance, Juliette s'aventurait fréquemment 
dans les plaines mornes de Sainte-Anne, en face 
d'Anvers, de l'autre côté du fleuve. Heureuse de se 
sentir libre, elle traversait les quelques rues groupées 
en hameau, quittait la grand' route pour s'enfoncer 
dans les terrains incultes et solitaires, sous le ciel qui, 
sans hâte, se drapait dans un péplum violet, couleur 
d'améthyste.... C'était là, par le calme profond, qu'elle 
laissait se pâmer son âme au hasard des horizons 
ensoleillés, prenant plaisir à s'illusionner sur la vie, 
s'enthousiasmant de sa jeunesse ardente et parfumée 
qui tomberait certain jours, sans doute, dans les 
embûches traîtresses de l'amour.... Cela lui procurait 
une émotion infinie, un trouble délicieux, un frisson 
de volupté, léger comme un vol d'hirondelle : ses 
chairs en frémissaient toutes. 



Digitized by Google 



— 320 — 



A marcher ainsi, pensive, absorbée, elle ne s'était 
point aperçue qu'un homme venait d'emboiter son pas, 
ralentissant avec elle, accentuant son allure dès qu'elle 
même l'accentuait. Un sarrau bleu flottait autour du 
torse, rudement charpenté, de l'individu ; ses panta- 
lons, trop larges, claquaient au vent ; une casquette de 
toile noire, à courte visière, enserrait la tête. La 
démarche était lourde, la figure mauvaise. 

Par hasard, Juliette se retourna et se trouvant face 
à face avec lui, se sentit prise d'un émoi indicible. Non 
pas qu'elle fut peureuse, mais dans cette steppe déserte, 
l'insistance du rôdeur à la suivre l'irritait. Elle se 
dirigea donc vers le hameau, d'une marche rapide, 
nerveuse, cadencée. 

Sur le point de choir à l'horizon, le soleil frappait les 
prés de ses dernières flèches qui se brisaient au contact 
du sol, ruisselaient partout en mince couche d'or. 

L'homme, cependant, continuait de poursuivre la 
jeune fille, mais sitôt qu'il la vit fuir, il fut sur elle, 
d'un bond. Furieusement, il saisit ses poignets : 

— A moi, la garce, scanda-t-il! 

L'œil injecté de sang, il considérait à son aise cette 
jolie blonde en plein épanouisement et, devant Les 
supplications de plus en plus pressantes, haussait les 
épaules. Juliette entretemps cherchait des yeux un 
secours impossible : nul passant ne pointait dans la 
campagne. 

L'homme, sans mot dire, dessera son éteinte, enlaça 
son bras droit autour de la taille de la jeune fille, attira 
son buste à lui, jusqu'à ce que sa joue frôlât la sienne, 



Digitized by Google 



brune de hàle. Mais la vierge au cou de l'agresseur 
avait rapidement enroulé ses doigts nerveux qu'il venait 
de lui laisser libres. 

Dans la prairie somnolente, un instant, leurs respira- 
tions sifflèrent, haletantes, oppressées. 

Juliette était devenue soudainement pâle. Un trem- 
blement la faisait vibrer toute, tandis qu'elle scrutait 
les lointains, sans résultat. Deux larmes avaient roulé 
sur ses joues froides. Son inférioté, qu'elle sentait 
manifeste, la rendit suppliante : 

— De grâce, lâchez-moi, vous me faites mal, dit-elle. 
Et de cette voix d'un charme si captivant que parfois 

les femmes possèdent, elle ajoufait. 

— Je vous en prie, Monsieur. 

Le rôdeur restait muet, quoique son masque trahit 
Timpatience. 

Devant son injurieux cynisme, une révolte s'était 
insurgé au cœur de la jeune fille. Ouvrant le cercle 
d'acier que formait ses doigts autour de la gorge qu'elle 
n'avait pas lâchée, elle voulu fendre l'air d'un geste 
violent qui eut souffleté l'homme. Mais déjà, il l'avait 
devinée! Au vol, il agrippa sa main, tordant le poignait 
jusqu'à ce qu'elle consentit à le tenir derrière elle. 

— Ah! la rosse. Attends voir, sale N. de D. de rosse, 
blasphémait-il. 

Leurs deux corps étaient si près l'un de l'autre que 
le monstre éprouvait une chaleur bienfaisante lui 
chatouilles les moelles. Des gouttes de sueur perlaient 
sur sa face congestionnée; ses yeux étaient bouffis de 
désirs insensés; dans la crispation de tous ses nerfs, 

21 



Digitized by Google 



— - 



sa bouche s'arquait effraye m mçn t. Il avança goulûment 
les lèvres pour mordre aux siennes, rouges comme des 
cerises du nord. 

La jeune fille, dégouttée, tourna la tète. Elle le cingla 
d'une injure. 

— Lâche, proféra-t-elle, violemment. Et Ton perce- 
vait en cet unique mot un désespoir qu'elle savait être 
vain et toute l'expression de sa colère brisée, tandis 
qu'il ressentait une jouissance malsaine à se trouver 
ainsi, près d'elle. Cependant, un repos s'imposait au 
mâle, tant il est vrai que les espoirs déçus émoussent 
cruellement les forces de l'âme. Et, comme ils restaient 
immobiles, elle, la tète basse pour qu'il ne violât pas 
ses lèvres qu'aucune bouche impure n'avait froissée, 
lui, avidemment baisait la nuque si fraîche, s'énivrant 
des senteurs qui s'en élevaient, chaudes et troublantes. . 
Mais toutes les fois qu'il avançait la lippe, elle se bais- 
sait, aiguisant sa soif de possession, exaspérant ses 
nerfs. Il pressentait qu'il ne l'aurait qu'après un long 
combat et tenta douceur : 

— Ainsi, tu ne veux pas? Tu ne veux pas? question- 
na-t-il anxieux, la gorge convulsée de colère haineuse. 

Elle, le toisait maintenant, dédaigneuse et fière. Le 
bandit, avec cette insistance qui caractérise ceux de la 
glèbe, refit sa proposition par trois fois, ajoutant qu'elle 
était à lui, qu'il pouvait la « saigner » sans que per- 
sonne n'intervienne. 

Ah! le gaillard connaissait l'endroit! 

Un vent léger se lève le soir dans les plaines immen- 
ses de l'Escaut et paraissait vouloir les unir d'une m£me 



Digitized by Google 



haleine, envo\ r ant voltiger une mèche des cheveux do 
Juliette sur le front de l'agresseur, Leur odeur violente 
agaça ses sens, surexcités! Il se persuada que cette 
femme était incorruptible et lui cracha à la face sa colère 
grandissante : 

— Ah! la demoiselle, la jolie petite demoiselle qui 
ne veux pas du beau gars qu'est bibi. Eh ben, on va 
voir, on va voir mam'zelle la difficile ! 

Lestement, il avait plongé la main dans son corsage 
où se soulevaient les seins, fermes et rebondis comme 
des pommes. Mais à l'improviste, Juliette s'échappa. 
D'un brusque saut de côté elle fût dans la prairie, cou- 
rut du plus vite qu'elle pouvait, franchissant les sillons 
et les racines qui vidaient largement la terre. 

Après une course folle, ses jambes s'aburdirent, se 
dérobèrent.... 

Chancellante sous le coup de poing qui, telle une 
massue, s'était abattu entre les omoplates, elle était 
tombée à genoux, lourdement. Mains-jointes, elle sup- 
pliait maintenant la brute, au nom de l'humanité. Elle 
lui offrit une forte somme d'argent, lui omit les bijoux 
dont elle était parée, promit d'être à lui, plus tard. 

Le moment était décisif. Que pouvait la vierge 
contre le puissant mâle? Elle s'était décidée quand 
même à lui faire payer chèrement le triomphe de son 
corps. Subitement, elle se releva, pleurant et criant de 
désespoir. Elle écrasa son poing sur la figure bestiale, 
égratigna ses joues, mordit sa main avant qu'il eût pu 
saisir son poignet. Le rustre écumait sa face déchirée 
de coups d'ongles et sa lèvre meurtrie saignaient. 



Digitized by Google 



— 



D'un bras vigoureux, il renversa la jeune fille qui 
voula sur l'herbe, les jupes en désordre. Un moment, 
il la tint impuissante sous son genou d'acier. A travers 
l'étoffe, il soupesa ses seins gonflés, palpa la saillie de 
ses hanches. Puis, se couchant à ses côtés dans le 
gazon qu'une humidité endiamantait, il prit ce corps 
brisé, le sera bien étroitement pendant qu'un coup de 
pouce faisait sauter les agrafes du corsage. Sa bouche 
chercha sa bouche devenue de glace et qui paraissait 
encore vouloir se dérober. 

Le sentiment de la réalité cruelle désertait Juliette 
peu à peu. Un sommeil semblable plutôt à un 
évanouissement la rendait presqu'insensible. Et le 
monstre s'étant mis à genoux la contemplait avec une 
aridité farouche, une gouttelette de sang était tombée 
sur le pur visage de cette martyre et mettait un rubis 
sur sa chair, très blanche. Mais, ne songeant ni â la 
vilénie qu'il allait commettre ni à épargner sa virginité, 
il se rua sur elle. 

La rougeur du couchant enveloppa la ville, au loin. 
Et le timtre clair d'un vieux carillon flamand s'en vint 
mourir de l'autre côté du fleuve où hurlait une victime 
de la force brutale. 

René de Chambéry, 

Bruxelles, 4 août ioo5. 



Digitized by 



^^k^^J d^ÊDts^E] l^^lk^ 



GRAINS D'AWBRE 



Le vieux Noé, lorsqu'il eut mis la vigne en terre, 
Immola tour à tour au pied de l'arbrisseau : 
Un paon, une guenon, un lion, un pourceau. 

Voilà pourquoi, quand l'homme a bu son premier verre, 

Il est, comme le paon, brillant et gracieux : 

Au deuxième, du singe il montre la nature, 

Au troisième, il devient un lion furieux, 

Au quatrième, un porc vautré dans son ordure. 

* 

Où que tu sois, acquiers et Science et Vertu : 
Elles te tiendront lieu des plus nobles ancêtres. 
L'homme est celui qui dit : « Voilà qui je sais être! » 
L'homme n'est pas celui qui dit : « Mon père fut... » 

* 

* * 

* 

Lorsque Dieu veut montrer une vertu voilée, 
Contre elle il fait agir le dard de l'envieux. 
Il fait que la broussaille à l'entour soit brûlée 
Pour que l'odeur de Valois s'exhale aux deux. 

* 



Digitized by Google 



5am;tf à jamais vit jusqu'en le trépas, 
Même lorsque ses os sont réduits en poussière, 
Et r ignorant est mort : comme il marche sur terre , 
On croit qu'il est vivant, mais il n existe pas. 

* 

Oppose au sort cruel ta longue patience, 
Espère en la bonté du seul Dieu qui sait tout ; 
Ne t'abandonne pas à la désespérance, 
Quand le destin t'accablerait d'étranges coups; 

Songe que le Très Haut a pour ta délivrance 
Des moyens que nous n'entendons, ni ne voyons : 
Bien des hommes ont fui le fer aigu des lances! 
Mainte proie a trompé la gueule du lion ! 

* 

* * 

Plutôt que de souffrir V affront et les reproches, 
Je descendrais du haut des monts de lourdes roches. 
Les gens disent : La honte est de gagner son pain. 
Et moi je dis : La honte est de tendre la main. 

* 

* * 

Cette vie est objet fragile, et Von peut dire, 

Ce qui fut n'est plus rien, ce qu'on espère est loin : 

Tu n'as à toi que le moment où tu respires. 

Marc Legrand. 

(Traduit de poètes arabes). 



Digitized by Google 



[S^lIZ^Ë] 



BONJOUR SOLEIL! 



Bonjour Soleil! 
Bonjour l'Espoir ! Bonjour la Vie!... 
Tous les baisers du Demain clair 

Clair et Vermeil 
Je vous reçois Vàme ravie... 
Baisers du jour. Baisers de l'Air 

Baisers du Ciel ! 

Bonjour Soleil! 
En tourbillons j'ous de clarté 

Flambes à ma croisée ouverte 

C'est un éveil 

De splendeur et de volupté 

Toute la Clarté m'est offerte 

Par le Soleil. 

Bonjour Soleil ! 
Tout mon cœur rit! Tout mou cœur chante ! 
Tu ravis mon âme d'enfant 

A son sommeil. 
Et ta douceur blonde et fervente 
Est comme un grand baiser d'amant 

A nul pareil. 

Edm. Veuchet. 



Digitized by Google 



TRAITÉ D'ALLIANCE 



De son perchoir, Coco observe l'alentour : la table 
de marbre où sa cage est posée, le comptoir ennobli 
de glaces, la porte d'entrée, le maigre John Cockerill 
et son socle malingre, la petite gare du Luxembourg. 
Sans en avoir l'air, Coco a logé au fond de ses yeux 
mornes cet horizon familier ; c'est un paysagiste aussi 
perspicace que modeste et cela le distingue de tant 
d'autres paysagistes. 

Il a conscience de sa dignité et sait l'ancienneté de 
son établissement en cette demeure; il a vu les patrons 
se succéder par les caprices de la faillite et de la mort ; 
chacun l'a gardé, le connaissant ami delà clientèle: 
sans s'épancher en des commérages vains, Coco est fier 
de cette précellence. 

Harnaché de sa robe verte et rouge, regard placide, 
bec fanfaron, Coco, habituellement taciturne et som- 
nolent, s'éveille et s'affirme au spectacle de la nourri- 
ture. Il s'approche des voyageurs et quémande les 



Digitized by Google 



— 329 — 

les brides de leur bifsteck; lorsque le patron et sa 
« dame » prennent le repas de midi, il s'installe sur la 
nappe, qu'il orne de « moulures » et dévide son réper- 
toire : «Ah! Ah! Ah! — Rrou.... Rrou.... — Coco, 
c'est la cotte! » A défaut de variété, ce perroquet 
s'impose par l'éclat et l'obstination du timbre, non 
moins que par le rythme impérieux des ailles battantes. 
Inutile de vouloir se détourner de lui ou feindre 
d'ignorer ses revendications manducatoires; son affaire- 
ment courroucé, son gosier sonore, l'impatience de ses 
allures vous dictent votre devoir et vous persuadent le 
soin du personnage. Aussitôt repu, il réintégre son 
domicile et se replonge en ses méditations paresseuses. 

Or. l'autre jour, Coco qui n'aime pas les chiens, a 
éprouvé une impression pénible en voyant s'insinuer 
sous une banquette, la masse prétentieuse d'un fox-ter- 
rier poussif. Son maître en traçait la biographie 
laudative : 

— Je l'ai reçu tout petit... tout petit... d'un de mes 
amis qui était de Gembloux... Mais, je suis de Grez- 
Doiceau... Si j'aurais voulu, il aurait ramassé tous les 
prix d'honneur dans les concours de ratiers... il avait les 
dents... et un coup de gueule... han!... je ne vous dis 
que ça... Mais je n'ai pas voulu qu'il prendrait part à 
ces concours-là... D'abord, il a gagné assez de primes 
comme ça, rapport à ce qu'il est blanc... blanc sans une 
seule tâche. C'est la vraie race... la bonne. Ah! c'était 
un gaillard, dans sa jeunesse.. . Il a croqué des poules, 
le mâtin... Maintenant il a dix-sept ans passées et il 
souffre de l'asthme quand il a couru... Mous veillis- 
sons, hein, Bruno? 



- 

Digitized by Google 



— :;:in — 



Bruno s'ébroua, éternua, quêtant la caresse; il était 
dodu et béat comme un porcelet. 

Son maître s'attabla, pendant que Coco boitillait 
vers le couvert et le drame se produisit : un morceau de 
viande, destiné au bipède, chut sur le plancher, où le 
quadrupède le voulut happer; seulement, Coco, 
conscient de son droit, déjà fondait sur le butin, dans 
un tapage de protestations et de plumes éployées. 

Oua! Oua! Rrou.... Krou.... Oua! Oua! Coco, 
c'est la cotte! Bruno se précipitait, émettant des abois 
redoutables, dont Coco, indubitablement se moquait : 
il avait mis le grappin sur la proie et, la crête hérissée, 
tournoyait à la façon d'une toupie; il finit par rejoindre 
son juc, d'une brusque envolée, en humiliant d'une 
brûlante i; moulure ,) son adversaire abasourdi . 

Le lendemain, assis à côté de son maître, Bruno 
mangea son content; Coco planait, dédaigneux, sur 
cette poussivité rondelette. On eût dit qu'ils ne s'étaient 
jamais vus. 

Puis, il se fit une détente. Du moment où chacun 
fut assuré de sa chacunière, Coco en son asile, Bruno 
sous la banquette, du moment où chacun obtint, de 
son côté, l'assurance du repas, le code de la politesse 
régit les antagonistes. Ils voisinèrent même et ils ne 
tardèrent pas à se mieux connaître ; Bruno s'aperçut 
que Coco goûtait médiocrement la côte de veau panée; 
Coco enregistra que le fromage et le pain trempé de 
bouillon laissaient Bruno indifférent. La constatation 
de ces diversités fortifia leur mutuelle estime et les 
mena, peu à peu à l'amitié solide; ils passèrent, l'un 



Digitized by Google 



— :\:\\ — 



près de l'autre, des heures pacifiques et affectueuses. 

Et, quoiqu'ils s'abstinssent de poisson, le soir où un 
innocent basset chemina vers un débris de sole au trot 
menu de ses courtes pattes, ils se ruèrent sur lui d'une 
rage telle que le pauvre en pensa mourir de terreur. 
L'alliance était scellée sans intermédiaires. 

Les animaux sont trop fins pour recourir aux offices 
des diplomates. 

Franz Mahutte. 



LE BERGER DU SILENCE 



Au poète des « Contes chimériques. » 

Au crépuscule lent, sous le citl rouge et tors, 
Le vieux berger debout, en îwuppelande brune, 
Le vieil amant fidèle et fervent de la lune 
Veille toujours..., tel un remords. 

Fatal et immuable il est depuis des heures 
Devant F heure qui passe et qui renaît toujours. . . 
Et, figé, bloc de nuit qui aur ;it des contours 
Il attend, Jour-Dieu, que tu meures ! 



Digitized by Google 



— — 



Ainsi, depuis de temps, ses yeux profonds ont bu 
La somptuosité de V heure qui défaille... 
Et, toujours, en son âme, une angoisse tressaille 
& avoir senti et d'avoir vu ! 

Le grand silence a dit à son âme discrète 
Les secrets qu'on enferme au plus profond du cœur, 
Ces secrets frisonnants d'angoisse et de douceur. . . 
Tendresse mauve qui voleté. 

Farouche et solitaire, il attend le grand soir 
Où la mort hélera son ombre souveraine ; 
Il attend là sans peur, et mourra Vàme pleine 
Des grandes nuits qu'il a su voir. 

Au crépuscule lent, sous le ciel rouge et tors, 
Le vieux berger debout, en houppelande brune 
Le viel amant fidèle et fervent de la lune 
Veille toujours... tel un remords. 

Edm. Veuchet. 



Digitized by Google 



STOIQUE AUDACE 

N'osant rien demander et n'ayant rien reçu 

. . . < 

Elle dira lisant ces vers tout remplis d'elle 

«Quelle est donc cette femme »... et ne comprendra pas. 

(Sonnet d'Arvers). 

A d'autres le tourment d'adorer... et de taire 
L'incessante clameur d'un amour solitaire ! 

A d'autres la langueur si lâche de n'oser 
Ni l'éclat d'un aveu ni le vol d'un baiser ! 

A d'autres la pudeur poltronne et ridicule 
D'un amour incertain qui s'effare et recule, 

D'un amour esthétique* artistement pervers... 

M ais platonique afin.. . de le mieux mettre en vers ! 

— Digue celui-là seul, fidèle à la Nature, 
Qui donne à son désir libre et vaste pâture 

Car si le malheur veut qu'il croise en son chemin 
Celle qui ne voudra lui tendre aussi la main, 

Lorsqu'il sera bien sûr qu'elle est insaisissable 
El qu'il en souffre au cœur un mal inguérissable : 

Stotque, et sans regret qui sache apitoyer, 
Il le tordra son cœur malade — à le broyer ! 

Honoré Lejeune. 



Digitized by Google 




SUZON " 



On me nomme Suzanne et j'aime beaucoup mon 
petit nom que d'aucuns disent très joli. Chaque fois 
que je l'entends prononcer par une personne que 
j'aime, il me semble rempli d'une harmonie étrange. 
C'est comme une phrase musicale jouée sur le clavecin 
du cœur... Un grand garçon bien fait, avec une con- 
quérante moustache blonde, qui me lit danser un soir. 
— c'était . je me souviens, au carnaval — m'a dit que 
j'étais jolie autant que mon nom joli. Le compliment 
était bien tourné, comme son auteur; j'ai crû ce que 
médisait mon aimable cavalier. Un jeune homme qui 
valse si bien, ne doit guère mentir. Se moquait-il?... 
Je ne le pense pas, bien qu'un mardi-gras, on puisse 
plaisanter... Je n'ai plus revu mon beau danseur. C'est 
dommage ! 

J'ai tant rencontré, par la suite, de jeunes gens du 



i) Premières- pages d'un roman en préparation, 



Digitized by Google 



monde, qui parlent comme des charretiers. Eux aussi 
vantèrent mes yeux de bluets et le jais de ma chevelure, 
mais cela ne me toucha guère. Parfois même, ces fadai- 
ses m'irritèrent au point que je leur répondis des sotti- 
ses. Tout dépend de la façon de dire... Je suis vraiment 
folle de me fâcher, pour ces niaiseries!... 

On m'a même assuré que j'étais trop jolie. 

D'ailleurs mon miroir est du même avis. J'ai donc 
des cheveux noirs, fort longs, ondulant naturellement. 
J'ai des yeux bleus et la bouche petite avec les dents 
blanches, pas plus grosses que des perles. J'ai de petites 
fossettes dans les joues, quand je ris : on appelle cela 
des nids-à-baisers. C'est très délicatement pens^, ce tte 
figure !... Je ne suis pas grasse — je serais triste à en 
pleurer, si je devenais boulotte — , mais. Dieu merci ! 
je ne suis pas maigre davantage. 

N'est-ce pas. Monsieur, vous qui m'avez vue décol- 
letée, au théâtre, que je n'ai pas de salières?... C'est si 
vilain, ces horreurs-là!... Toutes les fossettes ne sont 
pas également gentilles !... Mes bras sont ronds et la 
chair en est blonde... Voilà que vous souriez ! Oh ! mais 
c'est à peine si j'y mets un rien de poudre de riz; et 
encore, ce n'est pas par nécessité; c'est pour le prin- 
cipe, parce que cela parfume et enfin, parce que c'est de 
la Rachel... Tenez; si vous le savez, mon secret, c'est 
une indiscrétion. Vous vous en êtes approché si près... 
si près... que lorsque vous vous êtes sauvé, de crainte 
que je vous batte, vous étiez blanc au bout du nez .. 
Les lèvres sont si près du nez! 

Vous vous dites : Voilà bien une petite folle d'écrire 



Digitized by Google 



toutes ces choses- ln !... que voulez-vous?... Toutes les 
femmes les pensent; moi je le dis. J'ai un défaut de 
plus qu'elles : je suis franche. Est-ce un défaut?... Et 
puis, un de plus ou de moins, qu'importe : nous en 
avons tant. Enfin, si je ne vous disais pas que je suis 
jolie, comment le sauriez-vous? 

Sachez encore qu'il est parfois triste de l'être; c'est 
la cause de tous mes malheurs!... 

Papa remplissait les fonctions de chantre et de 
sacristain, à St-Jérôme, là-bas, au haut du faubourg 
populaire. Quand j'eus onze ans, il me conduisit à 
l'église pour s'arranger avec M. le Curé qui devait 
m'inscrire sur la liste des fillettes, pour la Première 
Communion. Je fis bientôt partie du catéchisme avec 
Jeanne, Valentine, Rose et Irma, nos voisines. Je ne 
me souviens plus que d'elles. Quel énervement 1 quelle 
effervescence dans nos jeunes cervelles, pendant les 
quelques derniers jours! On s'apprêtait, on faisait des 
courses chez les fournisseurs, on visitait les grands 
magasins, on cousait et l'on essayait cinquante sortes 
de coiffures sans en trouver aucune assez flatteuse. 

La cagnotte était lourde. L'hiver nous avait été 
favorable, car il y avait eu pas mal de décès dans la 
paroisse, rapport aux froids intenses. On avait compté 
aussi quelques riches morts et papa avait gagné beau- 
coup d'argent à chanter plusieurs messes de seconde 
classe. Je ne parle pas des absoutes qui ne rapportent 
guère au sacristain, mais qui cependant furent nom- 
breuses. Il ne faut pourtant pas dédaigner les petits 
profits... surtout quand leur cause se multiplie. 



Digitized by Google 



Enfin, le jour de la cérémonie arriva. Quelle émotion 
nous avait empêché de fermer l'œil! D'abord, c'était 
l'importance de l'acte religieux que nous allions poser; 
ensuite — oserai-je dire surtout — on se demandait 
avec anxiété comment le public apprécirait nos toilettes 
blanches?... J'eus une première désillusion : je m'était 
figurée que cela me produirait... comment dirai-je?... 
plus d'effet. Certes, la Messe blanche fut très belle, il y 
avait tant de cierges allumés dans le chœur, et papa, 
au jubé, chanta du latin avec beaucoup d'expression. 
On eut dit qu'il comprenait les mots qu'il disait... 
Mais c'est tout ce dont je me souviens. J'ai oublié tout 
le reste, sinon que l'enfant de chœur de droite, comp- 
tait ses billes, pendant l'office. A cause de la gravité du 
lieu, cela me donna une envie folle d'éclater de rire. 
Heureusement, je parvins à me retenir en m'humiliant : 
je pensai que ma robe faisait un pli disgracieux. 
J'exagérai tant cette minime imperfection, dans mon 
ardent désir de me mortifier, que je crus que j'allais 
pleurer. 

Après la messe qui fut longue, nous nous rendîmes, 
ma mère et moi, chez M. le curé. Nous le trouvâmes 
dans la salle à manger — une grande vilaine pièce 
sombre et triste, toute carrée, avec des meubles de 
chêne bruni, sans un ruban, sans bibelots, sans même 
un pauvre évantail japonais, en papier, épinglé à la 
muraille, — en compagnie de Martine, sa vieille ser- 
vante. Le brave homme m'embrassa — je songeai avec 
terreur qu'il allait chiffonner mon voile blanc, il me 
donna une belle image et puis il me fit un joli sermon. 

22 



Digitized by Google 



— 3: 8 — 



Ce qu'il me dit? Je l'ai oublié, car je faisais attention à 
autre chose. Ce n'est pourtant pas de ma faute. Figurez- 
vous que pendant que le curé prêchait, avec des gestes, 
sa servante parlait à mi-voix avec maman. 

Elle disait, tout en roulant entre ses doigts, le coin 
de son tablier de grossière toile bleue : « Oh ! Madame î 
Quelle est donc jolie, votre Suzanne!... Avec sa robe 
et son voile blanc, on dirait vraiment une petite mariée 1 

Et comme maman souriait, paraissant incrédule; 
elle ajouta : Faut désespérer de rien, avec une enfant 
comme celle-là .. Pourquoi n'épouserait-elle pas un 
comte? Moi, je vous le dit, je ne m'étonnerai pas de 
voir votre Suzanne devenir marquise, quelque jour!... 

Pauvre brave fille, puisse ta prédiction se réaliser. 

Rodolphe De Warsage. 





Digitized by Google 



A VOUS, RHÊTEURS1 



Vous qui cherchez en vain les normes étemelles 
Et les mystérieux arcanes du Destin, 
Qu'avez vous donc surpris des vérités formelles, 
O vertueux penseurs, plus sombres que Calvin ? 

Jamais un clair rayon n'a ravi votre cœur, 

Une étincelle d'or et d'amoureuse joie! 

Et pourtant !... je voudrais noyer votre pâleur 

Au fond de ce cristal que la liqueur rougeoie, 
Et, sous les flots pourprés d'un ardent Chambertin, 
Philosophes menteurs, Rhéteurs incorruptibles, 
Faire se contracter vos masques impassibles! 

Popes, prêtres, rabbins, prédicauts, libertins, 

Qui sous le ciel rieur, lancez vos anathemes, 

Vous êtes les marchands, chassés par Christ lui-même! 

Emile Bouzin. 



Digitized by Google 



REVE 



Je vois, entouré d'encens 
Sur une roche escarpée 
Un pays lointain vibrant 
D'anciennes mélopées. 

Sur des tapis azurés 
Se dressent d'étranges /leurs ; 
Et la lumière éthéréé 
Pleine de subtiles senteurs, 

Entoure de grands peupliers 
Des cascades vertes des saules. 
En ces parcs plein d'oliviers, 
Des femmes aux blanches épaules. 

Dansent se tenant par la main 
Entourant des vasques penchées. 
Au loin* sur de sombres sapins 
Dec colombes chantent, charmées. 

Louis Heyse. 



Digitized by Google 



UN ATHLETE VA SE BAIGNER 



Lentement, il se démet du blanc manteau qui voile 
son impeccable nudité. L'étoffe glisse de ses épaules 
musclées et découvre sa puissante poitrine qu'anime 
un souffle large. Un instant, il l'arrête en sa chute 
indécise et mollement, il s'en drape les reins. Son 
torse, que blondit le soleil, jaillit de cet écrin de neige 
et s'étale beau, ainsi qu'un torse de dieu qu'un marbre 
antique immortalise. 

Mais ses doigts se sont écartés ; la blanche draperie 
s'entrouvre et tombe ; voilà ses cuisses charnues et ses 
mollets d'acier qu'ambre un duvet soyeux. 

Ses poignets et ses chevilles, ainsi que ses genoux ont 
la finesse des natures nobles. A hauteur de la taille, son 
flanc s'évide et son ventre sans graisse, saille en 
muscles durs. 

Il fait quelques pas vers l'onde qui l'attend; avec la 
souplesse des grands félins, sa croupe oscille au 
rythme de sa marche; à chaque mouvement, amples 



Digitized by Google 



— :*I2 — 



ainsi que les flots en paix, ses muscles se gonflent, 
puis s'étalent. 

Il va plonger. Mais avant, il s'immobilise un temps 
et fixe de son œil d'aigle, le soleil qui flambe à l'horizon. 
Tout puissant, dans l'air bleu, son être qui s'érige est 
comme un hymne à la beauté humaine : il est la force, 
il est l'harmonie. 

Raymond Limbosch. 



SOIR 

....J'ai vu souvent, le soir : une chambre bien close 
Eclairée à demi comme d'un rêve rose 
Ou de V ombre en les coins, paraissait s'oublier, 
Dans un calme endormi, reposant, familier. 

Sous la caresse aimable et blonde des clartés, 

U ne femme en prière, au dos un peu voûté 

Elle songe très loin et elle invoque en elle 
Un souvenir qui muse en douce pastourelle. 

Et malgré que Pâmant, loin de là, est parti 
Comme si son baiser était resté blotti, 
En sa nuque, palpite une ombre bleue et chaude 
Où flottent des couleurs très vagues d'émeraude... 

Edm. Veuchet. 



Digitized by Google 



MA TENDRESSE POUR TOI... 



M a tendrese pour toi ressemble à ces fleurs pâles 
Dont fleurissent, aux lacs, les nénuphars secrets. 

A travers V onde froide et ses profondeur* calmes, 
Invisibles* ils ont, durant les nuits, poussé 
Dans le mystérieux silence des herbes hautes 
Patiemment, se liant aux liges des roseaux; 
Çuatjtd ils sont, arrivés dans l'air aux clartés chaudes, 
Alors, ils ont fleuri dessus Us nappes d'eaux. 

A insi des pro fondeurs obscures de mon être, 
L'inéluctable amour longuement monte en moi ; 
Il s'épanouira, mon amie bonne et chère 
Quelque soir de printemps, de tendresse et d'émoi. 

Attends que grave et doux, semblable à quelque son 
De cloche, dans un ciel pâle et vaste d'automne. 
L'aveu de mon amour mystérieux et long 
S'éi'cille au frôlement suave de ta robt. 

Guy Lavaud. 



Digitized by Google 



COLLABORATIONS 

ESTUDIANTINES 



Digitized by Google 



LA POÉSIE SYMBOLIQUE 



L'immobilité c'est la mort ! Voilà comment un de mes 
confrères et ami entama un article documenté sur cette 
question. Et c'est là à vrai dire, un axiome, un dogme qu'on 
ne saurait ou plus justement qu'on ne pourrait discuter. 

De même que le progrès anime toute question philoso- 
phique, scientifique ou sociale, de même il vivifiera la 
Pensée c'est-à-dire la littérature. Il faut donc que tout esprit 
libéral contribue pour sa part, dans la mesure de ses 
moyens, à faire parcourir au langage poétique des phases 
inconnues, ainsi, il puisera une vitalité d'autant plus grande 
et plus appréciable, que la lutte contre les préjugés de 
l'époque se fera plus intense. Ce fut avec Ronsard une 
renaissance de la Pléiade, avec Hugo un renouvellement 
romantique ou encore comme aujourd'hui, une révolution 
symbolique. 

Il ne viendra à l'idée de personne de nier l'influence 
généreuse des deux premiers mouvements et de mettre en 
doute leurs magistrales qualités. Quant au troisième il est 



Digitized by Google 



— :m — 

trop récent encore pour avoir produit quelqu'heureux résul- 
tats, il s'agit pour nous d'en discuter les alternatives, d'en 
donner une définition tant soit peu exacte, mathématique 
même, si possible, enfin d'examiner impartialement si cette 
régénérescence nouvelle infusée par la jeune école ne con- 
duit pas à amoindrir le génie particulier de notre poésie. 

Auparavant je veux vous rappeler cette pensée extraite 
des Orientales de Victor Hugo, que nous pourrions nommer 
le commandement de l'écrivain : 

... L'Art n'a que faire des lisières, des menottes, des 
baillons; il vous dit : Va! et vous lâche dans ce grand jar- 
din de poésie, où il n'y a pas de fruit défendu. L'espace et 
le temps sont au poète. Que le poète donc aille où il veut 
en faisant ce qui lui plait, c'est la loi. Qu'il croie en Dieu 
ou aux Dieux, à Platon ou à Satan, à Canidie ou à Morgane 
ou à rien, qu'il acquitte le péage du Styx, qu'il soit du sab- 
bat; qu'il écrive en prose ou en vers, qu'il sculpte en mar- 
bre ou en bronz" ; qu'il prenne pied dans tel siècle ou dans 
tel climat; qu'il soit du midi, du nord, de l'occident ; qu'il 
soit antique ou moderne, que sa muse soit une Muse ou 
une Fée, qu'elle se drape de la colocasia ou s'ajuste la cotte 
hardie. C'est à merveille. Le poète est libre. 

Voici donc chose faite, admirons la fugue du maître, dont 
l'anarchisme littéraire ne peut avoir d'égal (pie dans l'épique 
préface de Cromwell. 

Le poète est libre. Soit! 

Conséquence immédiate, attendue d'ailleurs; plus de chef, 
plus d'unité dans le combat. 

Et voici pourquoi tous, depuis les Mallarmé et les Ver- 
laine jusqu'aux de Régnier et aux Verhaeren s'érigent en 
maîtres et groupent autour de l'image de leurs œuvres de 
nombreux adeptes. 

Aussi a-t-on pu nier jusqu'à l'exisience du mouvement dit 



Digitized by Google 



- :)47 — 



symbolique. Chaque homme de lettres désirant conserver 
sa liberté d'agir, faisant fi des conseils d'autrui, et voulant 
malgré tout se créer un horizon d'une originalité souvent 
outrée ou fausse, semble former une « tour d'ivoire » qu'il 
veut indépendante et quasi innaccessible. — Ajoutons tou- 
tefois ce correctif qu'ils se relient entre eux par un fil 
d'Ariane, tenu sans doute, consistant en un ensemble de 
réformes générales. 

Cherchons maintenant d'où nous vient le symbolisme. Il 
est bien évident, ainsi que nous l'avons dit plus haut, que 
le progrès était nécessaire, que le nouveau a du bon, cepen- 
dant que toute réforme amène des excès. Les luttes reli- 
gieuses des derniers siècles uohs le prouvent sans ambiguité. 
La Pléiade a produit les précieux, le romantisme engendra 
des poètes oubliant les qualités du maître et parodiant sans 
le savoir ses défauts les plus inadmissibles, les Parnassiens 
ont fait jour aux rimeurs bourgeois, dont monsieur François 
Coppée nous conserve le modèle immortel et parfait ! Ces 
derniers nous valent en réaction, les symbolistes. 

Nous qui nous enorgueillissons de penser franc et fier, 
envers et contre tous, qui savons le prix de la liberté, pour 
en avoir vu d'autres, tant d'autres croupir en les chemins 
gluant le Moyen-Age, nous qui admirons ce qui semble 
avoir un rien de Beauté, un rien d'Idéal, qui n'avons nul 
effroi de siffler les rôles aux défroqués de talent, à coups 
de la cravache de nos critiques, nous ferons cette fois 
encore preuve d'éclectisme, nous étudierons loyalement, 
de concert avec le lecteur et ce, dans le Verbe même 
des auteurs intéressés, le mouvement de la littérature 
décadente. 

* 

* * 



Digitized by Google 



— 348 — 



Au courant de cet essai d'étude nous avons commis cette 
idée, qui peut sembler paradoxale à première vue, que 
c'était le Parnasse qui avait engendré le Symbole. Cette 
corrélation intime établie entre ces deux systèmes de con- 
ceptions absolument incompatibles sous tous les rapports, 
pourrait faire croire à un lapsus, à une erreur grossière. Il 
n'en est rien ! 

Théodore de Banville, Mendès, de Hérédia, protagonistes 
des rimes millardaires, du rythme marmoréen, exaspérèrent 
leurs derniers fidèles qui s'éloignèrent bientôt d'une église 
glorifiant le travail, la fabrication des vers, pour fonder un 
temple nouveau destiné à l'adoration éternelle de la déesse 
Inspiration. 

Que l'on ne me reproche un dédain outré pour cette 
littérature, il faut avouer que quelques œuvres sont dignes 
d'être admirées et de subsister, encore qu'un classicisme 
exagéré ne leur enlève un peu de leur saveur, et n'en 
déflore les plus belles pages. 

Verlaine fut, dès sa connaissance avec Rimbaut un des 
premiers réformateurs, il composa même un Art poétique 
en mètre impair, où il établit sa théorie : 

Car nous voulons la nuance encor, 
Pas la couleur, rien que la Nuance, 
O la Nuance seule fiance 
Le rêve au rêve et la flûte au cor. 

Nous voyons, ce qui est un des principes tondamentals 
de l'école que la Nuance y joue un rôle prépondérant. 
Dans le quatrain suivant : 

De la musique encore et toujours 
Que ton vers soit la chose envolée 
Ou on sent qui fuit d'une aile en allée 
Vers d'autres > tiux à d'autres amours. 



Digitized by Google 



Autre dogme à ajouter au premier, la musique, le rythme. 
Voilà en somme la base do la nouvelle poésie. 

Laforgue modernisa plus encore, il affranchit complète- 
ment les vers, ries régies établies. En des poèmes débraillés 
il rythma superbement des « ébauches de sentiments ». Il 
en est qui lui reprochèrent l'imprécision en toutes choses, 
ce qui est inexact, mais supposant même que cela fût que 
ne lui pardonnerait-on pas pour son « Jeu pianoté », tel 
celui de Mallarmé, pour son Imitation de Madame la lune, dont 
le titre est une œuvre, et dont nous épinglerons cette 
strophe : 

Les mares de vos yeux au jongs de cils 
() vaillante oisive femme, 
Quand donc me renverront- ils 
La Lune levante de ma belle âme ? 

Voilà certes de la bonne musique et sont-ce pas de beaux 
vers? J'aime ainsi me bercer, par le soir, aux grelots 
argentins tintinnabulant une chanson exquise qui parle à mon 
cœur, m'ouvrant des horizons nouveaux et violant le péché 
des plus tendres secrets. 

...Mais, passons à Mallarmé, auteur difficile, comme se 
plait à nous le peindre Catulle Mendès. Auteur difficille ! 
oui difficile pour ceux qui n'entendent rien à la poésie. 
Croyez-vous donc qu'un paysan comprenne votre prose. 
Non ! Eh bien, le vers est un cran au dessus, pour le goûter 
il faut avoir une sensibilité plus grande, une intuition 
spéciale, il faut être soi-même... né poète... ou bien femme ! 

Dites n'entendez-vous pas Baudelaire rire son rive fané 
dans l'œuvre de Mallarmé, dites ne vous rappelez-vous pas 
les Fenêtres. 

...Est-il moyen, mon Dieu... 

...de m* enfuir avec mes deux ailes sans plumes 

Au risque de tomber pendant T éternité. 



Digitized by Google 



- ;*5o — 

Et vous usez prétendre? Il n'y a pas là matière à s'appe- 
sentir longuement. Chacun sait les aliments qui lui convient 
a donner à son esprit. 

* 

* * 

Après avoir ainsi cité les noms des premiers promoteurs, 
et avoir esquissé à larges traits quelques uns des change- 
ments apportés, il convient pour le moment de s'y étendre 
davantage et de discuter avec plus de profondeur les inno- 
vations réalisées. 

Ce n'est pas, comme on pourrait se l'imaginer, seulement 
la structure adéquate du vers, que réforment les symbo- 
listes, mais c'est aussi et surtout la langue, la conception, 
l'essence même de la poésie. 

Le vers classique est par origine froid et sec, consé- 
quence des règles établies par Boilcau, et se prête mal à 
l'envolée des sentiments. Quoiqu'il en soit pourtant, nous 
savons des poèmes de Hérédia et de Prudhomme où la 
juxtaposition d'alexandrins, d'inégales longueurs, quant à la 
lecture ou l'écriture, produit des effets de cadences chan- 
geantes, nouvelles, légères ou fortes. 

Je lui préfère toutefois, le vers romantique où l'enjambe- 
ment est permis, où l'hiatus n'est proscrit et que l'on ne 
voit point aller désespérément, souventes fois, ainsi que l'a 
dit Musset : 

Comme s'en voit les vers classiques et les bœufs. 

Le vers libre lui exige pour sa part du génie, il lui faut 
un musicien pour en jouer la gamme, il lui faut un sculp- 
teur de l'idée, un magicien des mots pour qu'il soit ce qu'il 
doit être. 

Plus d'étaux emprisonnant la pensée, plus de barrières 
infranchissables mettant un frein au lyrisme, plus de rem- 
plissages, le cirque est large ouvert, les poètes peuvent se 



Digitized by Google 



— 351 — 

griser d'espace et de ciel, ils peuvent chanter comme il leur 
plait, sans avoir à rogner les ailes d'une épopée. 

Ce n'est pas à dire pourtant que le vers libre vale mieux 
que le vers romantique, non, tous les deux ils demandent 
de brillantes qualités, le second étant cadencé par essence 
n'exige pas le sentiment musical qui fait défaut au premier 
et auquel il faut par conséquent l'ajouter par soi-même. 

Nonobstant la musique à laquelle il faut accorder un rôle 
prépondérant, Verlaine prétendit qu'en vérité il n'y avait 
pas de prose, qu'il n'existait « que l'alphabet et puis des 
vers. » De son côté également Mallarmé nia toute diffé- 
rence entre eux, en disant « Le vers est partout sauf dans 
les annonces et à la quatrième page des journaux. » Voilà 
la raison qui par crainte de non compréhension m'a fait 
répéter si souvent ce mot Musique. 

Vous vous étonnerez peut-être lorsque je vous aurais 
annoncé, qu'entre les vers et la prose il existait encore une 
autre catégorie, la prose rythmée. L'écrivain qui de nos jours 
s'en sert volontiers est Paul Fort, l'innovateur du genre. 
A vrai dire il n'y a là rien de bien transcendant, il suffit de 
songer aux discours de Bossuet par exemple, où débordent 
nombre de périodes harmoniques. 

Voici par curiosité une strophe des Ballades de Paul 
Fort ; « Si la mort est un lien qui s'ajoute à nos chaines, ou 
bien le coup de hache sur les anneaux qui sautent, que la 
mort à jamais les délivre ou les mêle, nos deux cœurs trop 
aimants, prisonniers l'un de l'autre. » 

Si la mort est un lien qui s'ajoute A nos chaînes, 

Ou bien le coup de hache sur les anneaux qui sautent, 

Que la mort à jamais les délivre ou les mêle 

Nos deux cœurs trop aimants prisonniers l'un de F autre. 

Et nous aurons du vers libre, très libre. 

* 

* * 



Digitized by Google 



— ;>5-j — 



Mais ce n'est point tout encore et gardons nous d'oublier 
la principale réforme des décadents, symbolards pour le 
pontifiant critique M. Jn'es Lemalnc. 

La langue fianr ns» ont-ils dit, n'est point faite pour 
exprimer une idée, pour peindre un sentiment, elle est 
uniquement un facteur, un but qui oblige à penser, donnant 
naissance à ce qu'on appelle le poète actif. Et c'est ainsi 
que nos écrivains vont jusqu'à donner aux mots des 
sens nouveaux, par l'accouplement de vocables bizarres. 
Nous devons féliciter grandement de Régnier, Verhaeren, 
Samain, pour ne citer que ceux-là, mais malheureusement 
nombre de leurs disciples, trop jeunes peut-être, avouons- 
le, enfantèrent des œuvres quasi incompréhensibles. 

Ajoutons également que d'aucun prétendent que le sym- 
bolisme a subi deux influences, celle de la musique wagné- 
rienne et surtout celle des littératures étrangères de 
l'Allemagne et de l'Angleterre 

Et en effet René Ghil, fut, je le confesse, inspiré par 
l'harmonie et l'ample sonorité des œuvres de Wagner. Son 
Art est à la fois pictural, plastique et musical. Il est chez 
lui des poèmes très doux, très tendres : 

En m'en venant au tard de nuit 
Se sont éteintes tes èttlles. 

Viellé Griffin, Merill, Mauclair ont subi plutôt la seconde 
influence, ils vont chantant, vers une vie meilleure, d'inéfa- 
ble beauté, leur cantilènes d'amour, d'espérance et de rêve. 

Retté, lui, est le chantre des Forêts bruissantes, des loins 
illuminés et gifflés de soleil. Samain est le mélancolique, 
analysant froidement les choses, tel un Baudelaire dille- 
tante de soirs d'Automnes morbides. C'est encore Rodenbach 
qui fait songer à Bruges la Morte, à ses canaux endormis, 
près des Beffrois carillonnants inéluctablement les heures, 



Digitized by Google 



— :m — 



les heures qui semblent se refléter joyeuses ou tristes dans 
les eaux et dans les âmes.... 

De Banville, jadis, s'était amusé aux coquets pastiches à 
la Watteau, Albert. Giraud comme lui muse tout bas des 
rondels à la lune. Verhaeren en des strophes frappées à 
l'enclume du cœur, évoque le pays de Flandre et la race 
mâle de ses paysans stupides... Moreas le ronsard du sym- 
bolisme fait revivre en ses mosaïques finement ouvrées, les 
choses vieilles et leurs beautés premières. De Régnier, 
Griffin, nous content l'histoire vraie de la Vie, Mockel régé- 
nère... et les jeunes dénaturent ! 

* 

Applaudissons ceux-là, des Maîtres!, qui ont vivifié la 
poésie en lui donnant des bases nouvelles, qui ont combattu, 
chevaliers et troubadours, noblement, la face tournée vers 
le monde. Leur but était grand et noble, ils ont jeté un 
coup de soleil dans tous les cœurs et qui sait, pourquoi pas, 
peut-être un rayon de vérité dans tous les cerveaux ! 

Dans une de ses préfaces Kahn a dit : « L'Art évolue 
comme l'âme du peuple se modifie. » Cette pensée ne me 
paraît qu'à moitié exacte et je dirais plutôt : « l'Ame de 
l'Art évolue, comme l'Ame du peuple se modifie. » Je 
m'explique , les matériaux employés ne sont-ils pas toujours 
les mêmes depuis l'infini des temps. Je compare le vers 
proprement dit à la pierre que l'on travaille. La pierre 
a-t-elle changé, point, alors? Mais direz-vous on peut la 
tailler de diverses façons ; et le vers franc, correct, ne peut- 
on pas le scander de mille manières. Voilà pourquoi tout 
en prônant le symbole je reste anti-verlibriste. 

Hélas! Quant aux jeunes, les nouveaux venus, je ne puis 
les féliciter pareillement. Nombre d'entre eux, prenant le 
symbole pour prétexte, ne cessent de cacher leur ignorance 

23 



Digitized by Google 



— 354 — 

en des morceaux indéchiffrables pour nous et pour eux- 
mêmes. Ephèbes chevelus, dandys de réthorique, bourrés 
d'épithètes et dénués de sens, sachez une fois pour toutes, 
que les cravates si voyantes soient-elles ne donnent pas la 
renommée ! 

Ce qu'il nous faut, c'est un poète, héraut clamant par les 
chemins des strophes en épopée, c'est un maudit qui crève 
à semer des poèmes. 

Mais il est temps de conclure : 

Les Maîtres ont gagné Austerlitz ! 

Craignons que les Jeunes ne tombent à Waterloo. 

Fernand Paul. 

Université de Gand. 




LES HORLOGES 



Les horloges avec leur douceur de dévotes, 
Ont Vair de s'en aller à petits pas guindés 
Vers V église où le Temps est V idole despote 
A la fois du malheur et du bonheur scandés. 

Les horloges avec leur effroi monotone 

Ont je ne sais bien quoi de triste immensément 

Quand cadençant leur plainte on les entend qui sonnent. 

Qui sonnent dans la nuit à la cloche d'argent I 



Digitized by Google 



— 355 — 

Les horloges avec leurs âpres dents de cuivre 
Mordent sinistrement les heures sans cesser, 
Inéluctablement il faut ouvrir le livre 
De la Vie et tracer une croix au Passé. 

Les horloges parfois terriblement s'emportent 

En mors aux dents farouche et vain, c'est quand on croit 

Qu'elles s'en vont serrer la douce illusion morte, 

Ou bien que Von a peur comprenant trop pourquoi. 

Horloge au cœur de /et , horloge au cadran d'or, 
Arrêtez un instant, arrêtez vous sur V heure, 
L'heure où V amour me rit la chanson qui m'effleure 
Comme un baiser divin... attendez donc encor ! 

Mais lâche elle a sabré de son lourd balancier 
La minute où mon cœur croyait à V espérance, 
Elle a continué de casser du silence 
Avec les gestes las de son rythme fané... 

Fernand Paul. 

Université de Gand 
igo5. 



Digitized by Google 



[4 

























PROF URF !!! 

POCHADE SENTIMENTALE POUR PROFESSEUR. 

Un Acte 



La scène se passe dans une salle de cours de la cité future. C'est 
un élégant appartement ; des journaux sportifs et mondains tair- 
nent cà et là. Un tableau noir — un amour de tableau noir ! — 
s'aperçoit sur la gauche, drapé d'une aimable soierie — quelques 
poufs — deux chaises vers la droite près d'une petite table cigogne 
toute servie de flacons, croquettes, biscuits. Près de la cheminée, 
une quantité de bouteilles de Champagne que le prof seul a 
évaluée. 

Un guéridon recouvert d'une délicieuse dentelle supporte deux 
coupes cristallines et une bouteille de Mùmm, 
:J personnages : 
Le Professeur, 
L'Étudiant, 

Une Soubrette à la cantonnade. 

C'est en période d'examen. Au lever du rideau, le prof affairé 



Digitized by Google 



— 357 - 



donne un coup d'oeil à l'arrangement de la salle, dérange un fau- 
teuil, recule pour jouir de l'effet, saisit une coupe, se retourne 
timidement pour voir si on l'observe, sort un mouchoir et essuie 
alors consciencieusement le verre en disant : 

SCÈNE I. 

Le prof. : C'est un métier bien fatigant que le nôtre.... 
pour Thonneur et les appointements qu'il rapporte.... Nous 
avons deux palliatif | à cette rancœur.... nous avons d'abord 
l'unique plaisir de parler à la première personne du 
pluriel.... c'est-à-dire que nous nous considérons comme 
de prépotentes impersonnalités.... et, que des gens sensés 
s'imaginent que nous avons pour mission d'éveiller sociale- 
ment des êtres jeunes, primesautiers et gais à une com- 
préhension nette et horrifique de l'existence Oui !... 

c'est vrai, mais ce n'est pas toujours gai surtout que 

nous voilà dans la cité future. [Tons sottement symptèma- 
tique). 

On y est arrivé avec le dernier bateau.... dont le pilote 
s'est noyé depuis qu'il s'aperçut qu'il dirigeait un ponton 
de déments et d'hallucinés. 

{Un soupir). 

En attendant le retour de pensées plus sereines, débou- 
chons la 22 me bouteille de Champagne.... 22 bouteilles, en 
deux jours ! Cela fait exactement 22 étudiants qui ont eu 
l'honneur de m'interroger sur mon cours. Oui 22.... 
22 bouchons! C'est une campagne. Et quand on possède 
un estomac qui le supporte aussi difficilement que le mien... 

Mais quoique nous soyons dans la cité future simple 

ou composée.... les règlements subsistent encore. 

Ainsi je puis vous citer l'ait. 5 de notre règlement qui 
dit : « Il est défendu de penser bassement devant les élèves; 



Digitized by Google 



— 3T.8 — 



et cet art. 31, que je connais de mémoire : « Tous les 
citoyens professeurs sont obligés... vous entendez... de 
recevoir dans leur salle de cours respective M. M. les 
Étudiants avec la liqueur la plus appropriée pour éveiller 
leurs facultés intellectuelles : nous voulons dire le Cham- 
pagne. Toute infraction à cette règle pouvant amener des 
désordres gastriques et autres dans l'organisme de M. M. 

ê 

les Etudiants, les citoyens professeurs sont priés d'agir en 
conséquence ou subiront les peines disciplinaires prévues 
aux art. 152 et 153 du présent édit »... Un point c'est tout 
[se fâchant). C'est fort, mais... [on entend du bruit dans V anti- 
chambre). Tiens, j'entends du bruit dans l'anti-chambre... . 
C'est encore un étudiant qui lutine la soubrette. {On entend 
une voix de femme alternant avec une voix jeune). 

La soubrette {comme se défendant) : Fi ! le vilain ! il a l'au- 
dace extrême... 

L'étud. : Mademoiselle, voyons... vous savez bien que 
vos yeux, votre lèvre... 

Le prof, [écoutant et répétant attentivement): Vos yeux... votre 
lèvre... il me semble... 

L'étud. : Tout dans votre personne me transporte... 

Le prof. : Il me semble que je reconnais Paul Courier. 
Ah! [hochant la tête). Toujours le même et toujours le 
même boniment... je le sais par cœur... (Avec suffisance) 
nous connaissons nos étudiants. 

L'étud. : Tout me transporte. 

Le prof, [d'un air très détaché en continuant à arranger) : 
Et ce point de beauté... 

L'étud. : Et ce point de beauté, croyez-moi... tracassant. 

Le prof. : Tracassant et moqueur m'induit... 

L'étud. : Tracassant et moqueur m'induit à de fous élans. 

La soubr. [plus doucement) : Monsieur Paul. 

Le prof . {excité) : Je ne. puis pourtant pas entendre rela... 



Digitized by Google 



- 359 — 

Ce serait de l'indiscrétion de ma part... Faisons un peu de 
bruit (1/ tousse — on entend un baiser — il tousse plus fort). Je le 
questionnerai sur les courants induits. 

La soubr. : Finissez, Monsieur Paul, ou je sonne... 

L'étud. : Rose ! A Dios ! 

La soubr. (comme lançant un brûlant adieu) t Tiens, j'tadore. 
{Silence gênant). 

Le prof, t Voilà 22 fois que j'entends prononcer cette 
allocution érotique, conclusion logique, en somme, d'une 
incitation.... 

{On frappe, le prof . comme surpris). 

Je ne le croyais pas si pressé. Entrez. 

SCÈNE II. 

Le prof. : (aimable va au devant de V étudiant et lui offre cour- 
toisement — tropl — un siège) Monsieur.... Monsieur Paul 
Courier n'est ce pas? {l'étudiant s'incline protocolaircment) je 
suis tout aise de vous revoir, et comment vous portez 
vous? (il lui tend une main que T étudiant touche négligemment). 

L'étud. {distrait) : Monsieur.... 

Le prof, {gêné* : Comment vous portez vous? Depuis 
votre dernière visite.... lors de laquelle me fut imparti 
l'honneur de vous questionner, j'ai profité de peu de loisirs 
de sorte que je n'eus pas le plaisir de vous rencontrer. La 
place m'est heureuse. Monsieur.... 

L'étud. (distrait, tuais strictement poli) : Monsieur. 

Le prof. Ivoulant quand même être gentil] : Monsieur si sec... 
vous si disert pourtant il y a quelques instants. .. {sourire 
comprekensif). 

L'étud. {comme se réveillant, mais vexé) : Comment ! Vous 
avez entendu ! 



Digitized by Google 



— 3fi0 — 



■ 



Le prof, (s' excusant dans un sourire paterne) : Si peu 

L'étud. {cherchant tu e sorte d'explication définitive, : Enfin 

Le prof, [confus] : Monsieur Paul. 

L'étud.: Ecouté peut être.... sans doute vous y avez 
pris plaisir. 

Le prof. : Que Minerve éloigne de votre pensée sem- 
blable.... 

L'étud. : Pourrais-je supposer que vous ne fussiez pas 
plus délicat ! 

Le prof. : Oh ! la brutalité de nos fonctions et le peu de 
civilités qui est notre lot nous placent parfois dans des situa- 
tions tragiques. Le tact, croyez moi. c'est ce qui manque 
surtout aux professeurs actuellement. 

L'étud. (pardonnant et s' 'inclinant, : Vous l'avouez.... 

Le prof. : Oui je l'avoue. Mais nous sommes bien excu- 
sables. Tout a été changé, bouleversé, remué hormis le 
professorat. Nous sommes toujours semblables à nos 
ancêtres qui prétendaient enseigner l'un, le français en vingt 

leçons l'autre — je préfère le passer sous silence — et 

qui dans ce but quittaient la vie agitée, la fièvre du travail 
collectif pour s'enfermer dans une tour d'ivoire en toc et 
qui n'apportaient à leurs disciples, que principes morts, 
fleurs fanées de la plus absurde des philosophies. Croyez- 
vous que cela soit changé. Dans un grand geste désespéré) 
Nous sommes toujours loin de la vie et nous voulons vous 
l'enseigner. 

L'étud. (convaincu) : Voilà Terreur! (curieux). Mais alors... 
à quoi pouvez vous bien occuper votre temps si vous 
n'évoluez pas ? 

Le prof, (tombant des nues) : Evoluer!... mais que dites 
vous là, Monsieur. Evoluer ! mais nous en sommes totale- 
ment incapables. \ Le prenant par un bouton de sa jaquette). Il 
nous faudrait être des hommes, des J'tres agissant, vibrant 



Digitized by Google 



— :m — 



avec tous les éléments de la nature, emportés de ci de là 
par des passions, des erreurs, des vérités, allant d'un pas 
hardi au Mal, au Bien, ou franchement à la lumière. Mais 
au lieu de cela : Que nous offre-t-on. comment façonne-t-on 
le réceptacle de nos cogitations ? Dans la géôle (ironique et 
méchant) d'une école qu'on prétend normale, au milieu d'un 
décrochez-moi çà d'idées - permettez cette expression — 
où le brocanteur est la routine et les prêteurs à la petite 
semaine : nos éducateurs. 

L'étud. : Votre école normale suscite un mont de pitiés ! 

Le prof. : Hélas! Et encore... (voulant continuer fébrile, 
mais...). 

L'étud. : Excusez... 

Le prof, (chaud) : Dites... 

L'étud. (glacial) : Votre prolixité m'étonne. 

Le prof, (bien confus) : Je vous demande pardon. Cette 
disgression m'entraina un peu loin et j'oubliais (gracieux) de 
vous demandci le but de votre visite. 

L'étud. : C'est bien aimable à vous !... Une interrogation. 

Le prof, [dégoûté) : Peuh! Avant de commencer, me per- 
mettrez-vous de vous verser [il débouche et prêt à verser ) quel- 
ques gouttes de cette estomirande liqueur pour réveiller en 
vous les génies assoupis. 

L'étud. : Un doigt seulement... pour choquer mon verre 
au vôtre... à la Science... 

(Ils se lèvent et trinquent gravement). 

Ensemble : Vive la Science ! 

L'étud. 'claquant la langue, dédaigneux) : Vous avez changé 
de marque? 

Le prof. \un peu confus] : Non... oui... la direction a de 
cruelles nécessités. 

L'étud. (ironiquement interrogateur] : Stomachiques ? 
Le prof, (sournois) : Et autres, peut-être... 



Digitized by Google 



— 362 — 



L'étud. (comprenant vite) : Tiens!... oui! Je ne savais pas... 
Etrangère? Citadine? Brune? Blonde?... 

Le prof, (hs yeux au ciel, le verre levé) i Vertu, tu n'es qu'un 
mot ? 

L'étud. : Ht encore...! 
(Ils restent assis, trinquent,. 
Ensemble : Vive la Science. 
( Un petit silence, puis...) 

Le prof, (tendant une boîte). Cigare... Cigarette... 

L'étud. : Volontiers. [Le verre en main il se retourne sur sa 
chaise et admire T appartement. — Vers le prof.). Il fait gentil chez 
vous? (déposant son verre et se levant). Tiens ! un Fragonard... 
que vois-je, un Lancret... mâtin! De chez Cronier!... Cette 
république de Willette (très affirmatif). Très bien. Oh ! ce 
nu... mes félicitations... délicieux (canaille) on peut regarder. 

Le prof. : Vous êtes charmant. 

L'étud. : (se reculant... Tœil artiste) : Bien formé... du 
modelé... Savourez-moi cette croupe! Elle vécut... cette 
dame? 

Le prof, {suffisant) : Peut être ! 

L'étud. (revenant vers la rampe) : Mieux ! vous la connûtes. 

Le prof, (avec beaucoup de suffisance* : Nous la connûmes. 

L'étud. : Je n'insiste pas Monsieur (lui serrant la main). En 
tout cas. je vous félicite. 

Le prof, (un peu navré et comme dans une remembrance) : Je 
ne fus pas heureux... 

C'était une bonne fortune comme vous dites. J'aurais 
joué à qui perd gagne. 

L'étud. : Et vous gagniez toujours ! 

Le prof .(soupirant): Je vous le disais à l'instant, la brutalité 
de nos fonctions a endurci nos cœurs. L'amour pour n'être, 
comme le dit Chamfort, que le contact de deux épidermes n'en 
demeure pas moins pour nous un sentiment inaccessible. 



Digitized by Google 



— 3Û3 — 



Notre métaphysique est endettée et ne saura jamais payer â 
l'échéance ce petit gamin de Cupidon. La cause? Nous 
raisonnons trop pour trop ressentir et c'est un peu comme 
l'harmoniste qui almagame trop de « forte » dans une com- 
position, il n'entend plus... ainsi nous restons... sans 
argument, devant l'excuse de la vie : la femme. 

L'étud. [très légèrement) : Ce sphynx! 

Le prof. : Et tellement.... j'avais cette sensation un soir, 
d'adoration et de clair de lune. Devant moi dans un simple 
éclairage s'irradiait de doux feux ce corps. [Ils vont devant le 
tableau). Je terminais une page sur la phylogénie de l'âme 
dans les protistes monocellulaires. {Uétudiantle regarde effaré) 
J'étais arrivé dans réchauffement de mon cerveau et la 
poursuite de ma thèse — course à l'abime du savant — 
j'étais à me poser cette question quand tout à coup le regard 
de cette femme se fixa sur moi énigmatique et triste. Je 
compris alors l'inanité de mes recherches et leur infime 
valeur si elles ne me conduisaient pas vers des théories 
vitales, [s' enflammant) et j'avais folle envie de questionner ce 
sphynx pour qu'il me dévoilât son mystère qui se confon- 
dait à cette heure, après ce travail avec l'X scientifique que 

je poursuivais Je lui demandais quelle pensée troublait 

son esprit, quand elle me répondit.... froidement et sans 
pitié i méprisant) : Si tu n'étais pas proff .... 

L'étud. : Et alors? 

Le prof. : .... j'aurais eu la jeunesse.... 
L'étud. : Et alors! 
Le prof. : Je compris. 
L'étud. : Enfin. 

Le prof. : Ainsi disparurent de moi avec l'amour, l'idéal 
et le souvenir moqueur des vingt ans. Nous pouvons parler 
franchement, n'est-ce pas. Il n'y a ici que deux hommes 
en présence. 



Digitized by Google 



- :wi — 



L'étud. : Je crois qu'il n'y a jamais eu autre chose... 
L'heure passe et si vous ne rompez le charme de cette 
causerie vous ne trouverez plus le temps de m'interroger. 

Le prof. : Vous interroger! Vous me froissez, Monsieur. 

L'étud. : Je ne comprends pas. 

Le prof. : Vous m'indignez. Si votre visite n'avait que 
ce but... se levant pour saluer). 

L'étud. : Excusez moi, Monsieur, mais il me semblait que 
la brutalité de vus fonctions... comme vous dites, vous 
obligeait à... 

Le prof.: Vous interroger ! Tout! mais pas cela. D'ailleurs 
ne perdons pas un temps précieux en d'inutiles bavardages. 
Je ne vous questionnerai pas sur des faits que vous 
connaissez mieux que moi. 

L'étud. : Vous êtes cruel, mais logique. 

Le prof : N'est ce pas! Dans l'existence on ne vous 
estimera pas à quelques points eu égard à un maximum 
comparatif de votre savoir... 

(L'étud. veut parler, il Varréle d'un geste) : Oui! je sais... tout 
se mesure, se pèse dans l'univers, les soleils, l'atome... 

L'étud. : L'imbécilité. 

Le prof. : Le cerveau. 

L'étud. : Les lettres. 

Le prof . : La sensation. Mais l'on voudrait en conservant 
un moyen digne tout au plus de la préhistoire évaluer de 
façon grossière cette in matérialité par excellence la con- 
naissance humaine. 

Ironie! Mais si nous possédions ce talisman, l'erreur 
tomberait à nos pieds, la vérité sortirait de son puits et 
l'ombre à jamais s'amollirait sous les chauds étincellements 
de notre omniscience. 

Nous prétérons vous estimer moralement. 

L'étud. : C'est plus difficile! 



Digitized by Google 



— ;i(>5 — 



Le prof. : Peut être. 

L'étud. Mais monsieur s'il ne vous agrée pas de m'in- 
terroger, me permettrez-vous de vous poser une petite 
question. 

Le prof. : Parlez, ne vous gênez pas, vous êtes ici pour 
cela. 

L'étud. : L'appréciation morale que vous élaborez sur un 
de vos disciples prend-elle racine dans l'opinion que vous 
vous faites de lui vis-à-vis des purs phénomènes intellec- 
tuels. 

Le prof, [doctoral) : Non je recherche l'universalité de ses 
agissements, car tout acte dépend d'un précédent exprimé 
ou inconnu. 

L'étud. : Voici le fait que je veux vous soumettre : c'est 
un conte d'amour vécu par... par... un de mes copains; 
conte qui doit être futile en conclusions profitables. 

Le prof. : Dites {mettant les points sur les i) c'est de l'amour... 
j'insiste. 

L'étud. : Oui, car la dame ne trompe son amant qu'avec 
son mari. 

Le prof. : Les lois humaines sont impénétrables. 

L'étud. : L'histoire est banale en elle-même. Elle nous 
intéresse seulement par les personnages en action. Lui est 
étudiant. Elle... mon Dieu! Bien des malheurs peuvent 
fondre sur une femme : elle est l'épouse légale d'un 
professeur. 

Le prof.: Horreur! Femme de prof. ! Votre... copain est 
un déclassé. Néanmoins je dois vous dire qu'intimement 
j'éprouve quelque fierté à savoir les sentiments, le choix 
d'un de mes collègues apprécié de si juvénile façon... 

Figurez-vous à vous entendre, je me reprends à espérer. 

L'étud. : C'est drôle! 

Le prof. : En effet... Continuez Monsieur, votre récit 
m'excite au plus haut point, vous disiez. 



Digitized by Google 



— :m — 

L'étud. : Vous devez la connaître. Une noire profonde. 
Le prof, (cherchant : Une noire. 

L'étud. : Une espagnole de la conquête oubliée dans 
quelque béguinage flamand.... Spirituelle. 

Le prof. : Spirituelle! Permettez ! Vous disiez qu'elle est 
répuuse d'un professeur. Le fait est surprenant. Spirituelle? 
(il tire son caUpin). Je le note. 

L'étud. : Elle a le mot pour rire et pour aimer. Elle a lu 
Baudelaire. 

Le prof, (de plus en plus étonné w Baudelaire! c'estcurieux... 

L'étud. : Et elle comprend Verlaine. 

Le prof. : Elle comprend Verlaine! Une femme de 
professeur. Vous fûtes le confident de Shéhérazade pour me 
bailler un si beau conte. 

L'étud. : Un pur, elle s'en fut à la messe portant 
« Sagesse » dans son réticule. Durant deux heures dans la 
pénombre des stèles, elle lut des vers de pardon et de man- 
suétude. 

Le prof, {emballé) : 0 mon Dieu! vous m'avez blessé d'amour. 
Et la blessure est encore vibrante. O mon Dieu ! c'est un bas bleu ! 

L'étud. : De ciel ! Elle rit comme l'oiseau chante : son 
amour embaume comme un bouquet de narcisses. Et sou- 
vent, après des heures de prostration divine, ce sont des 
emportements vainqueurs, triomphants dans des trophées 
de caresses; elle semble mettre à la voile vers les anses 
bleues d'îles marmoréennes. 

Le prof. : C'est le moral çà!... 

L'étud. : Le physique vous intéresse! 

Le prof, (tout excusé) : La chair est faible... 

L'étud. : Mieux vaut ! l'esprit du diable dans un corps 
angélique. 

Le prof. : Vous m'effrayez... Vous la connaissez telle- 
ment, (lui riant sous cape. ) Elégant farceur. 



Digitized by Google 



— 367 — 

L'étud. : La chair est faible... si je m'autorise de votre 
dernier aphorisme. 

Le prof. : Ai-je tort d'insister! 

L'étud. : Je ne pense pas... Comme toute femme elle a 
cherché l'amour intégral. 

Le prof. : Ce qtft ne manquait pas d'être singulièrement 
flatteui si son mari enseigne la mathématique. Jeune encore 
elle trouva l'intégrale ? 

L'étud. : Il dut y avoir deux ceuillettes de framboises 
avant que les muguets des bois ne carillonnèrent son 
vingtième printemps. Des yeux bleus. Figurez- vous ! la 
sombre perversité d'une brune dans l'idéalisme d'une 
blonde. 

Le prof. ( soucieux j : Mais... 

L'étud . ( s' exaltant) : Une fossette . . .les Danaïdes essaieraient 
en vain de la remplir de baisers... Des lèvres où naissent 
d'enchanteresses hallucinations. Le corps gainé dans une 
robe grise, la voilette blanche et le mimosa aimé au corsage 
ou au bord du manchon. 

Le prof. : Vous me troublez étrangement... Cette vision... 
(comme à lui-même.) Impossible, (puis avec un bon sourire.) Si 
c'était vrai... ce serait trop heureux, ce serait charmant. 

L'étud. {lancé, se promène). O chère aimée. 

Le prof. : Revivre une vie. {Plein d'espoir). 

L'étud. : Oui, j'éffeuillerai sous ses pas les primes roses 
de ma jeunesse. 

Le prof. : Connaitre enfin l'amour. Grâce à lui (il le regarde 
tendrement) la découvrir... C'est presque mon fils. Sentir en 
soi vibrer un morde nouveau. Être Faust redevenant Henri 
pour sa Margut- rite. 

L'étud. : Je suis naïf. 

Le prof. : Je vais être heureux... 

L'étud. : Et j'hésitais. 



Digitized by Google 



Le prof. : Je deviens homme et rien de ce qui est humain 
ne m'est plus étranger. 

L'étud. : Le charme de l'amitié ... pourtant. 

Le prof. : Il me faut frapper un dernier coup. Si je lui 
dis, je serai égoïste, car je veux mon bonheur avant le sien. 
Mais après je serai bon, compatissant..*.. Comment le pré- 
venir? Mon cœur bat! Des mots! amour! Ma vie pour 
quelques mots assez tendres, assez subtils {implorant timide- 
mcnt\ Monsieur 

L'étud. i comme en un rève\ : Hier encore. 

Le prof, i véritablement ému, : Hier... délicieux. Je déchi- 
rerai le voile. Comme il est vrai que le bonheur qu'on 
possède, c'est quelque chose de volé à quelqu'un. Eros, 
pardonnes. Monsieur... L'heure est grave. 

L'étud. : L'heure n'est ni grave, ni douce. 

Le prof. : Monsieur... je vais... comprenez mon hésita- 
tion... je vais d'un coup... G nécessité du sort!... Abime de 
l'égoïsme. Je vais embrumer les anses bleues vers lesquelles 
trop souvent vous appareillez. 

L'étud. : Trop souvent? [le regarde de côté, presque mauvais). 

Le prof. : Cette brume... cette bru... (il avale le reste dans un 
sanglot). Pardonnez moi ces larmes ! Elles sont si douces. 

L'étud. : Consolez-vous. 

Le prof, {s'essnyaut du mouchoir et se raidissant) : Je serai 
fort... Je vous dirai toute la vérité puisque vous me faites 
heureux en me dessillant les yeux. 

L'étud. : Je ne vous comprends. 

Le prof. : Le bonheur trouble mon regard. Je suis donc 
trop heureux. J'ai atteint ce sommet. Eh bien! cette 
femme que vous m'avez découverte pour mes rêves... pour 
mes yeux... r'est... ah! pardon... c'est la mienne... 

i (iraud silence. L'étudiant regarde alternativement le plancher et 
le Prof. Ce dernier a presque les mains jointes. 



Digitized by Google 



— 365) — 



Quand le premier regarde la terre, il regarde V étudiant. Celui-ci se 
promène quelques secondes, allume une cigarette en faisant la moue 
mimique, tout d'un coup leurs regards se croisent et comme un glas) : 

L'étud. : Je le savais (silence). 

{Le Prof, se lève, les larmes dans les yeux lui prend une main et 
la place en sandwich dans les deux siennes. L'étudiant le regardant 
doucement, oh! très doucement! sans haine). 

Alors... ? 

Le prof. : Avec la plus grande distinction. 

RIDEAU 

Eug. Jacob. 

Mons. 



24 



Digitized by Google 



LE CHRIST . 

- - • - — — — — - — 

Ses deux bras sont tendus comme des plaintes folles 
La couronne encastrée et crispée à son front 
Est rouge de son sang et semble une auréole 
Que le soleil cuivré frappe à coups de rayons. 

fit sa Vie a coule lentement par les plaies 
Entr' ouvertes des mains. Dans un carnage d'or 
Son Ame en un baiser, au ciel s'en est allée... 
Mais à la croix toujours reste cloué son corps. 

Les côtes ont jailli presque, crevant la chair ; 
La bouche en un rictus essaye de sourire, 
Les doigts sont déchirés aux tenailles de fer 
Qui sont comme des yeux plantés dans le martyre. 

Réalisme effrayant, l'artiste ainsi t'a peint, 
Et quand le soir ardent s'écrase sur la terre, 
L'on s'agenouille auprès en se joignant les mains. 
En se frappant le cœur et en baissant la voix, 
Von redit sans songer une absurde prière 
A la loque de chair pendue aux crocs des croix ! 

Fernand Paul. 

Université »!e Gand 
1905 



Digitized by Google 



LES GRIMACES EN PROVINCE 



VERTU, TU N'ES QU'UN NO/A ! 



Vanité des vanités et tout e«t vanité. 

St-Jean ChrysostojIk. 

Claquant avec nervosité ses gants jonquilles sur la canne 
d'ébène qu'il balançait avec élégance, Adrien Briscouvard 
assura : Çà manque de femmes. 

Son ami Gaspard, qui partageait le même avis, crut néan- 
moins devoir corriger ce que cette brutale affirmation avait 
de trop absolu. 

Il le fit en ces termes : 

« Mon cher Adrien, pourquoi exagères-tu? Dois-je te 
rappeler que la légitime du chef d'orchestre — nous 
l'aimâmes — du théâtre municipal ne peut être accusée de 
cruauté envers ses contemporains. 

« On prétend que Mademoiselle Grivandu, tu sais bien la 
délicieuse petite Alice Grivandu, qui a une chevelure noire 



Digitized by Google 



comme l'aile du corbeau et des doigts roses comme ceux de 
l'aurore, ne suit pas l'exemple de Virginie. Tu peut faire 
son siège; elle résistera moins longtemps que Port-Arthur. 
Et voici qui est plus fort : L'autre soir, au dîner chez les 
Cromichan, Madame Pétésminet me fit des yeux doux dès 
la première huître, et cette aimable personne qui croit au 
pouvoir de ses charmes, autant que Galilée croyait à la 
rotation de la terre, m'a demandé un rendez-vous que j'ai 
refusé par crainte de ma réputation et sous prétexte de 
voyage. » 

— On ne refuse jamais de rendez-vous à une femme, 
déclara Adrien d'un ton de reproche. 

— « En principe non, en fait si. Et dans mon cas expli- 
qua Gaspard, je ne pouvais agir autrement. Songe que 
j'aime Mademoiselle Boutrachoux, que celle-ci m'aime, que 
nous nous aimons et que nous attendons le consentement 
de son père pour nous marier. Or, Monsieur Boutrachoux, 
depuis son veuvage, est continent comme Scipion et s'il 
apprenait que j'ai fait la cour à une autre femme qu'à son 
Angèle adorée, il me donnerait le pied du père au lieu de 
la main de la fille ». 

— C'est probable, conclut Briscouvard qui allait jeter 
quelques considérations nouvelles dans la conversation, 
quand sur le kiosque de la Grand'Place, dont tout en cau- 
sant, ils s'étaient peu à peu à peu rapprochés, la célèbre 
fanfare « les Enfants d'Euterpe » attaqua résolument le 
Washington-Post de Souza. Ah ! c'est qu'ils y mettaient du 
cœur et du souffle les musiciens de Minneswald-sur-Yser! 

Il y eut une marée de sons bruyants, de rappels de trom- 
pettes, de coups de grosse caisse, de gémissements de 
bugles qui déferla sur la Grand'Place. 

Celui qui n'a pas vu la fanfare de Minneswald-sur-Yser, 
son drapeau et ses tambours n'a rien vu ! Celui qui n'a pas 



Digitized by Google 



— 373 



entendu la fanfare de Mineswald-sur-Yser, ses pas ledou- 
blés. ses marches patriotiques et sa polka du cinquante- 
naire — une pure ivresse — n'a rien entendu ! 

Adrien était musicien, mais en musique, comme en 
littérature, en peinture, en sculpture, c'était un délicat. Il 
admirait la fanfare de Minneswald-sur-Yser parce que tout 
honnête citoyen admire la fanfare de sa ville ou de son vil- 
lage natal. 

Il préferait cependant causer avec son ami Gaspard, le 
jeune philosophe, qui après deux armées de vaines recher- 
ches et d'infructueuses tentatives, venait enfin de produire 
une définition du vrai échappant à toute critique. C'est 
pourquoi ils furent au cercle civil et militaire dont les 
spacieux locaux occupaient tout le premier otage de 
« l'Hôtel du Chamois Courant » où, au lieu de calme et du 
silence habituels, régnait le bruit d'une discussion qui 
paraissait très passionnée. M. Boutrachoux assis à une 
table de marbre en face de ses partners du domino, criait en 
brandissant le double blanc : 

— Moi, je vous dis que c'est dégoûtant d'amener ici des 
créatures de joie ; Minneswakl n'est pas Corinthe et il ne 
faut pas que notre paisible cité devienne le refuge de toutes 
les orgies comme de toutes les débauches. J'écrirai à ce 
sujet un article dans La Trompette de V Arrondissement. 

— Monsieur Boutrachoux soyez calme, conseilla 
M. Jaime de Chabrelorhes, un vieux major français retraité 
qui s'était égaré à Minneswald, y avait trouvé une atmos- 
phère un peu désuète et s'y était fixé parce que cela lui 
plaisait de vivre une vie de calme et de tranquillité après 
l'existence mouvementée des camps et garnisons de fron- 
tière. Le vieux militaire remarqua encore : 

— D'ailleurs cette femme est radieusement belle. Elle a 
une taille de guêpe et une poitrine de grande allure. Une 



Digitized by Google 



— ;J74 — 

jolie femme c'est un poème vivant, n'est-ce pas Pétésminet ? 

M. Pétésminet. le lieutenant des douanes, trouvait ces 
paroles, raisonnables : partant il répondit : 

— Evidemment. 

Joseph Mollandour, premier commis de hypothèques 
répliqua à Boutrachoux : 

— « Boutrachoux vous avez tort. Depuis deux ou trois 
jours, il y a une jolie étrangère à « l'Hôtel du Chamois 
Courant ». De ce que cette femme soit jolie et seule vous 
inférez que ce soit une cocotte, vous supposez, Monsieur 
Boutrachoux qu'elle se soit transportée ici pour forniquer 
avec quelque jeune homme ou quelque homme marié en 
quête d'aventures folichonne s. Vous avez tort, Monsieur ; 
Monsieur vous avez t<«rt ». 

Personne n'eut osé tenir un pareil langage à M. Boutra- 
choux. si ce n'est celui qui ne craignait m la méchanceté ni la 
calomnie. 

Boutrachoux se leva. m\i par le ressort de l'indignation. 
Cet homme irascible déclara : 

— « Mollandour, apprenez-le, je n'ai jamais tort; je sais 
ce que je dis, car pendant quarante années je mis à profit 
les leçons c\e l'expérience. » 

Et cela dit, M. Boutrachoux se leva, saluant la société 
il s'en fut lévérement. tel un débardeur qui a déposé son 
faix. 

Adrien Briscouvard que cette scène avait amusé dit à 
Gaspard le philosophe : 

— (f Mon ami je te plaindrai d'avoir un tel beau-père ». 
Gaspard qui était rêveur ne répondit rien. 

M. Boutrachoux était un homme insupportable. Ce gros 
bourgeois qui ne souffrait pas trop des inconvénients de 
l'obésité se rendait tous les jours vers la tombée du soir 
dans l'un on l'autre café. Là, installé à une table devant 



Digitized by Google 



— 375 - 



un énorme bock, il disparaissait dans un nuage rie fumée 
qui empêchait le jeu de la lumière sur son crâne aussi 
chauve que mon genou. Attentif à toutes les conversations 
qui se tenaient aux tables voisines de la sienne, il emmaga- 
sinait dans sa grosse tête tous les renseignements utiles, et 
lorsqu'il avait surpris quelque nouvelle d'importance, il 
riait par tous les petits plis de ses tempes. 

Il était horriblement méchant. Propriétaire, rédacteur, 
directeur et imprimeur de l'unique journal de la contrée, il 
avait fait de La Trompette de l'Arrondissement une feuille de 
chantage. De tout temps on l'avait connu ministériel, parce 
que, proclamait-il, ceux qui sont du côté du manche ont 
raison contre ceux qui sont du côté de la lame. Cette 
girouette, qui se rouillait aussi longtemps que durait le même 
ministère, tournait à tous les vents de la politique aux 
moments de crise pour se fixer ensuite ; et ce pamphlétaire 
de province, brûlant ce qu'il avait adoré et adorant ce qu'il 
avait brûlé, expliquait dans un article assez bien tourné 
que l'homme absurde est celui qui ne change jamais. Aussi 
était-il cordialement méprisé. Mais la crainte de cette vipère 
qui distillait son venin au suc des meilleures plantes fermait 
la bouche aux plus audacieux. On énumérait tout bas ses 
petits et grands défauts, on faisait tout haut l'éloge de sa 
vertu, car. il n'y avait pas dire, la conduite de ce tyran en 
miniature était irréprochable. Nul ne lui avait connu la 
moindre liaison ; jamais personne ne l'avait surpris en gente 
compagnie. C'était d'après l'opinion publique — vox popuii 
vox Dei — un parangon de chasteté. Ah! si tous imitaient 
un tel exemple, la tranquilité des parents et la joie des 
familles ne seraient plus de vains mots. Mais tout n'est pas 
pas or qui brille; et la répution la mieux établie croule sou- 
vent par le simple effet du hasard. Le poète l'a dit : « Les 
plus belles choses, ont le pire du destin ». La destinée fut 
cruelle pour M. Boutrachoux. 



Digitized by Google 



- .876 — 



L'étrangère qui logeait à l'enseigne de « l'Hôtel du 
Chamois Courant » troublait par sa merveilleuse beauté les 
cœurs les plus calmes comme les tempéraments les plus 
placides. La magistrature debout et assise, le greffe, 
l'armée, les contributions directes, les employés de l'enre- 
gistrement, les fonctionnaires municipaux, le personnel des 
chemins de fer, les bureaux de l'état civil, en un un mot 
toute la population mâle de Minneswald sur Yzer était en 
proie à une agitation inaccoutumée. Cette femme était 
devenue l'axe de toutes les préoccupations. Les vieillards 
décrivaient ses charmes, les vieux marcheurs étaient aux 
abois et les jeunes paillards sur les dents ; les poètes de 
l'endroit chantaient lyriquement la beauté de l'étrangère. 
Mais jamais si jolie personne fut plus insensible à tant de 
déclarations d'amour 1 

Un soir vers minuit — l'heure où l'on parle bas — Joseph 
Mollandour et son fidèle Jacques Grolabouche rentrant 
chez eux après la traditionnelle manille croisèrent l'étran- 
gère. Où va cette femme se demandèrent les deux amis? Et 
pour éclaircir leur perplexité ils la suivèrent discrètement. 
Ils ne purent en croire leurs yeux, ils faillirent tomber de la 
hauteur de leurs jambes, lorsqu'ils virent l'étrangère heurter 
l'huis de Monsieur Boutrachoux, ladite porte s'ouvrir pour 
livrer passage à ladite femme... La lune ne se voila pas la 
face. L'astre de la nuit éclairait paisiblement ce tableau : 
Monsieur Boutrachoux se permettant d'introduire chez lui 
quelque hétaïre durant l'absence de sa fille, qu'il avait 
intentionnellement embarquée dans un voyage d'agrément... 

Le lendemain toute la population connut la nouvelle. 
Chacun la commenta à sa guise. Tous déclarèrent que la 
vertu de Monsieur Boutrachoux n'était qu'un nom et que 
depuis longtemps sans doute l'apparence de la vertu cachait 
la réalité du vice. Adrien Briscouvard se moqua avec une 



Digitized by Googl 



— 377 - 



verve intarissable du futur beau-père de son ami Gaspard, 
qui d'ailleurs acceptait ses railleries et y mêla même les 
siennes. Gaspard dit un jour à son ami. 

—«Tu pourras conter cet épisode dans ton prochain roman 
que tu intituleras.. . 

— Comment ? demada Adrien. 

— « Les Grimaces en Province, » repartit l'autre. 

O. du Maelbeek. 

Université de Bruxelles. 



PÉLÊRINAGE 

Par les chemins lactés aux visions alanguies 
Nous irons tisonner la cendre des vieux jours. 
Et pour remémorer les anciennes amours 
Tu chanteras quelque dolente symplwnie. 

Nous partirons le soir : car les âmes meurtries 
Aiment à contempler les célestes velours. 
Si quelque rossignol fait à Vesper sa cour, 
Nous pleurerons tout bas nos ivresses ravies. 

Et nous irons tous deux, comme au temps des clartés 

En silence accomplir notre pélérinage 

Par le rythme et la paix qui s'épand des feuillages. 

Nous lissefons ensemble, avec de blancs muguets, 
La couronne votive où chantent les espoirs 
Et nous repartirons, apaisés, dans le soir. 

Tkévirjex. 

Université de Liège, 4 lévrier 1906. 



Digitized by Google 



SUR LES CHEMINS 



Oh ! les saines rouies des vingt ans, 
Les gais propos des compagnons 
Et leurs chansons 
Et les rêves d'espace grisant ! 

M uscles d'acier et tête libre 

Et bouche prête aux mots d'espoir, 

On partait, tôt matin. 

Dans la victoire, 

Pour tel clocher lointain. 

On saluait les routiers sur les chemins 

El, dans les champs mouillés d'aurore, 

Avec r alouette sonore 

L'essor 

Du grand soleil divin, 

On s'enfuyait bien loin des villes 

Vers la campagne large ouverte. 

Le long des canaux tranquilles, 

On suivait d'un chaland le pavillon alerte 

Jusqu'à récluse aux claires maisons : 

Les pignons blancs, les tuiles rouges, 

Une cour de ferme avec du fumier 

Et des poules piccorantes, 

A la porte des granges, les gouges, 

Ou les rideaux bruissants des peupliers, 

Tout allumait nos péatrs. 



Digitized by Google 



370 — 



Nous sentions alors des appétits géants, 

Et des regains de force 

Gonflaient d'air frais nos poumons 

Et faisaient bomber nos torses 

En quelles bravades sur T écran bleu des horizons 

Dans l'herbe molle et haute des berges 
On se couchait. 

A tous les carrefours, les auberges 
Nous accueillaient. 
On aimait en chemin, tous ensemble, 
Le premier minois alléchant, 
A vec espoir de le revoir 
Encor souvent 
Au hasard merveilleux des courses romanesques. 

On entrait aux églises dans tous les villages, 
Très gauches et très sages, 
Surpris de retrouver 
La grêle naïveté 
Au cœur de sa force sceptique. 
Puis, dans le soleil des cimetières. 
On criait bien fort 
Aux morts 

Sa vigoureuse ardeur de vivre. 

On faisait des détours pour trouver telle bière, 
Fameuse, au dire d'un des nôtres. 
Et lui, en des phrases d'apôtre, 
Nous détaillait sa saveur de lumière. 

Le soir, on revenait, fourbus et fiers 
De tant de routes parcourues. 
La ville alors semblait étroite, 



- H80 — 



Et ses rues 

De vice et de splendeur 

Nous donnaient des haut-le-cœur . 

Un mois après encor, on en parlait 

De cette tapageuse promenade , 

Et Von se promettait, 

A la première escapade, 

D'aventurer plus loin l'ivresse 

De nos conquêtes d'allégresse. 

* 

Et nous aussi, nous les avions, nos pèlerinages 
C'était Matines au printemps ; 

C 'était en Flandre, ardant d'août torride, 

La route aux arbres intrépides 

De Blauwe-Sluys, près d'Ostende, chaque an ; 

C'était Grimberghe et sa tour et son dôme i 

C'était le Steen du Grand Rubens, 

Avec ses ors royaux d'automne, 

Et ses flaques d'eau dans les drèves; 

C'était la Meuse et ses rochers ailiers, 

Et ses courants légendaires, 

Et ses coteaux mouchetés de genêts, 

En mai. 

Et partout, aux dates couiumières, 

On voulait assouvir toujours 

Les folles soifs d'aventures. 

Partout on palpitait du souffle de la nature. 

Les repas, très frugaux mais très longs, 

Rassemblaient tous les compagnons, 

Et les idées, rassérénées 



— 381 — 



Par la rustique échappée 

Se rencontraient, en jallissant, fortes et saurs 

Et nées du cœur. 

Ces jours-là, 

Les moins braves osaient, 

Les moins loquaces bavardaient; 

Ces jours-là, 

Les mains se tendaient, plus fraternelles, 

Et Von voulait rêver avec espoir des lendemains. 

Ces jours-là, 

Nos chansons de saveur sans pareille 
Pouvaient saisir le rythme humain, 
Libre et large et roi, 
De la vie jeune aux combats sans effroi. 
On ne pouvait alors haïr les hommes : 
Et c'est, en somme, 
Le fruit le plus fécond 
Que nous cueillions 

Au hasard soleilleux des espaliers des routes. 

Eug. Cox. 

Université de Bruxelles. 



Digitized by Google 



POÈAE ARMÉNIEN 

LE BERCEAU DE AA PATRIE 



C'est une tombe bâtie de cyprès et teinte de sang. 
Des hiboux hullulent alentour et V ouragan le berce de ses mains 
divines. 

De ses cerceau? pendent des chapelets de perles bleues, telles des 

larmes du ciel qui s'y seraient gelées. 
Dans V humidité et la fumée, dont la cabane est remplie, le lieux 

berceau inéluctablement se balance, comme la vieille vengeance 

de mon âme. 

Il est un abime infini où V Arménienne couche ses lionceaux, où 

les baisers et les roses parfument rôdeur acre du sang. 
Aucun sein maternel ne s'incline sur lui, les ténèbres y sont mères 

et les foudres des tétons. 
Au milieu de ses gémissements et de ses rauques sanglots l'enfant 

pâle grandit y dans des mains dfamis, dans des mains de hasard, 

V enfant pâle grandit. 
Demain ce set a un révolutionnaire aux yeux flambant de liberté 

— la crèche nous donnera un nouveau Messie; le berceau 

Arménien un révolté! 

Daniel Varoujean. 

Université de Gand. 



Digitized by Google 




L'ETERNELLE DAMNATION 



CONTE, MORAL D'APRÈS LES UNS 



Ce matin là. vers six heures dix, Oscar Bidoul se réveilla 
de fort bonne humeur. Il laissa glisser un pied nonchalant 
sur la peau d'ours déguenillée qui se balladait au pied du 
lit, et abandonna l'autre frileusement sous les couvertures 
chaudes, tout imprégnées de la moite et acre senteur de 
chair qui a sué, émanation naturelle et nocturne d'un 
carabin de vingt ans. à peu près \ierge, en ce sens qu'il 
n'avait pas encore connu de femmes — ce qui arrive, 
paraît-il. 

Le jour naissait à peine, un vague et peureux jour de 
mars. Il traîna pour s'habiller, sifflotta des airs quelconques 
et très content de lui, déjeuna. La veille, au soir, il avait 
assisté à une des nombreuses conférences si documentées 
de M r le D r Willems : sujet hardi, moral, causerie intéres- 
sante au possible : « Faut-il que jeunesse se passe? » 
L'orateur avait d'ailleurs catégoriquement conclu par la 
négative — entendons nous, non pas que l'on doive rester 
éternellement jeune comme les Japonais restent petits — 
toute l'existence durant — non pas — mais il ne fallait pas 
passer la jeunesse... horresco referens, avec des femmes, 
petites, ou grandes, brunes ou blondes, grasses ou sèches. 



Digitized by Google 



— o\8 1 — 

♦ 

Comme dans le Petit Duc, une opérette que l'on ne joue 

pas assez : 

« Pas de femmes, pas de femmes ( bis) » 
C'est le mot d'ordre du colonel 

lequel colonel s'empresse — entre parenthèses — d'aller 
immédiatement rejoindre la sienne — de femme. 

Oscar Bidoul partit pour l'amphithéâtre. 

Bruxelles venait de s'éveiller — deuxième acte de la 
Louise de Charpentier — ouvriers en meutes, jouant leurs 
petits Laermans — des pas lourds, des piétinements 
dégringolant des gares, des laitières, des balayeurs, qui 
travaillent, maudissant les oisifs qui dorment encore. De la 
pluie fine, ennuyeuse, tombait par moment. Et Oscar 
Bidoul voyait courir des êtres qu'à leurs jupons, leurs 
corsages rebondis il classa aussitôt dans l'ordre des 
femelles. Elles étaient sales, pauvres, suant la misère et 
le « renfermé » aucune ne le tenta ; elles le frôlaient pour- 
tant dans leur course inquiète. Il trouva que le conférencier 
avait raison et que point n'était difficile de rester puceau, 
du moins jusqu'au mariage, — le viol légal — puisque la 
jeune vierge qui se marie consent à un acte qu'elle est 
censée ignorer — ceci ne fut pas dit dans la conférence. 

Près d'une place publique, Oscar vit une fille publique 
sortant l'air vanné d'un hôtel où l'on ne dort pas. Les che- 
veu- étaient de teinte indécise, ajustés à la hâte avec une 
épingle qui pendait navrée près cîe l'oreille gauche. Les traits 
tirés, la môme s'en allait, à petits pas, avec un dandine- 
ment éreinté des hanches, comme si elle avait un peu de 
lumbago. Ses bottines, autrefois américaines, étaient main- 
tenant éculées, les bords de sa jupe de moirette plissée très 
effrangés. Et dscar Bidoul bénit le savant moraliste qui la 
veille au soir entre 20 3 4 et 22 heures lui avait sagement 



Digitized by Google 



— - 



inocule la froide rancœur et le mépris souverain des étrein- 
tes folles et des spasmes éperdus, qu'un auteur de la déca- 
dence. Sphynx II, avait sadiquement chantés dans une 
dédicace de revue lascive quoique jeune. 

A mesure que le jour s'affirmait davantage, les nuages 
encore tous gros, tout noirs et menaçant de pluies immi- 
nentes, se déchiquetaient et des coins de lumière nette, 
bleue, s'avançaient solennels. 

Devant l'étalage d'une fruitière, entre deux paniers de 
Valence, deux chiens s'acoquinaient librement; la lice, 
délirante, lançait son cri symptomatique ameutant les 
enfants se rendant à l'école — les fillettes passant, rouges, 
baissant les yeux parcequ'elles ne savaient pas, les garçons 
s'arrêtant et riant, les yeux brillants, parcequ'ils savaient. 
Oscar Bidoul haussa les épaules devant l'acte. Ceci était le 
rut, la copulation en vue de la reproduction, nécessité orga- 
nique, besoin naturel de la cellule qui arrivée à pleine 
maturité, prête à crever de maturité peut, veut et doit se 
multiplier — et des bribes de souvenirs peu précis caho- 
taient dans sa mémoire : cristal, développement maximal, 
gastrula. cours de M. Yseux. vol de la chauve-souris, les 
hybrides. 

Il s'arrêta un instant, souriant avec complaisance à l'éta- 
lage d'un bouquiniste, tout extasié devant son intelligence 
propre qu'il sentait vaste et souple — son ambition gonflait 
— quo non ascendam — et toujours la devise « pas de 
femmes comme labarum » pour celui qui veut voler haut, les 
jupons sont un obstacle — des vieilles rentières accom- 
pagnées de plus vieilles servantes trottinaient, ridicules — 
et de nouveau Oscar Bidoul daigna sourire dédaigneuse- 
ment. Mais l'étalage du bouquiniste le retint. Dans un 
angle, en longues files comme des chapelets de Bénédic- 
tins, des cartes postales illustrées autant que licencieuses 

25 



Digitized by Google 



— 380 — 

s'étalaient sans pudeur comme l'enfant qui vient de naître 
exhibe sa nudité rose — et quelles cartes : « Félicie, à toi 
mon cœur » et Ton voyait un jeune monsieur blond, tout 
blond et très beau avec un cœur biloculé, bien rouge, cuit 
à point, avec une flèche transperçant le sillon interventricu- 
laire. Puis ici une figure d'homme pâle et mélancolique 
envoyant des baisers et avançant les lèvres comme s'il se 
rasait avec en exergue le doux nom de Léon — au-dessous 
des Myosotis — des fleurs du mâle, comme dirait Baudelaire. 

Et encore des images de femmes, — Voilà l'ennemi! — 
toutes roses, dodues, ou noires et ardentes, et affriolantes, 
idéales à faire... rêver, et par-ci par-là des bouts de peau — ■ 
de grands bouts même — des corsages largement échancrés 
et découvrant des mondes troublants — des bras nus, bien 
ronds, bien blancs, et des jambes, et des cuisses, et des 
hanches, et des yeux, des bouches, des sourires, des lèvres 
rouges entrouvertes appelant le baiser, la morsure, et des 
dessous, et des dessus, et des poses, des impressions, des 
suggestions.— On a beau faire, à vingt ans, on a beau avoir 
écouté un cours d'abstinence totale basé sur la raison, l'in- 
térêt et la santé, ces choses vous tracassent tout de même 
et pas trop désagréablement. 

Et quoi — était-ce le soleil, qui l'agaçait aussi, ce grand 
polisson de soleil, plus gai mille fois que tous les moralistes, 
plus vrai cent mille fois que tous les conférenciers. Il se 
mettait à dorer les chairs des passantes, ambrant les cous, 
jetant à pleins rayons de .la poudre de Perlimpinpin dans 
leurs yeux rieurs. Il rigolait dans le ciel maintenant tout 
bleu et balayait tous les coins obscurs, y éparpillant de 
grands morceaux de lumière, chassant tout ce qui était 
morose, pédant et anti-naturel . Et des frissons se mirent à 
vibrer, précurseurs du Printemps, le renouveau divin. 

Tout à coup Oscar Bidoul sentit dans son dos, le long de 



Digitized by Google 



— 3*7 — 

sa colonne vertébrale dos secousses électriques, agitant les 
différents groupes de nerfs à mesure qu'elles franchissaient 
les étages successifs de la moelle — frissons dans les cordons 
postérieurs, dans les zones de Burdach, de Goll; la colonne 
de Clarke était secouée de désirs inassouvis — les faisceaux 
cérébelleux lui tournaient la tête et lui donnaient le vertige 
et ses pauvres cellules commissurales, ses fibres d'associa- 
tions, des hectares de Flechsig vibraient sous la même aspi- 
ration : l'autre sexe. Les centres de la volonté faiblissaient, 
leurs neurones se moniliformaient harassés de leur longue 
résistance aux exigences de la bête. Et c'étaient les centres 
moteurs qui travaillaient, bouillonnaient, exigeaient du 
travail — un vrai 18 Brumaire neurologique. Tout cet 
ébranlement se condensa, se cristallisa soudain en un mou- 
vement ordinairement réflexe, alors suprêmement conscient 
et volontaire : un clignement formidable et indécent de la 
paupière droite alors que la gauche restait immobile : à 
droite d'Oscar Bidoul, devant l'étalage hallucinant, une 
gosseline jolie, un exquis trottin s'était arrêté, et pour la 
première fois en sa vie de carabin studieux et presque 
vierge. Oscar Bidoul avait fait de l'œil. — Elle lui sourit! 

Déjà les cahiers avaient prestement disparu dans 
une poche et .. et la suite — c'est tout? — Mon Dieu, 
oui, il y a une suite, il y en a toujours une, mais si 
vous désirez la connaître, allez interviewer la chambrette 
de l'étudiant qui ne vit pas son propriétaire rentrer seul ce 
jour — et qui en sait long, la curieuse. 

Mais bah, le Printemps est aux confidences; elle vous 
dira des choses, hum, légères, peut être, délicieuses, qui 
sait, mais qui ne sont certainement que bonnes et sincères, 
puisqu'elles sont naturelles. 

Salvator Van Wien. 

Bruxelles. 



Digitized by Google 



COMPLAINTE 



// igtwrait P amour; il n'aimait pas la vie; 
Il avait fui V espoir qui nous retient et lit 
Aux choses d'ici bas. 

Pauvre déshérité, dans son âme terme 
Tintaient les clochetons de la mélancolie 
Comme un funèbre glas. 

Et, par un beau matin, il lui prit la folie 
De se pendre à la branche anguleuse et fleurie 
Qui lui tendait son bras. 

Le temps passa. Plus tard, une femme jolie, 
Horreur ! ne trouva plus que de la chair pourrie 
En un horrible amas. 

Triste épave du monde ; ignorant de la vie, 
Des coupes du malheur il avait bu la lie + 
Car il ne « Savait » pas. 

E. Laureyssens. 

Université de Bruxelles, 
Septembre . 



Digitized by Google 



CARICATURES 



H. RAOUST : « Ce qu'on reproche aux étudiants. » 

(Université de Lille 



ET 



GALERIE DES 



CÉLÉBRITÉS 

ESTUDIANTINES 



Digitized by Google 




Digitized by Google 



- 



GAND 



Georges H ai liez 

V1CK-1'RKSI1>ENT DF i< LA GÉNÉRALE » 

Quand il a su qu'il paraîtrait cette année dans FAlinanach, 

il est venu me dire 
que c'était inutile, 
qu'il n'avait pas de 
titres pour figurer 
dans le Panthéon 
de nos gloires es- 
tudiantines, qu'il 
était encore jeune 
et que cet hon- 
neur lui paraissait 
prématuré. 

C'était à la Mai- 
son des Etudiants, 
à cette heure 
bruyante de Tapé" 
ritif où nous don- 
nons la pleine 
mesure de notre 
animation ; Hail- 
lez s'était retiré 
dans un coin, et 
me causait appuyé 
contre un bord de 
table, son pied 
droit posé sur une 
il s'interrompait pour toussoter 




chaise : par moment. 



Digitized by Google 



— m* - 



ou bien reprenait la lecture du journal qu'il tenait entre les 
mains. 

Quand il comprit que ses arguments ne produisaient 
aucun effet, il sembla se résigner, erra parmi les groupes 
sans vouloir se mêler à leurs discussions, se pencha par 
dessus les tables où trainait un journal et parut très absorbé 
à éplucher toutes les nouvelles. 

A midi et demi, lorque le café commença à se vider, il 
promena autour de lui un regard satisfait, consulta la pen- 
dule, caressa l'espèce de brosse qui lui sert de chevelure, 
mit son pardessus, coiffa un immense chapeau sous lequel 
sa tête microcéphale disparut tout-à-fait, releva un foulard 
jusque sous son nez, et, par dessus tout cet équipement, 
endossa encore le plus invraisemblable ulster qui par sa 
coupe et sa couleur tient à la fois de la capote de guérite et 
du manteau de capucin ; fourra ses deux mains dans ses 
poches et partit à petits pas pressés, avec cette perpétuelle 
expression de sourira que lui donne la conformation de sa 
denture. 

A deux heures il revenait en lisant « Le Matin » comme 
l'a représenté ci-dessus notre caricaturiste, et c'est ainsi 
que quotidiennement depuis le jour où Haillez franchit le 
seuil de l'Université, il passe chez nous le plus clair de ses 
loisirs. 

Cela date de trois années, il était alors le « bleu » qui 
s'était imposé un autre idéal que ,1a vadrouille et que des 
anciens remarquèrent, poussèrent et bombardèrent secré- 
taire de la Générale. 

Ce fut une révélation : dès l'abord, il présente un règle- 
ment qui réorganise le comité, il entame des polémiques 
dans « le Journal des Etudiants » et voit aux élections de 
fin d'année son mand.it renouvelé à l'unanimité des 
suffrages. 



Digitized by Google 



Raisonneur à froid, jamais décontenancé, il aime à sou- 
tenir envers et contre tous l'opinion qu'il a adopté ; il ne 
tarde pas à affronter les congrès et y joue un rôle remar- 
qué. Mais éclate à la Générale un violent orage : Haillez 
s'en va sans qu'il soit possible de le faire revenir sur cette 
décision. 

Cependant son dévouement ne se départit pas dans la 
retraite, et quelques semaines plus tard, ses camarades 
loin de lui avoir retiré leur confiance, l'appelent à la vice- 
présidence de la section politique. Il prépare alors une 
active propagande pour la rentrée universitaire, il est l'un 
des principaux organisateurs des fêtes du XXX e Anniver- 
saire de la Générale et dans plusieurs circonstances 
s'impose à l'attention de personnalités politiques qui ne 
tardent pas à le tenir en grande estime. 

Entretemps il se met dans la tète de faire du journalisme, 
compose des chroniques politiques qu'il va déposer dans la 
boite d'un journal et qu'il retrouve le lendemain en article 
de fond. Il fait cela anonymement et furtivement, sans en 
parler à personne ; longtemps ce nouveau collaborateur 
intrigue rédacteurs et lecteurs, et l'étonnement est grand 
lorsqu'on découvre le petit jeune homme qui répond au 
vieux politicien auquel les imaginations attribuaient cette 
prose. 

D'ailleurs, travailleur modeste qui aime à s'effacer, il se 
contente d'être à la peine sans vouloir jamais être aux 
honneurs. 

Dans la vie privée, Halliez professe le plus profond 
mépris des femmes, ne fume pas, ne boit jamais que des 
siphons, et c'est ainsi que je ne lui connaîtrais que des 
qualités s'il n'était affligé d'une prodigieuse gourmandise. 

Oh ! cette gourmandise, rien ne lui résiste ; ni l'occu- 
pation la plus grande, ni le plaisir le plus vif ne 



Digitized by Google 



— 395 — 



retiendra Halliez à l'heure de ses repas ; dans la rue si vous 
l'observez, vous verrez l'impression que lui font les devan- 
tures des pâtissiers, et comme le disait Servais, dans le 
boniment qu'il lui consacrait au Grand Théâtre : la pro- 
messe d'un bon festin rendrait fou... à lier. 



André Dauge 

PRÉSIDENT DES COLONIES SCOLAIRES 

Midi. Robert affairé, l'épaule en avant surgit brandissant 
un pépin à la Prudhomme. Une bourrade dans le dos me 
• révèle sa présence. « Bonjour!... Ah! tu te chauffes !... » Il 
hésite, et avec la finesse de transition qui le caractérise, 
ajoute : « Tu sate! à VAhmmaque on vente que tu fass' la pouar 
de Dauche ». 

Je prends mon calpin. mon crayon. Je cours chez le 
président. 

Sonnerie stridente. Un minois grassouillet de blonde. On 
m'introduit souriante. Malbrun l'a dit : « Le président fait 
bien les choses !... » 

« Ah ! c'est toi, prends ce siège ». J'achève pour ma con- 
férence, un plan du canal bassin. 

Il s'enfonce, muet, dans ses cartons. J'examine l'individu. 

Coiffure chasse-araignée, barbe inculte et naissante. 

Malgré la fécondité de son poil, le camarade président 
est un petit maître aux jeux pudiques et pervers, avec des 
gestes d'abbé, des pieds mignons, des mains de femme. 

Se carrure est étroite, son allure sautillante, comme celle 
d'une jeune miss atteinte de parturition. Au repos il s'érige 
sur ses ergots, comme un jeune chante clair en veine d'es- 
sayer de crier. 

Il s'excuse : v Très occupé, tu sais? Cette chambre est 
l'expression de ma vie. » 



Digitized by Google 



— 3* Mi — 

e fais l'inventaire : Lettres d'actrices, de directeurs 




e de plans delà Grande Coupure, un bain photogra 



- 397 — 



phique, une comédie de Labiche, des pelures de manda- 
rine. Quelques livres errent ça et là : L'Apologétique, 
Roméo, la Constipation vaincue, le Féminisme. 

Le président interrompt ma comtemplation. De ses 
doigts effilés il se caresse voluptueusement le nez. Il 
m'interpelle : 

« Je vois à ton museau de délateur que l'Almanach 
t'a chargé de me casseroller. La bonté des faiseurs de 
poires n'étant pas leur péché mignon, je te préviens qu'il 
est des insinuations que je ne supporterai pas. » 

— « Lesquelles? » 

« D'abord, on a la rage de prétendre que je bave ma joie 
d'être président. C'est une idée stupide! Je suis un homme 
simple. J'ai toujours refusé les honneurs à là Générale. 
Aux colonies j'étais l'homme de la situation, j'ai décroché, 
comme de droit, la timbale, malgré les efforts titanesques 
de Col, le faune aux discours apoplectiques. » 

« Tout le monde connait mes titres à la reconnaissance 
publique. Dans ma jeunesse j'ai fo dé une société littéraire 
sportive, étoile d'abord, nébuleuse ensuite. Organisateur 
de toutes les fêtes de charité, arrivé aux Colonies, je fut le 
brise-lame des colères des jolies femmes mal placées au 
théâtre. 

« Attire l'attention de tes lecteurs sur mes interpellations 
distinguées aux séances, sur ma conférence « La Grande 
Coupure, » qui sera le select évent de l'hiver. 

« Parle enfin de mes efforts pour faire entrer une jeune 
étudiante à la Générale, ce qui permit les suppositions les 
les plus flatteuses sur mon compte et mit un ourse conser- 
vateur dans une rage extrême II prit la parole aux séances 
pour la première et dernière fois de sa vie. 

« Dans ma jeunesse j'ai raclé du violon avec autant d'ouie 
que j'ai de finesse d'odorat. Je n'épouserai jamais une 



Digitized by Google 



jeune fille qui a une phonographe, parce que ces instru- 
ments sont quelquefois presque justes. 

« J'ai asphyxié tout un cours de chimie en oubliant de 
couper le sifflet d'un récipient d'hydrogène sulfuré. Jamais 
je ne m'en serais aperçu, sans les hurlement de mes 
victimes, qui ont du boire toul l'alcool du laboratoire pour 
se remettre de leur émotion. 

« Mon art dramatique, l'élégance de mon coup de raquette 
font fureur dans le inonde professoral. Pendant quinze j ours 
un éminent maître a vu sa famille l'abandonner, pour me 
suivre sur les cords. Résultat : 6 buses de plus à 
l'examen. 

— « Et les femmes, mon cher. On te dit misosyne? » 

« Erreur, erreur! Distinguons : les femmes du monde et 
les autres. 

«Dans le monde j'ai eu des flirts sérieux ! La ville entière 
a déjà crié à mon mariage. Seulement je suis un peu timide. 
Je n'ai jamais osé faire des déclarations qu'en scène, le rôle 
s'y prêtant. De mauvaises langues prétendent que je répé- 
tais mon rôle dans les coulisses... 

« Signe caractéristique : quand je suis amoureux, je deviens 
d'un abord difficile. Je suis le jouet de migraines ophtal- 
miques : je fais de la gymnastique suédoise et je mange des 
oranges. 

« Comme j'ai l'âme très sensiblej'ai peur des collages que 
c'en est une maladie. Aussi quand je vois venir une petite 
modiste, accorte, le carton sous le bras, je suis comme 
Robert, je traverse la rue et je ne la regarde pas. 

— « On dit pourtant que quand tu fus à Liège... » 

« Oui, les camarades prétendent que j'y perdis... ma mo- 
destie. Mais je n'en crois rien. Je ne m'en souviens pas, et 
on doit se souvenir de ces choses là... » 

Caetera daesunt. 



Digitized by Google 



- 399 — 



Ce matin mon facteur me remet une épistole. Je lis : 
Mon Cher, 

Tu m'avais promis de me faire figurer dans ton sale 
Almanach en mon cottage de Saint-Denis, bas blancs 
et souliers bas, un arrosoir doré d'une main, une mignonne 
pelle à engrais de l'autre, en train de rafraîchir mes 
Centifolia Chrystata. 

Au lieu de cela, tu me représentes comme un mal embou- 
ché, qui voit tout en noir et boit sans ivresse, la coupe 
joyeuse de la jeunesse. 

Pour ton infidélité, ta traitise, je te livre aux justes colè- 
res du Grand Architecte. André. 

Pour copie conforme : 
Ursus. 



Léon Hiroux dit « le Poilu » 

ANCIEN PRÉSIDENT DE « LA WALLONNE » 

Rassurez-vous, ami lecteur ; ne croyez pas que le comité 
de l' Almanach m'ait chargé de faire la description d'un de 
ces nombreux phénomènes exhibés chez Barnum ou d'un 
de ces remarquables pensionnaires de Bostock. 

Le « Poilu » est tout bonnement un mélange judicieux 
de chair et d'os — très judicieux, trop peut être — comme 
vous et moi d'ailleurs. Ce vertébré est une poire... estu- 
diantine. Ce que lui a valu cette dénomination plutôt 
aimable que méchante, c'est la moustache touffue, souvent 
négligée, mais cependant parfois très soignée, les jours de 
grande réception, dont l'a dotée Dame Nature, mais, chut, 
je lui ai promis de me tenir dans un mutisme complet sur 



Digitized by Google 



— -NX) 



ce sujet scabreux. Le « Poilu », grand, fort, corpulent, est 
universellement connu, même au Nox-Bar, à Montmartre, 
où, lors des dernières fêtes estudiantines, il s'est parti- 
culièrement distingué dans l'exécution de danses orientales 




en compagnie des nobles dames de l'établissement. Il pos- 
s jcVj des cheveux que d'aucuns prétendent être en chiendent 
dco yeux deux d'un pouvoir magnétique vraiment surpre- 
nant, un n :; Lcui^ XI un menton en pointe. 

Et uidntc-nantj ^ il vous arrive, dans vos promenades 



Digitized by Google 



— 101 — 

digestives, de rencontrer une espèce de voyageur égaré 
ressemblant fort à un habitant de la Patagonie en tournée 
diplomatique en Europe, vous ne vous tromperez pas en 
disant : C'est le « Poilu ». 

Or donc Léon — car il s'appelle Léon pour les dames — 
est né en l'an de grâce 1882, au milieu des choux et des 
carottes dans un « coquet » fô combien) village duHainaut. 

Sa jeunesse fut celle de nous tous. 

Avide de Science, voilà plus de cinq ans déjà, qu'il vint 
approfondir les matières enseignées aux Ecoles de la rue 
Plateau. 

La première année, Léon, sût — ce qui est assez rare — 
gagner la sympathie de toutes les vieilles casquettes; il 
devint membre à la Générale, à la Wallonne, aux Colonies, 
s'abonna au Journal des Etudiants, bief fut toujours sur 
la brèche quand il s'agissait de défendre le drapeau bleu. 

Un beau jour — je ferais mieux d'écrire un laid jour — 
une idée plutôt sangrenue qu'intelligente lui vint. Il alla 
habiter avec un certain Godefroy, actuellement chef de,..., 
— disons : exploitation — en Bulgarie. Notre camarade 
Léon change du tout au tout ; il s'occupe avec son coloca- 
taire des moyens le plus efficaces à employer pour se faire 
redouter des plus audacieux; il transforme sa chambre 
à coucher en salle de gymnastique, sa chambre de travail 
ihum!) en salle d'escrime, s'exerça à tirer du pistolet dans 
planches à dessiner, à jouer du sabre, aux dépens de la 
malheureuse suspension et l'innocente statue de Vénus, le 
plus bel ornement de la cheminée ; enfin il devient si iort 
dans le maniement des armes, qu'à la fin de l'année il entre 
sans peine dans la société des « Apaches Gantois ». Les 
professeurs» qui l'avaient d'ailleurs en très haute estime, lui 
témoignèrent cette année-là, tout leur attachement en le 
tuvautant à l'examen de passage à l'Ecole spéciale, ceci 

26 



Digitized by Google 



— 402 — 



pour le plaisir et le bonheur de le revoir encore dans les 
couloirs de la Préparatoire, menacés d'une invasion de 
jeunes calotins. Le camarade <( Y rouspète » après avoir 
occupé à la Wallonne le remarquable poste de pompier et, 
soit dit en passant avec une rare compétence, fut élu 
trésorier de la digne corporation, et bientôt l'an dernier 
se trouva assis au fauteuil présidentiel. 

Son esprit pratique est connu. Ainsi, il prétendit vider un 
demi-tonneau de christmas alors que nous n'étions i n,» 
treize. Il voulait se convaincre que les formules d'hydrau- 
lique donnant le débit et la vitesse d'écoulement étaient 
exactes. Excellent moyen pour apprendre ses cours; car 
pour lui la théorie n'est rien, la pratique est tout. 

Tout dernièrement, grâce à sa morgue hautaine, et sur- 
tout grâce à son éloquence napoléonienne — pour Wil- 
liame — il parvint à persuader un naïf « bleu » avec lequel 
il cohabite, que la seule façon de se rafraîchir la mémoire 
quand on a trois répétitions en une semaine est de faire une 
visite solonnelle et académique aux nombreux musées 
d'archéologie et... d'antiquités, ainsi qu'aux principaux 
monuments architecturaux de la ville de Gand. Pauvre 
bleu. Il n'a certes pas confondu les matières des trois répé- 
titions, car il a été plongé dans une léthargie, disons-le, 
inquiétante, pendant soixante heures exactement. (Luxem- 
bourg, voile toi la face ! Que n'avais-tu ô « Herquellc » 
goûté au paravant à la « source » de nos bières fameuses). 

A son réveil, il a juré les grands dieux de ne plus jamais 
suivre les conseils paternels du « Poilu. » A vous, ami lec- 
teur, de juger s'il a tort ou raison. 

Je m'aventurerais volontiers dans les dédales obscurs de 
la vie privée du camarade Léon, si je n'a\ais crainte de 
nf égarer et de ne plus retrouver mon chemin. Quoique 
n'ayant pas trempé dans l'affaire de la rue des Hirondelles, 



Digitized by Google 



- m — 

il a cependant sur la conscience maint crime resté impuni. 
Je me mirai afin de lui éviter tout de nèlé avec la Justice, 
cet almanach pouvant être lu par un agent de la sûreté. 
D'ailleurs si la parole est d'argent le silence est parfois d'or, 
et pour ne troubler aucun bonheur je vous dirai seulement, 
cher lecteur, que Léon a une prédi ection toute spéciale 
pour les fiancées et celles qui.... ne le sont plus. 

Pourtant, jeunes filles éprises d'aventures, ne vous fiez 
pas trop aux apparences que je viens de signaler : ce bloc 
enfariné ne dit rien qui vaille. Quoique voyageant beaucoup 
dans les sentiers battus, il ose aussi se risquer en terrain 
vierge. 

Une jeune fille avertie en vaut deux. Je vous l'ai dépeint 
tel qu'il est. 

Et inaitenant si plus tard vous le rencontre dans les nom- 
breuses « occasions » offertes aux jeunes filles à marier, con- 
tentez-vous de le saluer du titre pompeux de « M. l'Ingé- 
nieur » ou d'un amical « Bonjour Poilu » et hàtez-vous, 
pour éviter tout malheur (la roche Tarpéienne est près du 
Capitole) de venir consulter votre bon conseiller, l'ami de 
l'humanité souffrante : « La Base. » 



Figaretto 

UN PORTUGAIS A GAND 

Dans un clair de lune blafard, se profile l'antique beffroi. 
Maisons et cafés sont clos. La ville dort. Seul un monôme 
d'étudiants bruyants serpente sur la place déserte et fait 
retentir les échos nocturnes d'un brouhaha confus de voix 
et de chants. 

En avant se détache un personnage long et maigre. 



Digitized by Google 



— 404 — 



narguant une demi-douzaine de « pinnes » soupçonneux 
et inquiets. Il est coiffé d'un chapeau de muletier andalous 
et vêtu d'une longue pèlerine. Sa voix stridente et criarde 




domine le bruit : « Quand je commanderai, vous prendrez 
le pas gymnastique » dit-il. Et puis « Quand je compterai 
trois, vous crierez : A bas la calotte ». Ht une clameur de 
voix rouillées répondit : « Bravo Figaretto ». 



— 405 — 

C'est ce personnage étrange qu'on m'indiqua pour la 
galerie de « poires ». Je n'eus certes pas la témérité de 
l'interwiever en ce moment, n'ignorant pas qu'il m'eut 
répondu sans nul doute : « Fouteie moi le cang » 

J'attendis donc l'instant propice. Il se présenta bientôt 
par une après-midi de février : je trouvai mon héros à la 
<» Maison », achevant une partie de whist. Il comprit 
aussitôt tout l'intérêt qu'aurait pour moi le récit de ses 
jeunes années et me conduisit obligeamment à son home. 
Là, il m'obligea à goûter avec lui un des meilleurs crûs 
bordelais, prétextant qu'il en faisait un quotidien usage : 
je signale cette bonne habitude aux amateurs, et j'arrive à 
mon histoire. 

Mon hôte m'indiqua sur une carte détaillée un gros 
bourg du nom de Thomar par 39°40' de latitude nord et par 
10°50' de longitude est : c'est là qu'il prétend avoir vu le 
jour, il y a quelque vingt-quatre années. Sous l'action du 
chaud soleil de l'Estramadoure, il prit âge et taille, au 
milieu de l'indifférence de ses compatriotes. Lorsqu'il 
atteignit neuf années, la photographie enregistra ses traits 
sous la mine d'un gosse turbulent, vêtu d'une culotte courte 
serrante, et qui était la terreur de son entourage. Lorsqu'il 
quittait le logis ancestral et descendait dans la rue, c'était 
les poches bourrées de cailloux : il lapidait cruellement 
les gamins indigènes, puis revenait au domicile paternel, 
parfois aussi couvert de balafres, mais avec la satisfaction 
du devoir accompli. Ce fut sa seule participation à la vie 
publique jusqu'à l'âge de dix ans; on jugea alors que son 
manque de sociabilité devait être attribué à l'état d'igno- 
rance dans lequel il croupissait et il fut envoyé au couvent. 
Là il fit plutôt grise figure aux frocards de tous poils qui 
caressaient le secret espoir de lui apprendre à lire et écrire. 

Notre gamin affectionnait les friandises et par dessus. 



Digitized by Google 



- ior> — 



tout, les hosties que recelait le tabernacle. Lorsqu'il pouvait 
échapper au surveillant, il faisait main basse — et sacrilège 
— sur les saintes espèces et croquait avec délices le dieu- 
vivant, qui se laissait manger, en bonne pâte qu'il est. 
Mais il faut croire que l'organisme de notre héros n'était 
pas constitué pour la théophagie, car il fit une courte 
maladie, à la suite de laquelle il se contenta d'être pour 
l'avenir, mangeur de curés, ce qui est bien plus banal. 
Mais ces nouvelles convictions lui interdissaient de rester 
plus longtemps au séjour monacal : il voulut s'en aller, 
seulement — suivant les mœurs qui sévissent dans les pays 
très catholiques — il lui fut interdit de communiquer avec 
l'auteur de ses jours. Figaretto usa d'un stratagème — il 
était déjà ingénieux alors et l'avertit néanmoins : en 
bon père qu'il était, celui-ci. qui est homme de guerre, 
portant cape et épée. vint réclamer illico son héritier. 

Le futur étudiant s'en fut alors dans toutes les pensions, 
se signalant partout par les tours pendables qu'il jouait à 
ses condisciples, et dont le favori consistait à coudre 
nuitamment leurs pantalons, vestes, etc. : néanmoins il 
prend goût au travail, devient un sérieux bloqueur et 
entre sans effort à notre aima-mat er. C'était alors un grand 
diable à la figure anguleuse, portant monocle, dardant un 
regard vif et impérieux sur quiconque osait toiser son 
austère personne, parlant par phrases brèves, d'une voix 
âpre, cassante et altière. Il avait les cheveux très longs, 
portait toujours de gros bouquins sous le bras et par son 
aspect doctoral, en imposait aux niais. Il décrocha des 
distinctions. (Le lecteur est prié de croire que ce fait n'a 
rien de commun avec la constatation de la phrase précé- 
dente). 

Mais il n'était pas refractaire à la gaieté. Comme il 
habitait le logis d'Oloff, ce dernier venait chaque matin 



Digitized by Google 



— 107 — 



vocaliser au piano de Figaretto et le berçait de tyrolien- 
nes : trou la laï, la laï, la laï... Il se prit d'affection pour 
le Bruant estudiantin et fut souvent le compagnon de ses 
veilles ; ensemble ils entreprirent cette expédition mémo- 
rable dont le butin se chiffra par une trentaine de couver- 
cles — non pas de vulgaires ustensiles de ménage, dont le 
maniement est le privilège des seules cuisinières, mais de 
couvercles dont la multiplication est le résultat d'une 
compréhension de plus en plus large de l'hygiène sociale 
et dont la prévoyance des pouvoirs publics — cette formule 
est presque un lieu commun — a muni nos modernes 
salons... de toilette; les trophées recueillis, notre héros en 
avisa un, qui lui parut le plus moderne et le plus luxueux et 
il en fit le cœur d'une décoration où les autres couvercles 
— il y en avait de tous les âges — faisaient bonne figure, 
entourés de rubans bleus et roses. Au centre, on placarda 
le portrait du pape, trônant avec la même majesté sereine 
qu'au milieu de ses cardinaux. 

Narrer tous les exploits auxquels notre héros fut mêlé, 
serait trop long. Ajoutons qu'il n'est pas de ceux qu'on 
intimide et, à pareille tentative, il dit vite : « Je me fous de 
tout le monde ». Si vous voulez l'intéresser, proposez lui 
une farce ou parlez lui d'une idée neuve. Il vous approuvera 
aussitôt en disant : « Efidament » comme s'il avait depuis 
longtemps déjà songé à votre initiative. 

Il faut le voir à l'École spéciale, commandant des chœurs 
allemands aux élèves-conducteurs : il est connu de tous 
comme un vieu sou. Mais il n'est pas qu'un mystificateur, il 
prend aussi des initiatives bizarres, s'adonnant avec rage à 
l'étude spéciale d'un point scientifique qui l'intrigue, 
remuant des livres de toutes sortes ; allez le trouver et dites- 
lui que vous ne comprenez rien à telle question, il vous la 
bûchera, quelqif aride qu'elle soit, et vous arrivera bientôt 
avec l'explication ou la solution cherchée. 



Digitized by Google 



— 408 — 

Il se livre aussi à des recherches empiriques d'alchimiste 
voulant sérieusement par exemple, mettre la lumière en 
bouteille. Après de laborieux travaux, il s'aperçoit qu'il a 
négligé une hypothèse importante. Il éclate : 

— Ah ! godvcrdome, je suis un immebezile, je suis un 
créting, je suis un idiot... Et il se calme bientôt, en niant 
les lumières de son intelligence : il ne croit pas un mot sans 
doute de ces imprécations, et il a bien raison, car bien des 
inventions ingénieuses et des propositions fertiles ont germé 
dans son exotique cervelle. 

Allez chez lui et il vous dévoilera toutes ses fantaisies, 
exibant de miniscules moteurs à air chaud, des dynamos, 
des lanternes à projection, des motocyclettes, des com- 
posteurs, etc. Il vous montrera aussi des objets hétérocly- 
tes, tels un aerium contenant des mouches, des araignées 
et autres insectes, par opposition à l'aquarium qui ne con- 
tient que des poissons. Demandez-lui aussi un volume origi- 
nal des Diaconales et je ne sais quelles autres curiosités. 
Outre ses collections, il avait rapporté un souvenir plutôt 
désagréable de ses vadrouilles. Au sujet de ce malencon- 
treux souvenir — s'agissait-il d'un vilain rhume ayant pro- 
voqué des absences? — un haut dignitaire des Ecoles avait 
réclamé des certificats d'authentification. « Pas besoin de 
certificats » hurla notre homme sans ambages et il fit 
incontinent une profession de foi médicale qui plongea dans 
un ahurissement complet son interrogateur. Terminons la 
liste de ces bizarreries qui sont souvent des actes d'indé- 
pendance. 

Mais si notre héros s'est plu à semer son existence de 
drôleries, il y aussi mieux à dire de lui. Quoique apparte- 
nant à la colonie étrangère, il n'est pas « en exil » parmi 
nous : il parle notre langue avec une élocution parfaite ; il 
s'est assimilé notre esprit et nos mœurs ; il est parmi nous 



Digitized by Google 



— m — 



un vrai camarade, s'intéressant à notre vie, à notre activité, 
à notre politique. 

Il n'est pas seulement l'observateur prompt, dont l'esprit 
vif devine le sillage des médiocretés, il est aussi l'ami sùr 
qui pressent, autour de lui, ceux qui ont de la générosité et 
de l'enthousiasme. Il prodigue son affection bienveillante 
et sincère. Parlez-lui de notre vieil ami Mustapha Salby, et 
il vous dira, non sans émotion : « C'était un brave type. » 

Son dévouement à notre cause est inlassable : il n'est pas 
de tâche difficile ou délicate qu'il n'accepte d'emblée et s'il 
faut payer de sa personne, avant que les autres aient sup- 
puté les dangers ou raisonné les risques, il s'est déjà offert. 

Son caractère original lui donnait droit à figurer dans 
l'Almanach, mais la sympathie dont il est entouré fait 
qu'avec plaisir on lui rend Fhoinmage qui lui est dû. A le 
voir, dans le défilé des caricatures, on apprécie et on salue 
sa perspicacité et son dévouemeut, on sourit amicalement 
à sa silhouette de bon garçon et de boute-en-entrain de nos 
fêtes. Geache. 



François Paté, dit « Frans » 

Quelques coups de sifflet sous sa fenêtre. Le store se 
lève rapidement, la croisée s'entr'ouvre, un bras s'avance 
et j'attrape presque à la tête un trousseau de clefs. 

Je pénètre dans un couloir obscur et escaladant un 
escalier difficile, j'arrive au premier : Toc, toc. Un 
vigoureux. « Entrez ». J'ouvre et j'aperçois François en 
déshabillé rajustant son col devant la glace. 

Frans. — Ah ! c'est toi. Heureux de te voir. Ça va. Et 
la base? Toujours solide. Comme tu vois je viens de 
changer de linge. 



Digitized by Google 



- 110 — 



Moi* — !!! (un me»credi ';. 

Frans.- Je suis très occupé pour le moment; j'ai des 
ennuis de tous côtés. 

Moi. Pas possible! Tu n'as pas l'air d'un homme 
ennuyé. (J'aperçois sur la table une enveloppe avec adresse 
faite d'une main plutôt hésitante). 

Frans. - Tiens, par exemple, cette lettre. J'ai du refuser 




instantanément. On ne me laisse pas tranquille. C'est 
insensé. Je suis surmené. Le plus joli garçon du monde ne 
peut pourtant donner que ce qu'il a. Tu permets? 

Frans disparait dans sa chambre à coucher et me laisse 
seul. Je puis donc tout à mon aise examiner l'élégant salon. 
Murs tapissés de beautés académiques, avec un énorme 
tableau noir et une carte... de géographie;! Un joli bureau 
avec une bibliothèque tort curieuse : « Le* révolutions du 
Globe de Cnvier.— Hygiène des deux Sexes. La Virginité. — 
L'Amour Conjugal. De la manière de se tenir dans le monde — 



Digitized by Google 



- ni - 



et un album de photographies. Sur la cheminée divers 
portraits ; sur l'armoire une reproduction du fameux 
« toret » de Liège (L'as veyou, m'fi; et à côté un minuscule 
coffre-fort. Voilà qui m'intrigue. Frans aurait-il découvert 
une mine d'or; serait-il devenu capitaliste? Vrai pour un 
étudiant un coffre-fort n'est pas un meuble ordinaire ! Mais 
j'aurai la clef.... du mystère. Frans réapparaît justement et 
« chic » savez vous! Souriant, les cheveux sépares jusqu'à 
la nuque par une ligne impeccable, cravate nouveau style 
- fringant, pimpant. 

Frans. — Eh bien, mon vieux, nous allons prendre k 
chocolat, n'est-ce pas? 

Il court à l'armoire à glace, en sort une terrine, un 
paquet de chocolat, un pot de lait et des « pâtés ». Ma foi 
cYst une chaude réception. 

Moi. — ■ A propros, qu'est-ce que ce meuble insolite 
là-bas? On a vraiment l'envie de ce taper quand on vient ici. 

Lui. — Ça, c'est la misère du propriétaire et la richesse 
du cœur. 

Moi. — Cela ne m'en dit pas long. 

Lui. — (''est le tombeau de mes amours. 

Et Frans d'aller droit au meuble mystérieux. Il l'apporte 
l'ouvre brusquement et d'un geste triomphant : « Vois ». 

Une odeur subtile s'échappe du dit tombeau ». J'aperçois 
des cheveux blonds, bruns, noirs, châtains, liés de rubans 
multicolores, les uns soyeux et fins, d'autres gros et raides 
mêlés parfois de morceaux de fils, de decheis de soie, etc. ». 

Symétriquement rangées, des lettres et cartes postales de 
tous formats et de toutes couleurs, avec écriture élégantes 
et fines, ou bien serrées, hachées, hésitantes et grossières, 
bref de quoi affoller un expcit. Waterloo après la bataille, 
<pioi ! 

Ami lecteur, je ne pousserai pas plus loin et je ne 



Digitized by Google 



— 112 — 



publierai pas ces fiches. Je n'insisterai pas non plus sur la 
préparation du chocolat, dans laquelle Frans déploie un art 
véritable. Nous voilà donc en train de goûter les fameux 
« pâtés ». 

Lui. — Ne trouves-tu pas que la vie estudiantine s'en va? 
Souviens toi de notie temps, des bons moments de chaudes 
vadrouilles. Actuellement il n'y a plus que des bloqueurs à 
la boite. Tiens j'en connais un qui habite non loin d'ici et qui 
déménage parce qu'il a peur de rencontrer une femme dans 
l'escalier. Sont ce des étudiants à présent? Avoir peur 
d'une femme ! On n'était pas si susceptible dans le temps, 
si on peut appeler cela susceptible. Il faut dire qu'on nous 
les enverra bientôt à la mamelle. Oui, mon vieux, ils ont 
peur" des femmes! Et pourtant tu sais bien que les femmes 
ne sont pas si terribles.... au contiairo! Il est vrai que, qui 
s'y frotte s'y pique, et que le meilleur moyen pour le soldat 
de revenir indemne de la guerre, c'est de ne pas aller à la 
bataille. C'est connue le régime! As-tu déjà vu une institu- 
tion aussi déprimante? Nous ne sommes plus à l'école 
primaire pourtant. » 

Et ses yeux se perdent comme dans un rêve; puis brus- 

» 

quement : 

« Tiens moi. je n'ai jamais eu de chance. Je n'était pas 
ici de 15 jours que déjà j'avais fait la connaissance de 
Thémis. Tu sais bien qu'a Lessines on ne doit pas se gêner 
dans les rues et que les murailles sont faites pour cela. Eh 
bien, moi. j'ai été, un jour, conduit au Mamelokker(*) pour 
avoir oublié que j'avais quitté Lessines. On est moins libre 
que les chiens ici à Gand. 



i*) Etre conduit au Mamclokker. Une des conditions pour être 
sacré Gantois. Il en existe d'autres sur lesquelles je n'insisterai 
pas et que François a déjà d'ailleurs remplies complètement. 



Digitized by Google 



— 413 — 



Il y a eu cependant de bons moments pour moi. Mais 
les copains s'en vont. Tu le souviens de Jules, d'Albert et 
de notre visite dans son fameux village des Flandres. Et 
puis ce dimanche avec toi. L'histoire du rocher, presque 
un drame. » 

Ah ! oui, celle-là, il faut que je vous la raconte, ami lecteur. 
C'était pendant l'horreur d'une profonde nuit. Nous déam- 
bulions Frans, Raymond et moi à travers la Plaine St Pierre 
pour regagner nos pénates. Tout à coup Frans avise un 
fiacre, une de ces bonnes vieilles pataohes qui pourraient 
facilement servir de chariot xl'épreuve. Le fiacre était à 
l'abandon. Avant que nous ayons su l'arrêter, Frans est sur 
le siège: la lourde voiture s'ébranle : fouette cocher. 
Brusquement une porte de café s'ouvre et c'est une pour- 
suite échevelée d'ombres derrière la malheureuse « hippo- 
mobile » qui fuit toujours tandis que retentit le bon rire du 
cocher improvisé. Mais tout à une fin. Un virage trop 
brusque arrête tout à coup le véhicule. Ici les choses se 
compliquent. C'est le commencement d'interminables expli- 
cations. Et brusquement sans qu'on ait jamais su pourquoi 
mêlée générale : du cocher et de bourgeois, tandis que 
l'auteur de tout le mal s'éclipsait. 

Il est évident que ce récit n'est qu'un pâle reflet de la 
scène, vécue s'il en fut. 

Mais il se faisait tard ; nous nous taisions et nos esprits 
retournaient vers l'autrefois. joyeux et tant regretté. Je pris 
congé de François. Au risque de me casser le cou je 
descendis le maudit escalier. Au rez de chaussée, sous une 
porte, de la lumière filtrait. Je frappai et passai la tète. 
Affalé dans son canapé le « coq du village », lisait les 
« grands romanciers ». Un rapide bonjours et me voilà 
dehors. 

Décidément il règne une atmosphère de travail dans 
cette maison. 



Digitized by Google 



— 1 1 1 

- 

Détails iomplcmcntancs : Joli garçon; 1res connu de ces 
daim s : sait se tailler un grand succès dans les cafés- 
concert mi sa voix agréable et son sourire gouailleur lui 
attire l'admiration des meilleurs sujets. Aime à poser 
devant les appareils photographiques, grand amateur de 
back fiseb. Se promène volontiers eu buse et en guêtres. 

A eu des débuts, très mouvementés à Gand. Beaucoup 
plus rangé actuellement, trop même, je crois pouvoir attri- 
buer ce changement au fait suivant : If y a sur sa cheminée 
à droite, le portrait d'une très jolie demoiselle que Frans 
contemple parfois d'un air attendri. Serait-il donc fiancé 
la-bas quelque part au bon pays wallon? 

P. S. Prière, pour ceux qui voudraient en savoir plus, de 
s'adresser à son confesseur le père Mauganate. 

Kl Marloi D'Algésiras. 

Rodolphe Heyse *) 

Cn grand diable blond, bien campé sur ses pattes, un 
faciès large et ouvert. Des yeux bleus, une bouche sen- 
suelle élargie par un perpétuel sourire, ombragée par une 
frêle moustache. Voilà l'instantané de Rodolphe Heyse. 
Comment le trouves-tu, lecteur? Moi je le trouve exquis. 

Xe t'imagine pas que Rodolphe est un pyrographe 
distingué et que son stylet habile transforme en œuvre 
d'art ce peu pudibond banc du Parc. 

Le geste que lui prête Jeannot Lapin, notre éminent 
caricaturiste, est dù tout entier à sa Muse iinaginative. 
Rodolphe ne grave pas. Son geste est uniquement symbo- 
lique. 

i*> Le camarade Heyse n'est pas vénal du tout! Il a simplement 
1»' sens pratique : ainsi l'an passe, i! a revendu son almanach 
après lecture. Sa poire donneia, au posent almanach, une plus- 
value con.sidc rable .Nous ne doutons* paà qu'il ne trouve facile- 
ment bon acheteur ! ! 



Digitized by Google 



- 4ir, - 

11 est Cinq heures du matin. Prés du rocher où se tord 
Prométhéc sous les serres du vautour, un brouillar l opalin 
se dissipe, aspiré par les premières lue urs du soleil. 

Rodolphe d'une main lasse a laissé choir sous le banc 




son cours d'histoire de Rome. Ses yeux pensifs se noient 
dans l'infini. En songe il voil une dryade, nimbée d'aurore et 
étincelante de rosée. <iui. radieuse, s'avance vers lui et 
tend sa bouche aux baisers. 



— 1)1) — 



Brusquement inspiré, il se lève et d'un ton de Pythie, se 
comparant cà Numa prononce ces mots : « Alors Rodolphe 
« abandonnant la ville, alla par goût habiter la campagne, 
« où il vivait seul, se promenant dans les bois et les prairies 
« consacrées aux Dieux. Ce fut cet amour de la retraite qui 
« fit courir le bruit qu'il avait trouvé une société plus 
« auguste (!;, celle d'une Déesse^!!/qui l'avait jugé digne de 
« son alliance; que la nymphe Egérie, ayant conçu pour lui 
« une vive passion, lui avait donné sa main(!!?) et lui faisait 
« mener la vie la plus heureuse en éclairant son esprit par 
« la connaissance de choses divines (!!!?) » 

\ Histoire romaine, Chapitre II : Introduction 
des Grues en Italie par les Jésuites). 

Vous dirais-je ses titres? Mais Rodolphe est partout, fait 
partie de tout. Pas une beuverie, une palabre, un laïus sans 
lui. Interrogez-le : Rodolphe loin de la Générale se sent 
mourir, la Générale sans Rodolphe est une impossibilité. 
Ses titres sont éblouissants : 

Commissaire sous le consulat de Leclercq, il est appelé 
quel cpies mois d'été à la vice-présidence sous l'administra- 
tion du flegmatique! Mimile. Mais à la suite d'une polémique 
musicale avec Log. l'organiste ordinaire et extraordinaire, 
de la Générale, il abandonne sa chaise curuie invoquant le 
délabrement de son système dentaire. 

Depuis, soit insouciance, soit dépit, Rodolphe refuse toute 
charge importante. Les jours de fête, d'un air vainqueur, il 
exhibe aux foules en délire le drapeau des Colonies. Les 
jours de bal il revêt le tablier a (êtes de mort, la médaille 
d'or cuivré, et verse du punch avec la sérénité qui l'a carac- 
téiisé aux heurts les plus sinibtres de son existence. 

Hélas, le.9 heures sinistres sont passées! Rodolphe s'em- 



Digitized by Google 



— 417 — 

bourgeoise. La bande d'Apaches dont il faisait partie est 
réduite à néant. 

Le Comte est devenu un petit maître, courant de bal en 
soirée. 

François vit de ses rentes en Wallonie, Jonathan a fait 
un héritage. 

Plus de couillons chez Klaus, entrecoupés de « célestes 
Munichs, » de soupers aristocratiques, qu'on quittait les 
jambes molles, de vadrouilles, dont on ne rentrait que pour 
briser d'un coup de main distrait tous les globes de l'esca- 
lier, étonné de réveiller toute la maisonnée par cet esclandre. 

Tout cela est fini, bien fini. La vieille vie d'étudiant est 
devenu un mythe et Rodolphe et Noë ne se quittent plus. 
Ils boivent, causent, jouent ensemble. Ils collaborent à 
la poésie oléagineuse. Dans dix ans par sympathie, ils seront 
devenus des Frères Siamois. 

Rodolphe invente, pour remplir ses loisirs, une langue nou- 
velle, que je qualifierai, faute de classement au Larousse, de 
transatlantico-romaine . 

Je retrouve à l'instant une de ses lettres» Elle est raris- 
sime. La voici : 

Eminent Juriste, 

Ce soir fine course dans des popines variées. Induis-toi 
vers la vesprée en tes cape et chlamyde. A la Maison, nous 
boirons une pocule de cervoise. 

A la nocturne je t'introdutrai che* une digne matrone qui 
désire célébrer, avec nous^ les Saturnales. 

Secouerons-nous les mains ensemble ? 

Oncques ne te vit. Qu'elle est la matière? Aurais-tu subi 
le venin des maléfices (vitriol). Ça serait une fois une affaire, 
a'est-ce pas camarade ? 

27 



Digitized by Google 



- 418 - 

Mon clepsydre marque la huitième. Je suis allant chez 
Van Wett ! Je te pompe la dextre. 

Rodolphe. 

Ne croyez pas que ce soit là, la seule invention de mon 
héros. Rodolphe a découvert que la bibliothèque était un 
excellent cubiculum ; que les cigares à bague coûtaient 
moins cher que les voyouteilas... quand on les recevait 
de capitalistes dégoûtants , qu'être témoin dans un duel est 
un position sociale, parceque les adversaires offrent régu- 
lièrement un dîner... quand ils sont remis de leurs bles- 
sures (?) 

Enfin Rodolphe a trouvé le moyen de faire bien des 
envieux : il a l'air de ne pas ouvrir un cahier pendant 
l'année et passe tous les ans régulièrement son examen... 

Au revoir, Vieux Rodolphe. On t'a assez vu ! 

Ursus. 



Norbert Van Waesberghe 

SECRÉTAIRE DES COLONIES SCOLAIRES 

Au physique, c'est un gros garçon jouffu et rose, comme 
un poupon baisottable à mercy, petit, portant beau malgré 
cela et dont la figure — pleine lune — enluminée, comme 
la coque d'un navire sortant de cale sèche, ressemble fort 
à la trogne d'un moine bourgognant. Il n'a pas la démarche 
sautillante de Maurice Berger, ni le port hautain du Comte, 
ni le déplacement élégant du très select Marcel De Beer. 
Il tangue, roule, vogue, tel une galère, plein de majesté et 
de lenteur, affecté de ce petit dandinement significatif du 
vieux loup de mer sur le plancher des vaches. 

Et tandis qu'il se ballade allègrement, armé de son 



Digitized by Google 



— 419 — 



« Codes » — car c'est un futur Dèmosthène — chaussé de 
larges modder-trappers de puisatiers et qu'il laisse devi- 
ner la rotondité harmonieuse de son esthétique par un 
serrant overcoat, coiffé d'un dernier genre « Christys » de 
« Piccadily », il adopte parfaitement l'aspect d'un gentle- 




men farmer ou d'un jockey d'Epsom, retiré des affaires, 
après fortune faite. 

Aussi, aux heures de midi ou tous les caravansérails 
ouvriers de notre ville lâchent leur flot de pensionnaires 
féminins, plu,s d'un gentil trottin, plus , d'une aguichante 
midinette lorgne Norbert et dit en passant : « T'es n'en 
Engelsman. » r 

Lui déjà, bien rouge, devient coquelicot.,, est fier, mais 



Digitized by Google 



I 



— 120 — 

n'insiste pas... Car il est d'un calme... oh! calme, ineffable- 
ment... comme un transatlantique. 

Soit qu'ayant enfilé son souple et chaud jersey blanc, 
il lutte pour l'un ou l'autre handicap ou match sportif, soit 
qu'ayant endossé sa lourde veste huilée de marin, défiant 
n'importe quelle ondée, d'une main sûre il dirige à larges 
coups de barre, son canot à voile dans une course entre le 
Snepke et VHeilighuisje, dans la Lys méandreuse, son flegme, 
son impassibilité ne l'abandonne point. 

Et que sa barque sautant au gré du vent, virevoltant, se 
couche et reçoit une embardée, promptement et cependant 
sans hâte nerveuse, Norbert, sans cris de détresse à ce 
moment périlleux, répare le dommage; agile comme un 
mousse, musclé comme un écureil. il se lance dans le 
gréément rajuster l'un ou l'autre bout de filin, — suspendu 
entre l'eau et l'air, la haut, il semble dans son élément. 

Et vraiment il faudrait croire que Dame Nature en a 
disposé autrement pour lui. 

A la natation, sa grâce de jeune amphibie fait fureur. 
Rien n'égale son coup de nageoire ferme et sûr. C'est avec 
une douce aisance qu'il fend Teau, qu'il avance prudem- 
ment, piano mais satw. Aussi dans les concours de natation ou 
les sportsmens des deux sexes viennent admirer les perfor- 
mances des hardis jouteurs, plus d'une se souvient long- 
temps, avec bonheur, de la façon remarquable avec laquelle 
il plonge et fait la planche ! 

Modeste — ce qui n'est point au défaut — Norbert par- 
tage avec son ami Louis, qui toujours est de la partie, les 
succès et les ovations. 

Ah! ce bon Louis, plus vieux de deux ans, compagnon 
fidèle de toutes les ballades, de toutes les escales loin- 
taines, de toutes les embardées maritimes et autres, com- 
bien de • fois sa rude écorce ne fut-elle mise à l'épreuve 



Digitized by Google 



— 421 — 

dans ces terribles croisières ; combien de fois sa large et 
bonne face, toute réjouie, — sans aucun poil follet — n'a- 
t elle ruisselé de l'embrun du satanées lames du « Hont. » 

C'est en effet là, leur lieu de prédilection pour îes longues 
croisières, ou sous l'égide tutélaire d'un maître du barreau 
gantois — un avocat-amiral — (quoi! il y a bien un avocat 
général : et de la garde civique encore!) les remous, les 
maëlstrooms, les bas-fonds et les bancs de sable, n'ont 
pour eux plus de secrets — vieux matelots plus avisés et 
instruits que le plus expert des pilotes. Et que de souvenirs 
laissés dans les frais ilôts de Zélande, dans ce large estuaire 
de l'Escaut et dans la douce et copieuse hospitalité hollan- 
daise. Il nous revient, au bout de quelques semaines, notre 
vieux Norbert, le teint hàlé, les yeux clairs, comme si tous 
les vents fous y avaient passés — et le front grave des 
vieux marins qui dans les nuits noires ont vu passer la 
mort... 

Pendant les heures de loisirs des escales, dans les cités, 
les bourgs et les homes hollandais, il n'a garde d'oublier ses 
chauds amis des Flandres. Plus d'un possède dans ses 
tiroirs ou dans ses albums, quelque carte postale illustrée, 
datée d'un de ces petits trous infimes des contrées loin- 
taines de Néerlande ou l'avait jeté leur aventureuse croi- 
sière — carte toute emplie des senteurs salines et des 
grands vents, où le laconique Norbert a tracé hâtivement 
« Beste grocten ait Zierikzee.... Ne me cr<ns pas devenu fla- 
mingant 7 » Ah! le voilà, l'ironiste, le fin Norbert, presque 
malgré lui; car dans ses mots, ses reparties, on sent le 
naturel : l'effort en est absent. 

Au demeurant, c'est un ami franc, un camarade qui ne 
marchande à n'importe quelle loyale cause son dévouement 
inlassable. 

Il est un des solides pilliers des Colonies Scolaires, comme 



Digitized by Google 



— 42? — 



son cher ami Colle, en était le clef de voûte. Il les aime, 
ces colonies, de son cœur d'or et généreux, pour leur œuvre 
humanitaire, et parce qu'elles envoient des petiots malin- 
gres et chétifs dans cet air fort et pur, dont il éprouve 
chaque année dans ses croisières, les bienfaisants effets. 

Aux séances de la Générale rarement il discourre, mais 
lorsqu'il se lève, par hasard, en quelques paroles précises, 
lentes, un peu cadencées, sans superfétation, il dit ce qu'il 
veut — ce qui sied. 

Il fut pour le Comité des Fêtes de la Maison en 1905 
un secrétaire idéal ; la majeure partie de la besogne lui 
incomba. Il supporta tout sur ses larges épaules et donna 
sous main, sans en avoir l'air — car il n'est pas de ceux qui 
claironnent leur dévouement — une impulsion féconde et 
bienfaisante. 

Au total — c'est un chaud camarade — un libéral ! 

J. L. 



André Paléologue, dit « Pague » 

BIBLIOTHÉCAIRE DE LA GÉNÉRALE 

Quand vous le verrez passer, rasant les murs, de son 
petit pas cadencé, avec son ventre qu'il s'efforce de pro- 
jeter en avant, et ses yeux qu'il tient candidement baissés 
comme une première communiante, vous ne soupçonneriez 
jamais les idées fantasques qui s'agitent dans l'esprit de ce 
garçon d'apparence placide. S'il vous aperçoit de loin, 
vite il s'empressera de changer de trottoir, l'air très 
absorbé ; si vous l'abordez, c'est à peine s'il saura répondre 
deux mots à tout ce que vous lui raconterez ; si vous lui 
présentez un inconnu, il rougira, bégayera et tâchera de 
s'esquiver comme un coupable. 



Digitized by Google 



— 423 — 



Et comme je suis un des rares, qui aient pu pénétrer 
jusqu'à l'intimité de cet être fermé, j'aime aujourd'hui à 
étaler les mille riens qui font sa vie énigmatique, comme 




on aime à dévoiler les secrets qu'on est parvenu à 
surprendre. 

Paléologue, bibliothécaire de la Générale, n'est pas un 
inconnu, son nom est l'un des plus populaires du monde estu- 
diantin, d'une popularité qui déborde même jusque dans la 
bourgeoisie : tout le monde a vu les caricatures mordantes 



Digitized by Google 



— 424 — 

dont il tapisse les murs de la Maison des Etudiants Libéraux, 
et qui exagèrent impitoyablement les moindres ridicules 
qu'il a pu découvrir ; tout le monde a entendu parler des 
revues d'ombres qu'il composait au temps lointain de sa 
présidence du Cercle Artistique des étudiants étrangers et 
que lui valurent des colères, voire même des rancunes ; 
tout le monde a assisté aux séances de prestitigation qui 
sont devenues le clou indispensable de nos fêtes, et où il 
s'affirme le plus extraordinaire manipulateur-illusionniste 
que l'on puisse rencontrer ; tout le monde enfin, sait qu'il 
est homme aux ressources multiples, qui compose une 
affiche, brosse un décor, confectionne une marionnette, 
bâtit un théâtre, imagine une parodie et parvient à remplir 
à lui seul, toute une soirée. Mais tout cela ne nous intéresse 
pas puisque tout cela est connu et que ce que nous voulons 
révéler, c'est sa vie privée dont il garde si jalousement 
la clef. 

Allons donc le surprendre dans son antre : deux chambres 
sur un palier mal odorant, au bout d'un escalier en 
échelle de poulaillier. 

Toc! Toc! 

Entrez ! 

C'est Paléologue lui-même qui nous reçoit; il semble 
très absorbé par la préparation d'un beefstaek qu'il tient 
au dessus d'une lampe fumeuse ; il porte un habit à pare- 
ments de soie écarlate, comme les excentriques américains 
de nos music-halls. 

— Tu vois, dit-il, on est de nouveau venu réclamer mon 
concours pour une fête, c'est scandaleux. Je suis tellement 
occupé à composer mon programme que je n'ai même plus 
le temps d'aller manger : c'est horrible. On m'exploite 
absolument, mais ça ne va plus durer longtemps, je vais 
envoyer tout le bazar promener par la fenêtre, etc., etc. 



Digitized by Google 



- 425 — 

Il crie à tue-tête et on le croirait dans une colère épouvan- 
table lorsqu'il reprend tout- à -coup son ton naturel pour 
m'inviter à passer dans le salon, en l'attendant. 

Ce salon présente le plus extraordinaire désordre qui se 
puisse rêver : table, chaises, guéri ions et jusqu'au plancher 
sont envahis par un invraisemblable déballage de bric-à- 
brac, tète de mort, drapeaux, tambourins, muscades, vases, 
fleurs, tout un reliquat de gloire qui s'étale autour de moi 
et me rappelle les éblouissements des lustres, les bruits 
d'orchestre, les applaudissements des grands succès de 
Paléologue. 

La tapisserie fanée disparait derrière des palmes et des 
chromos : au-dessus de la porte, le portrait de Constantin 
Paléologue, dernier empereur de Constantinople, des vues 
de la Grèce où il est né, et de l'Egypte où il habite; quel- 
ques tableautins lestement brossés, les portraits de tous les 
prestidigitateurs célèbres, et, à la place d'honneur, une 
maxime qui s'étale comme une ironie : « Xpto aXXa pt\ 
Xataxpo) >> — Use mais n'abuse pas. 

Sur la cheminée, quelques poissons rouges que Paléologue 
prétend être des « poissons savants » nagent mélancolique- 
ment dans un bocal ; dans un coin, un serin s'égosille à 
vouloir nous crever le tympan. 

Enfin, le maître de céans reparait. 

— « Voilà, dit-il, j'ai escamoté mon pauvre beefsteack 
sans préparation aucune : c'est extraordinaire ! Il promène un 
regard éploré sur le désordre de sa chambre et pousse un 
soupir résigné : Ach ! mon Dieu... 

Cependant, sa main caresse un jeu de cartes, et. tout en 
causant, il se livre distraitement aux plus extraordinaires 
manipulations; bientôt, au jeu de carte succède une pièce 
de cent sous qu'il fait apparaître et disparaître au bout de 
ses doigts, avec une dextérité que lui envierait Nelson 
Downs. 



Digitized by Google 



420 — 



Il se met à m'expliquer tous les procédés d'escamotage 
depuis l'ancien empalmage de Robert Houdin jusqu'aux 
manipulations modernes. 

Comme la chanson du serin devient assommante, 
Paléologue se hisse sur une chaise et décroche la cage : 
Ah! clame- t-il, il nous embête celui-là! et avant que j'aie 
le temps de revenir de mon étounement, cage et serin ont 
disparu. 

Il plonge encore sa main dans sa poche et en retire deux 
verres d'excellente chartreuse : A votre santé ! 

Cette fois, le voilà dans son élément, son rire bruyant 
ne le quitte plus et ses calembours se succèdent sans 
tarir. 

Par instant, de la pièce voisine, s*élève une chanson : 
il doit y avoir une Musette de l'autre côté de la porte, et si 
j'étais seul je collerais mon œil au trou de la serrure. 

D'ailleurs Paléologue qui ne se doute pas du but perfide 
de ma visite, s'abandonne en confidences : il y a de la 
mélancolie dans ce qu'il me raconte, les arts l'attiraient et 
les circonstances de la vie l'en ont écarté. 

— Quand j'étais gamin, dit-il à Alexandrie, je 
rédigeais un journal satirique « Le Rire ». La scène m'attire 
irrésistiblement, et ce qui me désespère, c'est de ne con- 
naître ni le chant, ni la musique. Pourtant, il y a des opéras 
qui ont pour moi un charme captivant : autrefois Werther, 
maintenant Lucie de Lammermoor. Et puis les femmes; 
tiens, regarde, toi qui es un ami ; et il me donne à feuilleter 
un recueil qu'il composa durant un séjour qu'il fit naguère 
au bord de la mer pour se guérir d'une grande passion. A 
chaque page il raconte sa souffrance dans un lyrisme enca- 
dré de cœurs sanglants, où perce malgré tout, le rictus de 
la caricature. 

J'en ai assez pour bâtir sa biographie. 



Digitized by Google 



— 427 - 



Au revoir, Prince ! 

Paléologue ne s'étonne plus de ce titre dont l'ont 
affublé tous ses intimes ; il s'est arrêté devant sa biblio- 
thèque qui contient un étrange choix de livres scientifiques 
et de traités de prestitigitation, il contemple ses bouquins 
d'intégrales et semble chercher le mot de la fin. 

Comme je suis arrivé sur le seuil, il se retourne et 
soupire : « Ach! mon Dieu! si je pouvais au moins réussir 
mes examens comme mes tours : Sans aucune préparation. » 



Digitized by Google 



BRUXELLES 

Maurice Bourquin 

PRÉSIDENT DU CERCLE DES ETUDIANTS LIBÉRAUX 

Bourquin est un homme de capacité. Il a la barbiche 




conquérante et le port majestueux ; l'orbe gracieux de son 



Digitized by Google 



- 429 — 

épigastre atteste des velléités bedonnantes, qui donnent à 
sa démarche un air de dignité calme et sereine. 

Et cet air lui convient : Pourquoi ! — Parce que Bourquin 
est un comitard endurci, éternel président d'un tas de 
sociétés estudiantines passées, présentes et à venir. 

Ainsi, cette année, il préside avec une incontestable 
autorité, le Cercle des Etudiants Libéraux auquel il a 
imprimé un vigoureux essor; il a dirigé jadis avec non 
moins de talent « l'Etudiant Libéral » et distille à présent, 
sa prose anticléricale enflammée dans « l'Echo des Etu- 
diants » dont il est ex-directeur avec notre ami Janson. 

Bref, un des leaders du mouvement estudiantin Bruxellois. 
Au reste excellent copain, entouré d'unanimes sympathies. 
A tant de mérites divers, il unit un talent oratoire fort 
apprécié — ce qui d'ailleurs n'étonnera personne : Bour- 
quin, petit neveu d'un de nos anciens ministres libéraux 
tient de famille, (Moralité : Bourquin chasse Derasse). 

Un conseil pour finir : Voulez-vous entrer dans les 
bonnes grâces de Bourquin ? Offrez-lui un verre de vieux 
Bourgogne, dont il est grand amateur, en vrai Tournaisien 
et faites-vous membre du Cercle des Etudiants Libéraux. 
Il mettra votre portrait sur son cœur et vous vouera un 
culte d'impérissable amitié. 

Bref, il en est des individus comme des peuples : ceux 
qui n'ont pas d'histoire sont les plus heureux. E. P. 



Salvator Van Wien 

MEMBRE DE LA SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DES AUTEURS GAIs(l) 

Le « Monatschrift fur Obstetrik » rapporte le cas bizarre 

d'un enfant qui naquit en 1883 en présentation de la face. 
_ — . — . . . » 

(i) 4 uteur de la petite élucubration sentimentale : La Damna- 
tion Éternelle, page 383. 



Digitized by Google 



Le forceps ne fut pas appliqué ; néanmoins il en porte les 
traces évidentes. Placé dans une couveuse, il y fut oublié 




S4I v-^r, 



pendant quatre mois. Lorsqu'on le retira il était porteur 
d'une ex tribord in aire bouffissure de la face et d'une hyper- 



- 431 — 

trophie de la circonvolution cérébrale où Broca a si 
magistratement localisé le siège du calembour. Cet enfant 
fut appelé Salvator Van Wien. Quelques jours après sa 
naissance il subit une petite opération intime et depuis lors 
il jouit d'une santé florissante qui ne s'altère malheureuse- 
ment qu'à l'approche des examens, sous forme de crises 
appendiculaires, vague dérangement gastro-intestinal, ou 
accès aigu de luxation de la rate (ce qui explique ses 
voyages fréquents en train de luxe à Sion). Heureusement 
les soins dévoués des interrogateurs le remettent sur pied 
et lui permettent d'obtenir la grande distinction. 

Dans les premières années de sa jeunesse il fut exhibé 
dans les différentes villes de l'Asie, comme petit pianiste 
phénomène. La réputation du jeune artiste devint univer- 
selle, sans toutefois le faire maigrir. Son passage sur les 
bancs de l'Athénée nous est signalé par quelques inscrip- 
tions bizarres; son goût prédominant pour les mathéma- 
tiques supérieures et la gymnastique attira bientôt sur lui 
l'attention de ses professeurs. 

Il put appliquer ses connaissances et son art en travail- 
lant à la publication du « Belgique Athénée » d'abord 
comme collaborateur, puis comme Rédacteur en chef. 

Èntré à l'Université par la porte de la rue des Sols, il 
s'inscrivit à la Faculté de Médecine, pour pouvoir un jour 
arborer 7 étoiles. Il fit d'abord l'acquisition d'une casquette 
blanche immaculée et d'un grand chien Danois, et doréna- 
vant les trois inséparables (Van Wien, son Danois et sa 
casquette) se promenaient régulièrement tous les jours par 
les grandes artères de la capitale. 

Son élégance spéciale et son esprit pétillant lui valurent 
la conquête d'un jeune cœur, qui s'extasie encore actuelle- 
ment devant les débordements de sa lyre aux cordes bien 
tendues. 



Digitized by Google 



- 132 — 



Ne vous étonnez donc pas que le Comité de publication 
de l'Almanach ait tenu à vous faire connaître cet intéressant 
spécimm. Ayant été chargé de l'interviewer, je me rendis 
dernièrement à son restaurant favori, Porte de Namur. Il 
était environ 1 heure, quand je pénétrai à l'Horloge. 

Je le trouva confortablement installé devant une table 
somptueusement garnie, qu'il était en train de dépouiller* 
Un petit cénacle de médecins de tout rang, chefs de service* 
adjoints, aides des hôpitaux l'entouraient et dégustaient les 
calembours que Salva daignait éructer par moments, ryth- 
mant les contractions de la couche musculeuse de sa paroi 
stomacale. L'arome d'un café extra s'amalgamait avec les 
bouffées bleues qu'il tirait énergiquement d'un énorme 
« infectados » dont lui seul connait le fabricant et le 
dépositaire. 

Je priai le petit chasseur de remettre ma carte à l'objet 
de ma visite et je fus bientôt autorisé à m'approcher du 
personnage qui nous occupe. 

« Excusez-moi, me dit-il d'abord, de vous recevoir avec 
si peu de cérémonie. Généralement j'endosse pour les 
visites officielles mon uniforme d'élève médecin. 

— De rien, fis-je, c'était pour t'interevuer. 

— Ah! du moment qu'il s'agit de revue je vous écoute. 

— Es-tu remis des grisetteries de ta petite dernière revue ? 

— Comment : petite. Vous semblez ignorer qu'elle se 
termina à une heure du matin. 

— Les auteurs.... 

— Pardon : l'auteur. 

— Oui parfaitement les auteurs de « Tiens v*là les Profs » 
comptent-ils en donner une nouvelle cette année? 

— Je ne me sens pas fort en verve. 

— Cela m'étonne de ta part. 

— Et puis, vous avouerais-je que Loute, est opposée à 
donner ençpre ses œuvres en pâture au public^ 



Digitized by Google 



-m 



— Cependant. 

— De quel pendant parlez vous. Sachez que si Loute 
avait voulu, « Satyre à la carabine » eut été un nouveau 
succès pour moi. 

— Mais alors... 

— Le seul et unique étudiant capable d'écrire une revue, 
c'est moi. On avait essayé Tan dernier... 

— Mais on a dit... 

— De mauvaises langues' jalouses de mes succès littéraires 
et de ma fortune féminine. Sachez que certains professeurs 
et agrégés ont essayé par de fallacieux propos de tendre 
des embûches à celle qui m'aime. 

— Et que tu aimes aussi d'ailleurs. 

— Vous oubliez que pour l'artiste l'amour n'existe pas. 
Parfois il autorise certains êtres faibles, à goûter sa prose, 
et à s'abreuver de sa musique, voir même à partager en 
particulier l'admiration et l'enthousiasme de ses contempo* 
rains. 

— Alors pas de revue cette année, Vieux. 

— Non. Sic dixit Salvator. 

— C'est dommage. La faculté le regrettera. 

— A qui le dites vous. 

— Quels sont les projets d'avenir alors? 

— Je consentirai, comme par le passé à honorer de ma 
présence les séances des Cercles universitaires auxquels 
assistent des professeurs. Et devant ceux-ci je condescen- 
drai à exhiber mes talents sans me faire prier. 

— Ne pourrais-tu m'accorder un de ces jours une audition 
de tes œuvres? 

— Oh bien volontiers. Venez jeudi prochain à mon 
domicile particulier, je vous y chanterai <r la Casquette, la 
Devise de l'Etudiant, et Ce qui prend ». 

— Comme je ne sais pas chanter, je te dirai quelque 
chose. 28 



Digitized by Google 



— 434 — 

— Et c'est... 

— « Ce qui n' prend pas. » 

Au fond Salva est un cœur d'or, un ami sincère et même 
dévoué, souvent serviable, un étudiant d'élite, certes un 
garçon de talent, aimé des femmes, et gobé de ses profes- 
seurs et des jeunes étudiants. Il compte à l'Aima mater 
plusieurs amis; sa modestie lui fit refuser la présidence de 
plusieurs cercles, mais ne l'empêchera pas, souhaitons-le, 
d'accepter la place de professeur que tous espèrent lui voir 
occuper un jour. Part., à X. 



Winteroy 

Il m'apparut un jour de gloire universitaire. Il surgit de 
la foule anonyme. Il brandissait une manière de bréviaire, 
répertoire volumineux de chansons grivoises et d'hymnes 
grassouillets. Il imposa silence et recueillit des applaudisse- 
ments, car sa mimique ét iit expressive et ses paroles 
sonnaient clairement. On l'acclama; on le bissa. Et 
Winteroy recommença de bonne grâce pour le divertisse- 
ment des étudiants à chanter quelqu'à-propos badin.... 

Taille moyenne, cheveux blonds, barbe plutôt noire 
bouche en cœur, sourire facile, bedaine respectable : tel 
est en raccourci le portrait du personnage qui nous occupe... 

Il vint au monde le 21 septembre 1881 et à l'Université 
au mois d'octobre 1900 où il fut successivement comitard à 
la Section de Science et même Secrétaire ; puis comitard à 
i'A. G. dont il est à l'heure actuelle Vice-président... 

Tout en poursuivant ses études médicales, il se dévoua 
à la prospérité de l'A. G. organisant fêtes et bals, fondant 
« les Scalptores » avej: de Knop et Karhansen. 
£ Sê signala par .son -intrépide, bravoure dans Taffaire^du 



Digitized by Google 



vestiaire Duwaerts. et aussi par des soins dévoués aux 
blessés du 2$ Novembre 1905. 




Punchiste de marque, il flamba d'inoinbrables punchs, 

pères de' cuites formidables. 

Il excelle aussi à perforer lès tonneaux de' Munich du 



— I3ij — 

t' Zum, lors des assises scalptoriques. Il a organisé des 
revuettes qui firent courir le monde de l'Aima Mater. 

Bref il assista à tous les événements estudiantins. C'est 
un des types de l'Université. Dikke Karel a conquis une 
grande popularité dans les masses studieuses car c'est un 
camarade joyeux qui n'a pas encore, sous des prétextes 
thérapeutiques, bossué les cimetières en expédiant ses 
contemporains dans un monde meilleur. Fox. 

♦ 

Jules Reyers 

Plus connu sous le nom de Boule d'Amour ou sous le 
pseudonyme de Sire d'Ainercœur. Naquit à Aerschot et 
réside â Schaerbeek, patrie d'Emile Laude, de Kennis, de 
Jef Castelein et du Quise, où les armes de son blason : 
marteau, compas, herminete, varc'ope d'argent, sur champ 
de sinople, le tout surmonté de \h crapuleuse, avec chien» 
pour tenants, sont fort con nies.... 

Quand Reyers vint à 1* Université, les professeurs l'ai- 
mèrent pour sa belle carrure, les appariteurs pour ses 
moustaches blondes, le concierge pour son exactitude, les 
serveuses du Ballon pour sa générosité, les Etudiants pour 
sa jovialité qui le rend réjoui des cheveux aux orteils et 
des omoplates au nombril. 

Aimé des uns, chéri des autres, choyé de tous, Jules 
Reyers ne pouvait rester dans l'obscurité des foules. 

Il fut comitard à la Section de Polytechnique, comitard 
au Cercle Polytechnique et Vice-président aussi, et encore 
Trésorier-adjoint à l'A. G., et tangente à l'Ellipsoïde. 

A a son actif nombre de conférences émollientes. Dans 
une de celles-ci il émit l'aphorisme suivant : « Rien n'est 
plus cruel que d'être constipé toute une année et de devoir 
donner des étrennes au vidangeur. » 



Digitized by Google 



— 437 — 



Boule d'Amour joue au Bridge pedibus admodum, 
excelle au chasse-cœur et fait partie de la famille.... et de 
la garde civique. Aime les punaises, refuse de suivre mes 
conseils et de pêcher à la ligne, adore l'équitation, dédaigne 
la chorégraphie mondaine, méprise les poètes modern- 




style, blâme les Wagnériens. fulmine contre les poseurs 
et déplore le panmuflisme de l'heure présente. 

Sire d'Amercœur, je t'aime, car tu es un bon copain, un 
brave camarade, un étudiant joyeux et un des plus char- 
mants amis que je connaisse. O. du Maelbeek. 



Digitized by Google 



Frantz André 



Le monsieur que je vous présente trouve moyen d'exa 




gérer dans les moindres manifestations de La vie extérieure. 
Ainsi, il marche comme les auties courent, cause comme 



— 4.89 — 

les autres gueulent, chante comme les autres hurlent, 
mange comme les autres goïnffrent, écrit en vers tomme 
les autres en prose, s'habille en été comme les autres en 
hiver et en hiver comme les autres en été, prend le café 
avant ses repas et l'apéritif après, se couche le jour et 
veille la nuit. En politique il s'affirme hautement adver- 
saire des gouvernements représentatifs et partisan de la 
dictature et rêve d'une philosophie anarcho-réactionnaire. 
C'est à l'avenant pour les autres domaines. 

Aspect physique : Il ne présente rien des tares du 
criminel-né, taille petite; — les petites boites contiennent 
les meilleurs onguents — cheveux noirs comme la dèche 
elle-même, yeux noisettes, nez... à Jumet le 4 Octobre 1883, 
oreilles comme n'en ont pas les murs, bouche en fleur 
appelant le baiser et col numéro 40. 

Malgré tous ses efforts personnels joints à ceux de son 
tailleur, il ne parvient pas à être élégant, mais possède en 
revanche une pipe en écume, des ciseaux de poche, deux 
photographies de Lemaigre, des patins Condor et une 
verve endiablée. Poète en prose et prosateur en vers, il a 
publié « les Veines Coupées », poème anacréontique, et un 
roman qui fit beaucoup de bruit : Le billard corse ou 72 ans de 
captivité chez les Indiens Pawnees. 

Il parut à l'Université en 1905, — ce siècle avait un 
an — André s'incrivit à la faculté de sciences, resta fidèle 
à ladite faculté, se créa des relations juridiques et ne fut 
busé qu'une fois par un professeur podagre qui buvait de 
l'eau de Vittel falsifié, organisa les fameuses assises de 
l'Old-Tom, fonda les Prismatiques Lumineux, institution 
musicale et culinaire, estudiantine et Ixelloise qui se fit 
remarquer par ses membres honoraires au nombre desquels 
ou compte, un agent de ville, un sénateur qui ne sera 
jamais busé, un célibataire et une grue hydraulique, une 
corsetière achalandée et un ancien reteur. 



Digitized by Google 



440 — 



Cocufie son cousin, roule sa bosse tout en étant pas 
gibbeux, paie régulièrement le loyer de la mansarde qu'il 
occupe, pose dans l'atelier de Jef Lambeaux, etc., etc. 

Au demeurant le meilleur garçon du monde universitaire, 
sympathique à tous et aimé de beaucoup. 

O. du Malbeek. 



■ 




Digitized by Google 



LIÈGE 

* » 

Maurice Dohy 

PRÉSIDENT DU CERCLE DES ÉTUDIANTS DU HAINAUT 
PRÉSIDENT DU COMITÉ DES FÊTES DES ÉTUDIANTS LIBÉRAUX 

Ce valeureux enfant de Chimay débarqua à la gare des 
Guillemins, il y a de cela de nombreuses années, dans le 
but manifeste de faire ses études à notre Université. 

Le but final auquel 
visent les étudiants 
réputés sérieux, il le 
perdit bientôt de vue, 
et avec tout l'enthou- 
siasme d'une jeunes- 
se ardento, il se lança 
dans la vie estudian- 
tine. Le cercle dés 
Etudiants du Hai- 
naut, la Fédération 
des Etudiants Libé- 
raux eurent en lui un 
membre assidu. Bien- 
tôt il força victo- 
rieusement la porte 
de tous les comités et 
sa popularité com- 
mença à s'affirmer. Au physique Maurice Dohy est un 
solide gaillard aux épaules larges. Sa corpulence qui, pou r 
le moment tourne à l'obésité achève de lui donner un air 
imposant autant que présidentiel. 




Digitized by Google 



— 112 — 



C'est un gai compagnon qui ne dédaigne pas la vadrouille. 

En ses doux moments de béatitude alcoolique, Dohy se 
sent tout à coup inspiré par la Muse. Sur les tables des 
tavernes, il compose des poésies, qui, malheureusement ne 
passent pas toujours à la postérité. Cette manie lui a valu 
le nom de « Poate » sous lequel il est connu à Liège. 

Inutile de dire que le Poate a l'àme musicale. Tous les 
lundis, il se fait un devoir d'assister aux répititions de 
l'Harmonie des Etudiants. L'art de battre la grosse caisse 
n'a maintenant plus de secrets pour lui. 

Franchissons ensemble le mur de la vie privée, de notre 
héros : chaste, il l'est, bien qu'abonné à la « Revue trimes- 
trielle ». Il est un des plus fidèles templiers de l'établis- 
sement Linder où souvent on le voit attablé à côté de 
ses inséparables Colle-Bourdaloue et Deprez- Patate. Si 
j'ajoute (pie Pied d'Alouette et Bismuth sont également de 
ses intimes, vous serez édifié sur son entourage habituel. 

Dohy s'abandonne avec énergie au whist et au couïon. 

Parlerai-je de son rôle dans les cercles estudiantins. 
Vraiment une brochure n'y suffirait pas et je me bornerai a 
rappeler dans les grandes lignes sa vie universitaire. 

Au Cercle du Hainaut il succéda à Pickmuch de 
désopilante mémoire. Depuis deux ans, sous sa présidence, 
le Hainaut continue à être un de nos cercles les plus 
vivants. Aux Libéraux, il remplit brillamment les fonc- 
tions de vice-président. 

Cette année encore, il accepta la tâche écrasante d'orga- 
niser les fêtes du X e anniversaire. Avec un président aussi 
dévoué, le comité ne pouvait que nous donner des réjouis- 
sances aussi plantureuses que celles de 1905, qui ont manqué 
dans les annales du cercle. 



Digitized by Google 



— 448 
Fernand Thomson 

Voki un joli chien griffon 
Suivi de William Thomson. 

Le chien c'est Woeste ; Thomson est son maître. Rare- 
ment on les voit l'un sans l'autre. 

Us aiment à se promener souvent au Carré, le chien en 
quête de quelque chienne affriolante ; son maître, arborant 

■ fièrement la casquette, 
interpellant bruyamment 
étudiants et grisettes qu'il 
croise à chaque pas. C'est 
un des anciens de l'Uni- 
* versité. Aussi met-il un 
point d'honneur à exiger 
des bleus le respect le. 
plus complet. 

Ses débuts dans la car- 
rière des études, si je puis 
ainsi dire, furent des plus 
heureux. Il décrocha, pa- 
rait-il, des grandes dis- 
tinctions. 

Mais rien ne sert de 
courir et un repos de trois 
ans, la troisième année 
lui fut nécessaire. Vraiment, il essaya de la carrière 
bureaucratique en entrant comme dessinateur aux chemins 
de fer. 

Nouvel enfant prodigue, il rentra bientôt dans la grande 
famille estudiantine pour ne plus la quitter. Il recommença 
cette vie de bohème que tous les habitués du n c 28 de la 
rue Surlet connaissent bien. 




Digitized by Google 



— 441 — 



Fernand Thomson est artiste de grand talent. Caricatu- 
riste attitré de Liége-Universitaire, il croque en quelques 
savants coups de crayon les poires estudiantines les plus 
connues. 

Il a produit énormément. Il n'y pas une chambre d'étu- 
diant qui ne renferme quelques dessins ou carricatures de 
Thomson. 

Quant à la sienne, elle en est naturellement remplie. On 
peut y remarquer une préférence pour les nudités. D'ail- 
leurs, Thomson est un réaliste outré. Dans les guindailles, 
il ne dégoise jamais que des chansons à faire rougir un 
gendarme. « Tremble Charlotte », « Vix cou », etc., sont les 
meilleurs morceaux de son répertoire. 

Quand on a l'âme artistique, on ne l'a pas à moitié. Aussi, 
comme tout étudiant consciencieux, Thomson est un des 
membres les plus... exécutants de l'Harmonie des 
Etudiants. 

Tous les après-midi, il révolutionne le quartier par des 
sonneries de bugle à réveiller un mort. 

Comme on le voit il a plusieurs cordes à son arc. De plus, 
dans les rares moments que lui laissent ses occupations 
artistiques, il s'adonne, quoique avec mollesse cependant, 
à des études d'ingénieur mécanicien. 

Il ne faut pas désespérer de le voir un jour, nanti de son 
diplôme, prendre le chemin des grandes usines, laissant à 
ceux qui lui survivront dans la vie universitaire, le souvenir 
d'un joyeux camarade, d'un copain affable et toujours prêt à 
rendre service. 



Digitized by Google 



MONS 



Le Mac-Husson 

VICE-PRÉSIDENT DE LA FÉDÉRALE 

Les deux mains dans les poches, sans pardessns, (à moins 
qu'il ne fasse très chaud), les cheveux en brousaille — genre 
Pelletan — , le nez en pied de marmite, un petit bouc allon- 
geant sa face ronde, il erre dans les rues — la nuit surtout 
— tout en sifflotant la scie du jour. 

C'est Le Mac — ou simplement Mac pour les intimes. — 
Pourquoi ? Oncques on ne le sut ! Mais il est inconnu à 
Mons sous son nom de famille. 

C'est... un oiseau qui vient de France, un Champenois qui 
boit de la bière comme un Flamand. 

Homme desports et de... poids, quatre vingt dix kilogs 
(sans pardessus), r'e bonne contenance — trente deux demis, 
(peut en boire plus, si on les lui paye) — s'oublie alors de 
toutes façons... un peu partout. 

Possède, en tout temps, le confort des maisons moder- 
nes... ga:;... à tous les étages... 

A pris et prend de multiple tamponnes avec un nommé 
Maluski, autre oiseau qui vient de France. — Ces deux 
phénomènes sont un exemple vivant des différentes proprié- 
tés de l'alcool, tandis que l'un grossit, l'autre maigrit. 

Mac, reçoit l'été en son castel de la rue de la Poterie en 
grande tenue de gala — redingote posée directement sur 
l'épiderme, le reste du costume est celui des sans-culottes !... 
Visites peu recommandables aux vierges; réceptions 
courues du mond^ horinzontal. ' 



Digitized by Google 



- 146 — 

Quoique bon anti lérical, a un carême prena t tous les 
quinze du mois, fait alors grandes consommations de 




moule s, harengs, sardines, et autres ingrédients des restau- 
rants économiques. • 



OooqIc 



— 117 — 

... Toujours le premier dans nos fêtes, il entcn..e a ce une 
voix de chantre de la Chapelle- Sixline, les plus belles 
crasses que l'on puisse ouïr, parmi les si sentimentales 
chansons estudiantines. 

Se moque d'une femme a.itant que d'une paire de ses 
chaussettes, et Dieu sait que ses chausettes... ce qui ne 
l'empêche pas de fortement se servir de l'une et de l'autre. 

Ne lit que l'Humanité. — Jure par Jaurès. — S occupe, 
a- ec trop d'ard.ur peut-être, de la Fédérale ; mais un peu 
moins de zez cours ce qui ne l'empêche pas de réussir à 
merveille ses examens. 

Au demeurant le meilleur et le plus serviable des copains, 
justement populaire et estimé de tous, étudiants, professeurs 
et même bourgeois. 

H. F. 



Edmond Wargnies dit a Le Pingouin » 

PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDIANTS LIBÉRAUX 

« Dieu, qui sourit aux plus humbles qui passent, 
M it des poils d'or dans la barbe à Wargnies, 
Mais il me semble qu'il s'est montre rapace, 
Car sur sa tête, il n'en n'a jamais mis; » 

cela fut chanté sur l'air des gueux au Cercle Français. 

— Chapeau mou, tête baissée, le regard au-dessus des 
lorgnons les jambes perdues dans de larges pantalons, 
(Mcmond pour les dames) se rend â deux heures de l'après- 
midi dans les petits cafés où Ton s'amuse. 

On le nomme Pingouin, car c'est un animal solitaire. 
Sa... constitution ne lui permet pas de fréquenter le beau 
s;xe — orateur libéral, si le filet de sa langue est bien 



Digitized by Google 



- us — 



coupé, l'autre... le... principal, ne Test jas ! Espérons pour 
Xez adoratrices, ô Pingouin que cela... viendra bien un jour! 
A perdu son... capital en se payant. une demi-mondaine. 

Depuis fait des rava- 
ges dans le monde- 
ch n tant y compris . . . 
lac compagnement . . . 

Fait curieux. : Il a 
fait devenir fou un 
pédicure et cela non 
point, à cause de ses 
pie^s, mais [ ar suite 
d'aventures extra* 
conjugales ttragico- 
con iques, qui firent 
l'esbaudissement et la 
joie de ces messieurs 
du tribunal. 

Le Pingouin est un 
vulgaire échappé de 
la correctionnelle, 
toujours acquitté 
pour : passage au 
bleu ou coup de pied 
aux saints postères 
des éliacins coiffés 
de simili-astrakan ; 
chose peu grave du 
reste. 

A même eu une affaire de mœurs, pour avoir, au dire de 
l'agent : « lâche les eaux, pendant la nuit, à la lueur d'une 
lanterne vénitienne. » 
'• J Le Pingouin est bon, humanitaire, il.'., ramassé tous les 




Digitized by Google 



- 449 — 



chiens de la rue ; il a des talents multiples, il joue du cor 
(avec ou sans p), fait « rolter » tout ce qu'il .veut, lui- 
même et ses propriétaires. 

Momond est généreux et se permet d'étranges fantaisies 
dans les vadrouilles. Il va dans les maisons closes et laisse 
humainement dans le lit de ces dames dec choses ne Ton 
ne dépose qu'en vase clos. Mais hélas! d autrefois... rap- 
port à... son anatomie il tombe... en cinq (ou six) cope. — 
Pauvre ! pauvre Pingouin qui te le coupera ! 

Lors de son conseil de révision, à Louvain (que diable 
allait-il faire dans cette galère) on le mit, en chemise, à la 
prison de l'hôpital militaire, pour tapage nocturne à la 
chambrée, car avait déclaré la bonne sœur c'était de 
Ce pelé y ce galeux d'où venait tout le mal. 

De même que Jésus jeûna de longs jours pour préparer 
sa voix, Momond se prépara par une longue abstinence à 
un nouveau genre de sport, car depuis quelque temps, il 
nous est donné, — spectable peu banal — de voir un 
Pingouin à motocyclette, et le luxe se paye... se paye... 

Mais en grande ou p;tite vitesse, Wargnies est incontes- 
tablement un ami dévoué pour ses intimes, un bon camarade 
pour tous les étudiants. 

Il est avant tout un parfait libéral, dévoué corps et âme à 
sa société qui a dut lui forcer un peu la moin pour l'obliger 
à accepter la présidence cette année-ci. 

Certes, il ne m'appartient pas de parler ici de cette vail- 
lante phalange estudiantine, dont l'influence va grandissante 
et qui, dans notre vill a déjà tout fait pour le triomphe de 
son parti. Mris je puis dire, que si, succédant à un président 
aussi remarquable que le fut Auguste Orts, la tâche qui 
incombe à Wargnies est lourde, je suis certain qu'il ne sera 
pas inférieur à elle et qu'au contraire, sous sa direction, 
notre société libérale poursuivra sa marche efc avant. 

H. Fontbïllîs. 

2 9 



Digitized by Google 



* 



ANVERS 



René Mossly 

Un petit bonhomme très court : trois pouces de jambes 
et St-Luc tout de suite ou l m 50 en tous sens. Noir comme 




la Camencita, jaloux comme Don José, cela s'entend. La 
fine moustache > du parfait éliâcin: Le* riez ^tellement -en 



Digitized by Google 



— 451 — 



pointe qu'il en est indécent. Etait très pressé de venir au 
monde puisqu'il naquit à 7 mois. Se destina d'abord à la 
prêtrise... laïque (célébration de messes nègres). Se rend à 
domicile sans augmentation de prix. 
Surnommé Dikke Pede par ce que : 

« Il s'est beaucoup occu pé (VEraste » Ignore l'amour 
chaste. A été mêlé à une foule d'affaires de mœurs. De 
plus grand amateur d'art...ichauts. Avait toujours à 
l'Athénée une très bonne place... près de la porte. Suis les 
cours de l'Institut Commercial avec une assiduité révol- 
tante. Préside aux destinées de la Libérale depuis deux ans, 
idem de la Générale. Mais, âne-onimement. A été de tous 
temps comitard de milliers de sociétés. Se dépense 
héroïquement pour la cause estudiantine. 

Fut à Paris chez le camarade Loubet. Eparpilla sur le 
boulevard son rire gras, parce que Flamand, fusé par 
sympathie pour la Wallonie. Ménage la chèvre et le choix 
tout en restant implacablement juste. . 

En somme un excellent camarade, très chaud, très 
dévoué, adulé de tous. 



La Gaffe. 



Oui n'a jamais... gaffé. 





GEMBLOUX 



Robert Steinkiihler 

SECRÉTAIRE DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDIANTS LIBÉRAUX 

Selon l'usage antique et solennel, présentons-le d'abord 
aux lecteurs : Figurez- vous un bout d'homme, une casquette 
sans insigne dans la nuque, un pince-nez au fin bout d'un 
organe passablement proéminent, un pardessus d'enfant 
nouveau-né, de longues bottes aux pieds, un parapluie de 
famille à la main, et vous aurez un portrait assez ressem- 
blant du secrétaire. 

Le dépeindre au moral, est chose beaucoup plus com- 
plexe, mais il offre cependant une particularité si extraor- 
dinaire, une propriété si étonnante, qu'on ne peut la passer 
sous silence, car si Gesché inventa l'art de raser son monde 
dans les hauts prix, notre secrétaire trouva, en arrivant sur 
cette terre, l'art de se servir habilement du moulin à paroles. 

Oui, lecteurs, le débit de son orifice supérieur est incom- 
mensurable, et l'étranger qui l'aborde pour la première fois 
en reste tout abasourdi ; il est saisi d'un sentiment d'admi- 
ration devant un tel phénomène, mais qui se change bientôt 
en une angoisse profonde quand il voit entre quelles mains 
il est tombé. 

Ce que je l'ai souvent plaint, ce malheureux étranger, qui 
trompé par l'air bonévole et inoffensif du secrétaire, enga- 
geait une conversation avec lui. Je l'ai vu plus d'une fois, 
après de longues heures d'un entretien animé et ininter- 
rompu, dans lequel il n'avait pu placer que des soupirs 
craintifs, jeter des regards anxieux autour de lui, implorer 



Digitized by Google 



— 453 — 



l'intervention d'une âme charitable, pour le décoller, l'arra- 
cher des bras de ce moulin... à parler. 

Je l'ai vu plus d'une fois jurer qu'on ne l'y reprendrait 
r : ~ï 




plus et cependant se faire repincer. La voix fluette mais 
enchanteresse (oh combien!) l'œil clignotant mais enga- 
geant, le bras décharné mais enlaçant, exerçaient, je ne 



Digitized by Google 



— 45-1 



sais quel attrait, qui le ramenait toujours dans La sphère 

d'attraction du moulin en question. 

En. dehors de cette manie, de cette prolixité, Robert est 

un modèle d'abstinence sous tous les rapports, ne fréquente 
que les lieux hauts côtés, n'y buvant que de la grenadine 
ou... du Champagne, s'oubliant cependant à jouer le rôle de 
vieux marcheur sur certains tréteaux giblotins. 

Fervent de la queue, fait cependant rarement des caram- 
bolages, vu l'extrême nervosité de son tempérament, qui 
l'empêche de diriger convenablement ses coups. Jure alors, 
à faire crever de jalousie le calottin le plus endurci, et 
casse les verres de lampes. 

Ancien président de la Littéraire, démissionnaire pour 
je ne sais quelle question de porto, a toujours pris son rôle 
tellement au sérieux, qu'après chaque séance il était sur 
le flanc. 

Apporte dans ses fonctions de Sectaire de la Libérale 
une activité qui u'a d'égale que la sincérité de ses con- 
victions ei l'ardeur avec laquelle il les défend en toutes 
circonstances. G. Lornaux. 



Charles Durooiili» 

Présentons l'homme en deux mots; on l'appelle : Eustache 
l'avare!! Malgré cette qualité, plutôt bizarre, chez un 
étudiant, de bonne marque (qu'en pense le seignem E. de 
Selysi notre héros, dès son arrivé à l'Institut s'attira les 
sympathies de tous. Il a une si bonne tête, ce cher Char- 
les! avec ses moustaches en queues de vaches et ses petits 
yeux amoureux ; aussi a-t-il toujours été un comitard 
enragé; successivement et simultanément même,, toutes 
les sociétés eurent l'honneur de le posséder parmi leurs 



Digitized by Google 



— 455 — 



dirigeants : trésorier et puis porte-drapeau, de la Générale, 
président de la Gymnastique, commissaire de la Littéraire 
et maintenant trésorier de notre chère Libérale. Il fait ses 
fonctions gentiment, avec une patience d'ange sans crainte 
des refus et des rebuffades. 

Eus tache pratique tous les sports avec ardeur ; ainsi il 
est chasseur enragé; lutteur invincible et il £ait en maâtee 




de réquitation... sous toutes les formes. C'est là du moins ce 
dont il se vante incessamment. Est-ce toujours à juste 
titre?! Parlons un peu de ses exploits cynégétiques* Avec 
quel plaisir vient-il le lundi matin, nous raconter les 
prouesses accomplies dans son cher trou d'OHge, pendant 
ses deux jours de congé ; ainsi l'an dernier il vint un jour 
nous annoncer triomphalement qu'il avait abattu un énorme 



Digitized by Google 



— 150 — 

sanglier, c'était son premier!! Mais quelques jours plus 
tard des bruits suspects coururent : le sanglier devint le 
grand chien de garde, puis finalement un vulgaire pourceau 
qui pâturait paisiblement dans le taillis!?! Et Eustache de 
rire! de son rire particulier, si apprécié à Gembloux. 

Notre trésorier Charles est aussi lutteur; en cette matière 
il est digne de Constant le Boucher et de Haeckenschmidt; 
jamais il n'a touché des deux épaules, mais lui a tombé 
tous ses adversaires !?! Aussi les Giblotins qu'allèrent avec 
lui voir le père Loubet, partirent-ils en toute confiance sous 
la protection des biceps d'Eustache. 

Enfin Eustache est un cavalier accompli, et il est si beau 
à cheval, notre trésorier : on dirait un général japonais 
passant la revue de ses troupes. Cependant l'autre jour, à 
l'occasion du départ d'un ingénieur, (car on fait des 
ingénieurs à Gembloux) ayant humé plus que de coutume 
le parfum de l'Hulstkamp (?), un accident grave a failli lui 
arriver : il voulut monter à cheval mais calculant mal son 
élan il passa par-dessus sa monture ; celle-ci, bête pleine 
de sens, attendit patiemment que les vapeurs d'alcool 
délétères pour le cerveau de notre ami s'y soyent condensés. 

Quand ceci fut fait, Eustache, à l'aide d'un haut tabouret 
parvint à se remettre en selle. L'honneur de l'écuyer était 
sauf!!! Quoiqu'il en soit, notre trésorier est un charmant 
garçon; sert volontiers de banquier à ses copains, ne prend 
pas d'intérêt mais ne perd jamais l'occasion de leur rappe- 
ler gracieusement, en toutes circonstances, qu'ils sont ses 
débiteurs. 

Quant à ses succès amoureux nous n'en dirons qu'un 
mot : Etudiants belges qui irez à Paris, rue d'Amboise, ne 
vous étonnez pas si on vous demande des nouvelles 
d'Eustache ; là aussi, en quelques instants notre, amiCharles 
est devenu grand favori !!! G. Démarche. 



Digitized by Google 



TABLE DES MATIÈRES 



Dédicace 



Pages 



5 



Avant-Propos 



Comité de Publication. 



Partie Académique 



Université de Gand. 


T, Administration 


15 




II. Personnel enseignant . . 


16 




III. Renseignements divers . 


21 


Nécrologie. . . 




33 


Cercles Universitaire: 


■; de Gand. 


35 


» » 


de Bruxelles . 


35 


» » 


de Liège 


99 


» » 


de Mons. 

• • • • • 


110 




d'Anvers 


114 


» » 


de Gembloux 


118 


Presse Universitaire 




m 


Fêtes Universitaires d 


e Gand . 


1 25 


Fêtes Franco-Belges 




1 35 



Nos Portraits 



M» Léon Depermentier 



145 



M. Emile Braun 



J52 



Politique, Sociologie, Philosophie, 

Histoire 

M. Wilmotte. — Contre le Luxe. Un écrit d'Émile 

Laveleye 166 



E. Discailles. — Un Chansonnier Tournaisien 



173 



— 458 — 

Pages 

0. Abel. — De l'Influence Religieuse de la Femme 

dans le mariage 181 

M. De Wcerdt. — Lettre à Mon Neveu. . 214 

H. Boddaert. — Anticléricalisme et Libéralisme. . 221 
Dumont-Wilden. — Le Rôle du Roman dans la 

culture Française 234 

A. Devèze. — Un Droit Nouveau 243 



Littérature 

G. Eeckhoud. — Le Bûcher des Sabots et le Sup- 
plice des abeilles 253 

G. Garnir. — Chanson . 261 

L. Courouble. - Croquis Bruxellois. M"* Angot. 263 

F. Servais. — Chanson Hivernale. ...... 266 

M. Des Ombiaux. — Le Veilleur des Morts . . . 268 

H. Fleischman.— Le Poème des Bâtisseurs de Ville 277 

A. Vierset. — La Tare 279 

P. Plessis. — Chrysanthème 286 

Wauthy. — Carpe Diem 287 

G. Rency. — Un Prêtre 288 

L. Legavre. — Notre Dame des sept Péchés . . 311 

Maubel. — Les Croix de l'Homme de lettre . 315 

M Coppin. — Germinal 317 

F. Servais. — Madrigal 318 

R. de Chambery. — Crépuscule charnel ... . 319 

M. Legrand. — Grains d'Ambre .... . . 325 

E. Veuchet. — Bonjour SoleH 327 

F. Mahutte. — Traité d'Alliance ....... 328 

E. Veuchet. — Le Berger du Silence. — Soir. . 331 

H. Lejeune. — Stoïque Audace. 333 



Digitized by Google 



— 459 — 

Pages 

R*DeWarsage. — Suzon . . 334 

E. Bousin. — A vous, Rhéteurs . . . . . . 339 

Louis Heyse. — Rêve. 340 

R. Limbosch. — Un Athlète qui va se baigner . . 341 

E. Veuchet. — Soir 342 

G. Lavaud. '— Ma Tendresse pour toi 343 

r <.:,.. 

rv 

- — — — 

* t 4 % • « r I 1 r.. 

Collaborations estudiantines 

• 9 » . 

Pages 

Fernand Paul. — La Poésie Symbolique .... 345 

Fernand Paul. — Les Horloges 354 

E. Jacob. — Prof-Urf, piécette estudiantine en 1 acte. 356 

Fernand Paul. — Le Christ 370 

O. du Malbcek. Les Grimaces de Province ... 371 

Trevirien. — Pèlerinage 377 

Eug. Cox. — Sur les Chemins 378 

D. Varoujean. — Le Berceau de ma Patrie. . . . 382 

Salvator Van Wien. — L'Eternelle Dammatjon . 383 

Laureyssens. — Complainte 388 



CARICATURES 

H. Raoust. — Ce qu'on Reproche aux Etudiants . 390 



Digitized by Google 



I 

- 4m — 

Galerie des célébrités estudiantines 

GAND. — G. Haillez, André Dauge, Paleologue, 
F. Paté, Hiroux, Figueiredo, R. Heyse, 

N. Van Waesberghe . 392 

BRUXELLES.— M. Bourquin, Salvator VanWien, 

Winteroy, Jules Reyers, Franz André . 428 

LIÈGE. — Dohy, Thomson 441 

MONS. — Wargnies , Husson. ........ 445 

ANVERS. — Mossly 450 

GEMBLOUX. — Steinkulher, Dumoulin .... 452 

FIN 

Fini d'imprimer le l r avril 1906. 
G and, Imp. A. Vandeweghe. 



Digitized by Google